samedi 4 juin 2022

Le miracle n'aura pas lieu

et le miracle, cest qu'il n'ait pas lieu.


MetaBlog: La sainte Eglise catholique (ab2t.blogspot.com)


Cette belle méditation (car tout commentaire du credo ne saurait en être qu'une méditation) montre que tout ce qu'énonce le Symbole des apôtres après l'affirmation de la foi dans les trois personnes divines (la vie spirituelle est un prolongement de la vie trinitaire) est une apposition du rôle de l'Esprit Saint dans la création continue comme une action de Celui-ci, et l'Eglise catholique est la première de ses appositions. Au bout de la chaîne de ces appositions, il y a la rémission des péchés, qui rend possible la résurrection de la chair, c'est-à-dire le fait pour la chair criminelle de mettre un pied devant l'autre sans se regarder dans la glace et subir le supplice du miroir, et la vie éternelle, où l'Esprit qui planait sur les eaux réconcilie notre chair criminelle, christifiée par le Verbe qui vient y semer une parole, pour la réussite de la convocation divine adressée au premier Adam.


"L'Eglise est antérieure au Christ" comme "le bercail" précède le troupeau: cette audace métaphysique de l'auteur rappelle celle où, dans son livre "Délivrés", il montrait que le chrétien a la liberté d'aller et de venir,  d'"entrer et de sortir du Christ". Le bercail précède le troupeau au terme de "l'Evangile éternel" qui fait que nous rêvons tous de ne pas avoir le même chemin ("J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie"), mais d'avoir le même port. Port d'attache où l'"unité" soit possible sans qu'unité rime avec uniformité, sans que l'individu se perde dans le collectif et son "esprit d'équipe", sans que la collectivité dégénère en collectivisme. Nous rêvons de faire corps sans parvenir à soulever la chape de plomb d'une solitude dans laquelle, disent les pessimistes, l'homme naît, grandit et meurt seul. Or les deux vérités se concilient: l'homme est seul et il n'existe que de former un corps avec les autres hommes, sous la motion de l'Esprit, "l'âme incréée de l'Eglise", pour donner corps à la Parole du Christ qui a animé la chair.


L'Evangile a annoncé le Royaume et c'est l'Eglise qui est venue. "Tant d'hommes entre Dieu et moi" depuis que "l'unique Médiateur" est descendu dans la chair. Comment l'Eglise peu-elle être "la seule internationale qui tienne", comme aime à le répéter notre auteur dans un trait qu'il affectionne? L'Eglise est la seule internationale qui tienne parce qu'elle concentre le plus d'hommerie. La sainteté qui en émane n'est pas une sainteté caractérielle, mais elle rayonne de la sainteté de Dieu,  le seul Saint.


"Ce ne sont pas les bienportants qui ont besoin du médecin, mais les malades" pour qu'"il y (ait) plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n'ont pas besoin de conversion." C'est pourquoi Jésus s'est fait "homme à l'exception du péché" (nous ne sommes pas à un oxymore près), mais Il s'est fait surtout médecin, un médecin à qui ses malades lancent: "Médecin, guéris-toi toi-même", comme on fait procès aux professeurs de bonheur de n'être pas heureux en leur disant avec Aragon, non pas que "la femme est l'avenir de l'homme", mais que "qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes". 


Françoise Dolto estimait que le coup de génie du "Christ thérapeute" comme aurait parlé Maurice Bellet était de  demander  à son malade ce qu'il voulait que le médecin fasse pour lui, ou encore: "veux-tu guérir?" Si le malade répond honnêtement, il avouera que non. "Veux-tu vraiment ce que tu désires?", demandait Jacques Lacan à ses patients. Toute thérapie se heurte à la buttée du vouloir : le malade ne veut pas guérir alors qu'il demande la guérison à son médecin qui lui promet de commencer par ne pas lui nuire: "Primum non nocere".  


Rien n'est plus mystérieux que la volonté. De quel droit dit-on "je veux"? Comment veut-on? Pourquoi ne veut-on pas? La volonté est un muscle, c'est-à-dire qu'elle s'entraîne, on s'entraîne à vouloir, vouloir comme aimer est un effet d'entraînement, vive les entraîneurs et les entraîneuses! Mais la volonté ne veut pas comme l'amour n'est pas aimé, pourquoi? Et pourquoi ne parle-t-on que de la volonté de Dieu, comme si celle-ci précédait la liberté qu'Il nous donne, comme si Dieu n'était que Volonté comme il est censé n'être qu'amour? 


La volonté ne veut pas, parce que le malade a besoin du médecin, mais le médecin n'a pas besoin et n'a pas promis que le malade guérirait.  Le médecin est le premier des incurables: il ne peut pas plus se guérir lui-même que se sauver lui-même ou descendre de la croix. Il n'est pas venu pour faire des miracles, sauf à titre exceptionnel, pour confirmer la règle de la maladie de l'homme, tant qu'il n'est pas sauvé. Il est venu accompagner le malade et là est le miracle permanent, qui réalise l'unité de l'homme en échec, qui soudain réussit, à répondre à l'appel de Dieu, réussit à renaître. C'est entre autres ce que nous montre cet article. 

samedi 28 mai 2022

Ca parle en moi comme une Trinité

Une façon de poser la question de Dieu: y a-t-il quelqu'un au centre de cette conscience qui me tutoie?


La nature peut certes être invoquée pour prouver l'existence de Dieu; mais moi qui ne vois pas, elle ne me parle pas ou elle me parle peu. En revanche:


Une façon de poser la question de la Trinité est un détour par la parole:


      certes, le moi, le ça et le surmoi sont une analogie convenable: on peut évoquer la topique freudienne; mais plus me parle le fait que tout parle en moi, la conscience est un vaste espace d'interlocution.


-Quelque chose me tutoie comme si je lui étais extérieur; je tutoie quelque chose que je ne connais pas, et ce va-et-vient entre le "je" et le "tu" fait que je réfléchis. 


-Mais surtout je me critique comme si j'étais extérieur à mes actees ou étranger à mon jeu. "Il" est mon pronom critique. "Il" est le pronom que j'emploie quand, en moi, je parle de moi. 


-Ce qui fait ma différence avec la Trinité, je me critique entre laudation narcissique et dépréciation pathologique, mais sans mansuétude et sans miséricorde; alors que la Trinité se critique en s'aimant dans la juste mesure, non démesurément; en voyant ce qu'elle a fait de bon, et cet amour est bon qu'elle se porte. 

vendredi 14 mai 2021

La foi de l'abandonnique


L’abandon est une notion très difficile à penser. D’abord parce qu’elle est polysémique. S’abandonner à Dieu n’est pas la même chose que se sentir abandonné de Dieu. Le premier abandon suppose une confiance qui ait surmonté la Névrose d’abandon dont parle Germaine Guex que cite Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs. L’abandon est un lâcher-prise qui se fait en confiance, parce que celui qui s’abandonne ne paraît pas percevoir que Dieu puisse l’abandonner ou lui jouer un mauvais tour. 


Le détachement est une drôle d’école spirituelle. C’est à la fois un summum de courage et n antidouleur. On se détache pour se déprendre, ou bien on se détache pour ne pas souffrir.


L’abandonnique (et j’en suis un) me paraît incapable de s’abandonner. Cet être qui a volontiers de l’assurance et de l’emprise, cet affectif malade des liens croit que s’il lâche prise, sa foi va le trahir. Donc l’abandonnique n’a pas la foi, c’est fort possible. Il a la foi dans la mesure où elle est un élan, mais il n’a pas la foi-confiance. Du reste il faudrait savoir si la foi est un élan ou une confiance. Aujourd’hui on insiste sur la dimension – ou la question – de confiance, mais elle est d’abord un élan et une force, une force telle qu’elle peut renverser des montagnes. L’abandonnique a cette force, mais il n’a pas confiance. Jésus aussi paraît très fort, c’est à se demander s’il n’est pas un abandonnique. Il jette souvent ses disciples et les envoie bouler et balader. 


L’abandonnique ne veut pas se jeter à l’eau parce que s’ils’y jetait, tout tomberait à l’eau, croit-il. Un jour je demandai à quelqu’un : « Q’est-ce qui se passerait si je lâchais prise ? » Sa réponse me stupéfia : « Eh bien tu t’apercevrais qu’il y a des gens qui tiennent à toi et quine demandent qu’à te soutenir. » Et dire que je doutais que ce fût un ami. » 


Jésus s’abandonne certes à la volonté de Son Père au jardin de gethsémani, mais cela ne l’empêche pas de se sentir abandonné de Dieu.  Étonnant que les chemins de croix n’aient pas retenu ce sentiment de l’abandon du Fils par le Père comme une des stations les plus importantes. et ce n’est pas une construction mythique, qui doit recourir à des personnages comme Véronique, dont on n’est pas certain qu’ils ne sont pas des personnages de fiction.


Est-ce que vivre, c’est apprendre à perdre, comme faire une psychanalyse, paraît-il ? Est-ce qu’il faut « se détacher  de sa vie » pour la garder comme le dit l’Évangile ? Et s’il faut s’en détacher, faut-il la plonger dans une communion des saints un peu chaotique et confusionnelle où tout le monde est personne, mais où personne n’est quelqu’un, en sorte que quand nous prions les uns pour les autres, c’est une manière de ne pas assumer de devoir mener son propre combat spirituel sous prétexte de nous soutenir les uns les autres car nous sommes tous dans le même bateau, mais sans payer pour cette solidarité un autre prix que celui de l’intercession. 


Étonnant que le christianisme, qu’on nous présente souvent comme une religion de la personne, n’ait pas vu que l’avers du péché originel était la communion des saints ;étonnant qu’elle ait cru à l’illusion du salut personnel sans que la civilisation chrétienne accouche d’emblée de « la Société des individus » ; étonnant qu’elle ait laissé ce triste privilège au contractualisme, au constructivisme et au collectivisme, qui furent autant de tentatives de structurela protection dans les sociétés humaines, l’apocalypse structurelle étant souvent le totalitarisme ou la bureaucratie.r 


Deux choses m’étonnent : que le sentiment d’abandon du Fils par le Père ne soit pas une station du chemin de croix et que le psaume 21-22, qui contient en puissance et à titre prémonitoire tout le kérigme, qui est prié intégralement le jeudi saint dans la forme extraordinaire me suis-je laissé dire (et pourquoi pas ? Il donne la clef de tout le tridium), ne soit pas scindé entre le vendredi saint et le samedi saint pour que Jésus apparaisse dans l’état de déréliction le plus complet le vendredi et chante qu’il a entendu la réponse de Dieu durant la veillée pascale, réponse qui pourrait presque suffire à toutes les lectures qui nous rappellent l’histoire sainte et que l’on fait en cette nuit de mémoire où l’on récite des merveilles de Dieu qui paraissent parfois un peu anachroniques, comme le passage de la mer rouge qui enfouit les Egyptiens dans les flots refermés et reformés, noyade collective que nous ne comprenons plus très bien.

 

mardi 4 mai 2021

La création par le néant

<p> "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?" Feuerbach  répond à la question de Leibniz: 

"Le monde existe parce que c’est une absurdité que le monde n’existe pas. Le monde provient de sa propre nécessité. La vie est nécessaire à celui qui ne vit pas. Ainsi c’est la négativité comme disent les philosophes spéculatifs,  c’est le néant qui est le fondement de l’univers, mais un néant qui se détruit lui-même, un néant qui existerait par impossible si le monde n’existait pas." <p>


Feuerbach est un immense théologien apophatique. Le monde naît du besoin qu'on a de lui sans qu'il soit besoin de l'imaginer créé par un Dieu sans besoin, un Dieu suffisant, un Dieu qui ne souffre pas et qui peut se passer de vis-à-vis toute une éternité avant le temps de l'homme et même le temps de l'univers. Cela me choque et je n'aime pas la suite de la citation de Feuerbach dont le génie est d'imaginer que c'est la raison et la conscience humaine qui sont sans limite: "C‘est d'un besoin, d’un manque que provient l’existence en général; mais c’est une fausse spéculation que de faire de ce manque

un être ontologique, un Dieu, car ce manque n’existe

que dans la supposition que rien n’existe." <p>


Cela rejoint ce que me disait récemment un psychanalyste, ancien élève de Lacan, que la psychanalyse, c'est d'apprendre à manquer. Ça n'a nullement pour objet de rendre heureux ou de guérir. Mais alors, c'est du stoïcisme? Un peu comme quand Krischnamurti se met à parler de l'amour et de la relation impossible entre deux êtres. La lucidité est un fluide glacial. Beaucoup de parades stoïciennes se cachent derrière un trompe-l'oeil énergétique qui puise dans l'envie qu'il nous donne d'espérer et d'exercer la moins évidente des vertus, comme l'a (ou peu s'en faut) nommée Péguy. <p>


L'homme Jésus, la deuxième personne de la Trinité, "la seule qui compte pour la religion" dit Feuerbach car il faut transformer les attributs en un sujet humain, s'inquiète: "Quand le Fils de l'Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?" Certainement elle l'aura désertée, mais au ciel, la foi et l'espérance auront disparu, seule la charité subsistera. Parce qu'il n'y en aura plus besoin, hasarde-t-on. Sans doute, mais on a toujours besoin de croire en ce qu'on voit, même si l'espérance étant réalisée, elle n'aura plus de raison d'être, on n'aura plus à réveiller cette vertu miraculeuse dans la vision béatifique dont notre nature limitée redoute qu'elle rime avec ennui. <p>


Certes la psychanalyse est un apprivoisement stoïque du manque originel. Et pourtant elle croit au miracle, elle croit au miracle de la parole, elle croit à ce qui s'apparente à la parole de connaissance, elle croit que l'arbitraire du signe signifie, de la même manière que Saussure posait la coïncidence de l'anagramme comme le terme du non choix de signifier par le signe, le symptôme faisant exception, qui ne somatise que pour symboliser. <p>

jeudi 15 avril 2021

Pour en finir avec le jugement de Dieu

<p> Depuis quelques jours, il me démange, non pas d'"en finir avec le jugement de Dieu" comme a prétendu le faire Antonin artaud dans une oeuvre assez insoutenable, mais d'affronter l'absurdité de cette question: pourquoi l'homme a-t-il imaginé un Créateur qui l'ait créé par amour et pour lui demander des comptes? <p>


J'entends bien ce qu'un prêtre de mes amis oppose à cette question à chacun des enterrements qu'il célèbre: "Toutes les civilisations croient au jugement final." Et d'ajouter: "Mais seul le christianisme nous explique que nous serons jugés sur l'amour, l'amour que nous aurons donné et l'amour que nous aurons reçus." <p>


La croyance dans le jugement de Dieu peut venir de la précarité de la condition humaine. L'homme précaire a commencé par s'assurer contre le danger en espérant que les dieux accueillent ses initiatives sous un jour favorable, que ses entreprises soient couronnées de succès et n'entraînent pas sa chute. Il s'est assuré de Dieu en devenant religieux contre la peur. La religion a ses racines dans la superstition et ne peut les renier en croyant faire preuve de largeur d'esprit qu'au prix de nier une partie de sa nature instinctive. L'homme qui joue à être un ange intelligent se prive à son détriment de sa part animale. <p>


La peur n'évite pas, attire et brave le danger. Le jugement est une adrénaline morale. Sans enjeu, pas de vie humaine. L'homme réduit à ne pas jouer sa vie s'évanouit dans une insignifiance jouissive où le pari n'est pas nécessaire et où il suffit de se donner la peine de naître et de se contenter de vivre pour être justifié d'exister. Etre jugé est pour l'homme un aiguillon vital et une exigence morale. <p>


Sur quoi se greffe le sentiment de culpabilité qu'il est bien difficile -et pourtant nécessaire- de jeter à la mer -avec lucidité-. Car plus la vie s'allonge et plus on s'aperçoit qu'on a fait des fautes et commis l'irréparable, d'autant qu'"on écrit sa vie à l'encre indélébile", comme l'affirmait tranquillement le Père Xavier de Chalendar. Un des cris le plus souvent poussé par le psalmiste est: "Ma faute est toujours devant moi." J'ai entendu un jour serge de Beketch, brillant esprit d'une droite extrême traitant de la religion séculière lors d'une université d'été de "Renaissance catholique", déplorer que les chrétiens croient aujourd'hui que Jésus est venu pour nous libérer de la culpabilité et non pour nous sauver du péché. Il assimilait cette mission rédemptrice de substitution attribuée à Jésus par notre époque à celle que s'assignait selon lui la psychanalyse. Je ne crois pas que la psychanalyse efface notre dette, dont Freud avait le sentiment diffus que nous l'avions contractée dès l'origine. Elle ne nous apprend pas non plus à nous en acquitter, mais à ne pas en rajouter. La psychanalyse n'est pas une école de l'innocentement, comme le sont trop de thérapies empruntant à la psychologie de comptoir. <p>


La justice pénale humaine a toute sa raison d'être. L'homme ne demande qu'à réparer. Mais Jésus nous apprend à nous déjuger. Il ne nous dit pas qu'est nul notre besoin d'être jugé. Il ne le nie pas. Mais Il commence par dire qu'Il ne vient pas pour juger le monde, que, si jugement il y a, il est intérieur à la personne qui le porte sur elle-même qui peut s'en libérer pour avancer. et Il vient mettre nos péchés à distance de nous pour qu'une vie ne soit plus appréhendée dans les péripéties qui paraissent la figer pour toujours, mais dans le dynamisme de ses reconstructions. Un ami me disait même que c'est cela, la résurrection de la chair. <p>

vendredi 10 avril 2020

Un christianisme sans la Croix ou la farce du salut...

Prière pamphlétaire.

Vendredi saint.

Seigneur, jamais il ne m’est venu à l’idée de te prier par écrit, et encore moins un vendredi saint, d’écrire en pierrot lunaire une prière au fil de la plume au lieu d’observer le grand silence, d’entrer dans le grand silence du samedi saint, comme ne parvenait pas à y entrer mon amie Marie-Véra qui continuait, le jeudi saint, de jouer pour toi de la manière la plus virtuose et flamboyante, s’attirant les foudres d’un fidèle observant les prescriptions de l’art de vivre les temps liturgiques de façon normative à qui elle répondit : « Vous n’allez tout de même pas m’empêcher de jouer pour mon époux. »

Mon âme est ton épouse, Seigneur, mais moi ? Mon âme est ton épouse, du moins tu y habites, mais je n’ai pas la ferveur de mon amie compositrice, j’ai ma propre ardeur, une ardeur de paroles téméraires qui vont se déployer, j’en ai bien peur, mais avant cela, je retiens l’image qui m’a le plus parlé de toute la cérémonie que je viens d’écouter, retransmise depuis le Vatican. C’est l’image du pape François répondant à la prière de l’Église intercédant pour lui. IL a tout simplement prié pour lui aussi, commeF.P., le pasteur de ma mère, lui demanda un jour : « Ne te vient-il jamais de prier pour toi-même », et de lui conseiller de le faire, sur sa réponse négative. Comme prier pour moi-même ne me vient pas à l’idée à moi non plus. Et pourtant il y a matière à prier pour soi. Il y a matière à venir déposer sa croix au pied de la tienne, cette croix que tu nous demandes de porter et nous voulons si peu, cette croix de nos failles d’où coule un sang que nous ne voulons pas donner pour le transfuser dans cet amour actif qui ne ferait pas de nos fragilités une fin en soi, mais l’utérus où renaître ; cette croix de nos fêlures qui, brèches ouvertes par où nous sommes réceptifs à la souffrance des autres, nous fait pécheurs car il suffit d’un rien, et fait que nous avons utilisé, manipulé, écrasé, piétiné les autres au moment même où nous voulions les aimer le plus ; cette croix de notre écharde dans la chair avec laquelle ta grâce nous suffit pour vivre, mais que nous trouvons plus reposant de ne pas dépasser, de ne pas transcender puisque tu l’assumes : croix que nous t’apportons pour nous réfugier dans notre médiocrité, tirant prétexte que tu t’es livré pour nous, que tu t’es fait péché pour que nous tirions de toi le salut, que tu t’es fait pauvre pour qu’en ta pauvreté nous ayons la richesse.

Tant de mauvaises semaines saintes que j’ai vécues, Seigneur. De semaines saintes où je t’arrivais dans des états innomables de péché pour prendre mon service ou célébrer mes pâques alors que je n’en étais pas digne. Je me souviens de ce vendredi saint où la l’imbroglio affectif où j‘étais se retourna contre moi, quand je vis partir ensemble les deux femmes que j’aimais, l’une plus et l’autre moins, enfin je crois. Je refermai la porte de mon appartement et pensai : « on est souvent le dindon de la farce qu’on a soi-même écrite. »

Cela ne m’empêcha pas de vouloir aller assister à l’office de la passion dans l’église qui était près de chez moi. Mais avant que je me mette en route, mon vieil ordinateur se mit à tourner comme un fou. Je ne perdis pas toutes mes données ce jour-là, mais il ne marcha pas de huit jours, et tournait comme ma vie qui avait mal tourné.

Et tant de fois je te suis arrivé hors d’état. Je me souviens que ce jour-là, avant de partir, causait à la radio le Père Cantalamessa, prédicateur de la maison du pape. Il l’est encore aujourd’hui. Ce doit être pour cela que ce souvenir me revient. Je me souviens que ce vendredi saint-là (c’était en 2007), il avait dit : « L’homme a imaginé un ordinateur pour anticiper la pensée ; mais il n’a jamais créé un ordinateur capable de prendre connaissance de l’amour. »

J’avais aimé cette pensée-là, d’autant que je croyais avoir trouvé la formule magique de la pensée, où je croyais avoir inventé l’atome spirituel : «La pensée humaine est la rencontre électriquement ou synaptiquement provoquée entre deux infinitésimaux universels présents dans le cerveaux. » Selon quelle combinaison ? Toute la question était là. Mais l’amour ? Qui dira les aléas de l’amour ? Le padre Cantalamessa expliquait qu’un ordinateur ne les saurait jamais démêler et de fait, on ne l’a jamais pu jusqu’ici, que l’amour soit ou non une alchimie chimique et une affaire de phéromones, que l’autre nous serve d’objet transitionnel ou soit aimé dans la maturité d’une relation réciproque, que l’amour soit une manière de nous confirmer dans notre être ou un effet d’entraînement qui nous pousse vers l’autre.

À l’époque - ou bien les réunis-je dans un temps poétique -, j’avais deux certitudes orthographiques : l’une était que la folie s’écrivait avec deux « L » et l’autre que la passion du christ s’écrivait avec un « T ». Je voulais que nous prenions notre envol sur les ailes de la folie et que la passion du christ fût un « pathos » afin que le péché fût une affaire qui pût se résoudre en blessures. Mais la passion du Christ est comme nos passions de l’âme.   Croyant trouver un grand esprit dans ce padre Cantalamessa, j’avais acheté un livre qu’il avait écrit sur l’Esprit Saint. Je commençai de le lire sur une machine à lire et n’y ai riein appris qui m’eût emporté l’âme. Ce soir, il a prononcé à nouveau l’homélie du vendredi saint dans la maison du pape transportée dans la chapelle de la chaire de saint Pierre. J’en ai retenu peu de choses, mais le peu qui m’en est resté m’a plutôt énervé.

Il a commencé par dire qu’il ne fallait pas chercher les causes de la passion du Christ, mais ses effets. Il ne faut pas avoir une relation avec Dieu de cause à effet. Parce que ? Parce que la relation humaine n’estjamais un rapport de cause à effet. Cherchez donc la réciprocité dans les relations humaines ! Oui, mais la relation de l’homme à Dieu est relation de créature à Créateur. Je suis l’effet dont il est la cause. Je fus mis en mouvement car il fut mon moteur. Nous ne voulons plus avoir de relation providentielle avec Dieu. La messe ne soutient plus la création, elle ne la supporte plus, elle n’a plus pour la soutenir des vertus propitiatoires, elle ne la délivre plus, c’est un simple sacrifice de louange et d’action de grâce où chacun dit merci à l’autre un peu comme dans « Le cantique des créatures ». La gratitude suffit-elle à réorganiser le cosmos et à lui éviter le chaos ? Ce n’est plus aujourd’hui qu’un Bossuet écrirait un « DISCOURS SUR L’HISTOIRE UNIVERSELLE ».

Le padre cantalamessa ne demande pas mieux que de trouver un sens au coronavirus. Il nous avertit de ne pas nous prendre pour une civilisation post-mortelle. C’est un agent infectieux qui se dresse contre le transhumanisme. Et de raconter l’histoire d’un grand artiste anglais, tellement fasciné par son chef-d’œuvre qu’il manque, de fascination, de tomber de l’échafaudage. Son assistant sent que, si de frayeur il l’avertit, il précipitera sa chute. Alors il lui vient une idée de génie : il lance un pinceau dans l’œuvre du maître pour que celui-ci se redresse. L’œuvre est compromise, mais le maître est sauvé. « Dieu n’est pas l’assistant du grand artiste anglais », avertit toutefois le Padre Cantalamessa, « ce n’est pas lui qui a lancé le coronavirus. Alors à quoi bon nous avoir raconté cette histoire ? L’Église aime bien les « chercheurs de sens », mais à condition de ne pas le donner pour qu’ils restent dans l’absurde. Elle aime bien les « signes des temps », mais à condition de ne pas les lire.

Parce que l’homme ne peut pas tout, il faudrait réduire Dieu à l’impuissance. Mais a-t-on jamais vu amour impuissant ? Plus de Providence et plus de châtiment, pas d’empoignade virile entre Dieu et l’homme. L’Amour de Dieu ne déploie sa puissance que dans la faiblesse. On n’ira pas loin avec ça. Dieu et l’homme vont côte à côte dans une marche à l’impuissance. Quelle est la suite de l’histoire ? Mais j’oubliais : on veut en voir la fin et si on ne veut pas la voir, on la connaît, « la fin de l’histoire », « la mort de l’homme », « la mort de Dieu » et « la paix perpétuelle », le »tout est accompli »dans l’ici-bas, l’aventure inutile comme dans toutes les épopées où l’on savait dès l’incipit que le héros qu’on célébrait allait gagner à la fin. Le combat spirituel est sans risque, « tout est gagné d’avance », nous n’avons qu’à accepter notre salut et nous baisser pour ramasser la pièce et la mettre en poche comme le paysan avare et prévoyant, Dieu est le dindon de la farce du salut qu’il a écrite d’avance, qui donc y croira-t-il ? Et quand ce serait vrai, qui cela mettra-t-il en mouvement ?

« Nous sommes sauvés d’avance, il n’y a qu’à accepter son salut », et cette écharde dans la chair avec laquelle faut vivre. Moi je veux bien, c’est reposant, ça entretient la dépression spirituelle ou le complexe de Bartleby. Vivons notre foi confinée.

Je repense à Judas. Le pape aussi en parlait le mercredi saint, le « jour du traître ». « Où es-tu, grand et petit Judas ? Pour le grand, je ne sais pas, mais toi, le petit, toi qui as ta dignité mine de rien, ne manque pas de venir à l’église, tu n’y es pas de trop et la messe peut beaucoup pour toi. »

Parce qu’on a dit que Judas ne s’était pas repenti. Pardon, ce n’est pas vrai. Il a même voulu réparer. Il s’est rendu au temple et les chefs des prêtres n’ont pas voulu de son argent. Ils se sont lavés les mains de son repentir comme les chrétiens se lavent les mains de la croix du Christ. Les chef des prêtres n’ont pas reversé l’argent de la trahison jeté par Judas dans le trésor du Temple. Ils ont préféré acheter « le champ du sang », anciennement « champ du potier », pour y ensevelir les étrangers. À croire qu’il n’y a que les étrangers pour se refaire faire le tour de la question dans le « champ du potier » et pour se laisser purifier par le Sang de Jésus, mort en excommunié, ceux qui l’envoyèrent devant Pilate, l’homme qui se lavait les mains, étant selon Jésus « coupables d’un péché plus grand que » celui de ce jurisconsulte qui s’interrogeait sur la vérité et avait écrit ce qu’il avait écrit.

Les chefs des prêtres se sont lavés les mains du repentir de Judas et l’ont envoyé paître. Les disciples du christ ont déserté. Il n’y a personne pour entendre sa confession. Alors Judas se repend et se pend. Judas, né pour que les Écritures s’accomplissent, est le dindon de la farce du salut… Jésus a dit dans son angoisse qu’il valait mieux pour Judas qu’il ne fût jamais né. Ce qui est sûr, c’est que Jésus a versé Son sang pour les péchés de Judas. « Petit Judas, où es-tu ? »

Ce matin, je lisais dans une prédication protestante que « la croix n’est pas le signe le plus heureux du christianisme. » Alor sil faut changer de crémerie, pasteur ! Enfin, je neux pas vous jeter la pierre ni vous le dire trop fort. Je vais balayer devant ma chapelle.

Paul VI déplorait que beaucoup veuillent « un christianisme sans la croix ». Nous y voilà. Ce n’est pas tout à fait que nous ne voulions pas de la croix, mais nous ne voulons plus du sens que la théologie kérigmatique a donnée à ce sacrifice consenti, voire planifié par le Père et le Fils et pour lequel l’Esprit a apporté au fils resté seul, sans disciples pour veiller avec Lui, le concours de sa consolation. Non, nous voulons bien de la Croix, mais nous voulons discuter de la Croix. Un peu comme nous voulons bien que la conférence Saint-Vincent de Paul se porte au secours de ceux qui ont faim ; si l’affamé insiste, nous lui donnerons un quignon de pain ou une pièce en espérant qu’il n’en profite pas pour s’acheter à boire ; mais nous aimons mieux prier pour ceux qui viennent en aide aux affamés et discuter de la faim du prochain. Nous voulons bien nous faire les prochains de quiconque, mais de loin. Nous voulons discuter de la croix comme les juifs trouvaient que c’était scandale et les Grecs que c’était folie. Mais ne sommes-nous pas des chrétiens?

vendredi 3 avril 2020

Marie, ses douleurs, le kérigme et l'Évangile

Aujourd’hui, à sainte-Marthe, le pape a égrainé les sept douleurs de la Vierge Marie. Le chapelet de ces sept douleurs est son angélus du soir. Mais l’Église les a mal réparties :

- D’abord elle a oublié une douleur géo-céleste : quand l’enfant naît, Marie est « enlevée au désert », déclare l’Apocalypse. Marie est au désert jusqu’à la parousie comme le Christ est en agonie jusqu’à la fin du monde. C’est depuis ce désert qu’ele nous parle en des apparitions catastrophistes.

- Mais l’Église fait également l’impasse sur l’Évangile comme la prédication apostolique, du premier discours de Pierre à l’annonce de Paul dans les différentes villes où il passe,mentionne par omission l’enseignement de Jésus pour la vie dans ce monde, art de vivre qui nous mène de la terre au ciel.

Pour Marie, on reconnaît bien ses douleurs dues à l’enfance du Christ : douleur de la fuite en Égypte qui donna lieu à tant d’épisodes farfelus et merveilleux des Évangiles apocryphes ; douleur de la fugue de Jésus reclus au Temple et qui discute avec les docteurs de la loi comme un enfant de l’étude rompu aux polémiques. L’Église signale bien que la prophétie de Siméon transperce le cœur de Marie du glaive dont la menace le vieux prophète, parce qu’on en voudra à la vie de Jésus. Elle Mais quand Jésus, au cours de sa vie publique, transperce Marie du glaive de son indépendance,l’Église fait motus, car elle veut bien que Marie, mère de Dieu, souffre des incartades ou « bêtises » de l’enfant Jésus, mais pas des aspérités de Jésus qui se pose en adulte et en homme libre face aux siens et face à sa mère, ne faisant qu’un qu’avec son Père du ciel.

Car Marie, l’Église la veut mère et non pas femme, soit dit par un ancien enfant traumatisé de ce que sa mère lui eût répété : « Tu me regardes comme une mère, mais tu n’acceptes pas que je sois aussi une femme. » C’étaient paroles abusives dites à un enfant ; mais ce sont paroles abusives de Marie, notre mère, aux enfants que nous ne sommes plus, aux « hommes faits » (au sens générique) à qui elle parle essentiellement quand elle apparaît, que ces paroles de chantage : « Si vous ne vous convertissez pas, mon Fils fera pleuvoir sur vous des catastrophes, fera se gâter vos récoltes (la Salette), laissera la Russie « répandre ses erreurs dans le monde si le pape ne la consacre pas à mon Cœur immaculé (Fatima), comme c’est caprice d’enfant gâté quand Jésus parle du figuier desséché qu’Il fait brûler parce qu’il n’a pas produit de figues au moment où Jésus vent en manger (trace des écrits apocryphes dans les Évangiles canoniques ?) ; chantage (ou constat d’une loi de cause à effet ?) quand Jésus dit : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même » (Lc 13, 5) ; et chantage incontestable que la logique des impropères du vendredi saint : « Toi, tu ne m’as fait que du mal et Moi, Je ne t’ai fais que du bien. » Chantage encore que la relation de Jésus aux mystiques sur le mode : « Gratuitement, j’ai donné ma vie pour toi ; j’ai donné toute ma béatitude pour mourir pour le néant que tu es, tellement je t’ai aimé.e ; répare mes incomparables douleurs ; répare le don gratuit que j’ai fait en te donnant ma vie. Console mon cœur immaculé de fils », « de mère. »

Cela arrive encore une fois parce que l’Église ne voit Marie que comme une mère et non comme une femme et parce que la prédication apostolique met l’accent sur le kérigme et fait l’impasse sur l’Évangile . Quelle femme en effet a été Marie si le seul élément marquant de sa féminité a été de consentir à ce que l’ange lui annonçait ? Et quant aux apôtres, pourquoi leur prédication de Jésus mort et ressuscité n’est-elle pas innervée de la prédication évangélique ? L’Église d’aujourd’hui essaie de rattraper ce mauvais pas, mais au prix de ramener le ciel sur la terre, l’essentiel dans l’existentiel, de faire de la Résurrection du Christ avant tout une modalité de la vie anthume, de faire de Marie une femme chef de meute car figure de proue de l’Église,qui marche en avant d’elle (cf. « Lumen gentium » VIII). De même elle doute de tous les dogmes sur lesquels sest bâti le christianisme primitif, à commencer par le péché originel.

