samedi 23 mai 2015

Le désir de l'Esprit plutôt que l'espérance du ciel


(méditation avant la pentecôte).

 

 

« Par la foi, je dois croire qu’il y a un enfer ; par l’espérance, je dois espérer ne pas y aller ; et par la charité, je dois souhaiter que personne ne soit damné. » (Xavier Léon-Dufour).

 

Dans l’évangile de ce jour, saint-Jean pinaille avec ses frères, les autres disciples, lui qui se désigne constamment sous ce nom : « l’autre disciple ». Il pinaille sur la différence qui existerait entre ne pas mourir et demeurer. Et si précisément demeurer était autre chose que ne pas mourir ! Demeurer dans la relation avec le Christ Qui est résurrection et vie, qu’on meure ou qu’on ne meure pas, en sorte qu’ »en mourant, on entre dans la vie » et qu’en vivant, on entre dans la mort, mais non pas dans la mort physique : on vit déjà la vie de l’après-mort, on entre, non pas dans le paradis de l’âme si, en étant autoréférentiel, je confirme que ce paradis de l’âme avant la chute était le narcissisme ; mais dans le paradis de la relation qui est la fin de la Création, non pas  entre la vie et la mort, mais entre les vivants et les morts, car entre le Vivant et mon âme ! On entre dans l’animation de sa vie par l’ »esprit vivifiant » (spiritum vivificantem), par le Souffle du ressucité, plutôt que dans l’espérance du ciel, espérance passive par opposition à la manière dont le Christ nous fait la courte échelle entre la terre et le ciel en étant l’échelle de Jacob, et à la manière dont l’Esprit met le ciel par-dessus le toit, en entrant comme un violent coup de vent qui n’a pas besoin de passer par l’échelle bien qu’Il aime l’échelle, mais l’amour n’a pas d’échelle et l’esprit est Amour.

 

Et l’évangile, disait Marguerite Duras, est une « méditation sur le sens du vent », qui ne nie qu’il en ait et n’ouvre à l’insolite que si l’Esprit, en déboussolant tout, en renversant l’échelle, ne met toute chose à sa place, hors du plan. Mais l’imprévisiblité et l’improvisation ne valent dans une vie, sa mise hors plan, sa sortie de l’architecture, que si c’est l’Esprit qui a présidé au processus de Création et de décréation, à la construction de l’Echelle et à son renversement. Tout homme qui a bâti sa maison sur le roc mérite de la voir renversée par le vent. Dans le conte, seule la maison de Nafnaf peut s’effondrer, pas celle de ses frères, pas plus que la maison de celui qui a bâti sur le sable, car il est en relation immédiate avec le vent, et l’Esprit n’est pas l’immédiation, l’Esprit supose une médiation, l’Esprit supppose la médiation de Celui Qui l’envoie et du désir de le recevoir, parce qu’on est le disciple de Celui Qui l’envoie et parce qu’on participe au principe de la Création, en tant que tout fut créé en Celui Dont on est le disciple, en suivant le sens téléologique de la Création et sa finalité. Je participe au principe de la création parce que je suis le disciple de Celui Qui en est la fin.

 

Tout fut créé à l’échelle et pour le Fils, mais non pas pour l’échelle. Tout fut créé selon un plan, mais pour la déplanification. Et seul est digne d’avoir part à la déplanification et d’être « libéré du connu » celui qui respecte les commandements de l’Échelle.

 

 

 

M

 

 

 

 

 

 

jeudi 7 mai 2015

Organisation et contemplation

J’ai du mal à m’organiser, oscillant toujours entre l’idée que tout est indigne del’activité humaine, qui ne se rapporte pas à dieu, la certitude du caractère indispensable de l’organisation en mettan au premier plan la prière que je fais rarement, et mon goût invincible de la diversion et du pas de côté, qui fait que mes journées ne se déroulent presque jamais comme je les avais planifiées. Un jour, j’avais fait part de ces perplexités à un couple de voisins musiciens, dont luiétai chanteur lyrique et elle, une pianiste exceptionnelle. Je leur disais cela come nous parlions de musique amateur. Je leur demandais pourquoi les hommes s’occupaient de musique. Ils sont tombés des nues. J’ai eu deux réponses hier soir, de deux ordres bien différens, moi qui m’étais entndu répondre par Franck à une question que je lui posais, par Franck qui est persuadé que je vis dans un labyrinthe et que je m’entretiens dans le plaisir d’y vivre : « Me poses-tu cette question pour en entendre l’écho en moiou pour avoir une réponse ? » Sous-entendu, moi, Franck, je peux te donner la réponse, parce que je parle avec Dieu et parce qu’IL me répond, mais surtout parce que je conçois la prière et son extension, la conversation, comme un dialogue qui ne doit pas tourner à vide, mais qui doit entrainer, non pas une conversion de la part de celui qui prie, mais une réponse de Dieu. A l’inverse (et je le disais encore à une catéchiste dimanche dernier, à qui je reprochais, dans les partages d’evangile qu’elle organise en vue des messes emmaüs, de trop recentrer les questions qu’elle invite les fidèles à formuler tout haut), je préfère le catéchisme de la question au catéhchisme de la réponse, le catéchisme par questions-réponses n’est qu’une anticipation peureuse de toutes les questions, à supposer qu’on n’en ait oublié aucune, que l’esprit corrosif ou “éveillé” du non croyant pourrait poser à celui qui a la foi. . Franck et moi avons beaucoup pratiqué ce catéchisme de la question, jusqu’à user les catachistes qui y croyaient. Nous mettions tellement la foi cul par-dessus tête pendant les séances de catéchèse auxquelles nous avions l’obligation d’assister, qu’il en fut un, Sandro, qui m’a dit un jour qu’il ne les oublierait jamais, car cela avait conforté son athéisme. Nous avons donc fait des athées bien que nous ayons toujours été, l’un et l’autre, Franck et moi, terriblement croyants. Heureusement que nous avons aussi permis quelques conversions, ou que nous avons filtré, laissé passé la Grâce de la foi pour quelques-uns, Nathalie m’a dit que je l’avais fait “entrer dans la foi”. . OU nous avons donné le désir de la foi. Le plus beau témoignage que j’en ai reçu fut public, publié sur le métablog par un Thierry qui, désignant l’abbé de tanoÜarn, maître des lieux et moi-même, nous demanda : « eh Guillaume, eh Julien, on fait quoi quand on n’a pas la foi ? » Il y a une manière d’organiser sa vie contemplative. Mais d’abord, il faut que je dise à quel point toute activité humaine qui n’a pas dieu pour objet me semble indigne. Cette indignité ne concerne pas que la musique amateur, elle s’étend à toutes les activités de reproduction et a fortiori de critique des chefs-d’œuvre ou des œuvres déjà produites. Tout mon malentendu avec les études et avec l’Université vient de là qu’à mes yeux, rien ne mérite d’être glosé si la culture qui est précisément cette glose, ne prend pas la mesure que gloser est un acte cultuel. Ma question relative à l’roganisation portait sur le rapport au temps. Comment organiser son temps pour bien l’employer tout en ménageant à l’oraison la place qui lui convient ? Je reçois par dame Glycéra, du “forum catholique”, qui ne savait pas que l’organisation m’avait perturbé ce jour, la réponse qu’y apporte François Malaval, aveugle et mystique marseillais du XVIIème siècle qui écrit ceci : « Ainsi la contemplation, pour vous la définir de nouveau, est une présence fixe de Dieu. Je ne dis pas simplement une habitude, car les habitudes se trouvent même dans ceux qui dorment, et pour cela ils ne méritent rien, parlent en rigueur. Ce n'est pas non plus un exercice ordinaire qui ne se fait qu'à certaines heures et en certaines occasions. C'est un acte continuel qui n'est proprement que la multiplication d'un même acte, mais si doucement et si facilement produit par la force de l'habitude, que l'on dirait que ce n'est qu'un acte seul, comme on voit que les yeux produisent une fois le jour une infinité de regards, mais la facilité naturelle de regarder ne semble les rendre qu'un seul regard. Aussi la contemplation est-elle un regard universel de Dieu présent. Je dis un regard, parce qu'elle est un acte de l'entendement qui est l'oeil de l'âme, comme la volonté en est le coeur. Le regard a cela de propre qu'il se fait en un instant, et qu'il sort de l'oeil sans effort, au lieu que la parole ne sort de la bouche qu'une syllabe après l'autre et ne frappe l'oreille qu'après une succession de temps. Le raisonnement de la méditation ressemble à la parole, il se forme d'une pensée après l'autre, et il est toujours dans une espèce de mouvement. La contemplation au contraire ressemble au regard, elle atteint son objet en un instant, et elle se repose dans l'objet, sans discours et sans pensée. Extrait de : Entretien XII (La vie contemplative), La belle ténèbre François Malaval écrit encore : « Il n'y a aucun attribut de Dieu, Philothée, auquel on puisse réduire ce terme ineffable : "Je suis celui qui suis", ou "celui qui est". (...)Il n'y a donc rien, Philothée, qui nous exprime Dieu plus parfaitement et plus noblement que le silence. » La première phrase reprend la théorie de la substance sans attributs (ou théorie des « dénoms » de dieu comme me l’a écrit le Croissant de lune), qui est à la base de la théologie apophatique et du jeu du Coran avec les quatre-vingt dix-neuf attributs de Dieu qui seront à jamais incomplets puisque leur manque le centième. Les musulmans ne veulent pas exprimer le centième attribut de Dieu comme les juifs cachaient le Nom de dieu dans Ashem et dans le saint des saints au Temple de Jérusalem. Quant à nous, les chrétiens, notre Loi se trouve dans un Nom, et ce transfert de la Loi au Nom (de Jésus) est censé nous affranchir, n’était cette ruse sémantique que dans ce « système en équilibre » qu’est la langue, la racine grecque de la Loi, nomos, est une extension du Nom. L’identification de l’expression contemplative de dieu au silence, dans la seconde phrase de françois Malaval que je viens derecopier, est remarquable chez un aveugle qui, si je me prends pour étalon de la cécité, devrait avoir peur du silence. François Malaval déclare presque bienheureux (d’une vision béatifique ?) ceux qui n’ont pas d’Image de Dieu. Naturellement, cela répond presque dérisoirement aux clercs des années 70 qui prétendaient répondre aux maîtres du soupçon qu’ils n’avaient fait le procès que de « caricature de Dieu « - Stann rougier « adorait » reprendre cette formule en boucle -. Mais j’ai aussi été consulter un thérapeute astrologue sidéral et karmique (« déliez-moi, mon dieu ») qui avait interprété un de mes rêves dont Dieudonné (qui travaillait chez nous et a largement contribué à notre déroute) était l’un des acteurs en suggérant que je rêvais de me donner mon dieu et que je ferais bien. Enfin, Jacques Lusseyran, résistant aveugle à qui Jérôme Garsin vient de consacrer une biographie, disait qu’il s’était toujours fait de l’amour « une grande image « et que ça lui avait permis de rencontrer et de toucher la femme avec des yeux multipliés par le nombre de ses doigts, mais jamais la femme qu’il aimait et encore moins l’amour, car l’amour ne peut pas se tailler ou se faire de grande image. « Que Dieu paraît grand, Philothée, écrit François Malaval, à qui le connait sans images, qu'il est ineffable, qu'il est inestimable ! » La contemplation est « une présence fixe de dieu » en qui nous demeurons de toute éternité. Ce qui rejoint la prédication d’Hervé, qui insistait sur cet aspect de l’invitation de Jésus à demeurer en Lui comme Il demeure en nous en disant qu’il ne s’agit pas de nous mettre à demeurer en Lui puisqu’Il demeure déjà en nous. IL ne s’agit pas de demeurer en Lui puisque c’est déjà ffait. Et il ne s’agit pas de nous donner notre Dieu puisque « revenir à Dieu », même pour qui « n’aime pas les déménagements », c’est retourner chez soi. Demeurer en Lui comme Il dmeure en nous, c’est faire un même usage du “comm” que dans “nous aimer les uns les autres comme IL nous a aimés”, sauf que la demeure ou l’assiette paraissent premières, tandis que, pour aimer, il faut accepter le crucifiement. Aimer est crucifiant où demeurer est naturel. Mais qu’Il demeure en nous avant que nous demeurions en LUi, avant que nous prenions la décision de nous unir à Dieu, voilà qui contrarie nos plans, car “le château intérieur” est déjà construit, et nous croyons que l’aventure humainne, que l’aventure mystique, c’est de construire notre demeure, alors qu’il s’agit de demeurer, etde ne pas céder à l’invitation au voyage si nous voulons “partir” pour aller vers nous-mêmes.