L’Église primitive a fait l’impasse sur l’Évangile et l’Église d’aujourd’hui fait l’impasse sur le kérigme. « Je crois dans le Christ mort et ressuscité », dit la première Église ; « je crois dans le Christ qui a parlé », dit l’Église d’aujourd’hui.

lundi 18 mars 2019

La mauvaise conscience

Moi qui ne suis pas la moitié d'un emporté, quand j'affirme, fanfaron, juste après m'être mis en colère, que je ne regrette pas mon emportement (et puis quoi encore?), c'est que ma "violence" me travaille la conscience... Emergé hier après-midi d'une discussion amicale dans un salon de thé légèrement branché: "Le regret, c'est le petit repentir. Le repentir, c'est le grand regret. Le remords, c'est le regret sans fond. La culpabilité, c'est le fond sur lequel travaille le regret sans nostalgie. Le repentir est le moyen de remonter la pente, le remords de la descendre, mais la culpabilité tourne en rond. -Le regret et le repentir sont des véhicules. La culpabilité est le fond sur lequel ce qu'on a fait souffrir à autrui se retourne contre nous pour nous faire payer. -Il y a deux sortes de culpabilité: la culpabilité réelle qui s'exerce sur des fautes que l'on a commises et la culpabilité imaginaire par laquelle le scrupule tourne à l'angoisse. (Les luthériens parlent de terrores conscientiae.) -La conscience du mal a deux écueils: la banalisation et la dramatisation. -Moi qui croyais qu'on "achetait" sa place en enfer par l'absence de remords, je découvre stupéfait que le remords viendrait du démon. Car le remords nous fait mourir deux fois, tandis que le paradis met la mort sous ses pieds non en la relativisant, mais en la terrassant. -La culpabilité est le tremplin de la conscience, étant le terrain de la mauvaise conscience. -Le petit poème en prose où Baudelaire dit la vendre en la jouant au dé montre qu'on peut vendre son âme au diable, mais Jésus peut la racheter. Il est même venu exclusivement pour cela. Il est venu nous faire bénéficier de la loi du Lévira. "Le sens de la rédemption s'est beaucoup dégradé. Autrefois, on croyait que Jésus était venu pour "nous sauver de nos péchés". Aujourd'hui on croit qu'Il nous "guérit de la culpabilité."" (SDB° -Certes, mais pour nous sauver de nos péchés, il faut nous guérir de notre culpabilité. Le sens du péché s'acquiert par surcroît pour ainsi dire, après que le péché ait été remis." -"L'âme de la chair, c'est le sang". (le Lévitique) -La preuve, c'est que la chair est inanimée quand on vide quelqu'un de son sang. -Elle se dessèche. -On peut vampiriser quelqu'un, mais non pas le vider de son eau. -Si, on peut le ponctionner. La violence affective est beaucoup plus subtile et sadique." -Pourquoi, du Seigneur après le coup de lance, est-il sorti du sang et de l'eau? Le sang est l'huile qui se mélange à l'eau salée des larmes pour créer une émotion grasse. L'eau est de l'émotion qui nous humidifie sans drame ni expression de la peine dont nous ne serons jamais secs. -Nathalie me demandait un jour: "Est-ce que le Seigneur vient du Saigneur? Ce serait logique puisqu'Il a donné son sang." L'orthographe le dément, mais pas la phonétique. Les signifiants se choisissent dans un curieux inconscient sémantique. Il faut prendre les mots au mot pour les presser de signification.

mardi 8 janvier 2019

Le potentiel et le réel

Léon Bloy tempétant contre les bourgeois qui veulent « [être poètes à leurs heures »] a raison de noter que le poète ne saurait l’être aux heures des autres, car la poésie le métabolise de telle sorte qu’il ne puisse rien prévoir qu’improviser. Imprévisible improvisation ! Dans le même genre, il a l’air de dire que le potentiel est plus beau que le réel. (On est loin du « RETOUR AU REEL de Gustave Thibon que j’ai entendu évoquer deux fois en deux jours, alors que je ne connaissais pas ce livre. Le potentiel est plus beau que le réel parce qu’il n’a pas été investi, non d’efforts, mais de capital, voire de capital personnel. La création n’est pas une mise en gages, un en-gagement. La création est une évidence. Dieu créée par un évident besoin de sortir de Lui-même. L’investisseur est celui qui ne sait à quoi bon employer son temps ou son argent. Le temps et l’argent s’emploient d’eux-mêmes, inutile de chercher à les maîtriser. Le temps et l’argent sont des choses, même si le temps fait partie du phénomène humain, est le train dans lequel l’âme roule à son évasion, à son accomplissement, àsa mise en dehors, à sa révélation. Le temps et l’argent sont des choses, il ne faut maîtriser que soi. Un jour, T.M. me disait : « Vous avez un sacré potentiel », et cela m’a paru faux, non que j’aie du potentiel, mais on n’est pas son potentiel, même réalisé. Le réalisateur de potentiel monte sa vie comme un film montrable. Le potentiel non réalisé aime mieux être regardé comme un « monstre prometteur », moins pour que sa vie ne soit pas montrable, que pour qu’elle n’emprisonne pas le possible et démontre la promesse.

jeudi 12 avril 2018

L'image du néant

Le néant est source d'imagination et l'être l'est bien davantage. Je suis l'une des rares personnes que je connaisse à me souvenir précisément de ma prise de conscience. Je me souviens avoir été dans le neutre et d'un jour à l'autre m'être mis à exister dans le "moi". Dès lors je n'ai cessé de m'imaginer dans quel mieux j'aurais été si je n'avais pas été un "moi". Le neutre est une forme inachevée du néant. Je me vante de savoir ce qu'est le néant parce que j'en ai une notion oculaire. Mais je ne peux que m'imaginer l'être qui est en dehors de cette notion, l'être commun visuel en quelque sorte, et vous pouvez essayer de vous imaginer mon néant. Hervé Guibert a mal imaginé, mais a essayé (dans son livre Les aveugles). Nous pouvons tous ensemble essayer de nous imaginer le reste du néant. Nous pouvons nous faire une image de ce qui n'a pas d'image. Nous pouvons nous faire une image, même moi! L'image appartient à la représentation de l'être tronqué. L'image suppose un mode d'être, le "moi" aussi, le néant est peut-être la préexistence.

lundi 2 avril 2018

Pâques et la liberté du récipiendaire

N. avait émis des réserves quant à l’exploitation de la figure du héros, Arnaud Beltrame, par les médias qui sont une fabrique de figures, au bénéfice d’une France qui a besoin de héros comme elle a besoin d’ennemis qu'elle ne se donne pas la peine de connaître, et qui pleure à peine les victimes du quotidien ou les victimes du bataclan.  De fait, la vie donnée d’Arnaud Beltrame embarrasse aujourd’hui Julie pour qui il l’a donnée et qui vit cloîtrée, bouleversée, surveilléeet ne sachant quoi en faire. C’est tout le dilemmedu christianisme à l’égard de Pâques : « Ma vie, nul ne la prend mais c’est moi qui la donne. » « J’ai le pouvoir de donner ma vie et le pouvoir de la reprendre ensuite. » Liberté souveraine du donateur qui n’interroge pas la liberté limitée du récipiendaire, lequel pourrait aisément ajouter au banal (mais combien nonchalant, désinvolte, ingrat, désespérant et désespéré) : « Je n’ai pas demandé à naître », « Je n’ai pas demandé à ce que tu donnes ta vie pour moi. » En valeur absolue, le récipiendaire est embarqué dans un processus où il n’a pas la liberté de ne pas recevoir. Mais qu’il reçoive est la condition de la suite, de la Pâque, de ce que notait H. à la fin de son commentaire de l’Evangile sur les disciples d’Emmaüs : « Dans le texte, il n’est fait mention d’aucune auberge où rester avec eux pour celui que les disciples d’Emmaüs ont invité et n’ont pas encore reconnu à la fraction du pain carils n’ont pas encore partagé un repas avec lui. C’est qu’il devient l’hôte de leur cœur. » Pâque, a-t-il quasiment conclu, c’est le passage du « Où demeures-tu ? » qui ouvre l’Evangile de Saint-Jean non sans que Jésus se plaigne : « Le Fils de l’Homme n’a pas un endroit où reposer sa tête », à un :  « À présent que je suis ressuscité, si vous m’aimez, je viendrai demeurer en vous, et je serai pour toujours avec vous. » Pâque, c’est un passage du désir de l’homme d’habiter avec Dieu, d’habiter près de Dieu, d’ »habiter la maison du Seigneur tous les jours de sa vie » au fait que Dieu devienne « l’hôte intérieur » de celui qui lui ouvre son cœur. 

 

À quoi cela tient-il ? On passerait à côté de la réponse si on se limitait à cette remarque triviale que le Corps du rEssuscité s’est affranchi des limites du Corps physique et qu’Il est ressuscité comme on monte au ciel. Mais la Résurrection réalise la finalité de l’Incarnation : le Verbe est descendu du ciel pour que le cœur devienne ciel et pour que, même au sein de la résurrection de la chair, présente et à venir, le ciel soit moins un lieu qu’un état qui traduise l’état du cœur. Mais ce passage des temples païen ou du temple de Jérusalem au sanctuaire du cœur,  de la piété publique à celle des « adorateurs de Dieu en esprit et en vérité », des sacrifices de propitiation au sacrifice du cœur brisé de Dieu qui se réconcilie la création en déjouant ses forces de destruction, ou encore de la fausse alternative entre la transcendance et le panthéisme où Dieu est immanent à l’univers au choix du cœur, passe par le  processus pascal où le récipiendaire doit commencer par renoncer à la liberté de ne pas recevoir et à la protestation de ne pas avoir demandé à être sauvé et que le cadeau de la vie de dieu est bien pesant, à l’acceptation intérieure de ne pas avoir été créé pour jouir, mais pour être en relation, dans un dépassement de sa nature individuelle d’être de captation pour entrer dans la vie de la Grâce du choix du don et de l’accueil.

 

Pourquoi un itinéraire si compliqué, si difficile, et qui implique au commencement une limitation de la liberté par laquelle on doit recevoir si on veut avancer, on doit signer lecontrat vital… ?

vendredi 9 mars 2018

Écrire ou la révélation des névroses



 

 

Longtemps, j’ai cru pouvoir faire usage de ma mémoire pour ériger une cathédrale littéraire originale à la manière de Proust. À presque 45 ans, je découvre que j’ai tout à apprendre et dois copier de la musique comme Bach avant de faire mon come back à mon projet original.

 

Longtemps j’ai cru que la mémoire était la seule matière première qui fût digne d’inspirer une œuvre littéraire. Aujourd’hui, je regrette presque que l’alcool m’ait fait gagner en mémoire ce que j’ai perdu en imagination. On écrit à temps perdu, pour perdre son temps ou retrouver le temps perdu.

 

Je m’aperçois aujourd’hui qu’on travaille moins sur ses souvenirs que sur ses névroses. Le vaste mouvement d’auto-fiction dans lequel nous sommes plongés est le symptôme d’une époque traumatisée qui n’est plus capable de se réinventer.

 

Je suis observateur de moi-même et je travaille sur moi, et je travaille sur mes névroses, non pas pour les guérir, mais pour les rendre transparentes à force de les révéler. Il ne faut pas se soigner car on ne mourra pas guéri, il faut vivre incurablement.

jeudi 8 mars 2018

Juste avant l'apoptose


Nous autres poivrots, nous savons que nos cellules sont mortelles et que l’apoptose est devant nous. Nous ne faisons que la manifester plus manifestement.

« Vous, Julien, vous êtes trop destroy, me disait Laurence Loisier, assistante sociale de Robert buron qui permit à Nathalie de retrouver Kevin.

- Excepté que je ne détruis que moi-même », objectais-je sincèrement. Les choses ne sont jamais si simples et la destruction est toujours contagieuse, mais la faute n’en est point au malade.

 

Parlons plutôt de l’âme ! Agnès publie sur son mur : « Et si l’âme est chère à l’homme,
Souvent l’homme chérit la lame.
Là où l’homme a mis la lame,
L’âme a mis les voiles. »
(Vianney - chanteur)

 

 

Je n’ai pas mordu à l’hameçon de l’âme-chair, mais il me souvient à présent que j’en avais fait un poème qui s’appelait Les fourmis. Je l’avais rédigé à chante-merle, maison de repos psychiatrique où Nathalie prenait le frais. Nos simulacres avaient été moins anodins que d’habitude, sans que nous ayons consommé notre amour jusqu’à la pénétration – mon sabre n’avait point consenti à transpercer l’hymen -.

 

« Vianney se trompe, Agnès, car la Parole de Dieu est une épée à deux tranchants. »

En étant peut-être moins péremptoire, on peut envisager à la fois une certaine souplesse de vue et aussi de la poésie allitérative...

J'ai cessé d’allitérer à propos de l'âme du jour où un astrologue karmique et sidéral transpersonnel (je crois décliner à peu près correctement son métier tel que lui-même le définissait) m'a fait connaître ma méprise: là où j'entendais "l'âme du tareau", il fallait lire "lame".

 

Qu'oyais-je ? Il fallait trancher l'âme avec des lames ? Le pape, le diable et qui sais-je ? Pas osé aller plus loin de crainte que la terre me vomisse, peine à laquelle le Lévitique condamne ceux qui s'adonnent aux arts divinatoires. Mais réfléchissons. Trancher l'âme. Les divisions que nous faisons en elle entre la raison, les passions et les aspirations, l'appétif, le sensitif et l'intellectuel, ne sont-elles pas autant de manières de la couper en rondelles pour la vendre au détail? Notre âme serait la proie de ses alégories. Ou autre position moderne du même vieux problème: quand je m'inscris sur un réseau social, je m'abonne au flux de telle âme avec qui je désire communiquer. Or que me livre-t-elle ? Telle un serpent à sonnette, elle ne m’envoie que ses ondes réactionnelles, par lesquelles elle pare vénéneusement à ce qu'elle envisage a priori comme une agression. Agression-réaction. On est passé du réactionnaire au réactionnel. Du coup on se place dans une configuration très thérésienne d'Avila dans Le Château intérieur: On a soif des dernières demeures de l'âme de ceux qu'on aime et on n'est invité que dans celles où il y a des bêtes. Le moyen d'en sortir? Peut-on parler hollistiquement de l'âme? ô Agnès! Forgez l'esquisse d'une théorie, d'une thérapie ou d'un discours! Le défi emphatique est plus sérieux qu'il y paraît. »

 

Agression sexuelle ? #BalanceTonPorc ? Le Lévitique ferait mieux de condamner les peine-à- jouir. J’ai de plus en plus envie de me vider les couilles, mais sans objet grand A. Inquiétude. Et dire qu’il fut des carêmes où je prenais la résolution : « Ne plus me masturber ! » En moyenne, je la transgressais une fois par carême. J’allais laver mon sexe de l’empreinte de la pollution et, après mon sexe, c’était ma vocation que je rendais velléitaire : « Je ne céderai pas à cette fille qui, dans un accès de désespoir,m’a supplié : « Reste avec moi ! » Dans un article que j’intitulais esprit du monde, vice et solitude, je posais, sans appel, ce diagnostique : « Tu t’aimes toi ! Tu ne peux pas aimer les autres puisque tu les désires. Tu ne dois pas aimer les autres en les désirant. » J’ai châtré mon désir de passer ma vie avec ma suppliante. Elle n’est plus. Elle n’est pas morte de ce que j’aie cessé de la désirer – je n’ai jamais cessé -, mais c’est tout comme. Chez moi, des années plus tard, je l’entendis sur le lit du bas accompagner son désir d’être mère d’un souffle qui aurait pu mettre un enfant au monde. Elle ne voulait plus faire d’enfant avec moi. Elle n’est plus. De ce que je ne l’ai pas désirée au bon moment, elle laisse deux orphelins.

 

lundi 5 mars 2018

En l'honneur de la guerre


Pourquoi je lis Maurras ? Parce qu’il est le meilleur interprète de l’hypothèse 1 que j’avais formée quand j’étais enfant lors d’une messe pour De Gaulle que je croyais être une messe en l’honneur de la guerre. « En ce jour où nous célébrons certains de nos héros morts au champ d’honneur, que leurs exemples soient par nous imités. »

 

Je venais de retrouver la foi, et cela donna lieu à une méprise presque immédiate : l’Eglise était pour la guerre, donc Dieu était pour la guerre, donc Dieu était méchant. Ou bien c’était l’Eglise. Ou bien Dieu n’existait pas. Je ne me souviens plus dans quel ordre s’articulaient mes hypothèses, mais je crois que c’était dans celui-là. Toutes étaient collationnées dans un journal intime. Ma période de recherche devait se conclure par un entretien avec un prêtre ami qui aurait dû dissiper le doute. Mais il était trop faible d’arguments, et le doute ne se dissipa pas. Au fond il ne se dissipa peut-être jamais.

 

Je détestais par-dessus tout les bourgeois (j’ai assez peu changé d’avis), que je trouvais coupables de christianisme sociologique (je formulerais cette critique quelques années plus tard), sociologique et fourbe, de dire et de ne pas faire, de croire en mentant, de christianisme en Jaguar.

 

Ce que j’aime en Maurras, c’est qu’il croit que Dieu n’existe pas ou est méchant, qu’il le croit et ne fait pas semblant, qu’il le croit et qu’il le dit, qu’il dit même que l’Eglise doit être méchante, là où tant d’autres font assaut d’une charité factice, d'une charité qu’ils ne vivent pas.

samedi 17 février 2018

Mes camarades de musée


 
Je me suis rendu au forum des associations du phare (école spécialisée dans la déficience visuelle à Mulhouse, et qui accompagne aussi les adultes dans certaines démarches de leur vie sociale…). Je ne pensais à rien de particulier en y allant. J’ai fait le trajet aller avec un kyné nommé Joseph, désormais membre du Conseil d’administration de la Fondation, mais surtout ami très estimé de Mme Alario, mon ancienne kyné dont le cabinet est tout près de chez moi,  qui m’en avait beaucoup parlé lorsque j’allais la voir (je l’ai eue au téléphone il y a deux jours).

 

Le chauffeur de l’aller avait amenée Stéphanie juste avant nous. Franck et moi en avions été très amoureux, adolescents. Nous nous étions même battus pour elle pendant toute une année. Stéphanie était, avec Valérie, une des sept membres de la petite pétaudière qui nous servait de classe, et où franck et moi imprimions le rythme de notre folie, génie, malheur et révolte. « Je suis fou, drôle et malheureux/Un enfant oublié de Dieu… » avait écrit Franck dans une chanson à propos de lui-même. Sandra (l’extraordinaire psychologue du Phare) m’a appris au cours de  la réunion que Stéphanie était très investie dans le club de tandem. Ça m’a étonné. Elle jouait beaucoup à la poupée, mais elle n’était pas très sportive. Je ne l’ai pas croisée. Je me suis inscrit au club de tandem, mais ce n’était pas à cause de Stéphanie.

 

Or quelle ne fut pas ma surprise qu’une Valérie Jaeger participe à la promotion de l’association « L’art au-delà du regard ». Je ne l’aurais pas reconnue comme étant la Valérie de ma classe. Un air décidé restait sa marque de fabrique. Mais quel rapport avec la personne qui, d’une part, déplorait auprès de dominique Condello qu’on ait peu réagi quand son frère Etienne était mort (je ne pouvais pas réagir, je ne le savais pas ; et quand j’ai réagi, en appelant sa mère plus souvent que Valérie ne le faisait elle-même, m’a dit Mme Jaeger,Valérie ne m’a jamais rappelé. Il m’a été raconté qu’Etienne était mort de la maladie qui devrait m’emporter si la vie et la santé étaient logiques. Je me souviens quand il m’a raccompagné au café de la poste, rue de l’Arc-en-ciel à Strasbourg. Il leur a dit : « Je vous amène un client sérieux. » Et c’est lui qui est parti avant moi. Il était pourtant plus jeune que moi et je paraissais plus fragile. Est-il vraiment mort de ça, ou bien d’une crise cardiaque comme me l’a dit sa mère ? Je ne le saurai jamais et ce n’est pas à moi dedémêler de quoi Etienne est mort.)

 

Ces Jaeger étaient des gens très « conformistes », disait mon père. Valérie avait eu une enfance tracée : certes la couveuse et la cécité, mais un père catholique et fonctionnaire que Franck et moi nous amusions à effrayer en lui hurlant dans le hall de l’internat, quand il y pénétrait pour chercher sa fille demi pensionnaire à qui nous menions la vie dure : « Nous sommes dans les galères macédoniennes, ho ho ho !  «  Mon père avait eu la tuberculose, le père Jaeger n’avait rien eu du tout. Il éclatait d’une santé qui n’était pas étincelante, mais qui lui permettait de me dire à moi , quand ma mère me faisait lui téléphoner pour qu’il vienne me chercher le matin (« c’était sur sa route », disait-elle, tu parles !) quand elle avait la gueule de bois, que c’était inadmissible d’élever un enfantdans ces conditions, en comptant sur les autres, à quoi sa fille Valérie, qui avait beaucoup de commisération pour Franck et pour moi, qui pourtant lui faisions la misère, répondait que, quand même, je n’y étais pour rien.

 

Le père Jaeger n’avait jamais rien eu. Jusqu’au jour où, son fils étant mort, il fut affecté d’une drôle de maladie. - Est-ce cette maladie qui tient Valérie éloignée de ses parents ? - Il parle d’unevoix de fausset, et sa femme Simone, qui est seule avec lui, s’en occupe comme d’un enfant, le fait dîner, le couche, c’est elle encore qui me l’a raconté la dernière fois que je l’ai eue au téléphone, dans un état second comme à chaque fois que je l’appelle. A sa manière,je crois qu’elle est contente de m’entendre. Et puis elle me montre de la lassitude quand je me répète et la fais répéter.

 

Valérie ne va plus voir ses parents. Mais elle continue de s’imaginer que sa vie d’aveugle intégrée dans le monde normal, le monde qui voyage, c’est d’aller, autrefois dans le désert, aujourd’hui sur le site de Verdun ou celui de fouilles archéologiques. Et ce fut aussi de m’ignorer ce matin. D’abord elle ne m’a pas reconnu. Et puis elle m’a lancé un salut très froid : « Ah  salut Julien. » Vraiment parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement, et me signifier publiquement qu’elle ne voulait plus me parler, sans davantage m’expliquer ce qu’elle me reprochait exactement.

 

Je ne suis pas homme à relever les affronts. Alors je me suis tourné vers son camarade ou ami qui croit qu’on découvre le monde en s’enfonçant dans des tranchées ou en allant dans les musées, et je lui ai dit, comme il était vrai, que j’étais l’ami d’Isabelle, la conservatrice du musée historique et du musée des Beaux-Arts de Mulhouse, qui aimerait bien avoir des contacts avec des associations de non-voyants, parce que ça fait partie de son cahier des charges de rendre les musées accessibles aux personnes handicapées. Le Patrice (ou le Philippe) ami de Valérie m’a répondu que les membres de l’association avaient tous les contacts qu’il fallait à Mulhouse, qu’ils finiraient par y faire quelque chose, qu’ils savaient en effet que le musée historique étaitdemandeur, mais qu’il fallait que l’association ait le temps. Autrement dit,ils allaient faire quelque chose avec le musée historique quand ils auraient le temps de s’occuper de cette histoire. Mais alors il faudrait que le musée historique réagisse au quart de tour.

 

Moi, je m’en fous, je n’aime pas beaucoup les musées. Isabelle m’a fait, ainsi qu’à Georges, visiter le musée historique et le musée Unterlinden de Colmar, visite qui, du fait de sa formation en histoire de l’art, ont été passionnantes. . L’histoire de Mulhouse est injustement méconnue.  C’était une République affranchie de la Suisse. Mais il y a vraiment un os dans le potage de ce militantisme différencialiste des « personnes en situation de handicap » qui passent leur vie dans les musées, lesquels doivent danser comme elles sifflent, pour reprendre une autre expression chère à franck.

 

Comme il faut que je fasse quelque chose pour la France avant qu’elle ne m’envoie le ciel me tomber sur la tête et ne m’intente un procès de lui coûter trop cher si je tombe malade, je me suis inscrit au club de tandem : des sorties de 30 kms, un peu de marche, des restaux. Si je reste un peu à Mulhouse, ça ne pourra pas me faire de mal.

vendredi 16 février 2018

Werther et ma mère saturnienne


Je n'aime pas beaucoup la veine opératique de Jules Massenet, mais Les souffrances du jene werther est "le seul livre que j'aurais voulu écrire". Quand je l'ai lu vers l'âge de 18 ans, j'ai pu enfin répondre à cette question absurde qu'un manuel scolaire nous posait quand j'étais en sixième: "Quel est le livre que vous auriez voulu écrire?" (Question presque aussi absurde que ce sujet de dissertation historique qui nous avait été proposé à l'entrée en troisième: "La Révolution aurait-elle pu être évitée?" Je dis que ce dernier sujet était absurde sur la foi de notre prof d'histoire, Alain Monteagle, qui en fit l'aveu lorsqu'il le corrigea, mais je n'ai jamais été convaincu de son absurdité).

 

J'aurais voulu avoir le piétisme de werther, ce piétisme si protestantet et si germanique -deux épithètes que je ne trouve pas avantageux d'ordinaire-, qui identifie Dieu à la nature. Et en même temps, je comprends que ce piétisme ait mené le héros goethéen, non pas au romantisme, mais  au suicide.

 

Car quelque chose manque à la nature pour atteindre l'idéal, quelque chose qu'on peut résumer en une question: au-delà des spectacles tonitruants ou bucoliques que nous offre la nature, pourquoi a-t-elle créé la chaîne alimentaire?

 

Baudelaire, qui était aussi misogyne qu'il était antisémite, et qui n'aimait pas les femmes pour s'être trop tôt blotti dans les fourrures d'une mère plus femme que mère, disait que "la femme est naturelle, c'est-à-dire abominable", phrase terrible, paradoxale étant émise par un poète qui regrettait le côté artificiel de sa mère, par lequel elle lui échappait,  mais vraie sur ce seul point, que c'est la femme qui, pour l'enfant, identifie Dieu à la nature, au risque de le manger comme l'enfant se nourrissait de tout ce qu'elle ingérait pendant qu'il poussait dans son ventre et qu'il était en gestation.  La spontanéité de l'enfant est reconnaissante de ce que sa mère le confie à la nature et lui donne la nature pour dieu. Mais s'éveille aussitôt une terrible méfiance: "Ma mère veut me manger, elle jouera auprès de moi le rôle de Saturne. Ma mère est heideggerienne, elle m'a enfanté pour que je sois un être pour la mort".

 

Il n'y a que dans la culture germanique qu'une folie morbide du type de cette pensée heidegerienne a pu germer, sur ce point je suis d’accord avec Jankélévitch.

 

Mais une mère doit rendre son enfant à l'idéal qui est le sien, et non le donner au dieu de la nature, pas plus que’lle ne doit lui assigner la nature pour dieu. Faute de le rendre à l'idéal, elle va le manger tout cru. Elle va commettre la transgression saturnienne, après que Jocaste s'est immédiatement pardonnée d'avoir commis la transgression oedipienne de l'inceste, suppliant Œdipe, à qui Tirésias vient de le révéler,  de ne pas chercher à en savoir plus puisque la mère et le fils étaient de bons amants – la pièce de Sophocle est à peinemoins explicite -.

 

Une mère doit toujours rendre son enfant à l'idéal qu’il a choisi, sous peine de le manger et d’être une abomination pour son enfant, cet idéal de son enfant serait-il destructeur aux yeux de sa mère.

dimanche 4 février 2018

ALCOOL, PENSÉES DATÉES, PENSÉES CLASSÉES


Deuxième entrée de mon journal intuitif.

 

Écrire est une exhibition, un happening.

 

J’ai toujours fait le pari de la nudité morale à défaut de savoir vivre, mais je vis pour penser et pour faire des œuvres des maladies que je ne soigne pas.

 

 

4 février 2018 ([1])

 

Ayant failli mourir de chagrin dès l’âge de cinq ans, j’ai lu trop tôt de la littérature antialcoolique, de sorte que j’ai voulu trop tôt boire et arrêter de boire.

 

 

LE PROLOGUE DES QUESTIONS SANS RÉPONSE ([2])

 

7 avril  2003

 

1. Pourquoi ça existe, l'alcool ?

 

2. "On ne peut pas aimer Dieu et l'argent,

 

3. mais on peut aimer Dieu et l'alcool", ([3])

 

4. car "le vin réjouit le coeur de l'homme".

 

5. seulement "les ivrognes" "n'auront pas de part au Royaume De Dieu". ([4])

 

6. Alors pourquoi Dieu a-t-Il créé l'alcool

 

7. si les enfants n'ont pas le droit d'en boire ,

 

8. si nous ne sommes pas tous à égalité devant l'alcool,

(L'alcoolisation est-elle qualitative ou quantitative ?),

 

9. si l'alcool est une drogue et notre société une toxicomane

(Je ne suis pas contre la drogue, car notre cerveau en a tellement besoin qu'il fabrique endorphines et amphétamines, et "pas de société sans drogue », la morale aurait-elle beau le réprouver : personne ne voudrait s'ennuyer dans une société qui ne sécrète pas !)

 

(L'alcool est tellement une drogue que, comme une de mes amies scrupuleuses m'avait indiqué la grâce du Saint-Oubli découverte par saint Jean de la Croix, je pensais invoquer cette grâce dans mes prières pour quand j'aurais bu, ne pas m'en souvenir :

"Seigneur, fais que je boive, afin que je sois désinhibé comme quand j'ai bu, mais que j'en oublie d'avoir bu."

Peut-être faut-il invoquer la grâce du Saint-Oubli pour se libérer de l'obsession.),

 

10. puisque cette drogue est présente à tous les repas de premières communion, après quoi les familles ont beau jeu de ne pas vouloir que leurs enfants se shootent,

 

11. mais surtout qui fait perdre à l'homme le contrôle de lui-même en démultipliant son principe actif et son potentiel agressif alors que l'homme bouge toujours trop et que, de nature, ce doux idéal est si peu maître de lui !

 

12. En quoi est-ce une bonne chose que la maîtrise de soi ?

 

 

COMMENT JE BOIS ?

 

 

9 août 2006

 

l'alcoolisme est le nom pathologique donné par les conseilleurs, qui sont de mauvais payeurs et de grands buveurs, aux petits consommateurs qui sont de mauvais encaisseurs, à qui on fait payer à banissement les débordements comportementaux des dérives conviviales du boire social où, tant que les grands buveurs n'encaissent pas mal et se tiennent bien, ils sont portés pâles.

 

 

4 février 2017

 

Je ne bois pas par goût.

 

 

21 septembre 2003

 

J'aime les excès, non pas la dépendance. J'essaie de tempérer les uns par le défaut de l'autre.

 

 

POURQUOI JE BOIS ?

 

1er mai  2003

 

Si je ne buvais pas, je serais parfait. Je bois donc pour me maintenir en état d'imperfection et ne pas ôter de ma chair l'écharde dont Saint-Paul a vainement supplié Dieu de le délivrer et qui doit donc être un aiguillon nécessaire.

 

Si je m'arrêtais de boire, je trouverais imméritée toute maladie qui pourrait m'affecter après que j'aurais pris cette décision qui est peut-être au fond de moi, mais dont le courage et l'envie me manquent, d'autant que je bois pour me maintenir, non seulement en état d'imperfection, mais en état de poésie et remplir mon gouffre intérieur.

 

On a toutes les bonnes raisons de boire, sont-elles toutes si mauvaises ? On dit que l'alcool est un bon serviteur et un mauvais maître, mais comment un serviteur qui n'est pas une personne humaine pourrait-il maîtriser l'homme ? Et surtout, comment un agent du plaisir peut-il se transformer, le désir une fois étanché de se remplir le gosier, en agent de tant de drames extradigestifs ? Serait-ce pas que nous n'avons pas droit au plaisir ?

 

 

17 avril 2008

 

Je bois comme une manifestation du fait qu'on peut renoncer à tout sauf à son problème. Je me pose par vagues la question de m'arrêter et, devant le constat que je ne parviens pas à y répondre par l'affirmative, je me suis demandé si ce n'était pas à moi manque d'amour de déclarer mon incapacité. J'ai trouvé la réponse que je viens de donner comme une façon de me rassurer : on peut renoncer à tout sauf à son problème et pas plus qu'arrêter de boire n'est une afaire de volonté, la décision qu'on n'arrive pas à en prendre ne relève d'un manque d'amour. Mais allez prouver cela en tâchant de vous tenir au milieu du gué, aux confins d'un discours où l'alcoologie a sans doute analysé avec pertinence le problème del’alcoolisme, mais le résout de façon manichéenne :

"Arrêter de boire n'est pas une affaire de volonté ni de manque d'amour, convient-elle,  et pourtant il faut arrêter de boire."

Autrement dit, supprimez le symptome et vous n'aurez plus de problèmes. Sauf qu'on n'a pas précisément besoin de son problème, mais c'est un bon dérivatif. Avec toute la différence aussi qu'il y a entre son problème au singulier et les problèmes au pluriel que l'alcool pose à son mauvais sujet d'encaisseur et petit consommateur,  affronté à la double condamnation de son entourage et de la société avec ses cellules de dégrisement. (j'ai passé ma première nuit dans l'une d'entre elles il y a dix jours. C'était dans un commissariat tout neuf dont on avait oublié d'humaniser la détention des gardés à vue ou assimilés. Aveugle, j'ai eu le privilège d'avoir une cage pour moi tout seul. La cellule consiste en une pièce qui ne doit pas faire quatremètres carré, dont un banc occupe une longueur, sur lequel on dort avec une couverture pour oreiller et dont je ne sais pas comment on fait quand on doit se le partager. La surface de la cellule est essentiellement occupée par une grille à travers laquelle on peut pisser, voire plus si affinitée, mais le water est garanti sans chasse d'eau, ce qui maintient l'atmosphère dans un état de fétidité dont on veut faire honte aux ivrognes autant qu'aux présumés innocents. Celui qui a été ainsi ramassé n'ayant commis qu'un délit passible du tribunal de police qui laissera son casier judiciaire vierge, n'est pas placé en garde à vue. En contrepartie, il ne pourra téléphoner à personne. En particulier, il ne pourra pas rassurer sa prochaine en la prévenant qu'il ne rentrera pas de la nuit attendu qu'il la passera au poste. Ma compagne, à qui je n'ai jamais fait un coup pareil de ne pas rentrer de la nuit, a été tellement inquiète qu'après avoir téléphoné un peu partout,  elle est descendue au bas de l'immeuble où elle m'a appelé dans le vide :

"Boubou !"

dans l'espoir que je réponde, mais je n'étais pas au bas de l'immeuble : j'étais au commissariat de la rue perpendiculère.

Elle croyait que j'étais mort. J'ai eu beau représenter aux policiers qui me gardaient qu'elle était fragile et qu'il était indispensable qu'on la prévienne, ils m'ont promis, ils n'ont rien fait.

 

 

29 septembre 2009

 

Je bois comme un manque de substance par lequell serait marquée mon âme, ce qui me place, du moins le crois-je, dans la nécessité de trouver une substance de substitution qui rendrait mieux compte du message que je voudrais faire passer à travers mon âme, mais que celle-ci se rebute de transmettre, comme si elle était mutique. Je bois parce que mon âme est mutique et que l'alcool délie les langues. Le mutisme de mon âme peut s'expliquer par le fait que le message que je veux lui faire transmettre ne lui correspond pas. Mais le mutisme de mon âme me conduit à me trouver peu substantiel. Aussi, je bois pour me rendre plus substantiel et plus réel. Je bois parce que je manque de réalité, comme le baron de Clapique.

 

Le changement de substance que j'opère en buvant n'est pas sans me désespérer, car d'une part, je ne suis pas homme à accepter sans rechigner d'être double et d'être taxé d'idolâtrie. Cela va contre ma religion. Mais plus profondément et dans un domaine où la religion n'est pas là pour prendre les coups, changer de substance accuse que je ne me suffis pas. Je mets un toxique entre ma substance et moi. J'intoxique ce que je suis. En définitive, je bois parce que "je ne m'aime pas" et cela m'ennuie de ne pas m'aimer, car plus volontiers me serais-je adonné à boire en bon vivant. Mais quand on ne s'aime pas, on ne peut pas être un bon vivant. Que "je ne m'aime pas" est trop dire : cela fait partie de ces exagérations dont notre société est friande. Plus exact serait-il de poser les choses ainsi :

"Je bois parce que quelque chose en moi ne s'aime pas."

Mais l'intoxication de ce que je suis d'une part et le fait que je recours à un produit que j'ai choisi pour me dézinguer d'autre part, aboutit au résultat exactement contraire à ce pourquoi j'avais décidé de boire : j'avais décidé de boire pour me rendre plus sensible et l'effet du boire est de me rendre plus agressif. Je fais exactement ce que je ne veux pas, je me rends méconnaissable à moi-même. Mon alcoolisation ou mon alcoolisme si on tient aux étiquettes est un cas typique d’hétérotellie.

 

Je bois pour devenir plus substantiel et je change d'identité. Ce n'est pas étonnant, car, quand on entre dans le domaine du substantiel, on est dans celui de l'identité, comme l'atteste le "substantif" qui n'est pas autre chose, nom commun ou nom propre, que l'identifiant d'une personne ou d'une chose. On a coutume de dire :

"Je m'appelle un Tel."

J'ai toujours été surpris qu'on se choque assez rarement de cela. La vérité n'est pas que l'on s'appelle du nom qu'on nous a donné, mais qu'on s'est approprié ce nom sans se l'être donné. On ne s’appelle pas, on a été appelé. Il est très fréquent que l'on n'aime pas son prénom, mais on se demande rarement pourquoi on en porte un que l'on n'a pas choisi. On ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus son identité. Vous me direz qu'on choisit encore moins de mourir. Mais notre plus grande marque de liberté devrait se trouver dans notre identité. Cela explique pourquoi on ne dit pas :

"On m'appelle", mais :

"Je m'appelle", comme si, tout à coup, il devenait en notre pouvoir de nous appeler à la vie, comme si nous étions à nous-mêmes notre principe d'engendrement. Nous nous dissocions de notre âme qui véhicule un message à notre insu pour lui faire porter un message de notre cru, à son corps défendant (pour ainsi dire). Nous n'allons pas jusqu'à discuter le prénom qu'on nous a donné, ce serait instruire un procès stérile qui irait contre le respect instinctif que nous portons à nos parents, quoi qu'on en dise. Ce serait les déshonorer. Mais nous choisissons un nouvel identifiant, non pas un prénom certes, mais une apparence, un look, une appartenance, une substance. Nous changeons de substance, nous changeons d'identité. Nous opérons ce changement jusqu'à ce qu'on nous  assimile à cette identité, jusqu'à ce qu'on nous confonde avec l'identifiant que nous nous sommes donnés. La substitution est plus ou moins réussie selon les personnes. Mon frère et un autre ami m'ont dit que, quand j'avais bu, la personne qui se mettait à parler n'était pas moi, mais un acteur de cinéma : j'aurais la voix d'un Gabin ou d'un autre acteur des années 50. Je suis moins ivre que je ne joue l'ivresse, bien que je sois ivre au-delà de l'imaginable, puisque je bois jusqu'à l'infini. Mon changement de substance n'a pas réussi puisque, ce qui fait le mauvais acteur, c'est d'être dévisagé. Mon changement d'identité s'est révélé incrédible et pourtant il n'y a rien que je redoute autant que de perdre mon identifiant. Il est difficile de trouver la force de décider de s'arrêter de boire parce qu'on ne veut pas perdre son nouvel identifiant.

 

Si maintenant l'on me demande, à titre de question subsidiaire, pourquoi je fais l'acteur, je répondrais que c'est parce que j'ai toujours eu besoin de dramatiser. Je crois avoir hérité cela de ma mère qui est une très bonne comédienne, mais ne veut pas avouer qu'elle joue. J'ai moins de peine à faire la vérité sur moi. Je sais que je fais l'acteur bien que je n'aime pas jouer. Cela m'a fait avoir une relation très pathétique avec la souffrance. Sans que j'aie eu une vie facile, je n'ai pas eu d'enfance horrible. Or je n'ai jamais réussi à avoir pour amis ou à être amoureux de personnes n'ayant pas vécu une telle enfance qu'ils qualifiaient eux-mêmes d'horribles. Sans que je le sache, cela me mettait en position de supériorité : je sauvais leur enfance, je prenais leur souffrance. Ce que je ne savais pas, c'est que, dans la mesure où je jouais à souffrir et jouissais de souffrir autant que je souffrais, ce serait au moment même où ils auraient pris confiance en moi que je n'arriverais plus à les souffrir et, non pas que je les abandonnerais (je n’ai jamais abandonné personne, il faut niquer l’abandon !), mais que j’éprouverais de la saturation auprès d’eux,  et que j’aurais la tentation de les quitter, qu'en tout cas, je les ferais souffrir. Je ne souffrais certes pas que virtuellement, mais la réalité de ma souffrance allait se défouler en leur faisant du mal et cela bien que je ne veuille pas faire souffrir. Je ne veux pas faire souffrir et cela ne fait pas que je parvienne à prendre la décision qui ferait que l'on ne souffre plus de moi. Je voudrais vivre sans éclabousser, sans pour autant être obligé d'avoir à sacrifier ma vie pourêtre transparent. Mais, en ne la sacrifiant pas, ce sont d'autres que je sacrifie à ma volonté de ne pas me sacrifier. Il y a une logique sacrificielle dans la vie, mais cette logique, je ne l'ai pas voulue. Je ne l'ai pas plus choisie que mon identité d'origine.

 

16 février 2009

 

 

Je bois parce que l'alcool est un "accélérateur d'inconscient" et un atténuateur d'émotions.

 

Enfant, on a naturellement  "le don des larmes, mais le chagrin nous le fait perdre. On décide un jour de se liquider pour le retrouver. On se remplit de liquide pour se liquéfier le coeur. Mais la première trahison de l'alcool fait qu'au lieu de fondre, on se durcit.  On se carapaçonne, on se cuirasse. On ne voulait pas porter de masque dans la vie : ce n'est pas vraiment qu'on en porte un, mais on s'enferme dans sa tour d'ivoire. Je reprochais à mon père de s'être ainsi rendu inaccessible, comme s'il avait voulu mettre un rempart entre lui et les siens. Malgré moi, je l'ai imité et j'ai construit mes propres douves, d'où j'observe le monde avec une lucidité dont je me félicite qu'elle ne m'en rende pas le dupe, mais qui refuse la duperie du monde se prive d'y participer.

 

Cuirassier, non pas saule, on porte un rocher sur ses épaules. Boire, c'est frapper le rocher pour en tirer des larmes. On frappe le rocher, mais le plus souvent,  on veut le jeter par-dessus bord parce qu'on en a raz le bol : il est trop lourd. ON le rejette dans la mer, mais on ne se soucie plus de quel côté on le lance, tant tout ce qui importe n'est plus désormais qu'on se décharge de son poids. C'est comme si on voulait le jeter par la fenêtre, mais qu'il y avait quelqu'un en-dessous. Inconsciemment, on sait qu'il va tomber sur quelqu'un, on ne le jetterait pas s'il n'y avait personne, le spectacle ne serait pas complet si on ne prenait pas le risque d'écraser quelqu'un. L'effet qu'a produit la pire cuite de ma vie fut de me faire soulever ma télévision pour la jeter du troisième étage. Elle était posée sur une commode que j'ai retournée. La commode s'est brisée,  mais la télé n'a pas implosé, son branchement l'a protégée. Elle n'est tombée sur personne, elle a résisté à ma force. C'est fou, la force qu'on a, quand on boit ! On se sustentait pour devenir poreux, on n'avait qu'un rocher de soucis personnels qui s'interposait entre les autres et notre compassion. On voulait se débarrasser de ce rocher, l'alcool nous a fait le devenir.

 

Hervé Chabalier dit qu'on ferait du bien à celui qui a bu en lui mettant le nez dans la lie de l'oubli des emmerdements et des angoisses qu'il aura causés, lui qui cuve dans son lit, au lieu de quoi on leraccompagne et on le couche. Tous les lendemains, je demande à ma compagne :

"Comment ça s'est passé hier soir ?"

Mon amie "marche à la bonté", ([5])  elle n'en rajoute pas, ne juge pas, mais me dit ce qu'il en est. Quand le récit est trop brute, je me roule en plates excuses ou je nie en l'interprétant l'aspect qui m'est le moins présentable.

 

Je prends des cuites pour me vider de moi, qui m'est rendu quand j'ai dormi dessus. L'esprit a tout à fait récupéré à mon second réveil, mais ce retour met quelques jours à ne plus être une angoisse de retrouver mon corps et ce que j'ai fait, livré à sa force brute. Puis, je me réinitialise dans l'amitié que je dois garder de moi pour survivre de compagnie. Enfin, avec mes défenses, mes centres d'intérêt se remettent en place et je reviens à mon travail abandoné, qui a perdu les quelques jours de mon retour, mais se densifie de me voir revenir du séjour des morts.

 

 

 

13 juillet 2009

 

On boit peut-être aussi pour tamiser les choses. Je n’ai jamais considéré l’ivresse comme un moment favorable ni agréable d’aucune façon ; ce qui m’intéresse, c’est la postivresse à cause de ce qu’on y découvre dans notre originalité qui se creuse. Il y a des gens qui aiment le boire de l’après-manger comme Monsieur de wolmar dans LA NOUVELLE Héloïse ; pour ma part, j’aimerais plutôt « le penser de l’après-boire ».

 

 

30 mars 2009

 

1. Mon frère m'a dit être lui aussi "un étrange suicidé". Nous portons tous en naissant une pulsion de vie et une pulsion de mort. L'art de la vie va consister à  savoir comment faire de la vie avec de la mort.

 

2. Je suis né en refusant de me nourrir, c'est-à-dire de vivre. J'ai dit "non" à la vie avant qu'elle m'ait rien fait de mal. J'ai posé un non-vouloir initial dans lequel il est probable que s'inscrive mon incapacité de vouloir ne plus boire. Mais comment infléchir un non-vouloir initial ? c'est à cet endroit que dieu devrait me chercher, dans le "non" que je lui ai dit à ma naissance avant de connaître aucun langage, dans mon non-amour de l'incarnation pour lequel transformer, Il se Serait incarné. S'Il ne me rejoint pas à cet endroit précis, déjà que je ne vois pas la couleur de la rédemption (car Sa venue n'a pas Eteint la guerre et Sa victoire sur la mort n'est que posthume à notre "exil"), c'est le but de Son Incarnation qui m'échapperait aussi.

 

Quand je dis que j'ai opposé un refus à la vie avant qu'elle m'ait rien fait, je ne suis pas tout à fait véridique. J'ai refusé d'être l'enfant d'un raccord et la caution vivante du pacte que forma le couple parental qui,  en me concevant, crut trouver en moi le sursit d'un amour qui ne demandait qu'à se briser ne survécut guère à ma naissance.  J'ai réagi à la fonction surcitaire d'un amour sur le déclin qu'on me faisait endosser en naissant avec un cristallin opaque, comme par un refus de transparence.  J'ai opposé un refus à porter les amertumes de ma mère dont grand fut le malheur d'être mal aimée, mais grande aussi la complaisance à être malheureuse ; je me suis plus directement identifié à "LA RETRAITE EN MEPRIS" de mon père qui ne se consola jamais d'avoir été orphelin du sien, qu'il perdit prématurément et subitement. La vie a essuyé de moi le refus qu'elle m'instrumentalisât. Or, je n'ai pas trouvé meilleur façon d'y prendre goût que de n'avoir de cesse, une fois ce refus surmonté, de vouloir être utilisé. J'ai voulu servir à sauver. J'aime à croire assez qu'on choisit son incarnation. Peut-on choisir une incarnation qui essuie à la fois un refus de celui qui s'incarne et veut néanmoins sauver ?

 

Ce refus initial est mon péché originel. Si j'ai choisi mon incarnation, comme il est dans mon esthétique de le croire (et l'on ne croit jamais vrai que ce qui nous paraît beau), cela me renvoie à ma responsabilité. Mon péché originel est sans faute antécédente de mes ascendants, j'en porte seul la responsabilité. C'est bien un "NON" que j'ai proféré moi-même dans le choix de mon incarnation. C'est à la racine de cette première dénégation que dieu, s'il m'a sauvé, doit Venir me chercher. Qu'Il ne puisse venir me chercher dans ce "non-racine" serait un effet de son respect du seul acte libre quoiqu'inconscient que j'aie jamais posé.  Or je Le prie qu'Il vienne me retrouver. Le prier est une postulation qu'Il Peut me rédimer, une profession de Foi en la Rédemption. Or je ne saurais Lui dire "OUI"  qu'Il ne Soit venu me chercher. Peut-être queSa Venue transformera l'objet sur lequel devra porter le "OUI" que j'aurai à prononcer en faveur de Dieu et de la vie.

 

3. Quand je ne bois pas, je me sens nu. Quand je bois, je suis habillé pour l'hiver, mais mon revêtement est de marbre. Peut-on faire de l'ésotérisme à la française ? Le "Nu" est l'envers de l'"UN". quand j'étais intégralement issu de l'"UN", je ne me connaissais pas "nu". Du jour où je me suis connu "nu", je me suis décomposé, je me suis divisé contre l'"UN". Pire que la conscience de la nudité, en moi a germé le sentiment de la honte. La pudeur (du latin "pudet", "il est honteux de"), est une manière de moraliser. La morale est une reconstitution à l'infini de la séparation du "décent" et de l'"indécent". D'avoir mangé du fruit défendu, du fruit de "l'arbre de la connaissance du bien et du mal", a fait de moi un tuteur de séparation des plantes qui ne peuvent plus grimper entre les grilles de ma clôture. Je me suis fermé. J'ai rangé ma nudité au nombre des choses indécentes, qui n'était que le versant humble de mon appartenance première à la rectitude de l'"UN". certaines intuitions me font croire que je n'étais pas né pour boire, mais que j'aurais dû trouver en moi le principe de plus subtiles ivresses. Mais j'ai grandi et, en grandissant,  j'ai éprouvé la nécessité de ne pas rester dans l'enfance de l'ivresse et de l'artifice. J'en déduis que ma croissance a été une façon d'évoluer à l'encontre de l'"UN". Si j'étais simplement resté "nu" dans l'"UN", j'aurais connu que toute la complexité des nombres était contenue dans les décimales qui séparaient le zéro de l’un infini et qu'aucune complexité ne vaudrait jamais la divisibilité de l'"UN" par nul autre nombre que lui-même. Seul UN est entier ; tous les nombres qui suivent sont fractionnaires quoique réels, même les nombres premiers qui, pour être divisibles par eux-mêmes, ne cessent pas d'être divisibles par Un. Ayant posé ma nudité comme un envers, je n'ai pas connu que je m'étais divisé contre l'infini, et c'est ainsi que je suis devenu un composé spirituel plein de contradictions et de complexes, dont celui de croissance, et fait de diverses substances. M'étant divisé contre l'infini, mon but est devenu de réussir.  Je me suis en effet révélé capable de croître jusqu'à des nombres supérieurs à "un", mais qui ne savent pas qu'ils sont contenus dans l'intervalle entre zéro et un. Par ailleurs, je n'ai cru que jusqu'à une certaine quantité, qui est devenue la mesure de la réussite de ma vie ou de mon "niveau de conscience". Divisé contre l'infini, j'ai postulé l'état d'échec. J'ai mis ma "soif" au nombre des échecs. La soif est le féminin du désir. J'ai voulu boire pour me mettre à nu et c'est dans les intervalles où je n'ai pas bu que je me suis trouvé nu, éprouvant que ma nudité était devenue inexhibable. Il m'est arrivé de "BOIRE JUSQU'A L'INFINI" : l'ivresse ne m'a fait trouvé que d'autres combinatoires de passage au tamis poétique dénonciatrices, par une composition surréaliste, de la composition qu'a oublié qu'était le réel, qui descend d'une décomposition de l'infini. En buvant, j’ai trouvé la mémoire. Tant que je vivrai dans cette condition inséparable de la finitude, je ne saurai jamais réconcilier le "NU" et l'"UN"fini, soit que je me cantonne dans le réalisme de l'incarnation où l'alcool a peut-être cessé de m'aimer (à moins que ce soit moi qui n'aie jamais aimé l'alcool), soit que j'entreprenne de préférer une vérité moins réelle, mais plus poétique, substituant à la nudité naturelle qui fait de mon corps une dépouille, une nudité artificielle qui, si elle ne fait pas de ma vie une oeuvre d'art, me réconcilie en partie avec  la trahison de devenir adulte et artificieux (devenir adulte ou comment commettre l'adultère à l'égard del’enfance).

 

4. Quand je bois, je me rappelle trop toute ma vie. Quand je ne bois pas, je ne m'en rappelle pas assez. L'alcool me fait renégocier en rêve les tournants que je n'ai pas su prendre en réalité. La seule façon de refaire sa vie est de revivre par la pensée ce qu'on n'a su réaliser dans l'optique du succès d'escompte et d'estime dans lequel on tient la réalité pour un dépassement de l'échec. Toute autre manière de refaire sa vie n'est qu'une renégation très moderne de qui l'on a aimé. On ne tourne jamais la page, surtout si c'est une page d'amour. Boire est peut-être un refus de tourner la page. L'alcool m'a inimaginablement réveillé la mémoire tout en me ménageant des "trous" concernant ce qui s'apparenterait à de "la mémoire immédiate". L'alcool est un refus de la médiation du présent sous prétexte que le passé serait inépuisable. J'épuise la patience des autres à m'attendre au tournant que je ne prendrai pas sous prétexte que je préfère regarder mon sablier s'épuiser en épuisant mon passé inépuisable. L'alcool hypertrophie la mémoire au mépris de l'imagination qu'il fait perdre comme quantité et comme faculté négligeable parce qu'il tient l'avenir, qui est le domaine de l'imagination comme le passé est celui de la mémoire, pour quantité négligeable.  L'alcool ne sait que trop qu'il n'a pas d'avenir (on le lui répète à satiété dans cette société qui fait des histoires et des mouvements, mais qui n'a plus d'histoire).

"Ce soir, j'arrête mes voyages

sur un présent qui n'attend rien...

tout me revient » ! (Jean-Marie Vivier) !

C'est par impatience que l'alcool a réveillé la mémoire pour ne plus attendre de présents des "lendemains qui chantent" où la mémoire a déchanté. La mémoire a décanté la débridation de "la musique intérieure". Quand l'imagination tire les cartes, l'alcool attend dur éveil de la mémoire qu'il a provoqué qu'elle tire les leçons du "TOUT A ETE VECU" qui lui permet de ne plus rien attendre de la vie. Quand on boit, on n'attend plus rien de la vie ; quand on ne boit pas, on en attend trop : la vérité comme toujours est dans cet "entre-deux" qui accepte que "je" change de forme tout en restant le même.

 

 

1er mars 2009

 

Je bois comme un aveu d'impuissance prévenant mon désir, alors que le sens giratoire ordinaire du parcours spirituel  habituel ne devrait prédisposer mon désir  à avouer son impuissance qu'à la suite d'un excès d'affirmation l'amenant à résipiscence (Le désir n’a pas de récit.) (et renonciation à contre coeur) de la volonté de puissance. Je bois comme une démission de la chair d'être éprouvée dans le feu de l'action. Je bois pour brûler des coulées de lave du sentiment tumultueux. Je bois comme en un refus de la lutte des corps s'achevant dans leur chute. Je bois pour sortir de mon corps et obtenir une exemption d'épreuve du sexe.

 

 

IMPERFECTION

 

L’ÉCHARDE

 

 

12 avril 2009

 

1. Je ne connais pas d'humain duquel on ne dise :

"Ce serait quelqu'un de très bien si seulement il n'avait pas tel défaut..."

C'est ainsi quel 'on dit de moi :

"ce serait quelqu'un de très bien si seulement il ne buvait paps."

Ce constatdressé, on en arrive à deux conclusions :

 

1. Il y a comme une fatalité de l'"écharde dans la chair", un point de blocage qui nous fait être inférieurs à nous-mêmes, qui nous maintient dans cet état d'infériorité pour ne pas dire de minorité quand, non contente de nous boucher l'accès à "l'idéal du moi", l'"écharde dans la chair" nous interdit aussi la possibilité d'être simplement reconnus dans ce quenous faison ou de passer du potentiel au réel.

 

2. que faire de cet état d'imperfection ? Y a-t-il nécessité de le dépasser ou de l'apprivoiser ?

 

d'un côté, le Christ nous enjoint :

"soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait".

De l'autre, Saint-Paul constate notre incapacité à atteindre la perfection.

 

Pour que nous nous retrouvions, Paul claudel nous propose cette définition de la perfection :

"La perfection, c'est d'être nous-mêmes, […] c'est de remplir exactement la personne que le destin nous a donnée."

 

Mais, de l'"écharde dans la chair", nous supplions d'être délivrés. Le Christ, après avoir confirmé dans son agonie que "l'esprit est ardent, mais la chair est faible", répond à notre supplique d'être délivrés de l'écharde que Sa grâce nous suffit. Mais à quoi nous suffit-elle ? A "vivre avec l'écharde" ou à permettre que progressivement, nous-mêmes, la retirions de notre chair ? En fait, l'"écharde" ne nous sera jamais retirée ; devrions-nous passer notre vie à nous polariser sur son retrait que le sentiment resterait vivace de ce "membre fantôme" dont nous pourrions avoir accepté l'amputation sans cesser pourtant d'en ressentir le manque. Nous manquons de membre. Ce sentiment du manque est l'expérience du sacrifice fait dans la repentance qui accompagne toute une vie de consommation du sacrifice. La repentance consacre l'incapacité où nous sommes de nous trouver jamais beaux dans le miroir où nous ne pouvons vivre en amis de nous-mêmes, détenus dans cette hostilité de celui qui nous est le plus proche. Le sacrifice est l'invincibilité du manque. Du sacrifice,résulte la frustration avec laquelle il nous semble que nous ne saurions rendre heureux celui pour qui nous nous sommes sacrifiés. Mais refuser de le faire, c'est courir le risque d'être un chien pour lui, je veux dire d’être un chien pour lui au sens de ce qu'un chien est pour moi : un animal qui me fait peur. Refuser de sacrifier à l'autre ce dont nous ne voulons pas subir l'amputation, c'est risquer de le sacrifier à notre refus du manque et de l'installer dans "la peur de nous-mêmes". et ne pas nous sacrifier pour lui, c'est aussi, pour notre part, nous établir dans la peur de lui faire peur. Comment nous échapper de ce cercle carré ? Comment composer ? Il faut composer !

 

3. Fabrice Hadjadj note que tout le malheur de Minos est causé par le fait qu'il refuse de "sacrifier au dieu". Paul Claudel exige des femmes de son théâtre qu'elles fassent le sacrifice de leur chair pour que les héros puissent accomplir leur destin (qu'est-ce que "remplir leur personne" ?), les héroïnes n'étreignant l'âme du héros qu'après que leur vie s'est consumée en souffrance. Or que font les héros de ces sacrifices qu'ils ont parfois demandés, soit directement, soit par l'intermédiaire de leur destin dont leurs amantes ont entendu l'appel ? Les amantes ont répondu par le don de leur personne à l'appel du destin de leur bien-aimé. Mais voici que, ceux-ci suffoquant sous ce don, échouent lamentablement, se ramassent, pitoyables. Le vice-roi des Indes finit en marchands de statues de saints (dans "LE SOULIER) DONT le seul intérêt est l'imagination qui dépare ces statues de leur caractère exceptionnel. Dans la statuaire du ci-devant vice-roi Rodrigue, les saints sont dépouillés de leur destin comme lui-même est devenu infirme.  Ils sont "comme vous et moi", dit Rodrigue. Claudel ne peut convoler avec la femme qu'il aime et qui est déjà prise. Cela le fait décréter que "ce n'est pas l'amour qui fait le mariage, c'est le consentement. Il voulait être prêtre, le voici diplomate ; et le voici priant : "si par hasard tu avais besoin d'un vaniteux et d'un lâche, s'il te fallait un parresseux et un imbécile, il te resterait toujours moi"

J’ai trouvé cette citation dans une prière qui ajoute : « Je ne peux plus rien changer à ce qui est fait, mais tu peux tout transformer. » Les mères qui se sont sacrifiées à leurs enfants en deviennent abusives. Quant au Christ, que faisons-nous, nous, ses disciples, du sacrifice qu'Il A Fait pour nous et que nous ne luia vions pas demandé ? de la terra vivad'où nous regardons ces choses, il semble que la Gloire n'en rejaillse que sur nous tandis que nous suffoquons sous un poids de reconnaissance, tâchant de répondre à quelques exigences de celui Qui nous a donné gratuitement pour être à la hauteur du sacrifice qu'IL A consenti. Or ne nous avait-Il pas promis de ne pas "charger les épaules des gens" à la manière des pharisiens et que Son Joug serait léger, nous menant aux fontaines du "REPOS" désiré ?

 

Il y a des chances que, quand nous entendons le Christ nous dire que sa grâce nous suffit, ce n'est pas qu'elle nous suffise à retirer l'écharde, mais c'est qu'elle nous suffit à "vivre avec l'écharde" pour que "la perfection" que nous en retirions ne comporte rien qui soit de notre fonds. "vivre avec l'écharde" dans "la perfection du Christ" et laissés "à la suffisance de Sa Grâce" nous éloigne de tout orgueil.

   

 

 

 

LES MAITRES NAGEURS

 

17 avril 2008

 

Les thérapeutes qui accompagnent ma compagne lui font un devoir de me faire arrêter de boire. Ils ne savent pas que personne n'y peut rien. Il n'y a pas d'école pour obliger les gens comme il y a des "école des parents" dont l'efficacité me laisse dubitatif. Peut-on pousser l'instinct (celui d'être parent comme on voudrait changer les gens) ? C'est un peu comme si l'on disait à un enfant :

"Sache nager !"

Il ne manque évidemment pas de parents pour le faire en assortissant la mise à l'eau de toutes les remarques constructives habituelles :

"Si tu ne sais pas nager, c'est que tu n'es pas aguerri et, si tu n'es pas aguerri, si tu n'es pas un guerrier comme papa, si tu n'es bon à rien et n’es qu'un empôté, un engourdi, un ramolo, un allergène qui ne saurait avoir mes gènes, si tu n'es qu'un aboulique neurasthénique hypoénergétique qui ne saurait boire la tasse à l'abattoir, au moment de tuer ta première bête... tu n'es pas digne d'être mon fils !"

Seulement voilà : on n'arrive à nager que le jour où ça vient, un jour où quelqu'un ne nous aura pas braqué, ne nous aura rien dit de spécial, ne nous aura pas expliqué mieux que les autres, mais peut-être aura juste employé le mot qui manquait à nous faire trouver le bon battement ! Ou bien qu'on ait trouvé le déclic de comprendre enfin le mouvement ne sera que l'effet de la répétition qui est une base si importante de la pédagogie !

Nathalie est assez d'accord avec moi quant à mon argument concernant la nage parce qu'elle a appris à nager tout soudain comme je l'ai fait. Pour elle, c'était à huit jours d'une classe de mer, une vaine ! Moi, c'est un avocat qui a trouvé les mots pour me faire nager, dont je n'étais pas plus proche que ça, ni avant, ni après. Il a été l'avocat conjoint du divorce de mes parents et sa femme, qui s'appelait Mauricette, s'est suicidée quelques années plus tard. Il me plut ce matin, quand je me le rappelai, que ce fût un avocat qui m'ait appris à nager, mais maintenant que le suicide se remet de la partie, je suis perplexe. Pour ce qui est de l'injonction thérapeutique qu'on fait à Nathalie dont la dépression n'a franchement pas besoin de ça, heureusement pour moi qu'elle déteste le devoir, surtout sur ce dont elle n'a pas le pouvoir. Bien qu'on n'aime guère à s'avouer que personne ne change jamais, il est consolant de savoir qu'on ne change jamais personne.

 

Mais on peut prendre une autre comparaison pour expliquer qu'on n'arrive pas à arrêter de boire sur un claquement de doigts, mais sous le coup d'un déclic : c'est toujours celle avec les parents, mais qui cette fois disent à leur enfant, non pas :

"sache nager" ou "frappe fort", comme Nicolas Sarkozy qui ne boit que de l'eau l'enseignait à son petit Louis en jouant au football d'après un article de "PARIMATCH", MAIS :

"Arrive à faire du vélo en tenant en équilibre sans les roulettes, marche comme sur des roulettes !"

Moi, je n'y suis jamais arivé. C'est cela que j'avais oublié de dire : on n'arrive à nager que le jour où ça nous vient si ça nous vient. Moi, le vélo, ça ne m'est jamais venu et à Nathalie non plus. Quelque chose me dit que ça ne me viendra jamais comme de ranger mon bordel matériel. Dans ma tête, c'est très bien rangé. Si je dis que je ne saurai jamais ranger, est-ce parce que je ne veux pas mettre de l'ordre dans ma vie ? On a souvent voulu m'apprendre à plier mes vêtements sur un valet, à faire mon lit, à respecter mes itinéraires selon la "technique de canne", à préparer une omelette... Mais rien à faire : ça me casse les bonbons, ça ne m'intéresse pas !

 

On compare souvent l'alcool à une béquille (quand je me suis fracturé le genou, je n'arrivais pas à marcher avec), mais on pourrait aussi en parler comme de roulettes. Un peu plus et on dirait qu'on boit pour que ça roule ! L'alcool, c'est de la dynamo ! Quand on le met de la partie,  les roulettes ne nous tiennent plus en équilibre, elles nous font tomber la tête la première ou les quatre fers en l'air, elles nous jouent à la roulette de sorte que, dramatisent les alcoologues peut-être avec lucidité, notre vie se déroule dans l'annonce de son naufrage : on terminera en prison comme on a déjà provoqué des dégâts ; on deviendra agressif alors que l'on s'était mis à boire pour apprendre à pleurer !  De toute façon, c'était pas ça que l'on avait prévu : l'alcool nous a trahis parce que c'est un psychotrope qui ne pratique pas le discernement des esprits. Tous les esprits et toutes les émotions y passent sans être filtrées, de la joie bruyante qui fait claquer des mains aux chanteurs de fin de repas breton jusqu'aux larmes de ceux qui ont le vin triste ou trop sérieux comme moi, en passant par l'"esprit criminel" : il ne faut pas se voiler la face, le crime est parfois au fond du verre comme le ver est dans le fruit. "L'alcool est un accélérateur d'inconscient", c'est sans doute pourquoi Freud n'a pas voulu adhérer à la ligue antialcoolique du docteur Forel, qui était suisse, donc neutre. Freud avait cela de bon qu'il n'était pas ligueur. Celui qui boit, il y a une émotion qui le domine, sensée être, à cause de l'adage "in vino veritas", la vérité du fond de son coeur, son bon ou mauvais fond. Si l'alcool révèle le fond du coeur, il n'y a plus qu'à chercher la corde pour se pendre, car même Saint Augustin ne nous tenait pas pour responsables de nos rêves dont "nier l'existence à ce qui nous travaille, disait Jung, c'est nourrir ses diables." L'enfer, on n'y va que si l'on veut, nous dit la saine Tradition catholique qui s'est affranchie de la lettre évangélique pour décider finalement qu'on se juge soi-même et que ce n'est pas Dieu Qui Peut nous dire qu'Il ne nous Connaît pas. Quant à la corde, il faudrait savoir l'accrocher mieux que je ne sais faire cuire un oeuf. Or on est accro à la vie quand même on ne l'aime pas beaucoup, comme on est accro, psychologiquement accro, où qu'on en soit physiquement, au besoin que l'on a de boire pour retrouver l'émotion qui nous a choisis.  On n'arrive pas à décider d'arrêter de boire parce qu'on ne trouve pas la force de vivre sans ce besoin et du coup, on ne le souhaite plus vraiment. On s'accroche certes à cette question inévitable, mais on  aimerait bien pouvoir la déplacer, car on n'a pas inventé l'anesthésie psychique et l'on n'accepte pas sans douleur de remuer le couteau dans la plaie.

 

Quelquefois, d'heureuses rencontres se produisent entre quelqu'un et l'émotion qui a choisi de le traverser Et, si boire est sa manière d'aller à elle, il peut boire à son aise, sans se faire porter pâle. Mais si le corps n'est pas d'accord avec l'émotion qui correspond à notre coeur, c'est là qu'il faut faire quelque chose. Il arrive aussi que l'on rencontre l'émotion qu'on n'aurait jamais dû connaître. Il y a enfin le cas où l'émotion qui nous a choisis trouve en nous l'écho de la réaction qu'on n'aurait pas voulu avoir. Ainsi de moi qui ai bu pour devenir sentimental et que l'alcool a trahi en me faisant, non pas entrer dans la violence proprement dite à de rares exceptions près, mais dans la provocation, l'insulte, l'agressivité. J'ai bu pour devenir sentimental sans prendre garde que je n'avais pas à le devenir  puisque je l'étais. Où je vois manque de sentiment à ne pas parvenir à décider la cessation d'une pratique qui déçoit tout mon entourage et qui ne trouve grâce aux yeux de nul de ceux auxquels ma vie est attachée, à lexception de ceux qui prennent avec moi des cuites créatives et tellement infinies qu'elles en sont suicidaires.

 

La réaction que mon corps a choisie ayant trahi l'émotion que je voulais éprouver, ma sentimentalité dévoyée se réfugie dans la manipulation des émotions. L'alcool n'avait chez moi qu'à alimenter un fond de tristesse qui n'avait pas tellement besoin de lui. J'aie passé les premiers mois de ma vie dans l'anorexie mentale. Je ne suis pas clinicien, mais je crois que c'est une des raisons pour lesquelles l'alcool a contrarié la sentimentalité pour laquelle je l'avais choisi, me livrant à l'agressivité qui m'a saisi. Ma précoce anorexie mentale m'a conduit dans les deux directions de l'alcoolisme sarcastique et de l'impuissance sexuelle qui, s'étant déclarée dès la première tentative, s'est muée en assexualité. ([6])

 

L'alcool m'a bien sûr donné des trous noirs, mais il a développé ma mémoire et ma lucidité au point qu'il est arrivé un moment où j'ai bien cru me souvenir de tout, tellement que,si je n'étais fait malgré tout comme tout le monde et qu'il ne m'arrivât pas à moi aussi d'oublier, je croirais n'avoir pas d'inconscient. Peut-être l'alcool me fait-il souffrir d'un excès de lucidité ou d'une ultralucidité qui, d'après un médecin urgentistes qui m'a décerné un brevet d'intraitabilité en n'arrivant pas à me convaincre de me faire soigner, brevet qui fait ma fierté, est mauvaise conseillère, car j'investis ma fierté dans l'orgueil de mourir en n'étant pas dupe.