vendredi 2 janvier 2015

Du peuple de Dieu (suite)

4. Mais que recouvre encore l'émergence de la conscience du Peuple de dieu, que dis-je, son accession à l'infaillibilité ? Les chrétiens ont eu un mal fou à former des sociétés laïques. Ils ont beau en remontrer à la terre entière à ce sujet, la laïcité ne leur est pas naturelle, car la séparation de l'ordre de César et de celui de Dieu en période d'occupation avait quelque chose de sibyllin. Les sociétés chrétiennes ne se sont jamais faites à la simple idée du corps politique, et que la société était plus qu'une alliance de raison entre des créatures. Chaque fois que les moerus changent, il y a des chrétiens pour agiter les lois non écrites et nous refaire le coup d'"antigone, réveille-toi, ils sont devenus fous… Ils ne croient plus que Thèbes souillée avait raison d'expulser ton père Œdipe hors de la cité. Oh, brave Antigone, toi qui fis bien d'accompagner cette branche pourrie d'Œdipe en son errance, tu es plusa dmirable d'avoir donné une sépulture à ton frère, car l'homminisation commence avec la sépulture bien que le Christ ait dit de laisser les morts enterrer leurs morts, mais ce sont les paradoxes de la civilisation chrétienne…" Antigone est ressortie au moment de la loi sur le mariage gay qui, si le corps social avait été en santé, aurait dû être l'occasion d'une franche rigolade pour ceux qui trouvaient à redire à cet acte civil. "T'as vu, papa ? ON fait tout à l'envers et les messieurs se marient avec les messieurs." Sij'écris cela, c'est que cette partie de rigolade, je l'ai eue avec mon père. C'était il y a trente ans, on se plaçait dans l'hypothèse, que nous croyions fort probable, où le mariage des homos (on disait autrement alors) serait permis et ça nous faisait rire. Nous étions loin d'imaginer que le "mariage pour tous" puisse déclencher une hystérie comme "la manif pour tous" ! De quoi s'agissait-il avec la loi Tobira ? Il s'agissait de savoir si une nation souveraine avait le droit de fixer dans son droit positif des réalités qui dépassaient le biologisme prétendu de la prétendue loi naturelle. A tourner religieusement la question, si l'on partait du principe assez peu "gay friendly" qu'un mariage homosexuel serait "une abomination pour Yahvé", il s'agissait de savoir si la nation, en tant que corps politique, avait le droit comme une personne humaine de jouir de sa liberté alternative ou duelle et de dire qu'elle ne voulait pas se conformer à la loi de dieu. Un corps politique bénéficie-t-il des mêmes prérogatives qu'une personne humaine ? La partie audible de l'Eglise a répondu bruyamment que non. Or tel était le corps politique quand il ne faisait que se prononcer sur son adhésion à une loi, qu'il la croie vraie ou fausse. La politique, croyait l'Eglise, n'était là que pour amoindrir les occasions de pécher. Autant dire que l'Eglise a longtemps cru au "minimum politique". Or voici que le pape fait cette révolution de vouloir accorder au peuple l'infaillibilité, non seulement de sa conscience morale et de sa détermination par rapport à la loi, mais de la détermination de la loi, y compris la lex credendi. Il démocratise jusqu'à la vérité. Je ne dis pas qu'il met la vérité aux voix, car ce n'est pas tout à fait au peuple qu'il accorde l'infaillibilité, c'est au "sensus fidei" du peuple, c'est à son instinct de ce qui est juste au point de vue religieux. Il s'attend que le peuple trouve ou sécrète les formules dont il a besoin pour exprimer le dépôt de la Foi d'une façon évolutive et qui manifestent la croissance interne de la conscience de ce trésor et de ce dépôt. Moi, je suis pour.:Sauf que : a)cette confiance dans le processus immanent de sécrétion par le Peuple de Dieu des propres formules de sa Foi a été très bien décrite par Saint Pie X dans "pascendi", mais pour être condamnée. Saint-Pie X avait merveilleusement compris ce qu'il nommait le modernisme, domage qu'il en ait eu peur ! Si la condamnation du modernisme est levée, le christianisme va enfin pouvoir entrer dans la modernité. Encore faudrait-il le signaler et peut-être le signaler dans une déclaration solennelle. b) Je crois depuis tout gamin dans la démocratie directe et dans la démocratie comme le régime le plus adéquat pour un corps politique, mais non comme direction à doner par avance à ses décisions. Le régime démocratique pourrait donner au peuple l'appétit de faire ce que la démocratie directive ou directionnelle, en tout cas la démocratie de direction le dégoûte de faire. Je suis tellement absolument démocrate par inclination que j'ai mis longtemps à perdre mes écailles et à comprendre qu'on avait raison quand on me disait que la démocratie absolue n'était pas une bonne chose. La démocratie ne va pas jusqu'à cet absolu de pouvoir se prononcer sur le caractère de vérité d'une question. La démocratie ne détermine que son efficience à un moment donné, compte tenu du degré d'adhésion du corps politique, dont la souveraineté se limite à dire ce qu'il veut faire ou ne pas faire, non ce qui est bon ou mauvais. La souveraineté est un abus de langage et ne convient qu'à Dieu. Seul Dieu Est Souverain, car Il est bon et sait ce qui est bon. La démocratie est une sorte de souveraineté morale du peuple sur sa propre morale et non sur toute la morale. c) La papauté avaitconfondu dans une même infaillibilité, à mon avis à la suite d'une erreur de jugement, la Foi et la morale. Après avoir laissé le peuple dans l'infantilité démocratique, l'Eglise consent désormais et tout d'un coup, moins à ce qu'il se détermine sur ce qui est de son ressort, la morale ou sa morale, mais qu'il dise le vrai de la Foi. Elle reste donc frileuse en matière morale et fait faire au peuple sans préparation le grand saut dans l'inconnu de la Foi. Le pape a beau fustiger notre semi pélagianisme, cette révolution des mentalités va lui faire croire que la Foi n'est plus un don de Dieu, mais que c'est le peuple qui se donne la Foi. Il va de là vouloir glisser à la morale et ne pas comprendre que le libéralisme fidéiste n'a pas son équivalent, parce que l'Eglise a peurdde l'inconnu moral, dans un libertarismemoral. Le peuple risque de ne pas avaler cette dernière couleuvre, sans comprendrequ'on ne le fasse pas passer au vote sur les articles de foi ou la discipline éclésiale. Que si on organisait effectivement une vraie synodalité du peuple de Dieu, celle-ci se mettrait en place avant la collégialité des évêques et tandis que le concile de Bâle a été impuissant à faire entendre que le concile l'emportait sur le pape. d) On passe donc directement de l'âge des nations avec leur petite souveraineté morale qui n'a jamais pu se mettre en place à l'âge du peuple, souverain dans sa Foi. Si je l'exprime en termes de peur, ce grand écart n'est-il pas dangereux ? Et peut-on négocier le saut dans l'inconnu de la Foi aussi longtemps que l'Eglise aura peur de la morale ? Peut-on le négocier sans expliquer plus clairement au peuple que la démocratie religieuse n'est pas l'enjeu de ce grand saut, mais seulement l'instinct religieux ? Faute de fournir cette explication, ne doit-on pas redouter que les attentes démocratiques du peuple une nouvelle fois trompées, il n'en soit que plus en clin, après tant de détournements démocratiques, aux captations d'une démocratie détournée à son profit sans que cedétournement soit pllus sain ? Ne doit-on pas craindre que le peuple essaie de capter un pouvoir qu'il devrait avoirau moment où l'on voudrait que les antennes de sa Foi captent le contenu de la Foi ?

jeudi 1 janvier 2015

J'interromps provisoirement la progression que je m'étais proposée pour ce journal idéatif et je publie ce soir une interrogation sur des réseaux de signes ou d'idées avec lesquelles je m'étonne de m'être rencontré. Je sors d'un coup de fil avec Catherine (Benoîte du métablog, soit dit pour l'appareil critique, on ne sait jamais !) Ce qui m'a toujours intéressé dans ma vie est moins d'avoir été éclaboussé par ceux qui participaient aux événements au cœur desquels je me trouvais en position d'observateur, que de comprendre au cœur de quel faisceau de significations je me trouvais et en quoi ce faisceau de significations constituait "en temps réel" ou dans l'histoire immédiate l'épistémè dans laquelle le monde fait sens, de manière à être compris des gens qui en vivent l'histoire. (Je me place ici en contradiction de la citation célèbre ouvrant le livre de guillebaud, La tyrannie du plaisir : "Les sociétés humaines comprennent rarement l'histoire qu'elles vivent.") Dans mon colimateur sensoriel, deux réseaux de signification : 1. Pour avoir lu l'avant-présentation par l'abbé de tanoüarn du prochain livre de Houellebecq, dont c'est peu dire que je ne trouve pas qu'il ait un "style somptueux", je me prends à rêver qu'il ait lu mon blog et ma correspondance avec le Croissant de lune. (Hier soir, pendant ses vœux, Hollande n'a pas promis qu'il irait nous chercher la lune de la Croissance à défaut, comme le voudrait ce dernier, que la France épouse certaines des causes du croissant de lune). Pourquoi Houellebecq aurait-il lu mon blog ou le Croissant de lune - étant entendu qu'on peut être happé par ses propres champs magnétiques dans les mêmes réseaux de signification - ?Pour trois raisons : a) Parce qu'il y prédit exactement ce que le Croissant de lune a toujours affirmé, même si ce n'est pas mot pour mot et si le Croissant n'a jamais donné de date : en 2022, un Président d'origine musulmane viendrait mettre fin à l'alternative du message fort de Marine le Pen et du vide de l'UMPS. La France vindrait construire une union nationale contre le Front national et son nationalisme xénophobe. b) Dans lescénario de Houellebecq, François Bayrou dirigerait le gouvernement d'union nationalede ce Président d'origine musulmane. Le croissant de lune avait voté pour François Bayrou en 2012, le considérant comme à la fois le candidat le moins inamical et le plus économiquement raisonnable au point de vue français. c) Houellebecq prédit tout cela (ou en fait le pari romanesque) depuis le "nihilisme européen". C'est ce qui fait que l'universitaire athée, son héros, va se convertir à l'islam parce que c'est une religion non prospective, la religion la plus simple selon le croissant de lune, ce qui la rendait "la plus con du monde" d'après Houellebecq. L'islam est une religion dont la simplicité cache qu'elle donne un nom au dieu des philosophes, mais passons. Il n'est pas indifférent pour le romancier que grâce à cette conversion le professeur d'université puisse accéder au libertinage légalisé de la polygamie. Une déchéance pour l'abbé de Tanoüarn, commentateur du livre, sous prétexte que l'Occident aurait inventé un amour qui irait "au-delà du désir et de la satisfaction." Je trouve toujours un peu facile qu'on se célèbre en dézinguant les autres. Autocélébration occidentale comme civilisation innervée par la religion de la sublimation. En vis-à-vis, les islamistes s'élèvent des statues au peuple pur contre la décadence des croisés omnivores. Mais Houellebecq parle encore depuis le nihilisme européen parce qu'il en est lui-même un pur produit. Sa vie s'émousse dans la désillusion ou la dénonciation des illusions sans idéal. Le cas Houellebecq est donc symptomatique de ce que le Croissant de lune énonçait dans ce dilemme : "l'islam ou le non sens."Je continue de trouver que ce dilemme est mal posé. L'islam voudrait piquer à la religion du verbe le monopole du sens. Certes, nous n'avons pas ce monopole, autant qu'il est absurde de poser les différences religieuses en termes de monopole. Du moins le Logos se pose-t-il dans le prologue de Saint-Jean, non seulement comme la Parole créatrice, mais comme la Parole qui contient la Raison du monde. Comme la Parole à laquelle serait intérieure la Lumière de la Vie, de "la vie qui était la lumière des hommes." Le drame du Logos et du monde, c'est que le verbe est venu chez les siens et qu'Ils ne l'ont pas reconnu. De sorte qu'aujourd'hui, la Lumière de la vie qui éclairait tout homme venant dans le monde s'est exilée à l'intérieur du Logos non reconnu par le monde. La rédemption du monde consistera en cette reconnaissance. Par où il s'explique que mon correspondant le Croissant de lune préférait parler de "parole efficace" que de "parole créatrice" Et ne croyait pas que l'islam pouvait réconcilier le monde avec le sens de la vie. Il le brandissait seulement comme une alternative à la déréalisation des vies contemporaines et aurait mieux formulé son dilemme en parlant de "l'islam contre le nihilisme". 2. Si jene veux pas perdre mon CAPES, je dois rendre assez rapidement un petit mémoire sur Jeanne d'Arc. J'ai proposé un sujet qui comparerait la parole de Michelet sur la sainte et la représentation qu'en donne Jean-Marie le Pen. Je précise que le croissant de lune vénérait jeanne d'Arc, la sainte de la France, dont il reçut en songe un appel à la conversion auquel il voulait bien répondre à condition que la sainte s'engage à obtenir que la France épouse certaines causes de la nation des musulmans.Le Croissant de lune aimait Jeanne d'Arc comme il aimait Robespierre. Je ne suis pas très avancé dans ce mémoire, mais j'essaie d'en lire lesprolégomènes ou les textes de première main. Pourtout dire, j'en suis à Michelet. Michelet pense que Jeanne d'Arc est une émanation du peuple. Elle aurait permis à la France de réaliser l'imitation de jésus-christ que Michelet considère comme le sursaut contre la fin de l'histoire de l'époque, malgré l'illusion de résignation qui émane de ce livre de vie et de dévotion puissante. Je découvre ce que Michelet pense de Jeanne d'Arc au moment où les populismes constituent les seules propositions politiques un peu fécondantes face aux fatalismes des : "Il n'y a pas d'autre politique possible", qui poussent l'Europe et le monde dans l'austérité générale ou dans ce que le pape François appellerait "la mondialisation de l'indifférence". (Son prédécesseur aimait mieux parler de "la dictature du relativisme". Dans les deux cas, l'hérésie morale est constituée d'un déterminant totalisant et d'un complément de détermination encore plus absolu). Politiquement, Marine le Pen ou Jean-Luc Mélanchon refont du peuple un sujet historique. Pour la première, le peuple se substitue assez sensiblement à ce qu'il signifiait pour son père, un agent de la souveraineté, la souveraineté étant la fin de la nation. De manière générale, la nation tend à cesser d'être le sujet politique majeur au profit du peuple. Jean-Luc Mélanchon conglomère le peuple comme une grande connexion urbaine de besoins à la conquête d'un territoire et de la souveraineté qu'il doit exercer sur ce territoire. C'est ce qu'il appelle "l'ère du peuple", dans la plus pure tradition du Contrat social. Cette constitution du peuple comme entité de hasard rassemblée par une communauté de besoins participe beaucoup de l'impuissance de la proposition mélanchoniste. Il n'y a pas que la personnalité de Mélanchon qui fait écran à notre besoin de vraie gauche, il y a aussi que l'humanisme de hasard au moyen duquel se constituerait le peuple selon lui donne à penser qu'il n'y croit pas. Quand on ajoute à cela que Mélanchon inscrit toute son action politique dans "l'éducation populaire", on conclut que c'est une posture et que Mélanchon est un démagogue. Le pape actuel semble se trouver au point d'intersection romain des Français laïcs Jean-Luc Mélanchon et Marine le Pen. Comme Mélanchon, il paraît être un démagogue. Il paraît miser sur le levier de "la piété populaire" (comme Michelet avec Jeanne d'Arc) dont il adopte les dévotions sans y croire lui-même. Par exemple, il a raconté s'être mis à réciter le rosaire le jour où il a vu quelle déferlante de piété populaire a suscité cette dévotion quand le peuple regardait Jean-Paul II réciter le rosaire à Lourdes. Il ne s'est pas senti intérieurement dans la nécessité de prier le rosaire, il l'a fait par imitation populaire… De même que sa vocation de prêtre a été de seconde main par rapport à un amour qui l'intéressait davantage et dont les versions divergent s'il s'en est détourné pour devenir prêtre ou s'il est devenu prêtre parce que son amour s'est détourné de lui. La vocation de françois manque de racines, ou plonge ses racines dans la piété populaire. Il semble davantage s'être fait prêtre pour un peuple que pour accomplir une destinée individuelle. Rappelons que le cardinal Bergoglio a toujours été un péroniste. Mais voici que son populisme d'Etat deviendrait un populisme d'Eglise. François ne vit pas le concile de la manière naïvement éclésiocentrique dont le vivaient ses prédécesseurs. Mais il fonde les espérances ou les craintes (que je n'avais jamais comprises avant lui) qu'exprimaient partisans et adversaires du concile sur ce point capital que l'Eglise serait devenue "peuple de Dieu". François veut faire du "peuple de Dieu" un sujet religieux comme Marine le Pen veut en faire un sujet politique. Il veut échanger son infaillibilité contre celle du sensus fidei du Peuple de dieu. 3. Que signifient ces changements ? Ce n'est pas tout de les repérer, c'est un peu plus utile de les signaler, mais ce serait encore mieux de les comprendre. Les signes me fascinent, mais je ne comprends pas la langue des signes. Comme nous nous interrogions là-dessus avec benoîte, elle suggéra que cette étape était nécessaire pour rendre son livre d'histoire au Peuple Elu. En temps normal, j'en aurais déduit une ingratitude antijuive qui m'aurait repoussé comme une vierge effarouchée. Pas aujourd'hui. J'entends qu'il nous faut sortir par l'Esprit de l'histoire et rendre l'histoire à ceux qui font l'histoire. Benoîte est persuadée que le temps s'accélère et que l'Eglise a voulu conduire par l'Histoire . les juifs au salut en insérant leur "livre d'histoire" dans le canon des livres du salut. Je ne suis pas marsionite et je crois qu'il existe un lien consubstantiel entre l'Histoire et le salut comme entre la chair et l'Esprit. Mais je reçois l'objection que nous ne nous configurons pas assez à l'universalité des patriarches qui sont autant d'archétypes humains et que tous les personnages de l'Ancien Testament ne présentent pas ce caractère d'universalité. La preuve en est que l'Israël laïque continue l'histoire de l'Israël biblique et est probablement embarquédans une guerre de huit cents ans si la communauté internationale n'y porte pas remède d'une façon ou d'une autre. J'ai aussi la conviction personnelle que les juifs ont investi l'histoire séculière. Le marxisme est un contremessianisme où se réalise la fraternité des juifs avec le genre humain, et le freudisme est un contre-référentiel mythologique, théorique ou doctrinal qui constitue une alternative noachique de réconciliation psychologique, ou de l'individu avec la société, à l'Alliance d'élection monastique que le peuple élu et messianique croit avoir contractée au nom de l'humanité avec le dieu unique, mais qui est la fin de tout homme, et son adhésion personnelle à la vie qui lui fut donnée. Le Christ a introduit dans le monde plus qu'un prolongement de l'histoire d'Israël. Christianisme et judaïsme ne sont pas substituables, comme on le dit pour arrondir les angles du dialogue entre juifs et chrétiens. Nous ne sommes pas ou nous ne sommes plus des judéo-chrétiens.