 

 

22 novembre 2014

 

Mustapha nous écrit en commentaire d'une citation de Jacques demy à propos de la musique :

 

Citation :

"à mon sens, la musique renforce aussi bien dans la joie que dans le drame,
les sentiments
".

 

Je crois comprendre que ça rejoint ce que je pense du vin (alcool): déshinibiteur (ça, c'est sûr, reconnu, démontré) qui révèle le fond de l'être:

"Avoir le vin gai" = le vin fait donner libre cours à son tempérament gai, optimiste, positif, chaleureux, exubérant.

"Avoir le vin triste" = affirmer, donner libre cours à sa tristesse, culpabilité, mécontentement de soi, regret ou culpabilité d'avoir relâché l'hypercontrôle habituellement exercé sur soi, honte d'être pris en faute (à ne pas se surveiller).

 

Récemment, ma nouvelle (et maintenant ex) aide ménagère me disait qu'il lui arrivait (comme le jour de son anniversaire) d'être "pompette". Un peu plus tard, je lui ai demandé (vous me connaissez comme moraliste, moralisateur même) comment ça se traduisait: "dans ces cas, je suis amoureuse". Je me suis permis de faire préciser: "vous voulez dire que ça libère votre sensualité?

- Oui!"

 

Ce truc, je l'ai vécu sur moi et chez X deux fois, dont le 3 mai 91 à Moscou.

 

Et comme en France tout se termine par un canon (chanson):

 

In vino veritas,

Nous dit un proverbe latin.

Dieu, pour mieux nous la faire aimer, mes frères,

Nous a mis la vérité dans le vin.

Ce n'est pas le vin que j'aime, c'est la vérité!"

Bravo! merveilleux que le canon "chant" rejoigne le canon de derrière la cravate (merde, encore une connerie, pourtant à jeun: pourquoi est-ce que c'est derrière la cravate que se fait la jonction?)"

 

En écho :

 

C'est  bien vu. Patrick Amsallem me disait que "l'alcool" (c'est un signe de la médicalisation ou de la scientificité croissante de nos sociétés que l'on parle d'alcool plutôt que de vin) était un "accélérateur d'inconscient", un désinhibiteur ou un révélateur. Je préfère l'idée que le vin révèle le fond de l'être ou du tempérament,  l'état moral, que le proverbe "in vino veritas". Le vin n'est à cet égard qu'un exagérateur de vérité et va mettre en relief l'écume ou la lie de la vérité.

 

On dit que l'anorexie mentale est une maladie de l'hypercontrôle. Ancien anorexique quand j'étais tout enfant, mes culpabilités d'après cuite résultent presque toujours de la perte du contrôle et de la maîtrise que j'essaie de garder de mon image ou des événements.

 

 

 

LE SALUT DE LENFANT

EN JESUS-CHRIST ABSTINENT

 

2 août  2003

 

"Vous désirez un apéritif?"

"Certainement, un cocktail aux fruits de la passion."

"Avec ou sans alcool ?"

"Vous m'avez regardé? Ça dépend des jours."

 

Si c'est avec, ce sera pour mettre un peu d'étilisme dans ce monde de tempérance ; si c'est sans, pour mettre un peu de sobriété dans ce monde étilique et gouverné par des "malades" ("Balle sur l'ambassade !"), qui savaient pourtant comme Churchill gagner des guerres difficiles. Hitler ne buvait pas une goutte et bush non  plus. Ils ont eu eu à se plaindre d'un manque à gagner ?

 

L'alcoolique aura beaucoup fait quand il se sera convaincu qu'en ce qui concerne son abstinence, il n'en va pas de son salut, mais, sinon de sa santé et de son bien-être dont il se contrefiche pour l'instant, du moins d'un certain regard, pur, qu'il pourrait jeter sur le monde ("mais que cette pureté ne serve point de prétexte à juger ceux qui ne sont pas en état de se passer de leur béquille), regard d'une pureté d'enfant dont il aura désormais la chance de partager les boissons ("Les enfants sont toujours ivres" a dit Baudelaire) et en qui le pouvoir euphorisant de celles auxquelles il aura renoncé se sera décuplé de ce qu'elles seront passées des vicissitudes de l'ingestion d'un liquide réel à la maîtrise absolue des filtres imaginaires.

 

"Avoir l'habitude de boire de l'eau, c'est étancher une soif d'absolu", disait mon père, qui s'en est  tenu là pour le quotidien, transgressant son ascèse à l'occasion de fêtes à tendance orgiaque où il s'entendait, en s'accaparant la bouteille, à dépasser par des versements réguliers et d'une contenance bonne à l'allumage, pas tellement les bornes, mais l'absorption des autres convives, peut-être en mal de vin auxquels il le confisquait,  consommateurs à la semaine qui, si on faisait l'addition, buvaient plus que de raison et plus que lui, disait-il, persuadé non sans raison qu'il buvait moins que la moyenne, car la moyenne boit tous les jours... Ou buvait, car on boit moins. L'air de rien, la moyenne picole, a besoin de sa dose, de sa ration de narcose à des fins euphoriques, à moins qu'elle ne se serve de son alcool quotidien comme d'un anxiolitique. Comment la moyenne peut-elle ainsi, et tous les jours, n'être pas elle-même tout à fait ?

 

A l'égard de l'alcool dont il m'a toujours prévenu et mis en garde, connaissant mon penchant, mon père m'a toujours fait l'effet de ce personnage d'une chanson de serge Lama, qui est "seul, comme tous ces gens qui boivent et, quand ils sont à jeun, traitent les ivrognes d'épaves."

 

Un autre de mes amis se berce de cette distinction en lui très imprimée que l'ivrogne, dans la catégorie duquel il se place et moi avec, est celui qui n'a pas physiquement besoin de s'abreuver quotidiennement du produit de la vigne (et selon lui, il y a des gens qui ne deviendront jamais dépendants)  au lieu que l'alcoolique est insupportable tant qu'il n'a pas sa dose, fût-ce un seul verre par jour pris à heure fixe, verre qu'il ne saurait prendre en mains sans trembler, ne boirait-il qu'un verre par jour, qu'il doit approcher de bouche pour le premier, s'il ne veut pas le casser, son verre, tant il tremble, "tendu jusqu'au dernier" come dirait Christine Angot trop heureuse de citer Gilles Deleuze analysant l'angoisse de l'alcoolique tendu jusqu'à son dernier verre. L'alcoolique est tendu jusqu'à son verre, quand même il aurait renoncé à le remplir.

 

Mais une chose peut consoler celui qui, en buvant de l'eau,  se lance dans cette reconquête courageuse de son enfance, une chose à laquelle j'espère qu'ont pensé les fondateurs du mouvement "l'eau vive" qui, dès le matin, font boire à leurs adhérents un verre d'eau en priant Dieu pour tenir le coup : c'est que le Christ est Lui-même abstinent puisqu'Il a dit qu'Il ne toucherait plus au fruit de la vigne jusqu'au jour où il en boirait avec ses disciples dans le Royaume des cieux. Et le Père Duval, "L'ENFANT QUI JOUAIT AVEC LA LUNE", avait annoncé que la première chose qu'il demanderait en arrivant là-haut, ce serait :

"Qu'est-ce qu'on boit, monsieur Jésus-Christ ?"

 

Quant à moi, laisse-moi te dire à toi, mon copain d'enfance à qui, parce que je suis un plumitif qui fait mon métier, je me crois en odeur de donner des leçons, que si je ne suis pas arrivé comme tu vas le faire à la renonciation complète à la "sorcière verte" qui me casse la tête, la faute en est à ce que, quand je m'y suis essayé, car j'ai eu ce courage, je l'ai voulue définitif. J'ai vu trop grand. Ne m'imite pas comme dirait Louis XIV sur son lit de mort, non, ne fais pas comme moi la guerre à l'alcool avec des munitions que tu n'as pas éternelles ! Sinon, tu te verras tout petit, tu te trouveras trop jeune pour arrêter de si bonne heure, trop seul pour renoncer à l'opium des sans amis, trop con et sans contenance quand tu verras les autres s'arsouiller devant ta face, entraînés par les échansons à entonner leurs chansons à boire. Et merde"  diras-tu à la fin. Tu n'aurais pas droit, toi aussi, à ta part de bonheur, à ton heure de fête quand tout le monde la fait ? C'est pas vrai, ça, que tout le monde  fait la fête.

 

Ce n'est pas loin d'être vrai, comment se le cacher ? Mais n'oublie pas que tout le monde nefait pas la fête. Il en est même qui ne la font pas pour toi, parce qu'ils pensent à toi, parce qu'ils veulent t'aider à penser que la fête est l'enfance, et non ce qui fait retomber en enfance,  au risque d'un claquage cardiaque ou d'une cirrhose du foie accompagnée d'une crise de la Foi. L'enfance, c'est être tout entier dans ce que l'on fait, c'est mettre tout son coeur à être en fête et si l'enfant a trop fêté, il a une crise de foie, il dégueule un bon coup et on n'en parle plus. Il n'a jamais la gueule de bois.

 

Mais te fais pas de bile, je t'envoie pas en délégation d'abstinence pour pouvoir continuer à me cuiter pendant que, pour m'avoir écouté, tu trinques en te noyant dans un verre durétique d'eau de Contrex et vile. Je n'ai pas abandonné la perspective un jour, s'il me plaît, si Dieu veut et qu'il ne soit pas trop tard, s'il n'y a plus moyen de faire autrement et que jaie passé la fameuse Porte par laquelle la Faculté dit qu'il faut qu'on passe avant de s'arrêter, de faire comme toi : je boirai comme les enfants, je n'aurai plus besoin du reste, de ma ration d'excitants. L'ennui, c'est que j'ai toujours été adulte, je n'ai pas eu d'enfance. Alors, comment la désirerais-je ? Aussi, laisse-moi encore un peu m'oublier et me dire que je ne suis pas près, que mon heure n'est pas encore venue, d'entrer dans la carrière de Sagesse et de Joie sans mélange. J'ai encore un coeur à liquider...

 

"Patron, servez-moi l'apéritif des terrassiers !"

 Faut te dire, mon pote, et c'est pas des histoires, c'est pas des brèves de comptoir, que je sais une adresse d'association d'anciens buveurs sise au 8, impasse du mur, je ne sais plus où dans Paris, j'ai perdu mon calepin. C'est qu'au-delà de vingt-trois verres, j'ai remarqué que j'ai ma dose et, selon que je suis en manque ou pas de magnésium ou quoi, je peux aller au bas mot de la langue pâteuse à la perte du chemin, à l'inconscience chaloupée de celui qui ne sait plus sa route ni le lendemain de quoi la veille était faite, en espérant, cabossé d'angoisse et cuvant dans le lit, qu'il n'a rien cassé ni dit aucune connerie, qu'on ne va pas le gronder, car il faut reparaître comme si de rien n'était, comme si on se rappelait, comme si on avait eu raison, quoi qu'on ait dit, quoi qu'on ait fait. Je bois jusqu'au seuil de l'inconscience, en recherchant même ce seuil, paraît-il, à me regarder boire. Parfois, je tombe comme un sapin de Noël, ou je recherche ma chambre d'hôtel comme un chevreuil. Je bois jusqu'à l'infini

 

Allez, je me la tasse et je me bois la tasse ! L'alcool m'aura au moins offert quelques vers  dans le passage de mes idées au tamis, de façon que de leur enchaînement qui paraît fou, il naisse des mots vociférants qui, pareils à des artifices, foudroient la banalité de fureur poétique. Mais je suis d'accord : il n’y a pas de société, mais il y a une poésie sans drogue. Les déboires d'alcooliques, ça fait chier tout le monde. Le mot "alcool" n'arrange pas les choses et il est bien dommage qu'il faille en passer par là, qu'il faille si souvent, si toujours ou presque, écrire avec la fureur au ventre, entre état cuital et étalage tripal à la charcuterie du mauvais goût.  La poésie est sans dépendance.

 

On s'en passerait bien, des mots- tripaux de tripots portés au jeu, qui ont fait la gloire de rabelais, mais qui ne sont plus dans le charme "à la française" des jardins, maintenant que nous sommes tous des puritains américains. Ces putains de mots sont des cajots légumineux de Rungis, des boudins du "ventre de Paris", des porcs, et moi donc ? Les musulmans ne picolent pas et ont une vraie charité. Ce sont les seuls taxis à qui il arrive de ne pas faire payer leur course aux aveugles.  Ils se réunissent sur la djemâ où ça palabre sec, mieux qu'au café du commerce, de comment régler ce qui ne va pas sur les sujets du jour. Et on palabre pas au pas de l'oie, on s'entraide aussi. Les musulmans picolent pas, mais ils rêvent d'un paradis plein de vin et, quand, par hasard,  ils dérogent à leur culture et qu'ils picolent pas mal, ils ont souvent la bibine coupable. et moi, je suis un porc, qu'est-ce que tu crois ? Et tu crois que, si je dis ça, je ne m'aime pas ? T'as qu'à croire ! La première révélation de mes introspections, lorsqu'à l'été de mes quinze ans, j'allai de mon plein gré me retirer dans un monastère, pour me repentir de ce que, comme Salah Stétié,  j’aimais les talons des Nathalies, ne fut-elle pas : "Tu t'aimes, toi !"?

Ça vaut bien :

"Adore et tais-toi !" et puis ça en jette. Il faut en jeter, s'en jeter une, que sais-je ? Je me répète. Je devrais m'exécuter ou me taire, mais c'est trop fort pour moi. J'ai trop de grain à moudre, de choses à dire, pardonne-moi ! Pardonnez-moi tous, "pardonnez-leur, pardonnez-nous" à nous autres, "p'tites machines alcooliques" ([7]) sans étiquette et moi, si je ne suis l'ami de moi... Comme dirait mon copain Villon, qui est plus voyou que moi, Notre-Dame de la Garde, bonne mère, je ne suis pas marseillais, mais "priez Dieu que tous nous veuille absoudre" !

 

 

DÉSILLUSION

 

16 août 2003

 

Je  bois peut-être pour me maintenir en état de poésie, mais l'alcool est aussi un atténuateur d'émotion qui les anesthésie. C'est bien la première fois que je le prends en flagrant délit de ne pas avoir toutes les vertus.

 

 

20 août  2003

 

L'alcool est un enfer pour les autres, et c'est une de ses injustices. Celui qui boit ne se souvient pas des choses misérables que l'alcool lui a fait commettre et/ou proférer et que son proche a endurées. Il s'endort vidé et se réveille en suppliant qu'on lui pardonne et qu'on l'accepte (Le fait est qu'il faut qu'il s'accepte. Lui, mais les autres ?) et ceux qu'il supplie et qui l'ont subi sont des gens qu'il aime, qui l'aiment et qui ont pitié de lui, d'autant qu'ils se laissent convaincre, ce qui n'est pas mensonge, que ce n'est pas lui qui a parlé, qui a eu ces mots ou ces mauvais gestes, mais l'alcool qui était en lui, auquel il s'est abandonné, il ne sait pas  pourquoi, mais surtout parce qu'il n'était plus maître de ne pas s'y livrer, parce qu'il ne maîtrisait plus la situation.  ([8])

 

Mais lui demande à ne pas être abandonné et, parce qu'il est attachant, on le lui accorde (il a besoin de tisser des liens). On le lui accorde jusqu'au jour où   on ne le lui accorde plus et là, c'est la débandade avec, à traîner pour le reste de sa vie, la certitude qu'ayant merdé, on a une dette envers la société parfaite. Le plus malheureux dans cette histoire, c'est que personne n'y est pour rien et que tout le mondetrinque, tout le monde est à plaindre.

 

 

17 avril 2008

 

Nous ne sommes pas nés pour faire souffrir ceux que nous aimons ni blesser les oiseaux que nous avons recueillis pour souffler sur la brisure de leur aile.

(Et ma mère de me dire :

"Tu n'es pas sorti de moi

Pour faire de toi n'importe quoi

Comme t'empoisonner en buvant pour souiller mon corps :

j'suis pas une poubelle !"

De quel droit elle me dit ça ?)

 

 

LA SOIF

 

 

26 juin 2010

 

On ne boit pas par goût, mais par "esprit de vin".

 

 

8 janvier 2004

 

C'est une passionnante et difficile afaire que d'étudier la soif, ([9]) non celle indispensable à la vie qui veut qu'on se désaltère d'eau potable et qui n'a pas de goût, mais celle, narcotique et sans doute en cela indispensable à un autre niveau de conscience corticale (puisqu'il n'y a pas de "société sans drogue") qui, par-delà la réclamation biologique que l'on n'observe pas parmi les complexions non addictives, prévient qu'à un moment donné, va falloir se remplir moins la panse que l'oesophage et absorber ce brevage qui n'a pas vraiment bon goût pour, dans la perversion de notre haleine qui est le plus certain marqueur du passage de l'enfance à l'âge adulte, se trouver dans un état second où ce n'est plus notre volonté qui domine et qui parle, mais celle de notre double masqué qui fait surface, "double social" ou asocial réveillé par le toxique qui nous fait accéder à un état modifié de conscience où l'ivresse que l'on obtient n'est pas celle que Baudelaire conseille, qui supplie, puisqu'il faut s'"enivrer", qu'on s'en remette au "vent" de "poésie" !

 

Du plus loin que, du bord de mon gouffre intérieur, je me sois penché sur la soif alcoolique pour en sonder la cause,  deux fantasmes analytiques   m'ont fait lier la soif, d'une part  à une temporalité sans discontinuité où on ne cesserait jamais de boire, perfusés au besoin par intraveineuse, et d'autre part au dosage du breuvage viticole, question qui a priori paraîtrait plus fondée puisque, de fait, le problème est bien en partie de savoir à partir de quand la soif est étanchée.

 

Mais d'abord, à quel rythme a-t-on à revenir à boire ? J'ai souvent fantasmé, quand je me croyais extérieur à tout "problème d'alcool" et en observant des amis qui se prenaient des murges devant moi, qu'il ne pourrait pas se passer un instant dans leur journée sans, sinon qu'ils bussent, du moins qu'ils éprouvassent un besoin pressant de boire, ce qui, s'ils l'avaient fait à la cadence où je l'imaginais, les auraient, tout bons supporters qu'ils étaient, rendu saouls comme il ne fût pas permis à des cochons ou à des Polonais, mais ce qui aurait eu la noble cohérence de faire proprement d'eux des tonneaux des danaïdes si constamment pleins et travaillés à la fois par leur goufre que rongés, il n'y aurait eu de salut pour eux pour ainsi dire, ou pour mieux dire de plénitude, qu'à condition de se remplir sans trève (et non de se vider comme un bouddhiste), de ce cautérisateur insatiable qui aurait fait fi des limites physiologiques par lesquelles, quand on a vraiment son compte, faut s'arrêter ou c'est le commat.

 

Mais justement, quand donc est-ce qu'on l'a, sa foutue dose ?  Ou plutôt, c'est quoi, la dose qu'il faut avoir ? Longtemps, quand je luttais encore pour ne pas entrer dans la catégorie des "alcooliques" sous AOC, je me contentais d'un quart de rouge et cela faisait mon bonheur, jusqu'à ce qu'une peur pour lui suivie d'une   fascination sur moi s'exerçassent à voir mon meilleur ami s'enoncer dans l'entêtement de ne pas s'enfiler un quart, mais un demi de rouge, que je l'aidais à boire, car le vin lui montait vite à la tête qu'on lui avait trépannée, jusqu'à ce qu'une fois nos rencontres s'espaçant, j'en vinsse à so, imitation à dépasser la commune mesure et la dose des Français moyens que je n’aime pas, en outrant les vingt-cinq centilitres prescrits de vingt-cinq centilitres  supplémentaires, que je commandais avidement avec les premiers pour faire la demie tout de suite, ne me voyant tranquille et sans angoisse que quand j'avais sur la table, bien posé sur son coussinet et devant mon assiette qui me servait d'alibi, soit le carafon contenant les cinquante centilitres réglementaires que je m'étais administré et qu'il fallait que jeboive rigoureusement, soit, à défaut de carafon, deux petites bouteilles qui, à elles deux, avaient même contenance (je buvais deux fillettes), non que je m'en tinsse en général à ce demi litre que je considérais comme le minimum syndical de mon épanouissement d’inflamation inflationniste dès lors que je me mettais en peine de boire. Mais à peine avais-je installé,  instauré et réglé cette habitude ridicule que ma frustration chercha un autre sujet en ce que ce n'était pas tout que je pusse me rassurer à tenir devant moi le pichet tant convoité ; encore fallait-il que je le busse entièrement sans en perdre une goutte, ce qui est mission quasi impossible, non pas tant parce qu'il n'est pas dit qu'on n'oublie pas la dernière goutte au fond de son verre, voire dans le fond du pichet, comme on oublie la dernière goutte de pisse dans sa bite prostatique, que parce que, n'y voyant goutte, quand je me verse à boire, je mets mon doigt dans mon verre pour vérifier que cela ne déborde pas, que par conséquent, mon doigt reçoit des gouttes et que, si je veux boire l'intégralité du pichet, je dois sucer mon doigt, ce qui n'est pas convenable en société, de sorte que me voici dans le dilemme, ou de bien me tenir, solution pour laquelle j'opte le plus rarement, ou de me passer subrepticement le doigt sur la langue pour que la goutte restant pendue à mon doigt se confonde à ma salive, optimisant mon "coup dans le nez" en feignant que cela ne se voie pas, alors que je ne suis pas assez bête pour ne pas savoir que tout se voit si moi, je n’y vois pas.

 

 

TERME PROVISOIRE

 

10 mars 2004

 

J'aurais envie de ne plus avoir envie de boire et d'oublier que l'alcool fait partie de la fête culturelle pour redevenir pareil à l'enfant que j'étais et que je me dois, à Dieu et à celle que j'aime.

 

J'ai envie d'avoir pris hier la dernière cuite de ma vie. Est-ce que cette seconde envie tempère déjà la première ? Je n'ai pas envie que mon envie décline selon la loi de la déperdition de l'enthousiasme.

 

J'ai envie de perdre le goût du boire sans perdre pour autant ce don qu'a la poésie de me passer au tamis, et les choses au milieu de moi, pour que je les décrive avec une originalité qui les cerne sous un angle à moi, si tant est qu'il y ait véridiquement plus une poésie sans drogue qu'une société sans adjuvants de la convivialité.

 

Je n'ai pas envie de perdre la vie par une fin impromptue et sordide, que j'ai frôlée hier et tant de fois en ma vie et qui laisserait à celle que j'aime le triste souvenir d'un long compagnonage avec un triste sire qui finit en queue de poisson.

 

J'ai envie d'arrêter de boire pour redevenir un enfant qui ne veut pas mourir. Le problème, c'est que j'ai eu envie de mourir en naissant. Témoin, mon père me le répétait souvent, je refusais de me nourrir.

 

Il ne faut pas que je dise que j'ai envie de ne pas perdre cette envie, sauf à l'avoir déjà perdue.

Aujourd'hui donc, j'ai envie d'arrêter de boire, pour vingt-quatre heures ou pour jamais, en n'oubliant jamais, si jamais j'oublie le goût du vin, que du moins l'alcool est ma croix d'or en ceci qu'il a ouvert mon coeur quand même il m'a anesthésié après. Mais jamais je n'aurais contenu tous les malheurs du monde si je n'avais pas, je ne dis pas bu, mais eu tellement soif !

 

16 février 2009

 

Une assistante sociale qui me connaissait bien et que j'aimais beaucoup, un jour que je lui annonçai une résolution aussi naïve, humiliée, tronquée, truquée et d'avance acquise à sa défaite que l'espérance qu'on vient de lire, me répondit en se réjouissant :

"Dans mon métier, vous savez ? J'ai suivi bien desusagers, vous pensez bien. Mais de tous, vous êtes le seul de qui j'ai toujours pensé que vous pourriez vous en sortir et réussir à prendre cette décision et à vous y tenir, car vous avez beaucoup de dons et de talents qui compenseront le manque de ce que vous abandonnez."

Or on ne vit pas de ses dons, car ce sont les autres qui les reçoivent. J'ai bien des dons  et trop de cordes sont tendues à mon arc, j'ai reçu en surabondance, j'ai de la chance, j'en ai conscience et de la reconnaissance. La chance fait partie du talent comme le talent fait partie de la chance (mon père disait que tout se paye, surtout la chance). La musique adoucit les moeurs, j'en joue ; l'écriture est un jaillissement, j'en déborde ; mais les dons ne rendent pas heureux, on n'est heureux que du bonheur. On serait heureux de donner, mais les dons ne font pas le bonheur. J'ai même la chance de vivre un amour. Je serais heureux de rendre plus heureuse celle que j'ai choisie pour l'aimer, mais l'amour ne rend pas heureux si le bonheur n'est préalable. On peut s'aimer en s'entraidant à porter les souffrance de deux enfances conjuguées qui se consolent. Mais aimer ne rend pas heureux si le bonheurne préexiste. Que le bonheur préexiste et tout peut être bien vécu ; mais qu'il manque et le corps saumatise, se focalise sur quelque chose qu'il n'a pas, se passionne pour ce qui ne lui ferait pas de mal si le bonheur était là, trouve une obsession et un abcès de fixation. Dans le fond de cette obsession, il ne manque que le bonheur. Les plus belles choses ne peuvent compenser le bonheur de manquer à nous précéder. Le bonheur doit précéder surtout nos dons et même nos amoures.

 

 

6 septembre 2011

 

 

Deux cris déchirants de Dieu :

 

-          « J’ai soif », crie Jésus au momentde sa Passion. Et d’expliquer à Josépha Ménindez :
»J’ai soif des âmes. »

 

- « J’ai soif de vos soifs », dit-Il à saint Augustin

 

 

 

 

DISSOLUTION DE CONTINUITÉ

 

14 mars 2004

 

Je comprends pourquoi, aux dires de Saint-Paul que je crois sans oser y jeter le doute, "les ivrognes n'auront point de part au royaume des cieux" : c'est parce qu'ils ne se souviendront pas de toute leur vie, moyennant quoi ils ne pourront pas répondre de tous leurs actes. Vous comprenez ? La conscience, il ne faut pas en perdre le fil, sans quoi la vie n'est plus un film ! Vous comprenez ? La vie, c'est comme l'éternité : c'est la continuité.

 

Sérieusement, j'aimerais pas voir ma gueule quand on me montrera tout ce dont je ne me souviens pas et comment ça aura marqué, aura fait mal, y compris physiquement, à ceux-là dont je ne sais même pas que je les ai blessés ni à quel point.

 

 

LE MAUVAIS COTÉ DE LA PORTE DES CHOSES

 

5 novembre 2007

 

La littérature des associations d'anciens buveurs prétend qu'il existe une certaine "porte" dont, une fois qu'on a franchi le seuil, on est entré dans l'alcoolisme et, à moins qu'on ait touché le fond, on n'en ressort que pas vivant ou pas indemne. Je suis depuis quelque temps hanté par cette idée de la "porte", d'autant qu'en parrallèle, lisant Annick de Souzenelle, j'entends parler de " PORTE DES HOMMES" par laquelle il faudrait passer  pour réaliser notre condition divine. Or :

 

1. Le 11 février 2007, après un week-end dans un hôtel où j'avais commis une infidélité sans me supporter dans la position de l'infidèle  et sans non plus que  le fantôme de cette maîtresse, qui était un premier amour retrouvé, ait encore tout à fait disparu de mon imaginaire à la date où j'écris, je suis tombé entre des travaux en rentrant chez moi et je me suis cassé le bras. J'ai tout de suite  accepté  ce bras cassé sans douleur, comme un châtiment dont j'aurais eu mauvaise grâce de me plaindre, mais je me suis dit que je commençais de payer de m'être longtemps bien amusé et que désormais, j'étais passé du mauvais côté des choses, que la vie se retournait contre moi. Comme si, parce que javais fait "LE SINGE EN HIVER" et qu'il ne m'était rien  arrivé ; sous couleur que la Providence des ivrognes m'avait toujours régulièrement ramené à bon port, je m'étais vraiment amusé jusqu'à présent...

 

2. Un mois avant de commettre l'adultère, la veille de Noël, j'avais renoncé à cette amante d'antan que je venais de recontacter un lendemain de cuite et, pour y avoir renoncé par téléphone dans un bar, j'avais atterri aux urgences de Mulhouse pour ne pas m’être souvenu de l'adresse de l'hôtel oùj’étais descendu. La fille en question s'était montrée plus persuasive que mon renoncement à elle puisque je l'ai revue en février, et de m'être cassé le bras un mois plus tard m'a fait vouloir mettre un terme à cette histoire, non pas au boire.  Depuis, j'ai cessé de la voir, mais j'ai à cause du boire mal parlé à ma Mieux-Aimée, qui est celle que j'ai choisie depuis que je l'ai rencontrée, lui disant par ivresse que je savais bien qu'elle m'emmerderait toute ma vie, et je me suis dit que j'avais encore franchi un pas dans l'embrasure de cette porte. La semaine d'avant, ils avaient dû se mettre à six pour me faire grimper jusqu'à mon cinquième sans ascenseur. Tout ça faisant et cette idée de "porte" me hantant, je me suis demandé si je n'avais pas passé "la porte des hommes" à l'envers.

 

3. Le passage par "la porte des hommes" se caractérise pour Annick de souzenelle par "une accepttation des lois ontologiques", au commencement de laquelle on raisonne encore suivant les catégories du bien et du mal et on croit savoir tenir pour moralement justifié ce qui l'est en effet et pour faute ce en quoi on est passé à côté du bien qu'on se proposait. Or je suis dans une cyclothymie très malsaine à l'égard de la faute :

 

-quand on m'a mis le nez dessus, je demande pardon de tout mon coeur et mes yeux ne sont pas les derniers à la pleurer derepentir, d'autant que j'en veux aux sans remords, que je voue à l'enfer ;

 

- puis j'essaie de nier l'évidence ;

 

- quand on me la prouve indéniablement, j'essaie de trouver un bien-fondé à avoir dit ce que j'ai dit.  J'allègue quelque cause seconde venant de préférence d'un arrière-plan de lucidité de l'en-deçà où l'on flaire. Je loue l'instinct de ma colère ;

 

- enfin, je reproche aux autres de me reprocher mes malversations attendu que c'est avec tant de bienf-ondé que je les ai pour ainsi dire raisonnablement commises et pensées par-delà la pensée, dans l'extrême logique de mon inconscience même.

 

4. Mais une nouvelle cyclothymie serait de nature à me convaincre que j'ai passé "la porte des hommes" à l'envers: c'est que, quand on l'a passée dans le bon sens, on doit se dépouiller de ses richesses intérieures en étant capable de créer dans la pauvreté d'un esprit qui cesse d'être ivre des connaissances accumulées ou des pensées qui l'enthousiasment au point qu'il se croit le roi du monde quand il en a été traversé. et puis il retombe, exilé, dans la torpeur la plus profonde, alors que c'est de naître de gens jamais emplis que notre création pourra transformer le monde, dit le Tao. Notre création doit être sujette à la loi, à la grâce du saint oubli, comme il arrive souvent à des littérateurs qu'ils ne sachent plus ce qui leur est passé par la tête, dont François Mauriac est un exemple, lui qui ne se souvenait pas de ce que racontaient ses romans. Quand on a franchi "LA PORTE DES HOMMES" à l'envers, on est ivre d'avoir été traversé avant de penser qu'on ne valait tellement pas la peine d'être un canal que, n'étaient toutes ces affections certaines à qui l'on ne voudrait pas faire de peine, autant vaudrait s'y jeter, dans le canal. (et quand je suis bourré, l'un de mes lightmotifs est de dire que je vais crever, que "tu peux me planter un couteau dans le coeur si tu veux, que ça ne te fera pas de peine quand tu seras libérée de moi par mon trépas...")

 

5. Car voici un autre effet de l'alcool en tant, non point qu'il s'agisse de le juger, mais qu'il nous fait ou non correspondre à notre réalisation Divine : c'est que certes, il nous apprend à ne pas nous juger et que, dans la mesure où nous ne voulons pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'ils nous fassent, et être à leur encontre le miroir de la mauvaise réputation que de nous ils publient, l'alcool nous fait un devoir de leur être bienveillants, pour autant que nous ne souhaitons pas nous mépriser nous-mêmes. Et bienveillants, sauf dans les affaires où notre jalousie est touchée, nous pouvons le devenir jusqu'à l'indifférentisme, jusqu'au détachement du :

"C'est ton problème !"

que renvoie généralement l'alcoolique à qui lui en expose un autre personnel que le sien propre parce que, si l'alcool est un "accélérateur d'inconscient", c'est un ralentisseur d'émotions qui nous a dévitalisés, de sensibles que nous étions, jusqu’à l’inaptitude à l’hébétude, jusqu'au refus de considérer un autre malheur que celui dans lequel on est plongé.

 

L'alcool nous rend donc les négateurs de tout jugement et c'est d'un air détaché que nous émettons que le jugement n'est pas du ressortde l’homme, en quoi nous sommes d’accord avec Dieu. . De là nous inférerions volontiers que l'alcool nous apprend le détachement qui semble inséparable de notre absence de jugement comme idéalement, il serait souhaitable que nous ne jugions pas sans être indifférents et soyons détachés tout en ayant pitié. Or, c'est tout le contraire qui se produit: l'alcool nous accroche. Ce ne sera jamais un alcoolique qui prendra la décision de rompre parce que, s'il prenait l'initiative de la rupture, il croirait en mourir de chagrin. L'alcool nous déjuge, il ne nous délie pas, ou plutôt il ne délie pas les autres de nous. Détachement et déjugement seraient pourtant requis, ou plutôt jugement détaché de la dévalorisation de la personne jugée, jugement détaché de la faculté de juger, non du fait d'avoir du jugement, de la nécessité de faire justice ou de l'autorité de la chose jugée. Or, comme un alcoolique ne sent pas la substance dont til use à même de le justifier, il ne saurait faire un juge équitable et détaché. Mais, s'il n'est pas malhonnête assez pour prendre les autres prévenus pour plus minables que lui, ceux-ci auraient passablement de chances de sortir contents de son Tribunal. car, pour n'être pas un juge détaché, ce serait un juge débonnaire qui délierait beaucoup, pas de lui par impossible, mais des rigueurs de la Justice. L'alcoolique est miséricordieux par profession, la mansuétude est son point lumineux. car, pour pouvoir se regarder en face, il est obligé de revêtir le masque de la tolérance et d'excuser les autres pour rester son propre ami. A moins qu'il ne soit si renégat de soi qu'il accuse les autres en feignant de ne se trouver à la face que des taches de vin de naissance et un nez bourgeonnant devant provenir, probablement,  de malformations congénitales ou de l’hyrondelle qui fait le printemps. On fait le clown comme on peut ! Or le malheur, c'est que, justement, pour citer encore le Père Duval, "l'alcoolique est un être moral." Quelqu'un qui peut être très dur... avec les autres. Sous le poids d'un sur-moi qui lui fait regretter d'avoir perdu cette intransigeance envers lui-même. L'alcoolique qui est peut-être l'être le plus fait pour la réciprocité, n'est finalement pas réciproque de la façon qu'il aime le moins, c'est-à-dire qu'il ne l'est pas au désavantage de l'autre, lui qui serait le premier à se sacrifier, à donner sa chemise, à se dépouiller de tout excepté de sa bouteille !