samedi 18 décembre 2010

QU'Y SUIS-je?

I JE SUIS UN PASSE

Pourquoi M'évaluer à cette aune ? Le passéisme n'est-il pas déchu ? Pour être fidèle à ce que j'ai dit que l'anorexique était un incurable du passé, qu'à cela ne tienne! Car en cela au moins, l'anorexique est d'accord avec la nature : la nature a horreur du vide et le passé l'a rempli. L'anorexique est un trauma traumatisé. Il traumatise avec son incurabilité d'un passé dont il ne veut pas se délester, se démarquer, s'amnésier, s'anesthésier, car c'est son rempart contre la mort. L'anorexique traumatise avec son culte du passé parcequ'il donne l'impression qu'il ne va jamais le pardonner. Le passé est un rempart contre la mort. N'y a-t-il pas qu'un pur paradoxe à énoncer que le passé protège de la mort quand tout ce qui est passé est mort ? Le passé n'est-il pas aussi mort qu'anachronique le passéisme ? Sondons mieux….

1. Le passé est parfait.

Ainsi l'appelait-on en latin et ce terme ne désignait qu'une action qui était achevée, accomplie. Tout ce qui est acompli serait-il parfait ? On ne peut le soutenir que si l'on pense que "tout est accompli", même l'inachevé, dans sa vulnérabilité cinglante et si touchante. On ne peut soutenir que tout ce qui est accompli est parfait que si, dans le même temps, on ne donne pas une foi exclusive au règne de l'action. Et que dire de l'imparfait, le temps de l'habitude qui est une seconde nature" et de la routine qui est à la route ce que la barbotine est à la céramique. L'habitude dénature la singularité inérente à l'événement et l'imparfait est un des temps de l'inachevé. L'événement peut être une épreuve, mais l'épreuve elle-même nous parachève. L'épreuve peut nous achever, mais cet achèvement est encore un accomplissement. Ce n'est pas que la perfection soit à rechercher dans l'achèvement, car tout ce qui violente appartient à la nuit, et la nuit n'est pas dans la lumière, et la mort est une absence d'issue qui ouvre une voie sans issue. On n'est libéré par la mort de personne, à moins que celui qui meurt ait décidé de rendre son dernier souffle à l'atmosphère en donnant à la fois, à celui qui le pleure et qu'il a aimé, de l'air et de la présence, de la présence et de l'air ! Une telle mort est un engagement, mais en dehors d'un pareil engagement, il ne faut pas chercher de perfection dans l'achèvement. Mais alors, en quoi ce qui est accomplit est-il parfait ?

2. C'est que notre sort est marqué dans les étoiles, c'est-à-dire dans notre passé, pas dans l'avenir... On n'y pense pas, mais les années-lumières que mettent les étoiles à nous parvenir, à s'offrir à notre admirative ostension, à se montrer à nous, ne signifient pas que notre destin serait gravé dans l'avenir comme par magie et de façon à nous apporter une preuve merveilleuse de l'existence d'un Dieu Qui S'intéresserait à nous. La Merveille qu'est Dieu, il faudra la chercher plus loin ! restons, pour lors, sur notre déception : que, notre sort étant gravé dans les étoiles, nous amène à le situer dans le passé, non dans l'avenir, cela ne justifie-il pas tous les schémas répétitifs dont notre seule hâte est de sortir en cessant de les reproduire ? et, lorsque le sort s'acharne, serait-ce à dire que nous l'aurions choisi et souhaité ? Une telle pensée n'est-elle pas simplement insupportable et juste insoutenable ? Incontestablement, sauf si on prend le problème par un autrebout : c'est, en nous appliquant à considérer ce qui touche à (et doù provient) notre sentiment de l'éternité, à nous rendre assez sensibles à la question pour nous apercevoir que nous ne croyons à l'immortalité que parce que nous n'avons pas le souvenir dêtre jamais nés. Nous n'avons tant de désir de l'au-delà que parce que nous gardons la nostalgie de l'avant-naître. Donnerons-nous une nature intuitive à ce qui n'est peut-être qu'une illusion ? Or toutes les balises de l'expérience ne nous ont-elles pas bien r'enseignés ? Notre "moi" peut bien remonter à une prise de conscience dont il garderait un souvenir très précis, cela n'empêche que tout aussi présent, nous est notre "avant-moi". Nous étions avant d'entrer dans l'expérience d'être soi, dans le domaine du personnel, et cette intuition, qui nous est conservée par l'absence du souvenir d'être nés, nous est une garantie très précieuse et fiable de notre certitude en la prolongation de notre devenir. Nous n'avons même l'impression que tant dure l'éternité que parce que nous venons de si loin ! Nous disons souvent pourtant que le temps passe vite, même quand nous avons le temps long, et qu'il passe de plus en pluus vite à mesure que nous vieillissons, qu'il y a une accélération du temps comparable à celle de l'histoire. Mais cela, nous ne le ressentons qu'en nous voyant à l'échelle de l'échéance qui nous rapproche de ce que nous ne saurions éprouver que comme notre inévitable déchéance. Or, si nous nous demandions au contraire depuis combien de temps nous sommes là, cette durée nous paraîtrait inquantifiable. Les étoiles, dans le passé desquelles est gravé notre destin, nous restituent les instants d'inconscience qui semblaient n'être pas comblés entre notre naissance et l'histoire du monde avant que nous venions à lui, mais elles nous les restituent d'une manière véridique : c'est pourquoi, du moins si nous sommes des anorexiques originels, nous sommes reconnaissants au passé de ne pas nous laisser dans le vide, de ne pas non plus se substituer à un vide intérieur qui serait notre vraie substance, de nous remplir de la vraie valeur du temps : si un anorexique ne se remplit pas sans discernement de corps étrangers, ce n'est pas par amour du vide, c'est par besoin de savoir en quoi consiste la véritable plénitude. L'anorexique ne veut pas se remplir en vain et, s'il est vrai que vanités, peuvent être nos souvenirs, encore plus est-il vrai que le passé accorde sa vraie place au temps. "Nous sommes tous gens d'un passé" qui, d'une certaine manière, nous dirigeons vers ce passé, y retournons. Ce n'est pas la notion du temps qui rend impossible que nous ayons celle de l'éternité, mais c'est pour avoir la notion de l'éternité que nous ne saurions avoir la notion du temps. A vrai dire, notre problème est de savoir, étant donné que nous n'avons pas le souvenir d'être nés, quand tout a commencé. Or l'éternité se définit justement comme du temps qui n'a jamais commencé. Le goût du passé ne nous fait pas parier contre le temps : simplement, cette frange d'incommencement qui nous précède, nous aurions besoin de l'étaler, non dans le temps, mais dans l'espace. Elle voudrait s'étendre. Le passé, c'est de l'inattendu qui s'étend, de l'achevé qui nous parfait, du souvenir qui nous parachève, flattant notre sentiment de n'avoir jamais fait que sous-venir, que soulever le voile du monde, la tenture de la toile où s'invente, à notre confusion, une histoire à nous dans celle de l'univers. Le passé ne nous fait pas dire bêtement que nous n'avons jamais demandé à naître : le passé nous attire dans l'orbiteuniversel, veut nous faire monter dans le vaisseau spatial. Les mots s'attirent, laissons-les faire : l'espace est dans le passé.

3. JESUS ETAIT-IL UN ETRE DE L'ESPACE ?

qu'on m'en croie : jamais, une telle question ne me serait venue sans la confluence de trois attractions :

- d'abord, Neal-donald walsh la pose en toutes lettres au terme de satrilogie conversationnelle avec le "tu" dialogique de sa conscience qu'il nomme Dieu ;

- ensuite, me voici attiré, par le choix qu'a fait l'inconscient sémantique de fixer l'espace dans le passé, dans un vaisseau spatial où, cosmonaute, moi qui n'ai pas le sens de l'orientation, tout à coup, les choses de l'espace deviennent miennes ;

- enfin, j'écris ces lignes à un jour de l'epiphanie, lignes postérieures à celles qui vont suivre dans ce chapitre ou dans ce livre, ainsi que le traitement de texte me permet de désorganiser la chronologie selon la théorie de la relativité. Or, chaque année, à l'approche de l'Epiphanie, je me vis moins comme un astronaute que je ne me sens pousser des ailes d'astrologue, si seulement la religion me le permettait… Bien que je me sente étranger au tournant qu'a pris la recherche religieuse de vouloir prier, plutôt que Dieu ou même Ses saints, des anges gardiens, et de voir des extraterrestres dans les éminents messagers de la foi, j'avoue qu'avant que ce courant ne me soit connu, et donc ne me traverse quoique j'en trouve l'appréhension assez primaire de la visitation divine, il m'était arrivé de me demander, non pas si Jésus était un martien - je le trouve beaucoup trop céleste pour cela -, mais justement, puisqu'Il venait du ciel, où celui-ci se situait.
"Jésus nous est arrivé par une étoile", n'est-ce pas à cela que les mages l'ont reconnu ? (« Le christianisme nous mène vers les étoiles », m’a dit une amie tout récemment.) Jésus nous est arrivé par les toits. Il est tombé directement de la voûte céleste dans le sein maternel de la vierge Marie. Jésus nous montre, Sa Place étant illuminée par une Etoile, que nous avons toujours appartenu au passé, à la Pensée de Dieu. Si le moment de notre naissance importe spécifiquement, avant cette irruption ou cette éruption météorique de nous dans le climat du monde, il faut mettre l'accentsur notre appartenance au passé de Dieu où là, nous étions bien. Jésus aurait déjà beaucoup fait pour nous s'il ne nous avait montré que cela. Mais Ses merveilles que je perçois, je les dirai, je les dévoilerai plus tard. Pour le moment, je veux m'arrêter sur la dérive anecdotique des continents religieux. Ce que beaucoup de sociologues regardent de haut comme une incontinence religieuse qui serait censée être insensée et crétine parce qu'un peu simple et synchrétique, ce que les mêmes qualifient de "nouvelles religiosités" en assurant ceux qui en sont empreints qu'ils ne doivent pas y voir plus de mépris que lorsque Freud parle de "perversion", est marqué par l'émergence, en même temps que de l'imminence avec laquelle nous devons envisager de déménager de la planète bleue pour ne pas l'épuiser sous notre poids humain, du vœu que prophétise vers nous quelqu'ange extraterrestre. Dans l'accueil de ce voyageur de l'espace qui nous vient forcément du passé puisqu'il est passé par ce plan, je vois paradoxalement la marque de l'anticipation dont s'auréole la religion, à qui le merveilleux ne suffit plus. (Or l'une des leçons du passé, c'est qu'il suffit, suffidit, il y a en suffisance de quoi nourrir notre mémoire et notre corps puisque "tout est accompli".) L'anticipation catapulte l'apocalyptique dans une dimension fuséale, tandis que, du merveilleux féal, nous avons l'air désabusés. Après tout, que prouvait le merveilleux, à part que notre foi n'était pas infondée? Mais il ne disait pas grand-chose de nous, il prouvait notre Foi sans nous trouver, tandis que l'anticipation répercute notre angoisse en nous donnant des assurances faciles à travers les mots de guides fraternels qui seraient nos égaux pleins de sollicitude… et d'égaux à egos, malgré le mépris universellement préconisé du "moi"... Le merveilleux venait de l'avenir nous confirmer que nos croyances passées en avaient assez, d'avenir, pour que nous puissions y engager notre espérance. Les voyageurs de l'espace viennent du passé nous avertir que nous ne saurions avoir d'avenir à moins de beaucoup changer. Or, comme on ne se convertit jamais… Le merveilleux n'a jamais converti personne, ces messagers non plus : mais ces voyageurs nous trouvent bien disposés à recevoir les commotions qu'ils vont nous donner depuis ces moyens de locomotion que sont leurs soucoupes volantes parce qu'ils nous parlent de nous, là où le merveilleux ne nous a jamais trouvés, nous montrantt dieu en nous frustrant que Sa Présence nous absente, ait pour condition notre effacement, notre éblouissement, l'assoupissement de notre extase, l'hypnose de nos facultés… Forcément : dieu nous vient de l'avenir - et nous sommes immergés dans le passét - nous proposer les fins dernières - et nous campons dans l'inconsolable oubli d'avoir commencé beaucoup plus que de devoir finir -…

II JE SUIS UN ARBRE

Je dois le corps de cette méditation au Père André-Marie foutrin, "LE PETIT MOINE QUI NE DORT PAS LA NUIT" et qui, au lieu d'essayer envers et contre tout de conjurer ses insomnies en comptant les moutons, a ce point commun avec moi qu'il parle tout le temps, verbalise, écrit sans cesse au lieu de prier, sort de la règle du silence pour éponger, se rendre perméable au Silence de dieu qu'il ne respecte pas. Mais, tandis que mon écriture ne s'élance que pour satisfaire une cérébralité qui mentalise tout, retient tout dans la nasse de l'anorexie, lui reste un moine en ceci qu'il est proche de la nature, connaît les arbres, les caresse, les explique. Il n'est pas comme Mauriac, faisant sa fausse confession d'adorer le grand chêne (dans "UN ADOLESCENT D'AUTREFOIS") : cela ne l'empêche pas d'aller tous les jours enserrer de ses bras celui qu'il a planté. Longtemps, ses bras pouvaient en faire le tour, mais voici que le chêne a grandi : les bras du vieux moine sont comme ceux d'un enfant ne pouvant pas plus enlacer le jeune chêne qu'il ne parvenait à faire le tour de la taille de son père, cet autre jardinier qui lui a appris l'art de la taille, de la coupe, du jardin... Ce n'est pas qu'avant le Père André-Marie, je ne me sois jamais avisé des multiples similitudes qui apparentent l'homme qui va se ressourcer près de lui à l'arbre planté au milieu du jardin et qui peut-être est l'arbre de vie ? Mais, si, homme, j'entre dans cette similitude, si j'accepte par avance toutes les conséquences d'entrer dans cette symbolique, qu'est-ce qu'être un arbre va découvrir demon humanité ?

1. Je suis fait d'une écorce, moi qui fais feu de tout bois.

Au commencement, lorsque la honte s'est emparée de moi au spectacle de ma nudité lorsque je l'ai connue, je me suis couvert de feuilles de vigne pour ne pas paraître devant dieu dans le plus simple appareil - j'aurais dit "en tenue d'Eve" si j'avais été une femme, mais je ne veux pas compliquer cet exposé en exhibant des troubles de l'identitéqui ne sont pas les miens - : je marque assez de complaisance pour les "tares" que je vous exagère... voyez-vous ça, comme je me bats l'écorce ? a croire que je suis mon propre bûcheron, comme si dieu ayant pitié de moi, n'avait pas remplacé les feuilles de vigne dont je m'étais recouvert par une "tunique de peau" qu'il m'a confectionnée sur mesure, à l'intérieur de laquelle il a caché mon nom et le message enfoui sous mon nom pour que celui-ci ne soit pas meurtri par la transparence et pour que je n'aie pas froid sous ma tunique de peau comme, à l'arbre, il a fallu que les feuilles qui le voilaient et dont l'automne le dépouillait ne le fassent pas frémir à basse température, et dieu l'a cerclé d'une écorce sous l'aubier, par quoi il pût en imposer à ceux qui l'auraient trouvé trop nu pour sa grandeur. Mais l'arbre a su se contenté de son écorce, il a aimé l'odeur de bois mort qui jonchait la forêt de sa mue, et le craquement des pas qui donnaient une consistance sonore à ses épluchures. Il a aimé être épelé et que sa première peau reprenne vie, non seulement dans le pas qui apparemment lebrisait, mais dans "la bonne odeur du bois mort" qui, brûlant ou pas, donnait l'idée d'une possible "communion des humbles" en une "religion des simples", ce bois étant posé sur le bûcher en vue de remplir une huche à pain que nous aurions mangée autour de l'arbre et de l’âtre. Mais ainsi n'avons-nous pas fait, qui nous en sommes éloignés alors qu'qu'"auprès de notre arbre, (nous étions) heureux : (nous n'aurions) jamais dû le quitter des yeux". Mais ainsi n'avons-nous pas fait parce qu'après avoir manqué prendre froid sans la sollicitude de dieu, recouverts seulement de nos feuilles de vigne, après avoir découvert le chauffage central auprès du bûcher allumé alentours de l'arbre, nous avons voulu que la tunique de peau qui nous avait été confectionné sur mesure, devienne un "CŒUR DE CUIR" (Patrick gofman). Il ne nous a pas suffi que notre nom fût caché comme un trésor à épeler comme ce qui était sous l'écorce de l'arbre : cuirassés, nous avons fait de notre nom un graal, nous l'avons fait entrer dans une tour d'ivoire, nous nous sommes capitonnés d'un masque plus épais que le bois, plus dur que le cuir et nous avons fait entrer notre nom dans la personne. La personne absolument singulière que nous avons proclamé que nous étions nous a enclos, comme le jardin d'Eden après la fermeture du paradis, dans une déconnection absolue de tout "moi" d'avec la télépathie générale. L'altérité nous est devnue une frontière infranchissable dont l'approche tribale près de l'arbre à palabre, condition dans laquelle nous vivions à peu près notre différence avec la nature, différence qui ne nous confondait pas, mais qui ne nous isolait pas non pllus, nous est bientôt apparue comme une violation. Mais avant que, non sous l'effet du froid, mais par celui de notre volonté, nous nous endurcissions au point de nous séparer ainsi, nous avons commis le sacrilège de nous faire une vertu de notre pudeur.