 

 

15 février 2009

 

Nathalie m'a souvent dit qu'elle préfé[10]rerait que j'aie une copine plutôt que j'envenime notre relation à force de boire.

 

 

16 février 2009

 

Le Dr. Philippe Madre, psychiatre de son état et membre du renouveau charismatique, raconte cette histoire : un homme fait route dans un couloir. Tout à coup, il est attiré par une lumière très douce qui sort de l'embrasure d'une chambre.  Cette lumière éclaire un visage rayonnant de bonté, il veut se rendre dans la chambre pour entrer dans cette lumière et être présenté à ce visage. Il commence de  pousser la porte qui refuse de céder. A l'idée que même la douceur qui l'a attiré soit en train de le trahir, ses gestes deviennent de plus en plus désordonnés. Ses doigts s'excitent sur la poignée, il donne des coups de pied dans la porte avant de s'écrouler de rage, déconfit, démonté, contre le mur d'en face. Alors, Jésus pousse la porte qui, quand on était de l'autre côté, s'ouvrait dans l'autre sens.

 

Cette histoire qui est celle d'un déblocage serait belle si, chaque fois qu'il est question de relation au Christ, l'Eglise ne disait pas que l'homme fait de travers. C'est qu'il ne se connaît pas dans la Lumière du Christ qui le dépouille des oripeaux de son péché. La "connaissance de soi" prise au sens chrétien doit ouvrir à l'humilité. Avant Philippe Madre, sainte Thérèse d'avila était déjà de cet avis, L’imitation de Jésus-Christ allant jusqu'à ajouter que toute connaissance de soi devait aboutir au "mépris de soi". La prétendue "connaissance de soi" dans la Lumière du christ déshabille, la connaissance d'avant le péché originel aimait à  être nue. Le péché l'a fait mépriser le plus simple appareil parce qu'il visait à catégoriser le bien et le mal. La connaissance consécutive au péché qui s'est trouvée condamnée fut celle qui impliquait un jugement. Mais la contagion de la condamnation fit de toute connaissance un péché bien qu'au commencement, la connaissance fût amour. La connaissance d'avant le péché aimait l'état de nudité. Depuis que le soupçon s'est porté sur la connaissance, il faut sortir du christianisme pour qu'à notre connaissance, réponde l'univers en nous aimant. Mais moi, c'est le Christ que j'aime avant l'univers. J'ai moins été élevé dans une tradition que je ne suis le fruit d'une culture où la reptilité de mon enfance spirituelle a été envenimée par la peur de perdre l'amour de Dieu par peur de se connaître, peur de se trouver nu et peur de se tromper.  Pour toutes ces raisons, qu'on ne fasse pas dépendre e salut de l'enfant que je suis de la force que j'aurais de renoncer à boire, à supposer toutefois que cette fixation sur la décision que je n'arrive pas à prendre soit l'issue, qu'il ne vaille pas mieux que je change de braquet !

 

 

RÉALITÉ

 

31 août 2006

 

Dans La condition humaine, Gisors, le père de tchang,  accusait le baron de Clapique, qui s'enivrait substantiellement au bar des "troisièmes classes", de "boire parce qu'il manquait de réalité.

J'endosse cette accusation, je me reconnais bien là :

dans le labyrinthe où je me suis perdu et me suis fait l'observateur rigoureux des autres faute d'assez d'assurance en moi, je bois parce que je manque de réalité

et l 'alcool est l'auxiliaire de cette irréalité,

ne serait-ce qu'à la mesure de la feinte émotion qu'il est censé m'inspirer face aux malheurs du monde qui, en réalité, m'indiffèrent à présent qu'ils ne me donnent plus que des opinions.

Je bois pour avoir des larmes et c'est à cause que je bois que les larmes ne me viennentpas...

 

 

27 décembre 2017

 

 

« La joie partagée ensemble rédime l’ivresse. S’enivrer ensemble, c’est sortir de la réalité ensemble.

Celui qui boit seul s’enferme. Il craint de sortir de la réalité tangible avec les autres. Il ne peut échanger que s’il est à jeun. Donc il ne peut communiquer que du rationnel. » (Françoise Dolto)

 

 

ÉGALITÉ

 

5 septembre 2006

 

On n'est pas à égalité devant l'alcool, c'est vrai, et il y en a, quand on est un petit buveur qui a envie de se déballonner comme un gros, dont on jalouse l'encaissement, qui envient les gros consommateurs qui sont après qu'ils ont bu comme s'ils n'en avaientrien fait.

 

Seulement, l'alcool, c'est comme la vie qui ne vous met à égalité devant rien :

à part ça, la vie, ça  se termine toujours mal, au bout du compte on meurt ; avec l'alcool, on met plus ou moins de temps à avoir son compte : soit on meurt tous les soirs sans grande conséquence pour son foie, soit on creuse sa tombe sans rien oublier ; mais au bout du compte, on a son compte. Il n'y a pas de surhomme. Quand on boit, on est saoul !

 

la marche des "grands vivants" que les théologiens musclés appellent "la vie", ça use, ça use, ça use les saoulards !

 

L'alcool emprunte à la mort usurière.

 

L'alcool pour l'organisme, c'est pas comme l'orgasme des "petites morts" :

ça ronge et c'est vrai que ça n'use pas sans intérêt,

 

mais c'est pas comme la vie, l'alcool :

l'alcool, c'est lourd comme la mort, c'est pour ça que saint Pierre est contre et le Coran aussi, qui a pesé pour nous les avantages et les inconvénients et a conclu que l’avantage était aux inconvénients.

L’alcool, ça empêche de prier,

mais pas autant que mon texte n’est lour... 

 

Le vin, il y en aura au paradis des houries, houra !

Mais l'alcool, est-ce qu'on l'emporte au paradis ?

C'est lourd de dire "l'alcool" plutôt que "le vin",

il y a quelque chose de sans espoir dans ce mot

comme la chimie.

L'alcool, c'est un mot chimique,

bien loin des chimères alchimiques,

des envolées spiritueuses

et des réalités spirituelles.

 

 

LES VIEILLES AMES

 

18 avril 2008

 

"comment peut-on aimer la vie ?" s'est demandé Franck devant nous sans se douter que sa question pouvait faire froid dans le dos. Nathalie a la chance d'aimer la vie dont elle a eu la malchance d'être peu favorisée. Moi, j'en ai été plus favorisé, mais je ne peux pas dire que je l'aie aimée. Je n'irai pas jusqu'à dire que je ne l'aime pas du tout, mais je n'en suis pas un fanatique. J'aime la regarder se vivre, exercer sur elle mon sens critique plutôt que d'en trouver le sens pour moi.  Homme de paille, je regarde la paille dans les yeux de la vie et, la poutre qui est sur mon dos, je la décharge quand j'ai chargé la mule. Je sais bien que je devrais plutôt ne pas faire l'âne que d'apprécier cyniquement à quel point les autres ont tout faux excepté moi.

 

Tout mon dilemme à propos de la vie se trouve assez bien résumé dans la fin de ce qui va suivre : Jean ferré, fondateur de "RADIO COURTOISIE" dont les engagements politiques plutôt vigoureux n'ont entaché en rien la profonde humanité, avait imaginé un récit de la Création qui se serait déroulée comme suit :

 

"Au premier Jour, Dieu créa l'intelligence ; au deuxième, l'Amitié; au troisième, la moisson ; au quatrième, la rose ; au cinquième, le Chat et au sixième la Femme qui résume tout ce quia vait précédé."

J'aime ce récit et pas seulement parce qu'il est ingénieux. Mais j'aurais envie de disputer avec son auteur sur ce qui a précédé, de l'Intelligence ou de l'Amitié, au "Principe de la Création". Jean Ferré ne se serait-il pas trompé en croyant que c'était l'Intelligence ? N'est-il pas plus vraisemblable que Dieu ait comencé par l'amitié ? Jean ferré s'est sûrement trompé, mais moi aussi dans la pratique, à qui mes amis reconnaissent l'intelligence pour principale qualité, mais pas l'amitié. Je ne suis pas assez leur ami, leur est avis. Ils ne me le disent pas, mais ça transpire du fait qu'ils me croient surtout intelligent. Mon attitude à l'égard de la vie, et certainement de l'alcool et du reste, devrait essayer d'inverser la vapeur. L'intelligence n'est pas une perspective qui fait sursauter l'élan vital. Qu'importe qu'elle ait des vues prospectives sur nos perspectives d'avenir : l'avenir ne passe pas par son prisme pour se prévoir, sinon si froidement que les horoscopes ont lieu de ne pas être en odeur de sainteté. L'avenir n'appartient pas à l'intelligence, il est l'affaire de l'Amitié qui relève la vie. Je le sais et même je prétends avoir "la religion de l'amitié" comme Jean Ferré à qui j'ai emprunté cette autre formule. Cela n'a pas empêché ce dernier de croire qu’il fallait convenir de la primauté de l'intelligence.

 

 

15 février 2009

 

J'ai un copain de collège et d'internat qui est allé s'établir aux USA où il a assez longtemps vécu de sa musique avant de se marginaliser comme la plupart des aveuglesde France, qui sont en uniforme de banalité et de normalité, qui n'entrent pas dans le culte de la performance et qui croit en la valeur d'un individu par la preuve. De loin en loin, Thierry et moi, on se téléphone. Il m'a dit un jour que j'étais quelqu'un dont il s'attendait toujours à apprendre la mort, parce que j’appartenais depuis l’adolescence à la catégorie des "vieilles âmes" qui n'étaient pas faites pour ce monde, à force  de savoir que ça ne vaut pas la peine de courir à perdre haleine, et de courir alors que rien ne peut se réalisé ici-bas sans se retourner contre notreintention, jusqu'à "l'amour éternel" que la vie rend lourd à porter quand il est pure et simple beauté dans l'idéal. Que tout ça, je ne l'avais jamais dit comme ça, mais que tout en moi montrait que je l'avais pensé.

"tu bois parce que tu te dis qu'il n'y a pas de mal à se faire du bien quand on sait que la vie met à mal le bien à travers l'écharde dans la chair qui s'insinue dans les relations les plus simples,  les plus saintes et les plus saines, quand l'émerveillement le cède au constructivisme de la durée où tout devient matière, jusqu'à celui-là même avec qui on bâtit la maison.

 

 

17 février 2008

 

a propos du seuil passé lequel on devient alcoolique, l'alcoolisme étant la maladie qui consiste à ne pouvoir trouver le seuil auquel il faudrait arriver à s'arrêter avant de devenir inconscient, il faut encore rapporter ces deux seuils à ce troisième qui est le seuil de la mort et sur lequel l'alcool a souvent permis à l'alcoolique qui perd pieds de mettre le pied. L'alcoolique a marché sur ce seuil, le lendemain de ces démarches se passe dans l'angoisse de voir enfin venir cette fin opportune qu'on a vue importunément de si près, après quoi l'alcoolique oublie qu'il a marché sur le seuil et montre un visage radieux sans savoir que ce qui l'irradie, c'est d'avoir défié la mort en face en ayant été capable de revenir à lui-même. Il fait souvent planer l'ombre de sa mort parce qu'il a tant de fois plané comme un ange au-dessus d'elle qu'il en déduit qu'elle ne se montre pas méchante en ne brûlant pas systématiquement les ailes de qui se risque dans ses parages ; mais contrairement au fait que "le dernier ennemi que le Christ mettra sous ses pieds, c'est la mort", le dernier défi que l'alcoolique lancera à la mort, il ne le relèvera pas et la dernière fois que ses pieds fouleront son seuil, ce sera pour qu'elle l'engloutisse comme il a englouti. Bien sûr, elle engloutira tout le monde qui va y passer pour rétablir l'égalité des conditions ; mais l'alcoolique a le pressentiment qu'il paiera ses fausses complaisances d'un enfoncement dont on aura plus de mal à le dégager.

 

 

17 février 2008

 

J'ai fait un cauchemard au cours duquel, après une cuite que j'avais prise par-devant mon père, celui-ci me disait :

"Tu ne supportes pas l'alcool !"

 

Il avait observé de son vivant que, plus je buvais et plus je me tenais dignement ce qui présageait que, quand viendrait le moment où je perdrais le contrôle, attendu que je ne sais boire que jusqu'au seuil de l'inconscience, ce serait un naufrage, un écroulement de tout mon être. Heureusement, il n'assista jamais à une telle scène, au pire en connut-il les conséquences d'après écroulement tel qu'en ce jour où, comme je m'étais saoulé avec mon oncle qui m'avait ramené à bon port de maison paternelle que mon père n'occupait pas souvent la nuit. comme il ne dormait pas là, j'étais entré dans son appartement (je couchais dans une chambreau deuxième étage), j’avais déféqué dans un sachet plastique, que je rangeai soigneusement  sur le radiateur à la place des sacs poubelle avant de regagner ma chambre. Quand mon père rentra le lendemain, quels ne fut pas sa surprise pestilentielle devant le contenu odoriférant de la poubelle accrochée au radiateur ! Mais surtout, qu'a pu signifié que j'aie apposé si consciencieusement telle "signature de l'inconscient" ? ([11])

 

 

10 juillet 2017

 

 

Note sur l’égalité :

 

Je me fais toujours l’idée, que je sais fausse, que les grands consommateurs d’alcool qui le supportent bien regardent les petits avec dédain et en pensant qu’ils ne boivent pas.

 

Je supporte mal qu’ils ne me fasent pas boire autant qu’eux.

 

Je ne suis pas partisan de la stricteégalité dans la vie en général, sauf pour l’alcool.

 

Je ne suis pas le seul à qui ait posé problème que le christianisme ne soit pas une religion de la désafiliation, puisque saint Augustin a passé le plus clair de son livre sur la Trinité à se demander si le Père et le Fils était égaux. Mais quant à moi, je retrouve ce matin dans mon journal politique de 2002 que je corrige dans l’espoir de le publier un jour, que, petit, je disais à mon père : « On est pareils », où je ne savais pas que se cachait : « On est pairs, on est égaux. »

 

17 février 2008

 

L'alcoolique est-il malade comme ceux qui le soignent tiennent beaucoup à déplacer sa prise de boisson du champ du "vice" à celui de la "maladie" ? En tout cas, il se distingue de celui qui a une consommation apaisée d'alcool quelles qu'en soit la quantité en ce que c'est un buveur spirituel quand l'autre est un abuseur qui se fait plaisir et dont le corps supporte les excès...

 

"Je n'ai jamais considéré votre tendance à surconsommer de l'alcool comme diabolique" m'a dit le Père ARistide qui m'a vu souvent faire par l'alcool des choses inqualifiables qui me sortaient de moi, à moins qu'elles n'aient justement confessé ma vraie nature à ma honte.

"Il est vrai, ajoutait-il, que ma Foi ne s'est jamais sentie très concernée par le diable. Je ne suis pas d'un tempérament inquiet !"

A quoi j'aurais dû oser lui demander devant tant de sérénité pourquoi être prêtre si ce n'était, ni pour exorciser le diable, ni pour surmonter une inquiétude. Aimer Dieu n'est-il pas une aptitude nécessaire et suffisante pour être ordonné son prêtre ? Or peut-on s'élever à aimer Dieu mieux que narcissiquement afin qu'Il S'intéresse à nous ? Le Père Allard m'a certifié que non. Mais aussi, si je suis un malade spirituel comme c'est d'un "esprit" que l'alcoolique est le buveur, qui a soif et qui aime "l'état d'esprit du boire", "l'esprit de vin", pourtant ne doit-on parler à notre propos de "maladie spirituelle" que dans l'exacte mesure où l'on est d'avis qu'est malade qui, pour méditer, s'appuie sur une lame de tarot, "tout suport de spiritualité pouvant servir", a dit quelque relativiste. En général, je n'ai rien contre le relativisme, mais là, ça me dégoûte :

"Ah bon ? Tout support ? en ce cas, pourquoi dieu interdit-Il de tirer les cartes ?" demanderai-je à qui soutientcette opinion, moi qui suis d'un tempérament inquiet.

"C'est vous qui vous imaginez qu'Il vous l'interdit. vous savez bien que le tarot n'est pas qu'un art divinatoire : il y a un "tarot de lumière" qui est un "miroir de l'âme !", croient me rassurer les occultistes.

"Le tarot n'est pas qu'un art divinatoire comme le diable n'est pas seulement devin. Mais qu'il le soit aussi prouve combien il s'entend à détourner vocaliquement la divinité que je le soupçonne de faire appeler "le divin" dans une "dissolution" où c'est à lui qu'on a affaire quand on croit s'être évaporé dans le puits sans fond de la tendresse humaine, des miels spirituels et du sentiment océanique. Que voulez-vous, ami tarologue ? Je suis un incorrigible occidental qui croit encore que "Dieu vomit" quiconque interroge l'avenir !" ([12])

"qu'il est triste que vous soyez si pessimiste et au désespoir de vous figurer que le diable est admis à la possession de la tendresse quand "tout amour vient de Dieu !"

 

Dans la spiritualisation de sa prise d'alcool, l'alcoolique cherche à se mettre en rapport avec "l'esprit de vin",  et qui communique avec les esprits ne sait pas toujours ce qu'il rencontre. Mais il y a des esprits et nous ne pouvons rien là contre, et nous-mêmes ne sommes pas comme qui dirait un seul esprit, ou un esprit cousu d'une seule pièce comme la sainte tunique d'argenteuil (ou une de mes chemises qui dort depuis 2001 auprès de Nathalie et qu'elle ne veut pas déchirer. L'autre matin, elle s'est réveillée en la tirant de par son rêve pour l'attirer à elle avant de lui dire qu'elle ne voulait pas la déchirer, déjà qu'elle  a peur de la perdre parce que le tissu s'en est usé).

 

 

LA BUTTÉE DU VOULOIR

 

22 février 2009

 

Saint-Paul disait liturgiquement   ce matin que, oh crhist, tu n'as été que "oui et amen" ! Je me suis souvent abrité derrière le droit que tu nous as donné de dire "non", pourvu que nous ne tergiversions pas, ce que je ne tme rappelle pas pour m'excuser de ne pas te dire "oui". Mais là, aujourd'hui, ce Mystère fait plus que m'affliger sur cette âme, la mienne, qui ne te dit pas "oui". Je trouve cela simplement monstrueux, une âme qui ne dit pas "oui". Tu me demandes ce que je veux que Tu fasses pour moi et je te réponds que tu ne me guérisses surtout pas ! Bref, RAS (Rien a Sauver) dans mon refus initial se cristallisant sur un objet oral d'autant plus fuyant qu'il est à l'état liquide et qui me donne une fausse fluidité, déliant et empâtant ma langue tout ensemble, pour ne donner à mon âme que de la souplesse à fuir en abandonnant mon corps. C'est monstrueux, une âme qui ne dit pas oui. As-Tu déjà dressé des constats de décès en état d'échec spirituel ? Cela existe-t-il, l'échec spirituel ?

- Non."

- Évidemment, tu ne sais pas dire non ! Seule la forme interronégative de ma question appelait ce "oui" inversé à l'affirmation. l'échec spirituel n'existe pas, voulais-je que tu répondes.

- Je ne suis que Oui, et l'échec spirituel en effet n'existe pas. On peut dresser des constats de décès en état d'échec spirituel, ça oui, mais l'échec spirituel en soi n'existe pas, car supposer qu'il existe serait sous-entendre que Ma Création n'arrive pas à ses fins, or J'arrive toujours à la fin d'amour que Je Me propose. Quant à te dire ce que Je pense de ta maladie, d'abord elle ne date pas d'hier ! As-tu noté le nombre de fois où tu m'as déjà dit "non" dans ta vie ?

- Justement non. Mais tu fais allusion au fait que je n'ai pas répondu à ma vocation de prêtre avorté, je suppose.

- Tu as biensupposé.

- Je ne t’ai pas dit oui, mais je ne t’ai pas dit non.

- Ce qui revenait à dire non.

- Ce qui y revenait, mais à dire non par défaut. Je m'en suis consolé en me disant que la vie procédait par détournements, que Tu Ecrivais droit avec des lignes courbes...

- Ce qui n'est pas faux.

- Superficiellement, j'ai réglé la question en soutenant que je n'aurais pas pu être moulé dans la statue du prêtre telle que l'Eglise l'assigne au respect des vertus bourgeoises. Mais, lorsque j'ai lu le lévitique, je me suis aperçu que ma consolation ne touchait pas seulement à la surface des choses : les fils d'Aaron ne doivent souffrir d'aucune difformité ; être aveugle reste à ce point rhédibitoire que je n'aurais pu accéder au sacerdoce sans une dispense de Rome. Il est induit du fait que le mariage est nul s'il n'est pas consommé que, si je n'avais pas caché mon impuissance, elle aurait été cause qu'on ne me laissât pas entrer au séminaire. En dernier lieu, suppose que j'aie accepté d'endosser l'étiquette "alcoolique" : je n'aurais plus jamais pu boire et il aurait fallu néanmoins que je porte chaque jour à mes lèvres le calice de ton Précieux Sang. (Comment font les prêtres de "L'EAU VIVE" ? La dispense de consacrer du jus de raisin n'a été accordée qu'en Italie.)

- À ton tour, qu'en penses-tu ?

- De quoi ?

- De ce que l'accès au sacrement de l'Ordre soit aussi encadré ?

- Si limité, Tu veux dire. Tu sais que je n'en pense pas beaucoup de bien, parce que je suis persuadé que l'équilibre n'est pas un critère du sacerdoce. L'équilibre est l'aptitude que l'on requiert aujourd'hui pour traduire sans y faire référence les interdits que j'ai mentionnés afin de les rendre invisibles et donc de rendre ces limites acceptables. Aujourd'hui, on va fouiner dans les chambres des séminaristes pour exclure de l'ordination ceux qui présentent des tendances homosexuelles. Je ne trouve pas cela bien. Équilibrés et instruits, voilà les prêtres qu'on souhaite pour aujourd'hui ! Voilà qui assure pour longtemps que l'Eglise se coupe des classes populaires à cause de l'instruction de ses ministres et ne puisse toucher les âmes malades à cause de leur équilibre. La médecine allopathicochimique qui supprime les symptomes du corps a peut-être besoin de ne pas être administrée par des gens qui ne sont pas très sains, car ons se moque volontiers du médecin malade ; mais on ne saurait dire au contraire tout le bien que ferait aux âmes perturbées un "fol en christ" les restaurant dans leur dignité par ce simple signe qu'il serait admis à les servir.

- Le jugement que tu viens de porter (et que je ne crois pas forcer ta plume en disant que Je le partage) t'indique une voie à suivre sur le sens que tu peux donner à l'épreuve de ta maladie.

- Je n'y avais jamais pensé." ([13])

- Mais ta question portait sur ce que Je pense, Moi, deton mal de ne pas assez aimer la vie pour pouvoir la choisir, Je ne veux pas l'esquiver.

- Pardonne-moi, mais avant que tu te prononces, je voudrais évoquer un nouvel écho qui m'en vient.

- Souhaiterais-tu répondre à la question du "depuis quand tu es malade" ?

- En quelque sorte.

- tu veux interroger la mémoire des origines, les archives akashiques ? Tu sais qu’il est dangereux de les manipuler. Le procédévéhicule autant une Transcendance trompeuse qu'il n'est séduisant à l'interrogation.

- J'entends bien, mais je voudrais seulement ramener à l'"origine de moi" ce qu'il en est, comme souvent il m'arrive par boutade de dire, quand on me demande depuis quand je ne voisrien, que je ne vois rien depuis l'origine de moi. Je veux dire que ma mère...

- Fais atention à ne pas trop t'aventurer sur ce terrain-là. Pourquoi ? est-ce que tu te sens l'héritier d'une "race d'alcooliques" ?

- Non, quelle idée ! D'où tires-Tu cette horrible expression ?

- De Bernanos, écrivain catholique, dans la nouvelle histoire de Mouchette.

- Ah oui, un de ceux qui confondaient catholique etflamboyance par goût du baroque, étant flamboyants pour se déchaîner des rigueurs d'être dogmatiques.

- C'est assez bien vu.

- Eh bien non, je ne me sens pas l'héritier d'une "race d'alcooliques". Mon père buvait à l'occasion en s'imposant une discipline de fer. Il n'a ouvert sa première bouteille de Bordeaux tout seul qu'à 62 ans parce que son beau-frère venait d'avoir un infarctus et qu'il avait voulu essayer du "franch paradoxe" pour ne pas déclarer la même défaillance de coeur. Il ne buvait qu'en société afin d'amplifier un goût de la provocation qui se cachait sous son dandysme. Ma mère buvait quelques bières par jour, mais elle ne se saoulait pas, contrairement à ce dont je l'ai accusée longtemps.

- Pourquoi tu as fait ça ?

- D'abord parce qu'on me disait qu'elle buvait ; ensuite, il est vrai que le rite de son pac de bière était assez démonstratif. Enfin et surtout, elle n'a jamais reconnu ce que tout le monde racontait, à savoir que ma grand-mère maternelle (que je n'ai jamais connue) était elle alcoolique et est morte d'une cirrhose du foie. Tout le monde le reconnaissait à part elle. Alors comme elle m'imputait d'avoir tiré ce fonds de moi tout seul pour ma consommation personnelle, je l'ai accusée, elle, pour l'obliger à reconnaître pour sa mère. J'ai voulu la rendre responsable.

- Et pourquoi tenais-tu à la rendre responsable ?

- Je sais, je n'aurais pas dû, d'autant que ma mère vit dans la négation et dans la culpabilité. Mais si elle ne m'avait pas culpabilisé aussi, je ne lui aurais pas fait porter le chapeau.

- Bon, mais Je crois que Je t'ai entraîné loin de ce que tu voulais dire.

- En effet. Je voulais dire... Quelque chose qui va rapporter le fait que j'aie voulu rendre ma mère responsable de mes tendances à la beuverie à ce que nous sommes associés dans l'inaptitude au bonheur.

- Quoi ? Comme tu y vas !"

- Oui, ta réaction est aussi celle que ma mère a eue lorsqu'un psychiatre a diagnostiqué cela en elle et puis l'a laissée se débrouiller avec ça ! Elle s'est sentie comme décapitée.

- Tu veux dire culpabilisée comme à son ordinaire à ce que tu dis ?

- Non, j'ai bien dit décapitée.

- Pourquoi tiens-tu à ce mot ?

- Parce qu'un prêtre en me confessant m'a mis le doigt sur le fait que je devais être dans le regret de mon péché, mais non pas dans la culpabilité. Et sur ce, il ajoutait que la culpabilité était une décapitation.

- Et tu sens qu'on t'a coupé la tête ?

- Je vais TE dire à quel niveau je l'entends, mais je voudrais revenir sur le bonheur. Le bonheur est profondément lié à la santé, non pas de la façon dont on l'entend généralement, en ce sens que la santé ne précède pas le bonheur, mais c'est bien le bonheur qui précède la santé. Derrière ce confliit de préséance, il  y a l'idée que "l’âme qui dit oui " est apte au bonheur et ne joue pas avec le malheur. Le malheur ne la fait pas jouir

- Celle qui veut le bonheur, tu veux dire ?

- Qui ne le voudrait pas ? Non vraiment, celle qui rentre dans son aptitude au bonheur. L’âme qui dit oui entre dans la plénitude de sa divinisation en ce qu'elle dit :

"JE SUIS HEUREUSE". » ([14] Car si « qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes », pour toi, Seigneur, le bonheur n’est pas un attrape-couillons.

- J'Aime ce que tu dis là. Mais pourquoi n'arrives-tu pas, pour ton compte, à rentrer dans ton aptitude au bonheur ?

- C’est parce qu'on m'a coupé la tête, on m'a culpabilisé de me fixer sur un objet transitionnel qui m’a permis, comme tout un chacun, de me mentir à moi-même, qui m'a aidé à fuir ma condition, et qui m'a aussi fait perdre la tête à ses heures. Mais...

- Précise ta pensée. Tu ne parais pas, loin s'en faut, avoir le moins du monde perdu la tête."

- Tu dis cela parce que je sais conduire un raisonnement.

- Entre autres.

- Si tu veux dire que je n'ai pas perdu ma lucidité, j'en suis flatté, même si la lucidité est un fluide glacial. Mais admets que la lucidité est bien peu de choses.

- Tu n'as pas perdu la raison non plus, ce n'est pas si mal !

- Je n'ai pas perdu la raison, mais je ne sais éclairer ma (voire la) vérité qu'à la lumière de la raison. Or on sait tout le mal dont un tel éclairage est capable et Luther, dont je me méfie par ailleurs, appelait la raison « la putain du diable »..

- Certes. Quel genre de lucidité aimerais-tu avoir en prime ou à la place de celle que tu as ?

- Celle qui, après m'avoir fait voir, me ferait aussi vouloir.

- Tu touches au noeud du problème.

- que veux-tu dire?"

- Que tu m'as demandé ce que Je Pensais de ton "âme qui ne dit pas oui" : c'était une manière de Me demander si Je t'en voulais de ne pas Faire Ma volonté.

- En effet, j'ai beau me répéter que Celui Qui Aime ne doit pas avoir de "projet" sur celui qu'il aime, je sais que ta Vvolonté Est très puissante, qu'on ne t'Aime que quand on t'Obéit et, voyant que, manifestement, je ne veux pas ce que tu Veux, je me demande si tu ne me maudis pas.

- Pas le moins du monde, tu restes mon enfant, non seulement parce que Tu Te trompes sur la nature de ma volonté que je ne saurais t'expliquer à cette heure, tu ne le comprendrais pas, fixé comme tu l’es sur cet abcès de ma volonté, précisément parce que - et c'est la raison profonde pour laquelle je ne Saurais t'en vouloir - tu es malade de la volonté et c'est ta volonté qui est malade. Je ne peux pas t'imposer de vouloir guérir alors que ta maladie est de ne pas le vouloir.

- C’est ça. Ma volonté est malade, je suis un malade de la volonté, donc je n'ai pas de volonté. et qu'est-ce que Tu Peux faire de ça ?

- Rien vu comme ça, mais Pose-moi la vraie question que tu portes.

- Est-ce que Tu Peux Accepter ça, pour mon salut ?

- C'est à toi de le faire. Pour moi, c'est déjà fait.

- Mais il y a quelque chose de plus que j'espère.

- C'est où je voudrais que tu en viennes directement.

- Est-ce que tu Peux Vivre avec moi, je veux dire bien que mon âme ne Te dise pas oui, bien que je ne veuille pas guérir ?

- Qu'en sais-tu, d'abord, si ton âme ne me dit pas Oui ?

- Je le vois bien.

- Tu le crois pour te torturer, à cause du fantôme de ta tête.

- Peut-être en partie. Je suis cependant content d'avoir posé le problème en ces termes parce que cela m'a fait comprendre quelque chose sur la liberté et la Vierge.

- Et qui est ?

- Que les féministes accusent la vierge de n'avoir en réalité pas prononcé de fiat, mais plutôt, après avoir interrogé sur la façon dont allaient se dérouler les événements annoncés par l'ange, un résigné :"Que tout se fasse  pour moi selon ce que tu m'as dit",

sous-entendu, puisque je ne peux pasy couper. Or le fiat de la vierge a été une adhésion de toute son âme. et j'aimerais être un enfant de Marie.

- Tu es d'abord celui de ta mère.

- Selon la chair.

- Pas seulement. Et puis c’est important, la chair. Tu dis « la chair », ça stigmatise et ne cicatrise pas.

- Je ne me désolidarise pas de ma mère, mais j'aimerais dire oui avec Marie, si je ne suis pas convaincu que ma mère soit en mesure de dire oui à son bonheur !"

- Qui te dit qu'elle n’est pas en mesure et que toi-même, tu n'as pas prononcé que TU (ETAIS) HEUREUX ?

- Je le constate.

- Le bonheur n’est pas constatif, il est affirmatif. Depuis quand te fies-tu aux apparences ? Sais-tu qu'on pourrait, avec ta digression sur la liberté de la Vierge, t'accuser de noyer le poisson en trouvant une issue de secours qui n'ait rien à voir avec la choucroute dans laquelle tu pédales ?

- Merci pour le pédalage.

- C'est toi qui interprètes mal. Je ne t'ai pas traité de pédale, j’ai dit que tu t’emploies à perdre les pédales.

- Entendu. Mais peux-tu Vivre avec moi ?

- Comme le chantait Alain Leprest, « donne-moi de mes nouvelles, vis-tu encore avec moi ? » C'est à quoi Je voulais que tu reviennes.

-Et Ta Réponse ?

- Que ce n'est pas le bienportant qui a besoin du médecin, mais le malade."

- Ce n'est pas un peu facile ?

- Qu'est-ce qui est facile ? Tout passe par ton acceptation et de toi-même, et de ta situation, et du regard que tu portes sur ta réalité, et du fait que ce regard peut très bien ne pas être le bon. Doncil n’y a rien de facile.

- Je voulais dire facile pour Toi, car je crois que je ne suis pas facile à vivre. Mais, puisque Tu Transposes, comment saurai-je que je me serai accepté ?

- Je ne dis pas : quand tu te foutras la paix, mais quand tu ne te focaliseras plus surton mal ; moins quand tu auras déplacé la question que quand tu ne douteras plus que je Demeure en toi."

- Tu veux dire que tu habites avec moi malgré ce que je suis ?

- J'aime que tu dises "ce que je suis" plutôt que "qui je suis" comme un de tes amis homosexuels.

- Cela me fait toujours mal de l'entendre  se réduire à son homosexualité.

- Comme tu n'assumes pas d'être alcoolique, que tu en tires que tu veux en guérir ou t'en arranger.

- L'étiquette en est infâmante.

- Tu n'es pas obligé de porter l'infamie du regard que les autres posent sur toi.

-Je ne suis pas obligé de porter l’infamie, c'est vrai, seulement pour toi, est-ce facile de demeurer en moi ? Réponds-moi. Suis-je facile à vivre

- J'aime Demeurer en toi, car je peux y pardonner tes péchés et ma nature est de sauver. Mon âme divine véhicule un message rédempteur. Qu'est-ce qui est le plus facile ? De dire à un paralytique (comme tu l’es du vouloir) : "Prends ta civière et rentre chez toi", ou : "Tes péchés sont pardonnés ?"