2. L'aubier.

Ainsi avons-nous vécu loin de notre nom. Nous avions cru l'emporter en nous éloignant de l'arbre et en l'enfermant dans le château-fort que nous avions construit pour le garder et ne pas l'ébruiter, mais nous ne savions pas que c'était l'arbre qui le gardait et qui, malgré tout, malgré nous, permettait au processus d'épellation, d'épilation de s'exercer. Notre mue s'est faite en notre absence et, plus nous nous éloignions de notre nom, moins nous le savions. Nous avons été dépouillés de nos oripeaux pour que reste de nous la fragilité de ce bois en train de mourir et le frémissement qui nous traversait de vivre sans savoir que ce frémissement, c'était nous. Ca n'avait jamais rien été de plus, nous, que ce tremblement de froid et de joie simultanés qui nous saisissait devant la beauté, moins de vivre, que d'être habités par la vie, habillés par elle aussi dans l'hiver de notre nudité. Pour revenir vers notre nom, il suffisait (et cela nous est possible encore) de renier le culte de la pudeur en témoignage duquel nous avons modelé notre effigie que nous avons dressée sur un autel en nous efforçant de l'adorer et de la faire adorer. Pour esquisser un retour vers notre nom, il suffirait que nous nous aimions, dans le froid imprévu où nous risquons moins de tomber comme l'écorce que de nous perdre d'une manière insaisisssable - que devient l'aubier, qui sert de cache au conduit déjà mort d'où, paraît-il, monte la sève ? -. Notre nom est aubier. Pour rendre plus simplement cet amour à notre élection, accuserons-nous d'impudeur celui qui se met à nu ? et où dirons-nous que le risque est le plus grand : lorsque nous écrivons à nu, avec toutes les maladies de notre âme,ou bien lorsque, avec toute la tartuferie dont nous voudrions "cacher ce mal que nous ne saurions voir", cacher le mal et la souffrance, ne pas regarder la mort en face, surtout quand elle est à l'œuvre en nous, nous nous extirpons dans un formalisme qui nous rend éphémères, quand l'apprivoisement de notre nudité aurait pu nous garder légendaires ? Légendaires, car non déguisés, non carnavalesques, sans apprêts, plus vrais que nature… ?

3. Sous l'aubier serait un conduit, comme un vaisceau d'où monte la sève, comme un cœur qui n'aurait pas à battre à la demande, car ce conduit qui amène la vie, ce conduit serait un simple tuyau, mais un membre mort : pas le membre mort d'un arbre sec - il y fait circuler la sève -, mais une chose qui n'a pas besoin de vivre pour conduire, pour être conductrice. Faut-il nous affliger de ce que nous pourrions prendre pour la mort de notre cœur ou, si ce n'est de notre cœur, de notre appareil circulatoire ? qu'il ne soit pas conscient des mouvements qui se produisent en lui par automatismes nous empêche-t-il de l'entendre pendant les "monitorings" dont s'accompagnent nos écographies ? Faut-il nous affliger que, sous la précarité de notre nom d'aubier, il y ait du "déjà mort" en nous, du moment que ce "déjà mort" fait circuler la vie en nous rappelant seulement que notre nom n'était pas un titre de propriété et que notre vie n'est pas notre vie, mais "la vie qui circule en nous" ? Ne faut-il recevoir qu'une leçon de modestie de ce phénomène quand, à nous approcher simplement de ce centre (se rappeler que notre cœur n'est pas, lui, notre centre), de ce centre d'où monte la sève, c'est de lui que semble être propulsée la puissance d'émanation qui fait de l'arbre une source d'énergie qui nous attire pour nous nourrir ? Autrement dit, du centre qui paraît le plus mort en l'arbre, se tire le plus vif ; par application, de ce qui semble le plus impersonnel en nous, se détache notre Manifestation et notre présence. Croyons-nous qu'il y ait quelquechose de moins déterminé en nous que le génie, que notre inspiration, que ce que nous appelons notre patte ? Ne savons-nous pas que le génitif, à la famille duquel appartient le génie, ne désigne rien d'autre, en grammaire, que le complément de détermination ? volontiers nous serions-nous conçus comme des "leaders charismatiques" et aurions-nous soutenu que, si la position de "sauveur" avait jamais été soutenable de la manière dont on nous l'a enseignée, un "sauveur" ne pourrait avoir que des disciples et être sauvés ne pourrait que nous rendre des suiveurs. Je m'étonne que l'Eglise, quand a émergé "le renouveau charismatique", n'ait jamais interrogé la position de "leaders", inédite par rapport au rôle du prêtre et ayant même peu de points communs avec lafonction du prophète. Le besoin paranoïaque d'être un "leader" n'est qu'un rabat de la puissance d'émanation de l'arbre sur nous qui portons mal le deuil du tapis de feuilles mortes qui tombent de notre toison, qui voudrions tenir la vie plutôt qu'apprendre à tenir à elle et qui regrettons que ne fasse que sortir de nous ce dont nous ne sommmes pas à l'origine. Cette désappropriation de ce que nous prétendons avoir inventé est particulièrement un sujet d'expérience pour qui a le bonheur d'être capable de reproduire les sons de la musique qu'il entend à l'intérieur de soi. Celui-là ne peut douter que la musique n'est pas son œuvre, ni qu'elle ne fait que se détacher de lui ! La musique se détache de cet "arbre à musique" comme en tomberaient des feuilles, comme volaient au vent les partitions de Rossini qui tirait à la ligne, allongé dans son lit.
"Qu'as-tu que tu n'aies reçu ?" s'interrogeaitdéjà saint-Augustin.

Au troisième plan, était l'infrangible distance dont nous déclarions coupés les fils de l'altérité par des cuirasses tannées de façon à n'être point conductrices d'électricité. Au second plan, est "LE LIVRE DE (notre) ECORCE", (qui fut le premier livre qu'écrivit mon neveu enfant),, livre qui s'effeuille… L'écorce, ce feuilleté, peut-elle s'effeuiller jusqu'à l'Aubier ? dans notre nom et sous l'écorce, , était déjà dissimulée la perle d'un message, sédiment de l'étoile par laquelle nous étions tombés du passé et avions accédé à la vie par les toits. Du moins, à ce plan de réalité, avions-nous raison de croire à la liberté et de l'aimer comme un élan. Cet élan nous a fait faire un saut en longueur, mais quand nous considérons le premier plan, celui de notre nudité toute prude, de notre dépouillement complet, de ce qu'exagérément, nous serions en droit d'appeler notre "mort du cœur", quelle n'est pas notre surprise de constater que ce n'est pas de notre liberté qu'émane notre rayonnement, mais du déterminisme génitif ou encore génétique dont notre présence enchâsse la sève divine impersonnelle, nous reliant toutà fait à l'esprit, dans une désappropriation qu'a consommée, non pas "une mort à nous-mêmes" à laquelle nous aurions consenti, mais une mort qui est venue d'elle-même, qui nous fait être des percussions automatiques de ce déterminisme. Et, si nous ne devons pas porter le deuil de cette mort en nous, de ce point mort de nous d'où vibre enfin la vie, c'est que ce point mort nous place dans "l'ayn soph aor", c'est-à-dire dans l'indéfini indéterminé au sein duquel quasi néant s'est posé l'Acte créateur de Dieu. Qu'il y ait en nous de la place pour la vibration d'un point mort ne nous renseigne pas tellement sur "l'énergie du vide" qu'elle ne met au comble notre Assimilation à dieu en la projetant sur l'Instant créateur et non pas seulement surla Face Resplendissante de Celui Que nous ne saurions voir sans en être éblouis !

III JE SUIS UNE RESSEMBLANCE OU COMMENT LE vERBE S'EST FAIT CHAIR POUR NOUS APPRENDRE A LA RETROUVER

Car voici d'où devraient monter nos louaanges adressées, autant à la vie qui n'a jamais commencé de monter en nous et dont nous nous sentons les vecteurs qu'à celui Qui nous a voulus participants de cette vie, s'Il n'est cette vie elle-même : c'est que nous sommes assimilés. Ainsi me semble-t-il du moins, dans le lignage chrétien dont sont faits l'arbre et le tronc de ma pensée, que nous devions prendre le terme de Ressemblance lorsqu'il nous est dit que nous avons été créés "à l'Image et à la Ressemblance de dieu". Je n'ignore certes pas que déclarer l'assimilation un synonyme de la Ressemblance me met en porte à faux avec la manière juive de comprendre ce terme, qu'il y a donc une autre interprétation plus restrictive de cette expression, pour laquelle, si nous ressemblons seulement à dieu, c'est justement que nous ne Le sommes pas : nous en sommes des modèles réduits nullement divinisables qui n'avons qu'à répercuter cette Ressemblance autant qu'il est en nous. Ici se trouve une des pierres d'achoppement les plus susceptibles de faire trébucher une conciliation entre la réception de la messianité du Christ-verbe par Ses disciples et la non réception de cette messianité par la majorité de ceux qui sont du lignage du Jésus de l'histoire, pour qui c'est insulter à la Transcendance divine que de l'assimiler à la vie, tandis que dieu à travers le verbe, venant à notre rencontre pour nous sauver après nous avoir créés à Sa Ressemblance que nous avons perdue, nous fait entrer dans une logique d'assimilation. Pour les Juifs, Dieu ne saurait être confondu avec la vie qui émane de lui, car Il est plus grand qu'elle, et nous ne saurions d'autre part être divinisés, car nous ne sommes que des modèles réduits de dieu. Le Christ, naissant dans "la maison du pain" (à Bethléem) pour devenir Eucharistie, se prépare à nous donner Son Sang. Or l'interdit de consommer du sang est à la base de toute la kashrout, c'est-à-dire des interdits alimentaires que dieu a prescrits à son Peuple. Le lévitique voyait dans le sang ce qui se rapprocherait le plus de notre notion d'âme, pour autant qu'elle ait cours dans le judaïsme. Consommer le sang dun animal, c'était s'incorporer sa vie, ce qu'une traduction de la Bible de Jérusalem exprime en ces termes :
"L'âme de la chair, c'est le sang" !
La rédemption de Jésus ne consistant à rien de moins qu'à nous donner le Sang de Dieu, voici que par elle, pour autant qu'on acceptât les prémisses que Jésus Etait dieu, Dieu voulait nous prodiguer en Lui "l'âme de la divinité". Cela ne pouvait être qu'un objet de "scandale" pour ceux qui avaient compris tout autrement l'œuvre que devait réaliser le Messie en venant dans le monde. Ce « scandale » allait bien au-delà du fait que le peuple de la première Alliance n'aurait pas su lire la prophétie du "serviteur souffrant", allusion somme toute assez marginale aux tribulations que connaîtrait le Messie pour Se faire reconnaître. Le scandale d'un dieu poussant la logique d'assimilation et de divinisation de l'homme jusqu'à livrer Son Ame est allé jusqu'à éclabousser, bien avant que ne fleurissent les thèses d'une substitution du crucifié, l'Eglise des premier siècles, définissant dans la cacophonie les deux Natures humaine et divine de Jésus et si ces deux Natures avaient ou non participé à l'acte Rédempteur. Le consensus se fit pour déclarer que seule, la Nature humaine de Jésus avait été impliquée dans Sa crucifixion, mais que la Nature divine étant par essence immortelle, elle avait échappé à la mort et n'avait pu s'engager en elle. Or tout autre est la divinisation quand nous la recevons jusqu'à l'extrême pointe de son message révolutionnaire et révélationnaire : en Jésus qui vient se faire Corps et Chair de dieu dans l'humanité, dieu livre son ame à la mort. Et c'est en permettant à l'homme d'entrer dans la mortalité de l'Ame de Dieu par laquelle Il se laisse atteindre que dieu donne à l'homme la chance de rendre son âme immortelle, de lui faire recouvrer son immortalité d'origine, l'immortalité pour laquelle Il l'avait faite et dont l'homme a perdu jusqu'au sentiment de l'évidence. En Jésus, dieu permet à l'homme de rentrer dans son éternité. Jésus Apparaissant à un moment du temps avant lequel l'homme avait mené une vie qu'il avait jugé digne d'être vécue, ne fait que rétablir un ordre perdu, l'ordre perdu de l'éternité, perdu par une séparation qu'on sent consommée avec Dieu, séparation qu'on appelle la chair, chair qui a rendu Dieu aveugle à l'homme et l'homme ébloui par Dieu, chair qui fait Dieu demander à l'homme :
"adam, où es-tu ?"
et qui fait que, quant à lui, l'homme ne sait pas où il en est. Il ne sait pas avoir qu'un seul amour, il ne sait pas accorder de valeur absolue aux moindres actes de sa vie. Souvent, je me suis demandé comment il pouvait encore se trouver des prêtres pour accepter de le devenir, à la fois s'il n'y avait pas d'enfer et si les homme pour qui ils se donnaient ne pouvaient s'empêcher d'être pécheurs. Me posant la première question, j'entrais par trop dans le raisonnement de dostoïevski :
"si Dieu n'existe pas, tout est permis", alors que la liberté chrétienne a déjà répondu à ce raisonnement (par la voix de Saint-Paul)
"Tout est permis, mais tout ne convient pas".
Quant à la seconde question, le prêtre ne le devient pas pour empêcher l'homme de pécher, mais pour tout transformer en amour, y compris ce qui serait "un manquement à l'ordre ontologique", transgression des lois divines, transformation à l'exemple de celle, remarquable, qu'à faite celui dans le sillage de Qui tout ministre ordonné est prêtre et par laquelle "Il a transformé un instrument de torture, la Croix, en instrument d'amour" (Bernard ball). Enfin, s'est-on assez rappelé, dans le monde chrétien comme dans le monde juif, que le messie promis devrait devenir prêtre ?

Je ne prétends pas, me réservant d'ailleurs de traiter de ce thème dans un chapitre ultérieur, d'éclairer d'une Lumière brute tout le Mystère de la rédemption. Ce qui entretient une large incompréhension par rapport à ce Mystère est que nous n'en sentons pas les effets, outre que nous ne voyons pas pourquoi il est intervenu à un moment si tardif de l'histoire de l'humanité, question à laquelle je crois avoir répondu, sans compter qu'il n'y a pas vraiment de moment sur l'axe du temps. Mais une chose est de ne pas en sentir les effets, autre chose est de ne pas essayer d'en comprendre le but. La fin de la Rédemption, c'est la divinisation, c'est de permettre à l'homme de retrouver sa ressemblance divine dans une logique d'assimilation. On peut contester la validité de ce but pour des raisons beaucoup moins superficielles que celle qu'on invoque généralement (et qui est, ma foi, assez légitime) à savoir que, manifestement, malgré la rédemption, tous nos problèmes ne sont pas résolus; On peut contester ce but en disant que l'être ressemblant ne doit pas se prendre pour l'Etre Ressemblé, que c'est se nantir d'un rôle qu'on n'est pas fait pour jouer, que c'est croire sa tête à la mesure d'un chapeau qu'elle est trop petite pour porter (car il faut supporter le monde, une fois qu'on est devenu dieu…), que c'est mettre Dieu, Qui est supérieur à la vie, en position d'infériorité et se prendre, soi, pour le nombril du monde… Mais n'est-ce pas ce que chacun fait, qu'il accepte ou qu’il conteste d’être fait pour être divinisé ? et à quoi mène de contester ce but, sinon, non seulement à ne pas pouvoir guérir de la paranoïa et à ne pouvoir faire que l'aggraver en ne l'assumant pas dans toute sa démesure, mais à se fabriquer des idoles, ce contre quoi dieu s'élève le plus, idoles qui nous aliéneront d'autant plus qu'elles ne sont pas à la dimension de la condition humaine, de la question que dieu lui pose, de la question qu'elle pose à Dieu… ? Car enfin, voici où mène de ne prendre notre Ressemblance de Dieu que comme si nous n'étions qu'un modèle réduit de Celui qui nous aurait créés en position d'infériorité congénitale et dans une perversion telle que nous ne saurions jamais dépasser celui Qui nous a donné le jour : frustrés d'avoir été mis au monde dans une telle perversion, qui ne prend même pas en compte notre besoin de nous montrer les premiers en tout, nous prenant pour des modèles réduits, nous nous fabriquons des dieux encore plus petits que nous ne sommes. Refusant la logique d'assimilation qui est contenue en germe dans notre Ressemblance de Dieu, nous lui préférons celle de l'imitation, qui n'est nullement productive puisqu'elle nous fait passer à côté de notre réalité pour finir par nous fair participer à une foire dd'empoigne, pour autant que , d'après rené Girard, le désir mimétique, porte ouverte à toutes les rivalités, ne peut dériver qu'en un besoin de prendre pour bouc émissaire celui qui ne veut pas jouer le jeu ou celui qui est inimitable, de le prendre comme solution à nos conflits de rivalités dans lesquels il n'entre pas, et de le sacrifier comme élément perturbateur, persécutons l'antisocial… !

Je ne prétends pas, je l'ai déjà dit, à l'occasion de ce bref développement de ce que je puis déduire de ma Ressemblance avec Dieu, éclairer d'une lumière brute le Mystère de la rédemption que, quand je voudrais lui consacrer un chapitre, toute une vie ne suffirait pas à élucider. Si j'y reviens comme je me le propose lors d'un développement ultérieur de ce "journal idéatif", ce sera pour aborder le rôle qu'a ou que n'a pas joué le Christ dans l'accession de "la nature humaine" à la Gloire de dieu. Mais ici, puis-je tout de même examiner en quoi le Verbe S'est fait chair, en quoi, si dieu nous a créés par le Verbe comme il est affirmé au prologue de l'Evangile de Saint-Jean, Il nous a avant tout sauvés par lui. Pour ce faire, je délimiterai un certain nombre des caractéristiques de la chair et je dirai en quoi le verbe les a, à monsens, assumées. Mais en préambule, je voudrais dire que la distinction du Christ et du Verbe me semble plus opportune et spécialement plus féconde pour la modernité que la distinction quelque peu obsolète entre la Nature humaine et la Nature divine de Jésus-christ, d'autant que cette distinction la recoupe assez largement, le Christ correspondant à cette part humaine de nous qui, quoiqu'ointe du sceau de la bénédiction divine, ne peut jamais sortir de la logique sacrificielle, tandis que le verbe vient d'ailleurs, Etait auprès de Dieu et Etait dieu. Il vient d'ailleurs se glisser dans un manteau de chair, manteau frigorifique que le Verbe vient réchauffer.

Que dirai-je de la chair ? que mon lecteur me fasse la grâce de ne pas croire que j'avance par obsessions : mais "la chair" est assez largement un synonyme de l'anorexie. La chair est anorexique et elle véhicule une représentation anorexique du monde. La chair est comme gisante à l'abandon. En suinte de "la plaie ouverte" du "dormeur du val" la blessure de l'amour qui l'a prise pour cible. La chair est ouverte et muette. Or, on l'a vu, le verbe va faire une transfusion de sang à la chair. La chair ankylosée, inanimée, va pouvoir redevenir "la chair et le sang", c'est-à-dire, moins que la chair va retrouver son âme dans une union duelle déséquilibrée, mais reprendre vie, se lever et marcher. La chair va pouvoir être remobilisée par la transfusion qu'acceptera d'y faire le verbe. Mais, au préalable, le Verbe aura fait l'expérience du sentiment d'abandon. Il en aura fait l'expérience parce que, Lui qui etait "près de Dieu", Il aura accepté de S'exiler loin de dieu et, dans cet exil, Il aura souffert de la distance. Il en aura fait l'expérience en répercutant ce cri aux deux extrémités de sa vie : la première fois en poussant le premier cri d'expiration qui marque la venue au monde ; la seconde fois en donnant, avant de mourir, un sens explicite à ce cri, soupirant :
"Mon Dieu, mon dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?"
faisant sienne la croyance erronnée de la chair qu'elle n'est pas désirée, que Dieu a signé à son égard un acte d'abandon dont elle est inconsolable, n'acceptant, de ce fait, la reconnaissance d'aucune dette, voulant ne venir de nulle part, n'être "(la fille) de personne" (Jacques de Guillebon), le Verbe la fait entrer dans Son propre engendrement. Le Verbe dit à la chair :
"comme Je Suis Né de Dieu, tu peux naître d'En Haut." Le Verbe donne raison à la chair de ne pas accepter le fait accompli d'une filiation qui ne l'a pas désirée. (A force de se sentir non désirée, la chair finit par n'être que désir.)Le Verbe fait entrer la chair dans "l'adoption divine", c'est-à-dire qu'Il lui révèle que, par-delà son existence, il y a, pour elle, la nécessité d'adopter la raison qui l'a faite exister (et qu'Il est là pour lui donner, Lui, le Verbe, Raison des choses, Sens du monde ; mais il y a aussi, pour celui qui lui a donné l'existence, pour le Père du verbe et de la Vie, nécessité de manifester, pour subjuguer le sentiment d'abandon de la chair, tout le désir qu'Il a eu d'elle, ce qu'Il fait en envoyant s'incarner Son "verbe qui Etait Né de dieu". Dieu révèle à la chair qu'elle existe sans lui imposer son existence. La chair entre dans le mystère de génération divine et cette génération divine s'allie pour ainsi dire à la génération spontanée pour faire consister l'existence en la somme des existants multipliée par l'état d'esprit qui a présidé à leur existence.