- C'est Toi Qui le Sais !

- Pour moi, c'est la première chose qui, de loin, serait la plus facile, mais c'est la seconde que j'Affectionne le plus, même si le miracle déroge par exception à la liberté que j’ai donnée à la nature.

- Tu veux dire que le miracle ne te fait pas peur ? Alors pourquoi en fais-Tu si peu ?

- Parce qu'il faut que le miracle reste un signe.

- Et tu ne veux pas que je sois un miraculé ?

- Tu le sauras à la fin de ta vie. Mais toi, le veux-tu ?

- Je n'y tiens pas. Lorsque je suis allé à Lourdes, je me suis versé de l'eau sur les yeux. J'ai vu que le miracle ne se produisait pas. J’en ai été meurtri, mais pas mécontent. J'ai trouvé que c'était plus dans mon destin, si Tu me passes le mot !

- Ce n'est pas Moi Qui Ai peur des mots.

- Donc je ne suis pas miraculé parce que je n'y tiens pas ?

- Il y a de ça. Un miracle te ferait bouger et tu as peur de bouger, tu préfères t’enliser et rester paralysé.

- Et tu habites en moi pour me pardonner mes péchés ?

- Plus durablement que Je n'ai Mangé avec les pécheurs. Je n’ai même pas peur de la cuillère du diable. Il peut me parler, il ne m’infestera jamais.

- Mais comment puis-je ne pas être accablé par le poids d'être pécheur ?

- En reconnaissant simplement que tu l'es sans juger le fait de l'être.

 

 

 

 

 

L'ETAU SE RESSERRE

 

31 décembre 2008

 

- s'arrêter de boire, c'est littéralement se jeter à l'eau. Il est vrai que, si à côté de ça, boire c'est se noyer...

 

- Ces vingt années témoignent contre moi, l'honnêteté m'oblige à le reconnaître, que je n'ai pas fonctionné avec l'alcool. Mais aurais-je marché sans lui et n'ai-je pas marché avec lui ? Je n'ai pas fonctionné à cause de lui, c'est-à-dire que j'ai raté ma vocation, n'ai pas développé ma musique, n'ai pas réussi à mettre le point final à un seulouvrage, n'ai pas terminé une Oeuvre, me suis désoeuvré, mais j’ai bien travaillé ? (Je n'ai pas travaillé à me désoeuvrer, mais j'ai détravaillé pour œuvrer, moi qui n’aime pas qu’on parle de travail pour désigner une oeuvre.) Je suis un raté magnifique. L’alcool m’a détourné de moi, et après qu’il m’ait donné l'illusion qu'on vivait par détournement, le but pour lequel j'ai recouru à lui s'est lui-même retourné contre moi. J'ai bu pour éponger toutes les peines du monde etj’en ai augmenté le poids. À force de boire, je suis devenu insensible et j'ai fait souffrir.

 

Tous les voyants son tau rouge. Je suis perdu de réputation, mon frère me dit que j'ai "l'esprit empoisonné" ce qui fait que je règle mes comptes avec tout le monde, je mets du fiel dans mes griefs, "les autres s'éloignent", je m'isole et me convainc que j'aime mieux être seul, je fais souffrir et je me fais du mal. Ma charpente physique en prend un coup, je me suis déjà cassé le bras, maintenant, c'est au tour du genou dont une vieille fracture s'est réveillée. Je peux encore arquer, mais j'ai déjà de l'arthrose et , sous l'effet de mon poids, un os est en train de s'écraser sur ma rotule qu'il est probable qu'on prothèse un jour. Je vais être une masse de métal qui va sonner à l'entrée detoutes les prisons, quand j'irai y jouer la messe ou y payer mes dettes pour la peine, quand je serai "le détenu dans le miroir", au purgatoire. Tout le monde me somme d'arrêter de me remplir la musette, tout le monde, même Franck, mon meilleur ami, qui se définit pourtant comme "un drogué dans l'âme" comme je serais  "un buveur dans l'âme", selon la symétrie que nous avons établie entre nos deux destinées inversées. Caar le demi de Côtes-du-Rhône ne l'obsède plus. Il est revenu à ses premières amoures qui étaient le hash  et ça me rassure. Mais, comme on l'a mis sous curatelle, il ne peut plus s'en procurer). Si j'arrête, ne vais-je pas perdre mon âme ? Mais, si je suis un "buveur dans l'âme", n'est-ce pas que l'alcool me touche à l'âme, immédiatement, principiellement ?

"Tu sais, Julien ? Je te préfère à jeun", m’a dit Franck.

"Tu en as de bonnes ! C'est que tu me préfères tel que je ne suis pas. Pourquoi, tous autant que vous êtes, ne me prenez-vous pas comme je suis, ne m'acceptez-vous pas dans ma diférence irréductible avec ce que vous souhaiteriez que je sois, comme si j’étais un écran sur lequel vous pourriez projeter vos images de moi, dans ma non correspondance absolue et qui n'est pas destinée à se corriger autant qu'elle n'est pas désirée, pas attendue dans le monde ni dans le ciel, pas entendue non plus par aucun qui se donne la peine de la comprendre et de l’apprivoiser. Je dis cela sous réserve de n'être pas invivable. Mais j'ai la faiblesse de penser que, si vous m'acceptiez mieux, je le serais moins. Si je bois pour me maintenir en état d'imperfection, c'est que je constate que, pour le monde, être parfait, c'est lui correspondre, indépendamment de l'incommunicabilité infrangible qui doit  nous laisser ne pas être transparents les uns aux autres. J'éprouve depuis l'enfance une grande souffrance de ne pas être en transparence, d'où ce penchant à boire que je pourrais contourner par les mêmes raisons que j'ai employées à m'enivrer pour ne pas répondre à ce qu'on attendait de moi. Je pourrais tout aussi bien ne pas boire pour ne pas faire comme tout le monde, car tout le monde boit. Les autres en seraient plus contents de moi  et c'est pourquoi je ne le fais pas.

 

- Nombrilistement, ombiliquement, j'aimerais ne pas m'arrêter, mais altruistement, je ne sais pas si j'ai le choix.  Peut-on trouver son bonheur dans la privation ([15])  et peut-on se priver pour autrui ? Je ne méconnais pas que l'héroïsme ait été de rigueur en bien des âges de plus d'honneur que celui d'émollient assoupissement que nous traversons malaisément, mais peut-on pleinement se priver, en fidélité à soi et sans faire porter son sacrifice comme le Christ ne cesse de faire valoir d'après la religion qu'Il s'est Livré gratuitement pour nous et que c'est pourquoi Il cherche depuis, dans son inconsolable affliction,  des victimes pour réparer  Son

Acte gratuit.

- Il me semble que l'on ne sait pas soigner l'alcoolisme. La seule façon de le soigner, c'est de dire aux malades d'arrêter de boire ou éventuellement de leur donner un substitut médicamenteux qui remplacerait un médicament somme toute naturel, mais aux effets secondaires imprévisibles, par une camisole chimique dont le seul avantage est qu'elle nous permet de garder le contrôle de la situation, si toutefois c'en est un, d'avantage, car enfin la vie n'est peut-être pas une réalité que l'on doit maîtriser. Si, comme j'incline à le croire, on ne sait pas soigner l'alcoolisme, c'est que la vie est aussi incurable qu'immaîtrisable. La seule façon de soigner l'alcoolisme consiste à dire au malade :

"supprimez votre problème et vous n'en aurez plus !"

Je serai détrompé si le soin de l'alcoolisme permet d'en libérer de l'obsession. Tout de même, je n'ai guère vu d'abstinents heureux. La preuve qu'ils administrent qu'ils ne le sont pas, c'est que la seule alternative qu'ils trouvent le plus souvent à boire consiste à devenir des "ligueurs", des coalisés de la convivialité du non-boire, des militants de la non publicité pour le vin, des intolérants du plaisir que se donnent les autres au nom de leur douleur, des "antis". Comment les en blâmer ? Il n'y a pire plaisir que celui auquel on ne participe pas.

 

- Une chose me prouve quand même que j'ai baissé : c'est qu'autrefois, je me disais qu'on pouvait boire à condition de dire « je », à condition de conserver une identité égotique ; aujourd'hui, je me demande si l'on conserve une identité quand on ne boit pas. ([16])

 

AU GALOP DU NATUREL

 

4 janvier 2009

 

1. "L'habitude est une seconde nature", dit L'Imitation. Perdez une habitude et vous en retrouverez une autre si vous ne retrouvez pas votre première nature. Il en va du boire comme dureste, maladie ou pas. Mais, ce qui crée la peur de changer d'habitude, c'est, outre le saut dans l'inconnu,  l'écart entre les deux natures.

 

Par exemple, il est impossible, au début d'un sevrage, de se dire que c'est pour toujours. D'où le subterfuge qu'ont trouvé les associations d'anciens buveurs de remettre ça tous les jours, "de vingt-quatre heures en vingt-quatre heures". On ne peut se promettre d'arrêter de boire pour toujours alors qu'on forme des voeux pour la vie. Le subterfuge de ceux qui, comme moi,  soit sont dans le déni, soit ne veulent pas s'appréhender comme malades parce qu'un handicap, ça suffit, ([17]) c'est de se donner un terme après lequel ils arrêteront d'arrêter, comme je me dis aujourd'hui que je vais arrêter de boire jusqu'à Pâques et après, on verra ! Mais, arrivé à ce (à mon) terme, aurai-je encore envie d'arrêter d'arrêter ? Sans doute, recommencerai-je pour les raisons de prétendue convivialité sociale qui m'ont rendu d'abord insupportable l'idée d'arrêter alor que c'est justement parce que mon comportement devenait anticonvivial que j'ai dû supprimer le signe de la convivialité, tellement devenais-je inbuvable, infect parce qu'infecté, "empoisonné", dirait Gilles,la société des autres disant généralement de moi :"Ce serait un type bien si seulement ilne buvait pas!"

Or, au moment de recommencer, ce qui risque de m'arrêter sera la peur de l'écart entre la sérénité que j'aurai trouvée durant cette pause et dont je ne sais si la liberté consiste en elle plus que le bonheur en la santé, ([18]) entre cette tranquillité d'esprit et ce que je redeviendrai. Je retrouverai la peur de la peur que ceux qui m'entourent ont de moi, la peur de connaître à nouveau des moments d'inconscience, la peur de l'Image que Dieu aura de moi et de celle que je m'en ferai à son Imitation, croyant me voir dans ses yeux. S'Il devait ne plus m'aimer, y survivrai-je, moi qui m'aime si peu, ou du moins qui suis si tourmenté à propos de cet amour de moi ? Du côté des autres, de ceux qui forment par rapport à moi la société, on me fera valoir que mes traits sont plus détendus depuis que j'aurai arrêté et je ne pourrai pas en disconvenir, car, quand on sait qu'on n'aura rien, on ne cherche pas à en avoir toujours plus, d'où la détente qui se marque sur les traits, sans préjudice de la déception que dénonce la "voix intérieure", mais qui est rassurée aussi, parce qu'elle apprécie de ne pas avoir ce coup-ci à ressentir le regard hostile qu'elle sent habituellement peser sur ses paroles qui deviennent audibles, quand on manque et quand on cherche à se procurer ce qui nous manque et qu'on a "toutes les peines du monde" à le trouver, comme on a "toutes les peines du monde" à ne pas participer au plaisir des autres, qu'on se figure plus grand qu'ils ne l’apprécient, mais notre visage dissimule cette peine. Je ne bois presque jamais quand je ne sors pas et, comme je sors de moins en moins, je bois de plus en plus quand je sors et je ne rentre presque jamais bien de sortie. Gilles me dit que "dehors, c'est devenu ma poubelle".

 

 

2. Franck s'insurge que la société commande aujourd'hui que l'on soit naturel, qu'on ne se dope pas, ne fume pas, ne boive pas, ne prenne aucun produit psychotrope. Il ne se rebelle pas que les ressorts de la protection judiciaire aient obtenu de lui qu'il ait perdu l'obsession de fumer du shit ou d'en trouver, bien qu'il n'en refuserait pas si on lui en proposait. Il ne se trouve pas mal de cequ'on l'ait privé de ce qui lui tenait le plus à coeur, car il n'avait pas d'autre préoccupation que de trouver un sentiment de "défonce", mais il prétend qu'on n'a pu obtenir cela de lui qu'en lui fournissant un substitut médicamenteux, ce qui lui paraît un compromis acceptable. Étrange résignation de ce grand révolté qu'est Franck ! Qui s'insurge que nous vivions sous une "dictature médicale", mais il n'est pas homme à se battre contre des murs.

 

sur ce point comme sur tant d'autres, nous raisonnons aux antipodes, Franck et moi (nous avons une amitié des antipodes avec des destinées inversées comme échangées, comme si nous nous les étions volées sans l’avoir voulu. Mais, puisque la destinée m'a avantagé, je ne suis pas bon juge de la qualité de l'échange). Je me souviens que l'une des choses qui m'avait le plus choqué quand je me suis aperçu que les gens buvaient d'une façon qu'ils rendaient quotidienne jusque dans leurs excès mêmes était que je croyais les connaître au naturel et qu'apparemment, il y avait des moments où ils sortaient d'eux-mêmes, même si le fait de boire ne les changeait en rien. Ils faisaient si bien qu'ils cachaient par du naturel en sortir tous les jours, de sorte qu'il ne restait plus que deux choses à faire : traquer les moments où ils en sortaient et se barricader comme eux, imiter leur fuite pour connaître leur peur et l'excitation qui était à sa base. Car il devait y avoir une joie ou, si ce n'était une joie, un but à se barricader  comme ils faisaient à sortir si obscurément et si souvent d'eux-mêmes, à faire le mur, idée qui ne me serait jamais venue matériellement parlant, non plus que d'estimer avant d'imiter leur fuite habité un murdans ma peau. Il fallait apprendre cette joie de se franchir pour n'être plus vrai. Dès lors, je me suis surpris bien des fois, dans tel livre que je lisais, à taxer d'imposture tel repas de famille qu'on m'y racontait, et je surprenais le benoît personnage du grand-père du mémorialiste (ça m’est arrivé avec les Mémoires de l’ombre de Jean Meyer) qui emmenait son petit-fils au restaurant et pendant qu'il le trompait d'une somptueuse grillade, l'ancêtre se payait une bonne tranche de carafon. Ils n'avaient pas été sur la même longueur d'onde et le petit-fils ne l'avait jamais remarqué. Cela échappait même à ses mémoires, mais pendant qu'il était tout à ce qu'il mangeait, le vieux s'était envoyé un quart de rouge, phénoménale trahison ! Je m'enquérais aussi des habitudes de boire des gens et je ne comprenais pas comment ma prof d'Anglais pouvait supporter de vivre avec un mari qui n'était jamais lui-même, puisqu'il buvait deux verres de vin à chaque repas. Je me disais au lever des miens : "Ça y est, encore un jour où ils ne vont pas être eux-mêmes ! Vois comme ils s'abusent d'être normaux. Mais ce matin, ils vivent sur leurs réserves d'hier et, d'ici midi, ils vont commencer de se donner leur dose.  Ils ne se coucheront pas sans l'avoir prise.  Ils ne me feront pas croire qu'ils n'en remarquent rien. OU, si la société leur a fait perdre la conscience qu'ils ne sont pas eux-mêmes, c'est encore pire !"

 

Je m'initiais au goût du café pour comprendre ce qu'ils pouvaient éprouver comme première sensation matinale. Un mystère était pour moi combien le café restait un passage obligé même aux moins cachés des ivrognes. Dans la dégustation comme dans la cuite, je voulais découvrir "l'esprit du vin" dont je ne fus pas longtemps à méconnaître que, pris en faible quantité, il pouvait, avec le bois et le pain, être un des trois éléments gustatifs de la "religion des humbles" et de la "communion des simples". La face sauvée du curé alcoolique que je me promettais de devenir prévoyait qu'après qu'on m'aurait soigné en raison des problèmes de santé que j'aurais contractés en raison de ma prise d'alcool, je fonderais "LA Maison DU MATIN DE PAQUES" qui accueilleraient comme à croixrault tous les paumés qui voudraient y venir et où serait servi ce petit peu de pain et de vin consolateurs autour d'un feu de bois qui rassurerait le visage qui blémit. « Un sourire qui rassure un visage qui pleure, un pays de montagne et d’eau, et d’amitié. » (Jean-Marie Vivier) Je situais cette fondation dans un pays perdu, qu'il soit entre "Lément, Jura (ou) Germanie", où que voulût le situer Jean-Marie vivier qui le chantait si bien. Je faisais de la découverte de "LA RELIGION DES HUMBLES" le sommet du "DIALOGUE ENTRE L'HOMME ET DIEU" queje voulais écrire. Je m'initiais donc bien à des Mystères : ceux de la "Religion de la Présence" qui a toujours dominé la mienne bien que, pour lors, comme je n'étais pas simple, je fusse loin  de pouvoir être le prophète d'une religion si tendrement humaine et si calmement sereine. C'est que mon initiation était aussi trahison, exécution d'un plan, traque d'une excitation qui désertait mon naturel. Aussi, quand à quinze ans, ma cousine de dix ans dont j'étais amoureux me demanda candidement :

"Pourquoi tu nebois jamais de boisson d'enfants ?"

j'en fus tout retourné. J'aurais pu en pleurer en m'éclipsant comme saint Pierre après le reniement, car j'entrevis la trahison que je commettais, mais je n'y étais pas allé assez loin, n'ayant pas encore trouvé en elle la réponse que je cherchais, pour pouvoir m'en retourner au chant du coq. Peut-on cesser de se trahir pour l'amour d'autrui ? Je sais bien que j'ai déjà posé la question, mais elle revient m'estourbir comme un tourment me pesant scrupuleusement sur le cœurcaillouteux.

 

dans la grisaille mulhousienne du catholicisme provincial et sociologique des fidèles "de bonne famille", je connaissais une dame que ma conversion d'enfant qui avait perdu, puis recouvré la Foi fascinait, parce qu'il lui était arrivé la même chose. Mon histoire lui faisait tant d'effet qu'elle la faisait étudier au catéchisme à ses apprentis disciples, dans les termes mêmes où je l'avais rédigée, puis enregistrée à l'intention de ses élèves. Un jour, voulant lier plus ample connaissance avec moi, elle me proposa de faire un tour en voiture, ce que j'acceptais avec la bénédiction de ma grand-mère par qui je l'avais connue. Elle se mit à rouler au hasard, contente de me faire partager la volubilité de son exaltation. Ce hasard de la destination n'était pas sans m'inspirer un peu d'inquiétude. Mais je vis assez vite que ma conductrice n'était pas en proie à une crise d'absolue démence religieuse (d'ailleurs, où finit la démence et où commence la religion ? Vaste débat psychiatrique, institution qui, intuitivement, distingue le mystique du fou ! L'étonnant, c'est qu'on puisse être à la fois croyant et lucide),mais je sentais tout de même que ce n'était pas le moment de la contredire ce dont, du reste, je n'avais pas une envie folle, car rouler me berçait et j'aimais l'écouter. De ce qu'elle me disait, deux ou trois choses me frappèrent, d'abord lorsqu'elle me prit à partie en me parlant du rire de Sara :

"IL faut rire, Julien", me dit-elle, trouvant sans doute que j’étais trop concentré et, soit que j'avais déjà perdu mon rire de l'enfant que je n'ai jamais été,  mais ça, elle ne pouvait pas le savoir, soit que, pour un converti, je paraissais bien endormi, où je vis le signal que je devais feindre une attention plus soutenue. À vrai dire, elle ne l'est jamais autant que j'en donne le change, mais, comme je ne tenais pas à ce que nous ayons un accident, j'ouvris plus grand mes oreilles. Alors, ma conductrice tomba sur notre curé qui buvait comme je venais de l'apprendre peu auparavant. Isabelle ne pouvait pas savoir l'effet que cette nouvelle avait fait sur moi et le tour radicalement nouveau que cette révélation venait de donner à ma vocation comme une clef : j'avais décidé de devenir comme ce curé timide que je sentais barricadé comme j'aimais me blottir, à défaut de me sentir un mur moi-même, entre les barreaux d'une cage imaginaire que j'apelais le "bûchet". c'était en partie pour briser sa glace à mon endroit et parce qu'il devenait urgent que je me forge une barricade que j'avais résolu d'imiter ce curé pour le conquérir et qu'il croie à ma vocation :

"Isabelle, méfiez-vous de Julien, avait-il dit à ma conductrice. Il veut devenir prêtre pour faire plaisir à sa grand-mère."

Cet oracle m'avait fait mal, d'autant plus que, ce que ce nigaud d'homme glacial ne savait pas, c'est que, si jamais j'avais voulu devenir prêtre dans le but qu'il avait dû percer puisqu'il m'avait blessé, ce n'était plus que pour l'imiter lui que je persévérais dans cette volonté. Je me faisais cette réflexion quand Isabelle m'apprit qu'elle ne lui avait pas proprement fermé la bouche à mon sujet, mais  lui avait parlé de lui :

"Un jour, on parlera de votre peur, Bernard !"

 

Le sens de cette peur me resta obscur, mais la vérité de cette parole fut pour moi comme un soufflet, car je savais qu'elle me concernait, et pas seulement parce que j'envisageais de devenir comme Bernard. Son écho fut double et long. D'abord, je trouvai qu'Isabelle m'avait vengé. "Bien fait," me dis-je.

Et puis, je réfléchis que, puisque je voulais imiter ce prêtre à qui on avait parlé de sa peur, un jour, on parlerait de la mienne. Mais quelle était-elle au juste ? Je suis toujours à me le demander. ([19]

 

Bernard, rattrapé par une maladie de coeur, dut se soumettre à une cure de désintoxication au foyer "BEAUX REGARDS".

"Je ne vous laisse pas orphelins, écrivait-il à ses paroissiens avant de partir, mais je dois guérir de mon trou noir." ([20])

Il revint des "beaux Regards", après une messe de Noël qu'il avait  célébrée en perme, pour vivre son histoire d’amour avec Hélène et dut défroquer pour mettre au monde leur enfant qu'ils avaient mis en route avant sa cure. Ils ont raconté leur histoire chez Mireille Dumas :

"Quand je suis venu lui avouer que je l'aimais, avait raconté Hélène, il m'a répondu qu'en ce moment, il n'avait que des emmerdes !"

J'ai souvent rêvé, ces derniers temps, que Bernard, vieillissant,  avait repris la charge de la paroisse restée vacante tout en n'abandonnant pas Hélène et ses enfants, mais en paraissant s'être remis à boire. car souvent, mon père l'avait rencontré dans la rue et il m'avait dit :

"Ce pauvre homme n'a pas l'air heureux !"

Comme, Avant que tout cela défraye la chronique, j'aimais à parler de Bernard qui occupait le plus clair de nos conversations de repas pris seul à seul entre mon père que mes obsessions inquiétaient et l'adolescent que j'étais, il ponctuait mes anecdotes concernant Bernard saoul à la messe en me disant :"C'est un homme tourmenté !"

 

Isabelle passa par plusieurs phases. D'abord embarrassée de son exaltation, elle mit la même à parler de l'"effacement", dans lequel elle disait s'absorber à l'exemple de la bienheureuse Élisabeth de la Trinité. Puis elle mit à profit d'aimer lire et de savoir parler pour entreprendre d'un air très rengorgé des études de théologie qui la menèrent à créer une méthode de catéchèse pour adultes. Mon frère, qui connut aussi une "crise mystique" décisive, l'un de ces moments de transport dont on met toute sa vie à revenir, s'est résolu dans la psychanalyse et dans la modélisation d'un Dieu dont je n'arrive pas à cerner les contours, mais qui a fort à faire avec le désir. Quant à moi, j'ai d'abord été un prêtre de quatorze ans pour ne pas vivre mon premier amour ; puis j'ai bu pour ne pas devenir prêtre ; enfin j'ai écrit pour ne pas être dominé par le boire et transformer en messager le prêtre que je suis certainement resté ; j'ai "passé dur", disait mon père. Je suis parti vivre seul à Paris à dix-sept ans. J’ai étudié, me suis privé, puis ai dormi, longtemps dormi, je dors encore. Je suis tombé dans le désoeuvrement pour que mon Oeuvre travaille en moi sans mon concours. Mais, au fond de ce retrait hypnotique, je sais que c'est à moi que la question d'Isabelle à mon curé était  adressée, car la peur de Bernard a fait des petits, de vrais bébés qui vivent et gambadent. La mienne n'a pas enfanté. Est-ce par voie de conséquence de mon recours projectif à l'alcool que je ne suis qu'un impuissant insatiable caressé par le démon de l’inachèvement ? Quoi qu'il en soit, même si je n'ai cessé de parler de lui, l'alcool n'est pas le problème. Il est même une esquisse de solution à mon problème dont je ne sais ni quel il est, ni quelle en est la solution. Le plus gros problème que me pose l'alcool, abstraction faite de ce que pensent les autres du fait que j'y ai recours, est que, comme il est la partie émergée de mon mal-être qui recouvre une angoisse qui ne porte pas de nom, il m'oblige à ne pouvoir mettre le doigt sur ce qu'il cache qu'en appuyant sur l'abcès de fixation qu'il est devenu. et parfois, je préférerais crever de l'abcès que crever l'abcès ! Ce que je préférerais surtout, peut-être par politique de l'autruche, c'est de désinfecter ce qu'il y a autour de l'abcès pour voir si le désinfectant ne pourrait pas, en se mélangeant à ce qu'il y a à l'intérieur de la plaie qui coule sous l'abcès, soulever naturellement ce couvercle.

 

 

A LA VEILLE D'UN RENDEZ-VOUS MÉDICAL

 

7

 

12 février 2009

 

si vous voulez guérir de l'alcoolisme, arrêtez de boire, tautologie et discours monopolistique d'une médecine qui n'avoue pas qu'elle n'a pas trouvéla solution. Je ne dis pas que ce "discours médical" soit faux. Je dis que l'argument en est faible. Encore n'est-il faible qu'intellectuellement, car c'est montrer une grande force d'âme que, non seulement d'arrêter de boire, mais d'accepter de revoir l'ensemble du paradygme et du risque de sa vie. Il ne faut pas proposer ce défi à qui n'a pas trouvé le préalable non négociable du point d'appui de s'"autoriser". Ce défi est aussi dangereux pour qui s'est rendu agressif pour trouver un moyen de "selfdéfense" face à la mainmise qu'ont exercée sur lui les autres de le rendre un transparent compensatoire des frustrations de leur existence. Mais pour qui trouve dans ce défi le point d'appui qui justement lui a manqué ou détourne la "transparence" qu'il va devenir en "risque" qu'il va courir pour lui-même, la décision de commencer par arrêter de boire  sera de force alchimique ou spirituelle à lui permettre de transformer le plomb de sa croix en "or" dont luira son âme :

"Par le Christ, La Croix est transformée, d'un instrument de torture qu'elle était, en un instrument d'amour", aimait à prêcher Bernard le vendredi saint, de qui je me suis inspiré pour décider de boire. La question de décider d'arrêter me torture. La façon la plus torturante de me la poser, c'est-à-àdire celle qui manquerait le plus d'"amour de moi" serait de me demander comment je montrerais le plus d'amour : en arrêtant ou en pouvant continuer ? Mais je peux par amour de moi déplacer la question. La finalité est de trouver comment ne plus se torturer pour transformer la torture que je m'inflige et que j'inflige aux autres en amour de moi et des autres.

 

 

11 février 2009

 

Je ne suis pas né pour faire souffrir ce que j'aime. C'est pourtant ce que je fais quand je ne suis plus sous mon contrôle et je me dis :"Pourquoi c'est tombé sur moi, qui étais l’homme le moins fait pour faire souffrir !"

 

 

11 février 2009

(lettre au Père dugué)

 

"Je  ne me sens pas encore prêt à arrêter de boire, et cela quelque mal constatable que l'alcool m'ait fait commettre. Je ne suis pas prêt à arrêter de boire parce que je ne vois pas comment trouver mon bonheur dans la sobriété. Je ne suis pas prêt à arrêter de boire et je le regrette, car je discerne la valeur spirituelle du sacrifice, mais je ne me sens pas homme à me sacrifier pour le moment, je manque d'amour pour aller jusque là. Et aussi je me suis trouvé dans la position du sacrifié dès ma naissance parce qu'aveugle, j'étais plus transparent qu'un autre. J'entends par là que tous les membres de ma famille avaient projeté sur moi une attente que je ne pouvais manquer de combler puisque je me montrais de si bonne volonté à ne décevoir personne. J'étais d'un naturel complaisant, non par aimer-plaire, mais par être insupporté de peiner. autour de moi, on en a largement profité. La transparence que j'étais devenue m'a volé mon enfance et, quand je me suis aperçu de la supercherie et de l'amour abusif qu'on  me portait, je crois avoir inconsciemment accepté de faire souffrir, mais je n'ai malheureusement pas fait souffrir qui devait selon la loi du talion. J'ai même à mon corps défendant participé au châtiment de l'innocence qui fait partie du "mystère d'iniquité » de la loi naturelle. Je ne suis pas prêt à m'arrêter de boire : j'aimerais mieux essayer de régénérer ma vie en vivant dans une plaine environnée de campagne riante où je réessaierais du vin blanc (je suis dans le "wagon d'eau" en ce moment) qui me fait physiquement du bien. (...) si je devais m'apercevoir que je me suis volontairement trompé et abusé à la manière d'un incorrigible usurpateur qui s'obstine dans son imposture, j'espère que je saurai le reconnaître à temps et me retourner vers ce que je ne pourrai plus éviter. À ma mort, j’aurai beaucoup à demander pardon à Dieu, et je souhaite que ceux qui m’entoureront alors prieront à cette intention. Pour autant, je crois qu'il est très important de vivre en arrêtant de se menacer. C'est pourquoi il me semble que nos obsessions ou nos idolâtries sont d'habiles adjuvants à nous détourner de nos vrais problèmes.

 

 

21 février 2009

 

Dans cette même lettre, j'avais écrit au Père Dugué que je n'étais pas sûr d'honorer mon rendez-vous avec le Docteur s. (voir son récit plus loin). J'entends encore le Père Dugué prévenir cette tentation de déclarer forfait en me disant, comme j'allais le voir quelques jours avant de lui écrire :"Il faut toujours honorer ses rendez-vous, ne serait-ce que parce qu'il y a toujours un courage à faire un pas."

 

Je continue avec lui un dialogue imaginaire. Je crois qu'il ne renierait pas ces mots qu'il n'a pas prononcés, mais que mon imagination me met intérieurement dans sa voix :

"La première chose à faire, quand on se trouve devant un choix que l'on croit impossible, est de pratiquer le devoir de s'asseoir. Partez du principe que tout est préférable à l'indécision. Ensuite, avez-vous de quoi payer ? Si vous ne voulez pas payer, ne payez pas ! Ne craignez pas de payerplus tard, l'Amour ne fait pas de chantage ; mais regrettez de ne pas vouloir à ce jour être purifier. Et si vous ne voulez pas donner, ne donnez pas ! Dieu ne veut pas disposer de vos biens. Ce que vous consentiriez de force sans la volonté de le donner serait une prise par corps qui n'aurait pas la valeur d'un don. Il n’est pas vrai qu’on n’a rien donné quand on n’a pas tout donné"

 

Fabrice Hadjadj résumant son PASIPHAE s'introduit dans ce dialogue :

"L'impasse de Minos est d'avoir refusé de sacrifier au dieu. Il y a un moment où le sacrifice doit être consommé."

N'est-ce pas à présent la voix de mon père qui me dit : "Il faut que tu te castres de cela, qui fait que tu es insuffisamment porté sur le mont de Vénus. M. Steier avait un fils qui picolait. Ça n'avait rien d'amusant d'une fois sur l'autre. Père et fils vivaient ensemble.

- Mais n'ai-je pas été, papa, castré dès ma naissance, dans une anorexie mentale dont le processus est connu, qui fait des créatifs qui sont aussi toxicomanes ? Nulle réponse par la privation, la frustration ou la castration n'est satisfaisante, mais y a-t-il autre manière que ces trois-là d'apprivoiser le manque ? Que me demandes-tu, papa ?

- N'as-tu pas remarqué, fiston, que, depuis ma mort, tu as préféré ne pas me solliciter et moi ne jamais te parler pour ne rien te recommander ni te reprocher ?

-Si et et je t'en remercie ! J’ai peur que tu me parles. Je préfère l’aide de Monique. Je préfère que tu ne t'immices pas dans mon mal à prendre ta suite.

 

 

11 février 2009

(journée internationale des malades et fête de Notre-Dame de Lourdes)

 

Le christ me demande si je désire guérir et Lui permettre de me guérir. Je lui réponds que j'aimerais, moi, qu'Il abandonne cette manie de m'obliger à me regarder comme un malade et la vie comme une maladie. Stendhal a dit qu'il fallait parler de l'amour comme d'une maladie ; Michel sardoux l'a pris au mot et a chanté "la maladie d'amour" ! Les "alcooliques anonymes" (que je ne fréquente pas) parlent de la "maladie de boire jusqu'à l'infini". Eh quoi ? Serait-ce une maladie que de vivre et quel risque faut-il courir sinon celui de vivre au risque de mourir ? Mais avant, parer au plus pressé et ne pas se rendre volontairement malade.

 

 

12 février 2009

 

Supercherie des "alcooliques anonymes" que de détourner les impétrants à la tempérance de voir qu'ils sont condamnés à vie en leur proposant de ne pas se dire qu'ils vont s'arrêter définitivement de boire, mais renouveler leur voeu "de vingt-quatre heures en vingt-quatre heures". Ce qui vaut cette question à la fin deL’enfant qui jouait avec la lune et cette réponse du Père Duval qui prend la pose (je cite de mémoire) :

"Et vous continuez toujours d'être abstinent"  (un privatif. sousentendu : "malgré la "voix intérieure qui ne doit pas cesser de vous pousser à prendre un verre") ? ([21])

"aujourd'hui oui !"

Malicieux, cet "aujourd'hui" ?

 

Remarquez que ce n'est peut-être une supercherie qu'en vertu d'une certaine connaissance du rapport de l'homme au temps. Mgr Gaillot proposait déjà que l'on n'ordonnât plus des prêtres que "pour un temps" ; le "rien que pour aujourd'hui" de sainte Thérèse de Lisieux a permis à l'Église d'en rabattre sur l'éternité en connaissant que son sentiment est langoureux et moribond quand il se jette dans cet infini de longueur sans en chercher l'opposé paradygmatique par où le saisir dans l'oxymore instantané du perpétuel présent. "Aujourd'hui", comme toute unité de temps, est un repère artificiel, mais c'est un repère moins trompeur de se découper dans la nuit. "Aujourd'hui" a été le stade transitoire dont le temps chrétien s'est servi pour ressaisir l'"éternité" dans l'"instant". Quand j’étais ado, j’étreignais Monique en l’étranglant et lui chantant : « Éternité, éternité, éternité de l’instant. » Je sais que c’est Monique qui viendra me chercher à ma mort. Mais pourquoi le voeu que je forme pour une continuité donnée, fût-elle réduite, ne serait-il pas révocable si un accident venait rompre cette continuité et la transformer en discontinuité ?

 

 

 

PASSÉISME (I)

(en forme de poème)

 

12 février 2009

 

si je bois pour me maintenir en état d'imperfection,

c'est que je dois aimer me conjuguer à l'imparfait.

L'imparfait est le temps de l'habitude,

le passé est une habitude,

une habitude irrémissible :

le présent n'est pas habituel,

il est actuel.

Le passé est acté,

mais désaxé de l'acte.

L'instant peut se généraliser,

mais il est à la merci de l'événement.

Le présent est rarement gnomique.

Le passé fut à cette merci :

le passé simple,

qui n'arrive qu'une fois,

mais qui fait prendre une habitude,

une fois pour toutes et par contrecoup

de l'électrochoc.

 

"L'habitude est une seconde nature".

La nature est irrémissible,

une seconde peut tout bouleverser...

 

 

LE RENDEZ-VOUS

 

18 février 2009

 

L'alcoologie n'est pas une médecine, c'est un militantisme. Je suis allé voir le docteur s. :

 

1. Moi : "Je ne suis pas contre la drogue en soi."

docteur s. : "Il ne s'agit pas d'être contre la drogue !"

 

Sur ce, le téléphone sonne. C'est le médecin d'un autre hôpital au bout du fil. Elle rappelle le dr s. qui l'avait sollicitée, à la suite de la demande d'une journaliste de M6 (la médiatisation fait-elle avancer les causes ? On dit que le bien ne fait pas de bruit et le bruit pas de bien ! Le Dr S. vient de sortir un livre avec Milène de Montgeau.) de filmer un de leurs patients. Les protocoles sont trop rigoureux pour que celui-ci ne soit pas consentant, mais le voyeurisme au sein de la cure, je tique !

Au bout du fil : "Je n'y vois pas d'opposition."

dr S. : "Mais il faut aussi l'autorisation du Dr x."

Au bout du fil : "À mon avis, ça ne posera pas de problème."

Dr s. : "C'est une journaliste qui a l'air très bien, très intéressée par le sujet. Il faut profiter de l'aubaine, c'est rare qu'on parle de l'alcool ! Ça reste caché, tabou..."

Au bout du fil : "Enfin, c'est compliqué. a la fois les "malades alcooliques", c'est vendeur , et puis la société fait comme si elle était extérieure à ce problème."

Moi (en pensée) : "Un peu comme elle regarde des séries policières pour commettre ses crimes par procuration en se mettant bien sûr du côté du manche enquêteur. C'est fou comme il a du nez, ce manche-là ! Mais d'où lui vient sa curiosité à savoir qui a tué ? C'est comme si ça prenait le pas sur sa vie."

Dr S. : et pour vous, comment ça va, le boulot ?"

au bout du fil : "Oh, vous savez ? Moi, je m'occupe des jeunes."

Dr s. : Oh, les jeunes ! Entre l'alcool et le canabis, c'est dramatique !"

 

(Je croyais qu'il ne s'agissait pas d'être contre la drogue...)

 

2. Moi : "Je trouve ridicule que les alcooliques anonymes se présentent en disant : "Bonjour, je m'appelle Un Tel et je suis alcoolique." ([22])

 

Moi, si j'avais à assumer ma réduction à « alcoolique », d'une, je l'assumerais tout entière. Je ne dirais pas : "Je m'appelle Julien", mais :

« Je m’appelle Alcoolique et je suis Julien."

Et de deux, c'est comme si je me levais tous les matins en m'écriant : "Je suis aveugle !"

Autrefois, les lépreux avaient une clochette à faire teinter et ils devaient se signaler : "Impur, je suis impur !"

Le dépendant, qu'on appelle addicte, je ne sais pourquoi,  serait-il devenu, à la différence du sodomite ou inverti qu’on glorifie et banalise,  le lépreux des temps modernes ? Ah, mais si, j'ai trouvé : on l'appelle "addicte" pour suggérer une addition, comme les trisomiques ont un chromosome en plus et, une fois qu'on a dit ça, un bon "quick" après l'amniocentèse !"

 

dr s. : "Mais pas du tout, enfin. Où allez-vous cherché ça ? Ce n'est pas que les membres de cette association se réduisent à leur identité d'alcooliques. Mais ils rappellent qu'ils le sont parce que tous les alcooliques voudraient oublier qu’ils sont alcooliques."

Moi : "croyez-vous que l'on puisse jamais oublier qui l'on est ? Je suis aveugle, je ne peux pas oublier que je le suis !"

dr S : "Ça n'a pas forcément de rapport."

 

(Au 19ème siècle, il était marginal que l'on parlât d'"alcool" plutôt que d'absinthe ou de vin. Quand j'étais petit, j'embrassais les poteaux à côté desquels je passais. Le handicap est une course d'obstacles avec ses poteaux indicateurs des performances que l'on a déjà faites et des seuils qu'on doit passer, l'idéal de la société étant qu'on passe tous les sas et tous les seuils pour coiffer la différence au poteau au nom du "droit à la différence" qui est une indifférence à tous les droits.

 

Je n'embrasse plus les poteaux. Il paraît que l'on n'accepte jamais son handicap. Je ne sais pas si j'ai accepté le mien, mais je récuse le regard handicapant. La marque d'"alcoolique " est chargée. "alcool, all cool, very cool ?

 

J'ai aussi remarqué qu'on voulait faire des gens "autonomes" et autant que possible "indépendants" de l'aide humaine, qu'elle soit financière ou de service bénévole et gracieux. Par contre, on n'a jamais aussi peu goûté l'"indépendance d'esprit". Je suis multidépendant : affectivement, radiophoniquement, musicalement, littérairement, scripturairement, théologiquement, spirituellement, spiritueusement, fidéiquement et  et boissoniquement, pourquoi pas ? Mais j'ai une fichue "indépendance d'esprit" qui passe de moins en moins.

"Ah, si tu pouvais fermer ta gueule, ça f'rait du bien à la France."

tu parles, la France, ce qu'elle s'intéresse à moi comme à ses autres "citoyens à part entière" du moment qu'ils sortent des "sujets de proximité" ! L'autonomie où elle les parque est l'alibi qu'elle se donne à l'ignorance de ses enfants, ignorance si complète qu'il y a des gens dont l'isolement est tel qu'ils ne bénéficient d'aucun soin alors que leur maladie est lourde. Tandis que, si vous dépassez un tant soit  peu la mesure en quoi que ce soit dont on puisse fixer "un seuil de normalité", que vous pensiez ou que vous dépensiez trop, vous êtes fait : vous voici relevant à la demande d'un tiers d'une mesure de "protection" qui est une incarcération déguisée dont les juges d'application des Peines refusent tous vos recours. C'est le seul régime de perpétuité encore en cours avec l'administration de neuroleptiques pour un symptome dont l'existence vous "condamne à vie" à prendre des médicaments (comme une allergie à la substance alcoolique une fois diagnostiquée vous condamne à vie à ne plus en prendre, votre "environnement cellulaire" eût-il changé), les effets secondaires des médicaments comme de l'alcool n'étant pas plus identiques chez tous les sujets dans un cas que dans l'autre. En France, il y a un million de "majeurs protégés". Il y a de l'avenir pour la non violence. Je ne parle pas de l'alcoolique qui peut être violent et dangereux, moi compris, je me méfie. Il n'y a qu'après l'angoisse  que "(l'on) sai(t) bien que (l'on) ne casse rien »  dans les villes de grande solitude, la chanson de Sardoux.)

 

3. Moi : "J'aimerais bien que l'alcool soit plus sympa avec moi !"

docteur s. : "Je ne suis pas là pour rendre l'alcool plus sympa, je suis là pour vous donner les raisons que vous auriez d’y renoncer."

Moi : "Je trouve la réponse médicale univoque et non discriminée. C'est un peu simpliste aussi de vouloir supprimer la cause d'un problème pour en supprimer les conséquences."

docteur s. : "Il n'est pas dans notre pouvoir de changer la nature de l'enchaînement et de la production des effets par les causes."

 

(J'ai toujours aimé demandé aux psychanalystes pourquoi nous avions deux yeux. Thierry Piras à qui j’ai fait le coup m’a dit de demander à Dieu)

 

4.Moi : "Au-delà de l'alcool, mon problème est que je suis un être obsessionnel. (Vous voyez ? Je tique et j'ai des tocs. J'espère que vous ne trouvez pas que je sui bon à enfermer.) L'alcool est un des abcès de fixation de mes obsessions. J'admets  que je préférerais tourner en rond autour de l'un de ces centres obsessionnels de mon être qu'est l'alcool plutôt que de le fouler aux pieds. Ça fait mal de se marcher dessus le centre."

 

Le Dr s. (m'interrompant quand j'allais dire qu'il y a aussi l'obsession du diable) : "Mais tous les alcooliques sont des êtres obsessionnels. Ne vous intéresserait-il pas d'avoir une vie où, si vous arrêtiez l'alcool, vous en perdriez l'obsession ?"

Moi : "Mais la perdrais-je ? Au hasard, si je m'asseyais à la table d'un restaurant où me seraient servis des mets, objets de ma délectation gustative, est-ce que je n'aurai pas toujours une délectation morose à ne pas pouvoir commander le demi litre de pinard qui va avec, selon la dose que je me suis anxiogénétiqument prescrite comme mon "minimum buvable" ?

dr S. : "Au début, ça vous manquera ! Mais peu à peu, le manque s'estompera."

Moi : "En somme, je serai toujours en manque."

Dr S. : "Il y a amenuisement sinon dissipation de l'obsession avec les réunions et le traitement. Je ne propose à personne de vivre en état de frustration."

Moi : "C'est pourtant bien ce que vous faites."

(Et il y a la question que je n'ose pas poser : "Etes-vous heureuse, docteur ?" C'est la question à cent balles,  qu'il faudrait poser à tous les médecins de l'âme pour vérifier la crédibilité de leur parole, car ils prétendent être des maîtres de bonheur et souvent, on peut connaître la réponse à leur voix. Combien de guérisseurs de l'âme ont des voix entravées !

 

J'avais un prof de travaux manuels, grand admirateur de Paul Gutt, qui nous disait que, s'il avait le bonheur d'être juré d'un examen de piano, le critère sur lequel il mettrait une bonne note à l'apprenti virtuose serait moins qu’il ait bien joué qu’il y ait pris du plaisir et que la joie se lise sur son visage. Bien sûr que les élèves ne connaissant pas ce critère de l'examinateur, auraient continué d'avoir le trac. Mais l'appréciation est très juste : la joie est le critère. )

 

5.Dr S. : "Si vous n'arrêtez pas l'alcool, vous perdrez tous vos centres d'intérêt."

Moi : "Alors là, c'est impossible. L'alcool n'est que l'une des notes de la gamme de mes passions, et je suis entièrement engagé dans toutes. Aimer, écrire et Dieu sont mes raisons d'être. Je ne peux pas perdre la musique dont, même si je ne joue pas de toute une année, sitôt que je me remets  à l'instrument, le robinet se rouvre. Je ne peux pas fermer mon robinet. Au pire, beaucoup d'ivresses mettent de la discontinuité dans mon travail, une solution de discontinuité. comme je mets trois jours à m’en remettre, il me faut tout ce temps pour revenir à mon sujet après être revenu à moi peu à peu."

dr s. : "Tous les alcooliques finissent par tout perdre." Elle avait raison.

Moi : "Ce que vous dites là va contre l'expérience commune. Vous ne gagnez rien à dramatiser. Il y a des alcooliques qui trouvent leur équilibre en buvant immodérément. Prenez le président du conseil syndical de notre immeuble, M. Romagny, qui s'en occupe comme un gardien, mais à qui il ne faut surtout pas dire qu'il en est un,  mais qu'il est notre Bartelbooth de la vie mode d’emploi, d'autant qu'il habite au troisième étage. ([23]) du moment qu'il pousse sa gueulante deux fois par jour en vidant son litre de rouge et en traitant la télé de débile et qu’il dit qu’il faut massacrer tous les Palestiniens parce qu’il a pour protégé un jeune handicapé mental juif d’une trentaine d’années prénommé LIor, , tout va très bien et il est très avenant. Il gère notre immeuble d'une manière ultrasécuritaire. Il en est le maître absolu, souvent détesté, mais jamais contesté. Il a l'oeil à tout et à tous. Une centenaire, deux restaurants et un salon de coiffure sont sous la juridiction de sa vigilance à poigne. A part ça, il s'intéresse à l'exégèse biblique (il lit Armand Abécassis), au jazz, à la généalogie, à l'histoire de la villette sur laquelle il accroît ses connaissances en se rendant régulièrement aux archives départementales. Quand il vous aborde, il n'est pas toujours facile, mais ses réactions partent d'un vrai dévouement et il n'est jamais fou. Quand il veut gueuler, il ferme sa porte à double tour et il gueule. Dans le quartier, c'est une figure, un personnage, on ne dit même pas trop qu'il gueule ou qu’ilboit. Et pourtant, tout le monde le sait, tout le monde l'entend, surtout l'été, car il laisse sa fenêtre ouverte. Si vous vous aventuriez à lui en parler, il esquiverait  le sujet et il pourrait vous fermer la porte au nez jusqu'au lendemain sans vous garder de longue rancune. Son pacte tacite est qu'il respectevotre folieet ne la commente jamais. Alors, ilveut qu’on ne l’embête pas avec la sienne. Dès l'abord, tout le monde a compris, même les nouveaux locataires :"Pas touche au chef, il aboie fort." Ne pas aborder la folie du personnage, se lmiter à ses fonctions de président du Conseil syndical et de vice-doyen des copropriétaires qui est la mémoire de la maison.

Croyez-moi : il y a une richesse des rapports humains dans toutes les conditions et, sans des êtres drolatiques qui donnent du relief à la vie, la platitude n'en serait que plus terne."

Dr s :"Votre Monsieur  Romagny garde ce semblant d'équilibre parce qu'il est encore jeune."

Moi : "Il a  soixante-cinq ans."

dr s. : "alors il perdra la tête à soixante-dix, ou bien il tombera malade."

Moi : "Le cancer du foie, ça arrive même aux autres, je veux dire à ceux qui n'ont jamais bu, je pense à ma tante Monique. Et combien de patients    qui en auraient besoin ne se rendront jamais dans une consultation d'alcoologie parce que vous lez portez d'emblée malades et que, si les alcooliques sont souvent dans le déni, votre discours, lui, nie l'empirisme de certains accomodements. Ce que vous dites transpire le dolorisme et les gens n'aime pas avoir mal."

 

6. Dr s. : "Alors pourquoi êtes-vous venu me voir ?"

Moi : "Je ne le sais pas moi-même. J'avais pris rendez-vous en état de choc il y a deux mois (Doit-on décider en état de choc ?), mais  Le nouveau temps administratif hospitalier qui sépare la prise d'un rendez-vous du jour où il a lieu a remis mes défense en place. En venant vous voir, je ne vous cache pas que j'attise une certaine curiosité. Mais je viens aussi me signaler à vous comme ayant un "problème d'alcool" comme on dit, dont, si je constate mon échec à le résoudre par un compromis acceptable, j'aimerais que vous me soigniez."

Dr s : "En somme, vous ne savez pas si l'on doit décider en état de choc, mais vous voudriez que je vous soigne dans l'urgence."

Moi : "vous pouvez le formuler comme ça."

dr S. : "Vous voulez attendre d'arriver au fond du trou pour vous en sortir."

Moi : "Même les associations d'anciens buveurs disent que, tant qu'on n'est pas passé par là, on fait l'autruche."

Dr s : "Admettons."

 

7. Je vous propose d'aller à des réunions, de vous documenter, de lire."

Moi : "J'ai déjà beaucoup lu."

Dr S. : "rien ne vaut l'échange d'expériences dans un groupe de parole."

Moi : "C'est à voir."

Dr S. : "Nous animons des cycles de 6 réunions où les gens sont regroupés par 6. Ça ne vous engage à rien d'essayer !"

Moi : "J'hésite."

Dr S : "Mais si vous vous intéressez aux gens ?"

Moi : " Vous me prenez par les sentiments, c'est imparable, j'accepte."

 

 

6 septembre 2011

 

Le problème de l’alcoologie, c’est qu’elle décrit en termes de maladie, avec des descriptions cliniques souvent très justes, ce vin (qu’elle appelle alcool) que nous vivons comme une culture au point que le Sang de la Cène, nous est donné en vin, que dis-je ? Que le vin est changé en Sang après que l’eau eut été changé en vin, et qu’il se trouve une prière eucharistique pour dire que Dieu a choisi cequi refait tous les jours nos forces pour être les espèces de Sa transsubstantiation et les signes de Sa  Présence réelle, d’où je serais homme à tirer qu’il faut boire du vin tous les jours pour nous mettre au diapason, comme je trouverais une consolation à devenir abstinent en me rappelant que Jésus ne boit plus de vin en m’attendant dans le royaume et ne Se donne pas à boire comme vin, mais comme Sang, au milieu de cet appel au calme que serait mon abstinence, qui me semble manquer de chair et de sang, quand c’est probablement l’alcool qui m’a rendu suprasensuel et que j’ai peur de mes colères, si j’aime le tempérament sanguin.

 

 

 

 

LE RETOURNEMENT DU SECOND RENDEZ-VOUS

 

20 mars 2009

 

1. Mon frère veut toujours me voir comme il veut, que nous fassions, les jours où nous nous voyons, ce qu'il veut et qu'il puisse me dire à loisir que rien ne va dans mon enoeuvrement.

 

Nous avions dîné ensemble au soir du 17 février, jour du premier rendez-vous avec le docteur S. Florence s'en allait voir sa mère, puis à Londres les deux week-ends suivants, elle nous demandait (et c'était un "nous qui voulait dire à "moi") de neveiller sur Gilles, car il est vrai que "Gilles est fragile et malheureux, comme l'a compris Nathalie et pas moi, qui suis trop impliqué dans notre relation fraternoconflictuelle pour avoir été sensible au malheur de Gilles. depuis l'histoire de "l'esprit empoisonné" qui faisait suite à la maison vendue, à la vie de mon père jetée par la fenêtre à travers un acte notarié à la signature duquel giles n’assistait pas - et il fallait "se débarrasser de cette maison familiale construite par  notre grand-père pour les siens parce que ce n’était pas notre vie, du moins ce n’était pas la vie de Gilles. Gilles avait la maturité de le savoir et pas nous. - j'en ai gros sur la patate. Je répondis à florence que je n'étais pas libre le premier dimanche, mais que le second oui. Gilles obtint de moi dans la foulée que nous irions à la messe dans sa paroisse, puis que nous irions voir un film dont il me demandait de lui laisser le choix. Gilles m'a souvent donné des rendez-vous culturels qui m'ont marqué, je n'avais pas de raison de m'opposer au choix de Gilles, tout en nourrissant le secret espoir que cette rencontre entre nous, seul à seul, nous donerait l'occasion de nous expliquer, non pas de revenir sur nos vieux marronniers, mais d’apurer nos comptes.  J'avais si peu envie de faire mes reproches à Gilles que je voulais lui dire où j'en étais avec le poison, car je lui avais donné la moitié d'une réponse quand, à sa question si ma cure continuait - ma cure décidée en solitaire et décidée au terme d'un pacte avec moi-même scellé par Nathalie à qui j'en suis seul redevable -, je l'avais vertement renvoyé dans les buts de son indiscrétion en lui répartissant rudement  qu'elle se prolongerait jusqu'à Pâques, mais qu'elle n'irait pas plus loin. (C’est idiot de ressusciter en mourant de rechef.) Or je m'en étais aussitôt voulu de cette rudesse, non que Gilles fût dans son droit de commettre une indiscrétion, mais que ma réponse n'avait pas été à la hauteur d'une préoccupation qu'il pouvait avoir et qui accusait plutôt de l'intérêt, un intérêt peut-être mal placé, placé en inquiétude, une énergie qui ne sert à rien et attire l'objetde sa peur, mais un intérêt à la hauteur duquel j'aurais dû me montrer. Aussi comptais-je sur cette journée avec Gilles pour que nous ayons enfin, lui et moi, une conversation fraternelle et véridique.

 

Or Gilles ne l'avait nullement envisagée ainsi. Après la messe et un repas rapidement avalé dans un restaurant pakistanais du passage brady où je serais bien resté, Gilles m'entraîna à une rétrospective sur Max Jacob qui avait lieu au Rincy, ville où le poète mourut dans le tristement célèbre camp d'internement  que l'on sait. Ce camp avait été le premier HLM de l'histoire construit dans les années 1930 ; l'architecte qui en avait été le maître d'oeuvre fut contacté par les Allemands pourl e transformer en camp, puis recontacté après la Libération pour que le camp retrouve ses attributions d'origine. Gilles avait eu cette information, je ne sais plus comment. Entre notre repas et la rétrospective Max Jacob (qui aurait pu être intéressante : tous les événements culturels auxquels m'a amené Gilles ont été de grands moments pour moi ; le premier en date était une rencontre avec Claude Vigée ; Gilles a eu la même influence positive sur ma vie dans les intervalles où nous avons su mettre fin à nos querelles qu'une de mes amies, Marie-Véra Maixandeau, premier prix de piano et de composition du conservatoire national de Paris, à qui j'ai dû de jouer dans deux hôpitaux, de conaître les bénédictines de Jouarre et je ne sais combien d'autres rencontres qui m'ont extraordinairement enrichi), Gilles voulait profiter que nous fussions à Drancy pour rencontrer l'un de ses amis écrivains assez renommé d'origine africaine, qui s'était fait élire conseiller municipal sur la liste de Jean-christophe Lagarde, l'ambitieux député maire de la ville qui dit être entré en politique pour "avoir le droit de l'ouvrir" ! ([24]) Je n'aurais rien trouvé à redire à ce programme si Drancy n'avait été à une respectable distance du passage Brady et si Gilles ne savait pas très bien, non pas que je n'aime pas marcher, mais que j'ai du mal à me déplacer, conséquence prévisible de mon obésité précoce, pourrait annoter Gilles, en attendant, fait avec lequel il fallait compter.

 

Pendant la conversation que nous eûmes au café avecFabrice, tous les deux convinrent que la psychanalyse était une philosophie. Ceci avait été répondu de concert par les deux compères en réponse à une hypothèse que j'avais émise et selon laquelle il était nécessairement dans l'héritage de la psychanalyse, si jamais elle parvenait à s'imposer dans les mentalités  comme l'histoire a montré qu'ele a fait, qu'elle transformât le sentiment religieux de l'homme occidental en attraction pour les religions de l'Extrême Orient. J'appuyais mon idée sur le fait que c'était ce que jung avait fait. Lar éponse de Gilles et de Fabrice me surprit d'autant plus que j'avais entendu un de mes cousins psychanalystes, certes un peu barré dans les ashrams et dans le hash, répondre, comme je lui demandais ce qui, selon lui, sous-tendait la psychanalyse, quela psychanalyse n’avait pas de théorie. Je n'avais pas été d'accord avec Marc et lui avais objecté que la psychanalyse disposait de tout un arsenal théorique pour soigner ses patients.

"Oui, m'avait répondu Marc, mais cet arsennal ne pèse rien en face de la clinique. C'est quand elle veut que la clinique fait tomber cet arsenal."

Comme m'était donnée ce jour-là une opinion que j'interprétais comme précisément contraire à celle de Marc, je demandais à gilles et à fabrice en quoi consistait LA PHILOSOPHIE DE LA PSYCHANALYSE, quelle en était la théorie :

"QUE l’inconscient est structuré comme un langage", me répondirent-ils en choeur.

J'appréciais cette formule lapidaire qui permet à la psychanalyse de faire le pont entre le judéo-christianisme et les religions extrême orientales car, si l’inconscient est un langage, à la fois il parle comme le Verbe l’éthiologie corporelle symptomes est karmique : "tu a s mérité la maladie qui t'atteint puisque tu as souhaité l'avoir pour exprimer à travers tel symptome telle réalitépsychique..."

Ainsi mon père, selon Gilles, avait-il été amputé de quelques orteils parce qu’il nous avait coupé les jambes. Eh bien, mon corps aussi avait parlé, précisément durant le trajet qui avait précédé notre arrivée au café où eut lieu cette conversation entre Fabrice, gilles et moi. Je ne voulais pas marcher. Nous avions pris le RER et j'avais replié mon bâton comme je le fais toujours quand je suis avec l'un des miens. Mal ne m'en a pris que ce jour-là. Lorsque nous arrivâmes au Bourget où nous devions sortir, un homme me bouscula, qui voulait passer devant moi, et je ne savais pas qu'il existait un tel écart entre la rame et le quai. Mais surtout, je ne savais pas que le quai ne se situait pas en ligne droite par rapport à la rame et que, si l'on descendait les marches tout droit, comme je m'apprêtais à le faire, non seulement on tombait de toute leur hauteur, mais on allait droit sur la voie. Je ne sais pas comment l'homme qui m'avait bousculé trouva la force de me relever :

"Mais c'est à cause de lui que tu es tombé", dit Gilles.

"Oh, tu sais ? Il n'a rien fait de spécial. Il m'a bousculé comme tout le monde le fait à Paris, je veux dire comme tout le monde se double aux caisses de supermarché, dans les files de voiture. Il m'a doublé, mais il m'a et il s'est bien rattrapé".

excusant l'homme à cause de qui j'étais certes peut-être un peu tombé, cela me permettait de dire à Gilles sans l'accuser nommément que c'était surtout à cause de lui, parce qu'il ne m'avait pas prévenu de cet écart, parce que e ne voulais pas marcher de Paris intramuros en banlieue parisienne. Mon corps avait envoyé ce premier signal à celui qui m'avait dit que j'avais "l'esprit empoisonné" ; mais il se trouvait que "LES RENCONTRES" démarraient le lendemain du jour où Gilles et moi nous voyions : c'était le lendemain, lundi 2 mars, que je devais assister à ma première série de réunions à l'hôpital de saint-Cloud, modérées par un psychologue. Mon corps avait décidé  que je n'irais pas. Et il avait voulu précisément envoyer ces deux messages et aucun autre : quand nous aivons marché, Gilles et moi, de la station du Bourget jusqu'au café de Drancy, je n'avais rien senti en termes de douleur extrême. Je parvins à regagner mon domicile à pied. Cinq étages étaient à gravir, je les gravis. Mais, une fois arrivé dans mon appartement, la douleur s'empara de mes pieds avec une telle violence que je me mis à boîter tout à fait, et il en alla de même le jour qui suivit où, comme ce fut celui où nous appelâmes le médecin, lui aussi crut à une entorse. En réalité, ce n'était qu'une foulure ! Dès le surlendemain, j'aurais pu me remettre à battre le pavé.

 

Est-on jamais responsable de la chute d'un autre ? Il y a trois jours, je me rendais à mon cours d'informatique quand sortant de la station Duroc, je fis voltiger le corps d'une jeune fille qui ne m'avait pas vu comme je ne l'avais pas entendue. Ma première réaction fut de me dire avec assez d'indifférence que, si les gens perdaient aussi la fâcheuse habitude qu'ils avaient de marcher sans regarder, on n'assisterait pas à la chute des jeunes filles qui se prennent leurs jolis pieds dans la canne des aveugles. Je m'apprêtais à continuer ma route quand j'entendis que la jeune fille s’était mise à pleurer, ce qui m’émut, car elle avait l’air gentille, et tout un monde s'affairer autourd’elle. Je me fis alors l'effet d'un chauffard et je revins sur mes pas (je n'en avais fait que deux ou trois). Me voyant indécis, n'osant m'approcher du corps de la jeune fille, un homme vint me trouver pour me dire que ça allait, qu'elle était choquée, mais bien entourée, et qu'elle n'avait rien. Qu'aurais-je fait si elle avait eu quelque chose ? C'est alors que je perçus dans mon oreille l'éhco du corps tombant de la jeune fille. Une femme lui parlait :"Ça va, prenez votre temps."

Elle lui parlait comme une autre avait fait à Nathalie quand elle était tombée, le jour où, revenue d'une maison de repos dépendante d'un hôpital psychiatrique, elle avait décidé de commencer à sortir tous les jours. Nathalie s'était faite une entorse comme moi et n'est plus jamais ressortie sans la main d'un kyné, celle d'un ami ou la mienne. Encore, est-ce de son propre aveu "la croix et la bannière" pour la faire sortir. J'avais dans l'oreille l'éhco du corps tombant de la jeune fille et j'étais là, les bras ballants, à peine repenti d'être un chaufard qui, en fait, en était un, car si la jeune fille n’avait pas été entourée, je n’aurais pas rebroussé chemin et si elle avait eu quelque chose, l'aurais-je accompagnée à l'hôpital ? La jeune filledit, au milieu de ses pleurs :

"Pourtant, j'aurais dû le voir !"

Je partis. Je me mis à me dire qu'il fallait que j'éprouve de la compassion pour cette jeune fille qui était tombée à cause de moi. La forme de compassion que je réussis à éprouver consista  raconter l'événement : j'avais causé la chute d'une jeune fille ! La confession que j'en fis, aussi bien quand je rentrais prendre un café au Balto que quand j'arrivais au club informatique ou quand je sortais du même Balto, me paraissait avoir, elle aussi, son lot d'indécence, car elle n'était pas loin de sonner commeun trophée : j'avais causé la chute d'une jeune fille. La dernière personne à qui j'en avais fait confidence était le serveur du Balto. Ici, je me crus obligé de faire le compte des gens que j'avais faits tomber : j'en étais à trois ! Il y avait eu, il  y avait quelques années, quelqu'un qui s'était pris les pieds dans ma canne à Saint-Placide, mais qui l'avait tordue en se les prenant,  qui m'avait engueulé en tombant et qui avait fait tout cela en courant, si bien que je n'avais eu aucune commissération pour lui.  Il n'avait eu que ce qu'il méritait, estimais-je. Il courait, il ne regardaitpas, il tombait, il tordait, il gueulait, c'était presque bien fait. Et, avant lui qui avait précédé la jeune fille en ligne directe, et dont le souvenir de la chute pouvait expliquer mon sentiment d’irresponsabilité suite à la chute de la jene fille, j'avais renversé un cycliste avenue d’Altkirsch à Mulhouse. Nous n’avions eu que le temps, lui de se relever, de nous demander tous les deux si ça allait, et moi de finir de traverser avant que le feu ne repasse au vert. Laurent, le serveur du Balto, ne me crut pas : "C'est plutôt lui qui vous avait renversé !"

"Non non, je vous assure." (Là, je me mets vraiment à me vanter et à vendre mon renversement du cycliste et le renversement de situation. Ce n'est pas un aveugle que de vilains chauffards fichent par terre, c'est lui qui fait faire un vol planer à un deux roues.) Il passait au feur ouge, je ne l'avais pas entendu, il s'est pris les deux roues dans ma canne... En fait, je crois qu’il avait respecté un silence où le bruit des roues de son vélo qui reprenait sa course remplaçait ce qu’il aurait pu me dire, le temps pour moi, qui n’étais pas un chauffard à cette époque, qui me préoccupais de ce cycliste, de me précipiter, car d'autres voitures déboulaient et, si je n'arrivais pas à temps sur le trottoir, c'était mon tour !"

 

Je retournais au métro quand j'eus achevé mon récit à Laurent. Le trajet me donna le loisir d'y repenser.

 

Quant à giles, il n'aime pas mon enoeuvrement, mais je suis allé sur son blog (je me mets à peine à Internet, je m'en sors pas mal !). Je trouve qu'il écrit comme moi, je le lui ai dit, il a trouvé moyen de me répondre : "Oh, mais ça, mon blog, ce ne sont que des notes !"

Peut-être est-ce que j'écris des notes, moi aussi.Dans mon esprit, ce sont plus que des notes. Décidément, Gilles et moi n'aurons jamais la même conception del’écriture. Cela fait longtemps que je lui dis qu'il vaudrait mieux que nous n'en parlions plus. Nous allons nous voir dans deux jours. Je lui ai proposé de lui montrer comment marchait Internet pour les aveugles et comment je me débrouillais. Je lui ai dit aussi qu'il fallait que j'aille m'acheter des pompes et comparer un GPS pour piétons vendu chez darty au GPS spécialisé commercialisé par CECIAA, qui est dix fois plus cher. Il m'a dit être content que je lui fasse cette proposition. Gilles serait content que nous nous voyions dans l'action. C'est sa partie. Moi, je n’agis pas. Je pense que l'action est l'ennemie de l'oeuvre. Arriverons-nous, Gilles et moi, à nous expliquer mardi ? Je me demande si Gilles ne fait pas en sorte qu'agir nous évite de nous parler. Je pourrais toujours terminer cette première partie en faisant semblant de ne pas m'expliquer pourquoi c'est dans le sillage de la psychanalyse, pour qui le corps et l’inconscient sont langage, qu'on a cru pouvoir ddécouvrir la mort programmée du langage. Je ne sais pas au juste ce que recouvre cette notion. Je la comprends à ma manière en disant que l'avenir du corps est de mourir. C'est sans doute par assimilation qu'il doit en aller de même du langage. Mais, si parler se meurt, c'est la fonction-verbe qui est crucifiée. Est-ce que deux frères seraient capables, à eux deux, à travers leur conflit, de "tuer le langage" ? Il y a un fratricide précédant toute fraternité. Il n'y a jamais place pour deux frères qui ont les mêmes talents. Mon frère ne fait valoir que je ne suis pas agréé par le monde. J'en suis conscient, mais je me venge en misant sur la postérité. Mon frère ne dirait pas que nous sommes en conflit : c'est qu'il est trop certain d'avoir gagné, car, à l'heure qu'il est, il est le plus fort. Mon frère ne dirait pas qu'il veut être le plus fort. Peut-être même dirait-il que c'est moi qui le suis parce que j'ai cette force renversante du vErbe, qui ne me fait laisser en paix aucune montagne. Je crois que mon frère m'aime plus que je ne l'aime.  Il a beaucoup souffert de ma cécité. Les handicapés sont des captateurs d'amour, mais ce ne sont pas des gens qui aiment assez. Je crois que mon frère m'aime plus que moi, car je n'nai pas été capable de percevoir qu'il était malheureux ; je ne suis pas en demande que nous nous voyions beaucoup ; je mets notre relation en veilleuse alors qu'il ne cesse de la réactiver. Mais, si mon frère m'aime plus que moi, c'est que je suis plus près de Caïn que d’Abel. D'abord, caïn est un personnage que je comprends ; et puis, mon père s'est reconnu en mon frère adulte, non en moi et encore moins en notre aîné. C'est pourquoi je me fais l'effet de caïn. Car mon frère Philippe, notre aîné, a décidé de faire tout pour plaire à notre père, même à titre posthume, tout en se passant de son amour. Je n'en suis pas arrivé à ce qui ne me semble pas être de larésignation, mais bien plutôt de la force d'âme. Le Père dugué me souhaite d'avoir un jour la force d'âme d'arrêter de boire. C'est là encore bien d'un problème de force d'âme qu'il s'agit. J'ai ofert à Dieu le fait de n'avoir pas aujourd'hui l'envie d'avoir cette force d'âme. C'est plutôt Caïn qui me paraît avoir de la force d'âme, de chercher à se venger du "Mystère d'Iniquité" qui règne dans les lois naturelles. À cela près qu'il faut bien reconnaître que, lutter contre ce qui a force de loi dans la nature et s'en prendre à ce qui est, c'est perdre sa peine. Simonne Pacaut estime que caïn est précisément l'être qui obéit à sa psyché, c'est-à-dire qui a les réactions que lui dicte "la chair". Je ne suis pas seulement charnel en ce que je suis charnu. Je suis charnel aussi en ce que je suis une tête delard. Je me reconnais dans le personnage de Caïn et je sais que Gilles a la fragilité d’Abel. C'est pourtant Gilles qui m'a mis le doigt sur l'étrangeté qu'il y avait à ce que Caïn demandât à dieu d'être marqué d'un signe pour qu'on ne le tue pas au cas où il rencontrerait quelqu’un alors qu’il n'y avait personne, personne qu’Adam, Eve, Caïn, Abel et seth. Caïn est allé chercher son chemin loin de Dieu. Pourtant, la vie de Caïn n'a cessé d'avoir du prix à ses Yeux puisque caïn doit être "vengé sept fois" si on s’attaque à sa vie. Gilles a commencé par rompre avec les formes extérieures de l'appartenance à Dieu. Il est revenu à l'eglise, je ne sais pas si ça lui fait du bien. Il est revenu à l’église et c'est tmoi qui conteste aujourd'hui le rituel. Gilles a aimé Dieu en se Donnant Dieu. Un mystère est pour moi quel est le Dieu de Gilles. Je ne le cerne pas. Je crois qu'il a beaucoup à voir avec le désir, mais je nen comprends pas davantage. Le Dieu de la religion ferme et virginise le désir. Je me sens proche de caïn, et pourtant je ne me suis jamais éloigné de l'ancrage religieux. Peut-être est-ce que la religion a perdu son chemin loin de Dieu ! Mais quel est le Dieu Qui bénit Abel et Gilles et pas moi ? Pas moi qui ne suis pas un ascète. Pas moi qui lutte à mort pour ne pas renoncer. J'ai tort. Ce n'est pas si difficile à vrai dire. Mais je ne sais pas pourquoi je ne veux si obstinément pas. Simonne Pacaut demande que l'on travaille, en vue de " l’évangélisation des profondeurs », SUR LES LIEUX précisément où on ne veut pas que Dieu entre pour faire de la Lumière ! Pourqoi ne voulons-nous pas l’éclaircie ?

 

2. Je suis retourné voir le dr S. Je l'ai fait pour tenir parole. Le taxi et moi avons eu un mal fou à trouver cet hôpital. En rentrant dans Boulogne, il a dit :

"Ici, il n'y a que les chiens qui n'ont pas de voiture !"

 

Je suis tombé chez le dr S. un peu comme un cheveu sur la soupe. Je m’en doutais. Elle n'avait pas signalé aux admissions que j'avais rendez-vous avec elle. Sons secrétariat pourtant n'avait pas oublié que je devais la voir. Une dame des admissions m'a accompagné jusqu'à son service qui se situait côté jardin de l'hôpital, un beau coin vraiment ! C'était d'autant plus agréable de deviner le jardin derrière les fenêtres du couloir qu'il faisait frais avec un franc soleil. On m'a fait asseoir sur une chaise, dans le couloir. Autour de moi, attendaient ou circulaient, parmi des aides soignantes qui faisaient circuler des charriots, plusieurs patients qui avaient l'air d'être hospitalisés. Des gens qui en avaient bavé, mais qui n'avaient pas l'air d'"épaves", comme l'impression que m'avaient donné, aussi bien ceux qui avaient attendu avec moi en consultation chez elle que les patients de Fernand Widal et du docteur Éric Hispard que le foyer m'avait forcé d'aller consulter il y a 15 ans. Je regrette de ne pas avoir persévéré auprès de lui, car il était très bien, mais il y avait une ambiance exécrable dans son service. Ici au contraire, il y avait une bonne ambiance, des gens tranquilles, un climat serein. Sur le moment, le dr s. ne sait manifestement pas comment s'adresser à moi :

"Je suis là."

"Moi aussi", lui répondis-je du tac au tac.

"alors, vous avez arrêté l'alcool ?"

"Mais je l'avais déjà arrêté la première fois que je suis venu vous voir. Je vous ai envoyé une épître qu'apparemment, vous n'avez pas reçue."

"ah si, mais on me l'a mise dans le dossier."

"C'est dommage, cela fait perdre tout son sens au rendez-vous."

Une réunion doitcommencer. Le Dr. S. m'avait dit qu’elle me prendrait entre deux portes. Elle est aujourdh'ui prête à sacrifier sa réunion pour moi :

"Est-ce que vous ne pouvez pas la faire sans moi ?", demande-t-elle à une de ses infirmières.

"IL nous faut un grand chef",répond l’infirmière. Elle essaie de faire venir une colègue du dr S. qui déboule, furax, dans son bureau, pour lui signifier que le vendredi a toujours été son jour de consultation, qu'elle a un patient dans son bureau et qu'elle ne va sûrement pas le chasser pour remplacer la réunion du Dr S. à la réunion à laquelle elle ne veut pas assister. Le docteur s. lui fait observer qu'elle aussi a un patient, moi. Sa consoeur ne le voit-elle pas ?

Le dr. S. se fait engueuler devant moi. Entretemps, elle m'a demandé à brûle pour-poing :

"Pourquoi vous ne vous feriez pas hospitaliser ? Ça pourrait être intéressant pour vous."

"Comment cela, intéressant ? Ce n'est pas vraiment dans mon timing. Je vais essayer de reprendre le jour de Pâques, et puis avec Nathalie, nous allons vivre en alsace pour améliorer et assainir nos conditions de vie."

"Ça n'empêche pas, ça pourrait être intéressant pour vous, c'est comme de faire un stage d'Anglais !"

"Mais peut-on se faire hospitaliser si l'on n'a pas décidé d'arrêter ?"

"Bien sûr. L’appétit vient en mangeant. L'intérêt de l'hospitalisation est de vous confronter avec pas mal de gens, de voir ceux qui veulent s'arrêter, ceux qui le doivent, ceux qui y ont réussi, ceux qui ont rechutté, et vous rentrez avec tout ça en prenant votre décision."

"C'est-à-dire qu'on peut se faire hospitaliser si on n'est pas décidé, si on n’est pas sûr de la décision qu'on va prendre à la fin?"

"Bien sûr." (Il est possible qu'on attrape la mouche que je sui, non avec du vinaigre dont on craint que jefasse ripaille, mais avec du miel – car il existe du vinaigre de miel, ma mère en mettait toujours dans les salades, quand j’étais petit -. Vue comme ça, même à l'hospitalisation, je vois des avantages) :

"ecoutez, je ne vais pas vous dire oui maintenant. Je vais essayer de reprendre et que ça aille mieux. En même temps, je ne suis pas naïf. Je sais qu'il y a de forteschances... que ça n’aille pas."

Le Dr S. prend mon discours à son propre jeu :

"Mais il se peut que ça aille mieux, il faut rester positif ! Vous savez ? Pour aucun de nous, on ne sait de quoi l'avenir sera fait."

Je suis sur le cul. Je vais jusqu'à oser lui poser ma questioonsur le bonheur :

"Etes-vous heureuse, docteur ? Vous comprenez bien que c’est la question qu'on a envie de poser à quis se pose en maître de bonheur."

"ah, le bonheur, tout un programme !"

J'aime qu'elle ne m'ait pas répondu : "Vous avez l'air d'aller miux, me dit-elle."

"Quelqu'un que je n'avais pas vu depuis six mois me l'a déjà dit hier, après m'avoir dit que j'allais mettre au chômage "le marchand de cuite." Mais c'est un coup auquel je suis habitué : on me le fait à chaque fois, j'en ai parlé dans les traits détendus. Ouais, j'ai meilleure mine, mais je reviens à nos moutons, car il est vrai que l'hospitalisation vue sou scette angle...

"Les résultats de vos prises de sang sont plutôt bons, mais ça pourrait être intéressant pour vous."

"Et quel délais faut-il attendre quand on demande une hospitalisation ?"

"Environ trois semaines, un mois."

"Ça va, ce n'est pas le bout du monde ! J'ai appris que vous aviez un cabinet en ville. Et là, vous donnez des rendez-vous au bout de combien de temps ?"

"Oh là, quinze jours, pas plus !"

"C'est très bien, tout ça."

"Voulez-vous que nous prenions rendez-vous dès maintenant ?"

Le rendez-vous ne s'est pas pris. J'aime autant. C'est une chance de plus mise de mon côté, d'aller mieux en ne faisant rien.

"Si j'ai l'air plus serein, c'est qu'il fallait au premier rendez-vous que je vous déverse mon fiel, c'était requis et comme indispensable. Mais maintenant, il y a un point sur lequel la pause m'a fait évoluer : c'est que j'arrive comme devant, je veux dire comme devant que je m'arrête, à ne pas me poser la question de ce que les gens boivent. A ne pas me la poser ou pas trop souvent. J'ai aussi surmonté l'angoisse de croire que je perdrais mon identité si je ne buvais plus."

"C'est le contraire, vous la retrouverez !"

"Je n'en suis pas là, mais je sais que je ne la perdrai pas, c'est déjà ça !"

J'avais dit au dr s. que j'étais d'accord pour prendre rendez-vous, mais que je préviendrais que je n'y viendrais pas si j'allais mieux. Dans la précipitation des événements qui entouraient notre dialogue, qui n'était peut-être pas central pour le dr s., mais ele m'a donné l'illusion qu'il l'était, nous avons oublié d’arrêter le rendez-vous. C'est une chance et me revoilà dans la nature, avec toutes les chances à mettre de mon côté, et la perspective d'une hospitalisation si je recommence à rendre ma moitié malheureuse ou si je ne peux plus me voir en peinture en n'étant pas pure, en n'étant pas au naturel ! J'espère seulement que cette pause m'aura fait avancer quand elle sera finie, et non pas retomber à l'homme que j'étais. Ai-je vraiment changé ? Je n'ai pas changé, mais je me suis assagi. Mon effervessence s'est transférée dans le travail. Quant à changer sur le reste, je ne souhaite pas me perdre comme Nathalie ne le souhaite pas et comme moinon plus, je ne souhaite pas perdre Nathalie. Mais y a-t-il encore quelqu'un d'autre que je souhaite ne pas perdre, ou plutôt qu'il est indispensable que je ne perde pas ? Parfois, je me dis que je me suis trop éloigné du monde et qu'il m'a trop rejeté pour que je ne l'aie pas volontairement perdu, dans un isolement dont je souffre, mais pas seulement.

 

 

 

 

 

 

PASSÉISME (II)

 

15 février 2009

 

L'alcool m'a-t-il rendu passéiste, solitaire et manipulateur ?

 

19 janvier 2016

 

Homélie du P. de la Morandais sur les noces de cana :

 

Jean II, 1-11

Une noce champêtre. L’alliance de Yahwe - Dieu et de son peuple est toujours figurée par une image nuptiale. Le vin s’en vint à manquer ...Que boire ? Il y a de l’eau. La puissance du Messie, accomplissant pour la première fois un signe public, le transforme. Trois temps : le manque de vin ; la présence de l’eau et la transmutation. Trois symboles : le vin, l’eau et un autre vin. Le vin. La Palestine était un pays de vignobles, et le vin y avait une grande importance au double point de vue alimentaire et commercial. Au moins sept mots désignent le précieux liquide, selon son état et sa qualité . Le vin est considéré comme un don de Dieu. Isaac souhaite à Jacob que Dieu lui donne l’abondance du froment et du vin (Genèse XXVII, 28). Dieu donne à son peuple le « sang de la grappe, le vin généreux » (Deutéronome XXXII, 14); pour le juste, la cuve déborde de vin nouveau (Proverbes III, 10) , mais il n’y aura plus de vin pour Israël infidèle. (Deutéronome XXVIII, 39)Des premières expériences éthyliques de Noé au vin que boit Jésus, il y a des siècles d’expérience dans la vinification. Ils apprirent ainsi à laisser vieillir le vin pour le rendre meilleur.« Vin nouveau, ami nouveau : qu’il vieillisse et tu le boiras pour ton plaisir. » (Ecclésiaste IX, 15) Et Luc le rappelle : « Personne, après avoir bu du vin vieux, n’en veut du nouveau. On se dit, en effet, : « c’est le vieux qui est bon »(Luc V, 39)

Dans l’Ancien Testament, le vin symbolise tout ce que la vie peut avoir d’agréable, surtout l’amitié, l’amour humain, et toute la joie qu’on prend sur la terre. Pour annoncer les grands châtiments à son peuple qui l’offense, Dieu parle de privation de vin (Amos V, 11; Michée, VI, 15;Sophonie I, 13;Deutéronome XXVIII, 39). Par contre, la félicité promise par Dieu à ses fidèles est souvent exprimée sous la forme d’une grande abondance de vin : ainsi dans les oracles de consolation d’Amos, Osée, Jérémie, Joël, Isaïe et Zacharie. C’est le vin de l’ancienne Alliance .Dans le Nouveau Testament, le Vin nouveau, c’est à dire un vin inconnu, le vin de la Nouvelle Alliance est le symbole des temps messianiques : Jésus, en effet déclare que l’Alliance Nouvelle instituée en sa personne est un vin neuf qui fait craquer les vieilles outres.(Mt. IX,17)L’eau. Elle est non seulement ici le symbole de la vie quotidienne, ordinaire et nécessaire comme l’air qu’on respire, mais de ce qui purifie et ce n’est pas pour rien que l’évangéliste souligne que les jarres sont celles destinées aux eaux rituelles de purification : c’est une eau lustrale !Dans le récit des noces de Cana, le premier vin bu et achevé est le vin de l’ Ancienne Alliance. Avec l’arrivée de Jésus - Messie , qui se révèle par un signe de puissance pour la première fois, c’est l’inauguration publique du temps messianique : l’ancien vin se tarit. Que reste-t-il ? De l’eau, pure et belle, appelée à purifier, donc à être déjà plus que de l’eau simple pour usage ordinaire : elle est le symbole de notre nature humaine créée, appelée à être purifiée et même recréée ; dont la vocation est d’être transformée, de passer de l’ordre naturel à l’ordre sur – naturel .

Dieu a besoin de cette eau, comme la créature nouvelle, sanctifiée par la grâce, enivrée par l’amour divin, ce qui suppose une bonne et belle nature au départ. La puissance du signe divin ne va pas s’accomplir à partir de rien : c’est une re - création et non un acte créateur dans le sens originel du terme. L’Ancienne Alliance a créé la nature humaine . La Nouvelle Alliance instaure une nouvelle création qui trouvera son achèvement au-delà de l’Epreuve du dernier manque, celui du passage de mort .Dans l’acte de transformation de l’eau en vin, offrant le vin de l’Alliance Nouvelle, le Christ annonce son propre passage par la mort. « Mon heure », chez saint Jean, signifie l’heure de la mort du Christ : « Je ne boirai plus désormais du produit de la vigne jusqu’au jour où je boirai avec vous le vin neuf dans le Royaume de mon Père. »(Mt .XXVI , 29)

Le vin de l’Ancienne Alliance s’en est allé. L’eau de l’humaine nature perdure et Jésus l’assume cette humaine nature dans le sang de sa divinité, appelant toute la nature humaine à la divinisation .Le vin neuf, si abondant et combien meilleur, annonce le breuvage divin du banquet d’éternité.

Père Alain De La Morandais

 

 

 

27 mai 2016

 

Après les dix ans de sacerdoce d'Hervé dont j'ai été l'acteur et qui se sont mal passés pour moi au point de provoquer une semaine complète d'angoisse (si j'arrêtais de boire, la seule chose que je ne regretterais pas, ce sont les matinées d'angoisse), au matin de ce trente-deuxième anniversaire de ma conversion (en quoi est-elle visible depuis que je suis adulte ?), j'ai consulté la fiche du dr. Kammerer, qui recensait les qualités du bon addictologue. (J'ai encore perdu une occasion de me convertir en ne l'appelant pas. Je l'aurais appelé si Sainte-Marie m'avait fait savoir qu'on s'y était aperçu que je ne savais pas comment j'étais rentré.)

 

Ce qui m'a séduit est qu'il diversifie sa pratique, expliquant notamment que des accès de dipsomanie sont souvent des indices de bipolarité.

 

C'est bizarre. Autrefois je me serais bien vu me lancer dans la carrière de l'abstinence ; aujourd'hui, je ne me sens plus cet héroïsme. Par contre, ça m'intéresserait d'être admis dans la fraternité des bipolaires. Les bipolaires sont pourtant plus turbulents que moi. Or rien ne m'effrayait autant que la turbulence lorsque j'étais enfant. Je trouverais bientôt les bipolaires trop excités pour moi.

 

Bipolarité : vingt ans pour imaginer qu'onl’est, dix ans pour la diagnostiquer, et combien de temps pour en guérir ?

 

En irait-il de même d'un diagnostique éventuel de bipolarité me concernant de ce qui s'est passé pour la dispraxie ? Sandra Panetta avait émis cette hypothèse en m'expliquant que le dyspraxique était celui qui n'arrivait pas à mettre en pratique. Mais fonctionnellement, je ne me suis pas révélé entrer dans les critères de la dyspraxie. Entrerais-je dans ceux de la bipolarité ?

 

Si j'émets toujours des réserves comme "l'esprit qui nie" et ne veut pas se rendre, je me demande pourquoinos sociétés se pathologisent à ce point de noms psychiatriques. Mais passons.

 

Si je réfléchis enfin sérieusement, la bipolarité expliquerait que, quand j'ai commencé mes études, je loupais presque tous mes trains parce que je mettais trois quarts d'heures à manger l'orange que je m'étais imposée de manger, et pourquoi j'ai mis une bonne quinzaine d'ouvrages sur le métier et n'ai jamais pu en acheverun seul.

 

On me dit (dans un article sur le même sujet reçu par hasard de "rue 89") que les bipolaires doivent vivre comme des moines. Décidément je n'en sors pas…

 

 

28 mai 2016

 

Bipolarité : Parfois je me dis que j'ai beaucoup travaillé  et parfois que je n'ai rien fait ; en phase "maniaque", je me sens prêt à gravir la montagne, je me dis que le monde est à moi, et puis je m'effondre en phase dépressive, il n'y a plus personne…

 

Parfois, je me dis que je suis gentil, et parfois que je suis méchant. En réalité, j'ai  de longs moment de gentillesseet de bienveillance  ponctués de crises de colère si imprévisibles et si violentes, presque toujours verbalement (il m'est arrivé de casser une porte ou de jeter ma télé à terre ; heureusement, je n'ai jamais levé la main sur Nathalie, Dieu m'en préserve !) que la balance reste toujours du côté du dr. Jeckill, mais que Mr Hide ne cesse pas de m'étonner.

 

Chaque fois, comme dans la chanson de Nougareau, je me promets d'être dr. Jeckill, mais je sais en le promettant (et pourtant, c'est une promesse qui est sincère en ce sens que j'aimerais pouvoir la tenir) que, si Mr. Hide vient m'envahir et faire irruption, je ne pourrai pas résister.

 

RUPTURE

 

 

 

Non daté.

 

Donc, mon ami m’a quitté en disant aux amis à qui elle parle que c’est parce que je buvais et que je l’agressais verbalement quand j’avais bu (c’est vrai, je m’excusais toujours, mais je le faisais).

 

Elle me pousserait presque au déni, non seulement parce qu’elle ne donne plus de nouvelles aux amis que nous nous étions faits depuis vingt ans – elle n’a pas eu la manière de me quitter -,  parce qu’elle me quitte sans dialoogue, mais parce que, tout ce qu’elle retient de notre histoire, ce n’est pas que je l’ai accompagné dans son épreuve, ce n’est pas que je l’ai aidée à retrouver son histoire au risque de m’en emparer, mais c’est que je buvais. Ce ne sont pas les souvenirs que nous nous sommes faits ensemble et les trois vies que nous avons vécues en une, ce n’est pas l’amour dont je l’entourais tous les jours et dont j’ai toujours, malgré ma colère qui sourd, des réserves inépuisables pour elle, ce n’est pas l’amour infini et patient dont elle m’entourait, c’est que je buvais.

 

Je lui ai demandé quelque chose de surhumain. Je lui ai demandé de m’accepter. Elle a mis un an à le faire, mais elle l’a fait pendant dix-neuf ans, jusqu’au jour où elle ne l’a plus pu.

 

Avant de retrouver sa Normandie, et Rouen qui correspondait aux années les plus heureuses de sa vie, elle m’a dit : « L’Alsace, ça rime avec glace, je n’y reviendrai plus. »

 

Ma mère nous avait attirés dans le piège de ce pays germain. Elle a si habilement manoeuvré qu’elle a commencé par me persuader que Nathalie devait venir y vivre seule pour pouvoir satisfaire son besoin de vivre dans une résidence sécurisée. Puis, elle me déclara qu’elle ne voulait pas avoir un quatrième enfant. Son but était de se venger vingt-trois ans plus tard de ce que je l’avais quittée à treize ans avec pertes et fracas, non que je n’eusse organisé ce départ de manière qu’elle en souffrît le moins possible, mais son orgueuil ne pouvait s’y résoudre, comme le mien ne peut se résoudre au départ de Nathalie, que je comprends pourtant. Nathalie a bien déjoué la manoeuvre de ma mère et m’indique peut-être que c’est ce que je devrais faire moi aussi.

 

J’ai demandé à Nathalie d’accepter pendant vingt ans l’impuissance qui a résulté de l’alcool depuis ma puberté ainsi que de quelques abus sexuels qui ne sont pas allés jusqu’à la pénétration. C’était une insulte à son sexe que cette impuissance, car Nathalie avait du sex appeel.   bout,

 

La vie me donne ce terrible coup de semonce, qu’en ferai-je ?

 

Nathalie est partie, c’est ma faute. Nathalie m’a quitté et j’ai mauvaise conscience.



" ou de "vin[1]Quel honte de presque commencer par là, mais l'alphabet commande, de même que c'est à lui que je dois de parler de moi d'abord (égologie en Alpha), soit qu'il veuille signifier par là mon égotisme sans borne ni vergogne, soit qu'il m'appelle au contraire à mettre en harmonie ma théorie et ma pratique puisque, comme on le verra dans l'"AMOUR", je suis de cette croyance qu'il faut chercher dans la source de l'amour de soi les ressources de l'amour de Dieu.
[2](16 février 2009
 
Un jour, j'ai demandé à un psychanalyste qui se disait chaman pourquoi nous avions deux yeux.
"Autant le demander à Dieu", répondit-il.
"C'est aussi ce que je fais !"
"vous feriez mieux encore de ne pas vosu poser des questions sans réponse."
"excusez-moi, mais le fait d'avoir deux yeux aux deux lobes de notre milieu frontal, l'un à droite, l'autre à gauche, illustrant le "bilatéralisme psychique" découverts par Fliess et par Freud, est une question d'importance. Si la psychanalyse ne veut pas interroger les causes pour ne se contenter que de mettre en surbrillance les coïncidences dont la signification est condamnée à nous rester absurde, c'est une science de peu de poids. Pour Jung au moins, "Dieu Etait l'Inconscient." Interroger la cause de l'existence d'une chose ne suppose pas que l'on espère de réponse autre qu'expériencielle. Mais interroger dans l'espoir d'une réponse qui dépasse l'équation est la seule prière à la hauteur de l'espérance. C'est la seule raison d'être du dialogue entre les voix d'une conscience dissociée dont une instance tutoie le "moi".
[3] (a dit le Père duval in "L'ENFANT QUI JOUAIT AVEC LA LUNE". en quoi l'alcool n'est-il pas une idole puisque c'est une obsession ?)
[4](Saint-Paul, épître A ux galates).
[5]((nouvel emprunt à Hervé chabalier.)
[6](19 avril 2008
 
1. Je soupçonne que c'est à cause de cette assexualité non traitée que je n'ai pas pu entrer dans la vie rreligieuse. Car, pour faire voeu de chasteté ou s'offrir à recevoir l'ordination sacerdotale, il en va comme dans le mariage : il faut qu'un acte d'amour  soit possible sous une forme sexuelle. Du moins cela est-il induit.
 
2. Accessoirement, puisque nous parlons conso à travers l'évocation d'un "acte d'amour" consommable", pourquoi dit-on que l'on "bouffe du curé" ? Possiblement parce que c'est  la seule manière, pour le mnistre du culte, de ne pas être seulement l'administrateur d'un Sacrement formalisé ritualisé à la perfection, mais d'être configuré en quelque sorte ad Personam Chrsti eucharisticam.
[7](Jean-Mary Koltès, chanson "pardonne-leur, pardonne-nous".
 
[8] 14 mars 2004 : je n'ai jamais aimé ce "fruit de l'Esprit" selon Saint-Paul qu'est "la maîtrise de soi" !)
 
[9](15 février 2009
 
Ma mère, toujours elle, me reproche de ne vouloir parler de "la soif" qu'en colloque singulier avec moi-même, ce qu'elle trouve de la dernièreindignité. Je lui réponds que seule, Nathalie est juge de m'imposer des cures plus ou moins à vie ; qu'en outre, elle-même ne fait que se prévaloir de l'inquiétude où elle se trouve à mon sujet et à laquelle elle carbure, alors qu'elle estime être arrivée à un âge où elle a le droit d'"avoir la paix" .
"Si je vis dans la sérénité, je ne souffre d'aucun malaise et la camisole chimique que m'a donnée mon médecin enraye la dépression mal soignée que je supporte depuis dix ans. Mon médecin est un très bon médecin. Il me suit depuis dix-huit ans."
"Tu dis que tout va bien si tu as la paix, comme si tu pouvais éviter que la vie soit traversée de tempêtes. de plus, souffre que je ne veuille pas recevoir l'énergie de ton inquiétude : elle ne m'est d'aucun secours et ne m'attire que du malheur ! )
[10]16
 
[11](Expression de Thierry Piras).
[12](15 février 2009
 
Mon âme ne doit pas être si vieille que ça puisqu'elle ne s'est pas réconciliée l'avenir ! Et puis je ne tiens pas à être une "vieille âme" : que je sois né malheureux avant que rien ne m'arrive, la vie n'a pas mérité ça !)
[13](Pour Christian Fierenz, le "JE N'Y AVAIS JAMAIS PENSE" est, après la négation, la seconde modalité d'émergence de l'inconscient, l'inconscient signifiant dès lors (christian Fierenz récuserait ce recours si précipité au registre de la signification) moins la résurgence d'un enfoui que la miseau jour d'une nouvelle manière de combiner les phénomènes pour transformer le champ de la causalité.)
[14](1. "Il faut chercher le bonheur jusque dans la catastrophe" (Mohamed Khacimi)
 
2) Dieu est Pleinement Dieu quand Il prononce :
"JE SUIS HEUREUX",
car quand je dis qu'Il est amour, c'est moi qui l'attribue. et si je me sens obligé de Lui attribuer l'amour, c'est que j'en postule le manque. Je suis en manque d'amour de dieu. Dieu n'est en manque de rien parce qu'Il n'Est pas pauvre d'amour. Aussi, Se refuse-t-Il à s'attribuer quoi que ce soit, qui pourrait le définir. Ou plus exactement, l'attribution qu'Il s'autorise n'est celle d'aucune substance parce qu'Il ne veut pas être Séparé des autres noms ou ramené à un objet. Dieu n'est pas Chosal, Neutre ou objectivable. Ma croyance en Lui est la suggestion qu'Il me fait. Dieu est Indéfinissable et, par là Insaisissable, Souverainement Libre. Dieu nous apprend le bonheur d'être Libre, Souverain, Insaisissable, Indéfini. C'est d'être tout cela que Son Amour est Infini. Aimer rend Dieu souverainement Heureux. Il Aime sans Besoin, sans retenir, sans Offrir, toutes ces emprises du chantage. C'est en Donnant que Dieu Aime.)
 
[15](5 mars 2009
 
Si l'on doit probablement répondre à cette première question par la négative, c'est qu'à la différence de la frustration, qui est une fixation sur un objet transitionnel de "vanité" comme l'indique son étymon latin, renvoyant l'ensemble des objets aux "vanités »et à l'insatisfaction primitive dont ils comble à vide l'avidité, qui est une quête éperdue de plénitude, la privation ressortit à un tout autre genre de manque. La privation nous fait endurer la peine ; dans la privation, on est puni. À l'infantile chagrin de ne pouvoir  trouver satisfaction dans l'abcès de fixation objectal de nos passions transitoires et compulsives, à cette non coïncidence qui nous "fait peine" (comme on dit dans le Midi), car il serait si simple de jouir de ce que l'on désire, la privation ajoute la peine entendue comme sanction judiciaire de, pour s'être trop longtemps fixés sur un objet qui nous a signalé sa vacuité-vanité, ne plus être admis au domaine des autres qui, non seulement jouissent sans peine de ce dont un mauvais génie a fait que nous devions être privés, mais qui ne nous souffrent plus de compagnie, parce que nous avons mis la charrue avant les boeufs,  la soif avant la somme, le produit avant les autres, l'objet avant les sujets. Ayant préféré le toxique au monde, nous lui sommes devenus toxiques et nous sommes par lui rejetés.  Nous pourrions nous consoler d'être frustrés de ce vers quoi, dès qu'on tendrait la main, on nous taperait dans la main sans toper avec nous autres, taupes, mais pour qu'on ne le prenne pas. Qu'on nous inflige une peine, voilà ce qui ne connaît point de consolation. On ne peut jamais être heureux d'être punis ni trouver son bonheur dans la privation.)
[16](Pensée de début de sevrage solitaire qui s'estompe après un certain temps sous réserve qu'on ne voie pas de gens à l'oeuvre !)
[17]("Aveugles et alcooliques, y en a qui cumulent", écrivait Yves Letreule dans sa pièce ELLEBORA. Cet auteur, de son vrai nom Yves Félix, enseignait dans une école d'aveugles où j'ai fait mes classes. Je suis déjà aveugle, je ne veux pas cumuler !)
[18](Ce n'est pas la santé qui fait le bonheur, c'est le bonheur qui fait la santé. Sois heureux et tout ira bien, mais si tu es malheureux, tout tournera en ta défaveur, car la misère attire la misère. Le bonheur est un cercle vertueux comme la misère est un cercle vicieux. Ainsi pourrait s'énoncer une des lois du mystère d'iniquité, car il n'est pas vrai qu'on a la vie qu'on se fait ou que la victimisation est un "mensonge de l'esprit", deux adages que m'ont respectivement formulés chacun de mes frères. Mes frères ne sont pourtant pas des "amis de JOb", du moins je l'espère ; quant à ces adages, ils appartiennent en propre aux sociétés impitoyables que je récuse.)
[19](Un éclaircissement de ce point se trouve au quatrième alinéa de la note qui suivante portant sur les "trous noir".)
[20](nuit du 16 au 17
février 2009 :
 
emission de Bernard Treton sur "LES TROUS NOIRS" diffusée  sur "France culture" à la veille de mon rendez-vous avec le docteur S. et juste après que j'eus corrigé les premières "épreuves" de cette "entrée" :
 
1. "Dieu a échoué puisqu'Il n'a pas réussi à nous faire croire en Lui" (Armand Salacroux). C'est là l'Expérience absolue du "trou noir".
 
2. "Le mauvais exil de l'amnésie est un grand trou noir d'où on ne revient jamais." (Alfred Jarry, "UBU ROI")
 
Celui qui vit des crises d'étilisme perd le fil d'un temps donné de son existence qu'il n'arrivera jamais à récupérer.  C'est là l'expérience existentielle du "trou noir" qu'à la différence de l'amnésie, il faut un certain courage pour renouveler.
 
3. Certains suicidaires perdent le souvenir de leur passage à l'acte. Le trou noir de l'acte suicidaire oblige celui qui y a vu tomber le suicidé à faire l'expérience de l'arrachement, non seulement de celui qu'il vient de perdre, mais de ce qu'emporte dans le trou noir de sa propre existence celui dont il endure l'absence comme une fosse.
(J'ai reçu cette dévotion par intuition de tenir sainte Thérèse de Lisieux pour la patronne de la préservation du suicide.)
 
4. Ma propre peur du "trou noir" peut être appréhendée :
 
- au passé comme un refus de vivre (cf. anorexie mentale) la déchéance de la connaissance dont j'ai énuméré les effets à la fin du "MAUVAIS COTÉ DE LA PORTE DES CHOSES" ;
 
- au présent comme une peur de perdre ce par quoi je suis parvenu à béquiller jusqu'à combler le sentiment du manque résultant de cette déchéance ;
 
- pour l'avenir comme la peur de la vulnérabilité qui résulterait de vivre dépouillé dans une condition qui a désappris à aimer vivre dans l'état de nudité.)
 
[21](en some, on n'a le choix qu'entre se mettre au vert ou boire descoups.)
[22] (16 février 2009
 
L'alcoolisme est un sujet qui m'a toujours intéressé, mais je n'aime guère à entendre parler d'"alcooliques", tout comme je crois que la dépression désigne à peu près tout et n'importe quoi, et que répugne en général à voir apposer une étiquette sur des individus qui sont des "faisceaux de tendances" sans qu'aucune de leurs "passions fixatives" ne puisse les résumer. Apposez une étiquette comme ici : déclarez que quelqu'un est "alcoolique", et voici que le sujet devient patient et l'attribut devient sujet. La passion n'est plus que souffrance  et le sujet de cette passion évacue que son sujet ait une identité. Pour bien faire, les "alcooliques" (qui ne deviennent "anonymes" que par une dérive naturelle de l'éclipse du sujet) ne devraient pas se contenter de dire : "JE SUIS alcoolique", mais inverser : "ALCOOLIQUE, je suis".
alcoolique, c'est mon Nom qui ne suit comme mon ombre et je ne suis plus que l'ombre de mon alcoolisme. "Alcoolique-Etiquette" a pris la place de mon "JE SUIS" et de mon assimilation au divin. C'est "Alcoolique" qui voudrait être divinisé en moi, mais peut-être devrais-je accepter d'être divinisé par Alcolique, Dieu s'engouffrant dans ma fêlure pour suinter.)
[23](Comme dans le roman de Pérec ("LA VIE MODE D'EMPLOI"), il habite au troisième !  Il est né dans l'immeuble dont sa famille est copropriétaire depuis 89 ans.)
[24](Jean-Christophe Lagarde dans "LE RENDEZ-VOUS DES POLITIQUES" sur France culture.)