Ayant subi le choc de l'abandon, ayant été la cible de l'amour, la chair a réagi à ce choc en s'enfermant dans le mutisme. Elle n'a plus su trouver les mots, elle n'a plus voulu dire un mot. La chair est devenue mutique comme la mère de camille Raquin, le mari de Thérèse, l'héroïne de Zola qui, avec son amant, a assassiné son fils. A ce mutisme de la chair, le Verbe répond de plus d'une manière, et l'on pourrait dire que la première réponse qu'Il lui fait est de se faire appeler "le Verbe". En effet, la chair demande au Verbe :
"Pourquoi t'appelle-t-on le Verbe ? Est-il possible que Tu aies créé en proférant quand il te suffisait de penser pour appeler à la vie ? Pourquoi t'appelle-t-on la Parole ?"
Et le Verbe répond à la chair :
"On m'appelle la Parole parce que, si certes, J'aurais pu créé les mondes sans proférer qu'ils fussent, Je n'aurais pu venir à toi sans Me nommer le Verbe, car tu ne sais penser sans langage. Aussi t'ai-je dit que j'étais Langage afin que tu entendes ma pensée."
Le Verbe est ainsi entré dans la conscience de la chair.

Mais la chair a dit au verbe :
"Il ne suffit pas que Tu sois entré dans ma conscience. Ce que tu ne sais pas, c'est l'étendue de mon inconscience. Car, avant que je parle, que m'est-il arrivé ? Je n'ai ni conscience, ni souvenir, ni pouvoir. Je suis volonté de puissance, mais je n'ai pas le pouvoir de ma volonté. Je suis un désir sans pouvoir ni puissance. Je suis un fantasme. Je fantasme ta magie de pouvoir faire advenir ce que tu te contentes d'énoncer. Donne-moi ton pouvoir, ô verbe !"
"Tu ne sais pas ce que tu demandes", a répondu le verbe. "Tu ne sis pas quels sont les risques du pouvoir. Tu ne sais pas à quel point le pouvoir corrompt. Tu ne sais pas à quel point il faut avoir une humilité en face des choses, quand même tu les crées. Mais il ne suffit pas que Je te le dise sans mettre en pratique la renonciation qui en découle. Je dois m'imposer une abdication et m'astreindre à une double ascèse".

La première fut que le Verbe, de "poème" qu'Il etait, S'est fait enfant. "et le poème s'est fait Enfant" pourrait être une traduction exacte et littérale du verset :
"et le verbe s'est fait chair".
L'enfant, dans le sens où nous le soulignons, dans le sens où nous notons que c'est la première condition par laquelle est passé le Verbe Incarné, c'est celui qui ne parle pas, qui est privé de la parole, n'a pas le don de la parole et par conséquent ne comprend pas. Le fait de se faire enfant présentait pour le Verbe deux avantages : le premier était de ne pas s'imposer comme existant à une chair qu'Il devait convaincre de son existence. Ce fut ce qu'on appela "le silence de Dieu". Le second fut de connaître quelque chose de l'inconscience dans laquelle un enfant s'est ouvert à la vie et qui constitue la seconde raison, pourquoi il ne se souvient pas de sa naissance, car on ne se souvient nettement que de ce dont on a compris comment il était formulé. Or la naissance de la chair, avec le cortège qui l'avait précédée d'information génétique, s'était déroulée dans une grande informulation. Le Verbe Informé est entré dans cette informulation pour prendre conscience de notre inconscience. L'inconscience est l'un des grands mystères qui participent à convaincre la chair de son abandon. A partir du moment où on l'observe réactif, on suppose que l'enfant a peut-être une conscience simultanée des choses, c'est-à-dire une conscience des phénomènes au moment où ils se produisent, mais sans la possibilité de les rattacher en souvenirs. Or la conscience, si elle naît du langage, suppose aussi le souvenir. Il ya un moment où l'enfant prend conscience, mais avant cetemps, l'enfant est inconscient. Quant au verbe, peut-on dire que c'est en se faisant enfant qu'Il devient Inconscient ? Le Verbe n'a-t-Il jamais connu l'inconscience ? Jung a dit que "Dieu est l'inconscient", mais c'était une façon commode deremplir un vide conceptuel. Ce qui est plus certain, c'est que, s'il fut seulement un moment où dieu fut sans Vis-à-Vis, Il connut l'inconscience ou l'ennui, ce qui revient au même. S'il y eut un moment de l'éternité où "Dieu prit temps",ce commencement fut pour lui ce que la prise de conscience fut à l'enfant. Or le Verbe étant de procession divine, est le principe de génération divine. Le Verbe est la Conscience du Vis-à-vis de Dieu. La spontanéité, en même temps que l'extraordinaire construction de cette génération, c'est justement ce que le Verbe est venu révélér à la chair. Car si, comme l'ont supposé les anciens, "le Verbe Fut coéternel au Père", Il le fut comme la conscience de Dieu qu'Il ne pourrait être sans qu'il y eut Quelqu'un. Il ne saurait y avoir d'être sans y avoir de l'autre. Dès lors que le Verbe fut toujours Conscience, en prenant la voie de l'enfance, Il fit pour la première fois l'expérience de l'inconscience qui appartient à la chair. Ce n'est pas que l'inconscience ait été le propre de la chair : dieu en avait fait aussi l’expérience, mais Il la surmonta en se Faisant Esprit et Il la sublima en suscitant de l'autre. La chair n'était pas capable de susciter de l'autre. Ce qui l'a fragilisée, c'est la sensation que l'autre faisait son histoire.

Mais le Verbe à travers l'enfance s'est fait un "Poème Muet". Le Verbe en se faisant chair s'était déjà fait le contraire d'un poème, dans la mesure où le "poème", avant d'être lyrique, avant d'être sujet à la malédiction orphique, était doté du pouvoir de susciter, consistait même en cette création quasi magique d'une pensée se matérialisant. Or, de même qu'Adam fut chassé du paradis, ce fut à la suite d'une malédiction que le poème devint lyrique. Le poème gagna en mots ce qu'il avait perdu en capacité de susciter des images. Le poème se paya ou fut payé de mots. Ici, il convient peut-être de s'interroger dans quelle mesure les mots peuvent nous sauver la vie. Cette interrogation est suscitée par le fait que Celui qui Vient nous rédimer et S'offrir à être notre rédempteur est présenté à notre adoration comme pouvant être invoqué sous le vocable de verbe; S'Il est le Verbe, n'est-il pas mot ? N'est-il pas cette monnaie vraie ou fausse dans laquelle le lyrique a surmonté l’orphique ? Un jour, j'ai dit à mon frère que les mots m'avaient sauvé la vie. Il m'a répondu à, je crois, juste titre qu'il ne fallait pas m'en payer. J'ai certes la chance de jouir d'un certain pouvoir des mots. Ce pouvoir me permet de justifier ma vie, mais, ni de la dénouer si je n'ai pas un vis-à-vis, ni d'en changer la donne. Mon frère est féru de psychanalyse ; comme je lui demandai un jour comment il la définissait, il me répondit qu'indépendamment de ses sous-bassements théoriques auxquels il ne se sentait pas plus lié que cela, "avant tout, la psychanalyse était un langage à ses yeux. Je ne souhaitai pas en savoir davantage, d'autant qu'un de ses camarades écrivains, qui prenait le café avec nous, confirma cette définition comme ayant touché au plus juste de l’essence de la psychanalyse. En y revenant, m'apparut ceci : comment, si la psychanalyse est un langage, peut-elle accompagner "la mort du langage" ? des structuralistes comme Michel foucault ne l'ont-ils pas prise comme auxiliaire pour que l'homme ne soit pas déboussolé dans ce changement d'"épistémè" ? (Les spirituels parlent de "changement de paradigme", les intellectuels préfèrent parler de "changement d'épistémè".) comment "la cure de parole" pourrait-elle accompagner "la mort du langage" ? Avais-je bien compris ? Ne commettais-je pas un contresens ? Mettons qu'il soit exagéré de faire participer la psychanalyse à la mort annoncée de cela même qui l'a conditionnée. Reste que beaucoup de ceux qui ont suivi une « cure analytique" en ressortent avec la conviction qu’il faut se contraindre à l'ascèse d'une economie de mots qui ne conserve du langage que "son squelette", dit mon frère, "et c'est toute la dignité de la poésie de se dépouiller des fioritures pour ne conserver que l'ossature. Ainsi la poésie peut-elle échapper à la conjuration du lyrisme." M'interrogeant sur les raisons qui poussent à cette économie, j'entends dire qu'il faut bien se rappeler que le matériau de base sur lequel "la cure" vient mettre moins des mots que du sens étant l'enfance, le désarroi dans lequel ces premiers mois se ont passés est l'absence de mots par laquelle son souvenir s'est émoussé. Ce qu'il y avait à rechercher au fond de cette absence de mots étant une fois remis en ordre, il était nécessaire de reconstituer cette absence et, après avoir scénarisé l'enfance, d'en refaire un film muet. Le poème de l'analysé devient elliptique. Du langage, il ne reste que l'ossature. Or, ce qui est éludé dans la phrase elliptique, c'est le Verbe. Mais la poésie oscille aussi entre son désir de n'être que l'ossature et le fait, comme l'aphorisme, dont je prétends sans pouvoir le prouver qu'il est la scansion naturel de son mètre, de "tendre vers la phrase infinie". Le langage réduit à l'ossature, dont il ne reste que le squelette, ne renvoie-t-il pas à quelque "pulsion de mort" que remet en selle la remise en scène de l'enfance en un film muet ? Mais c'est ici que le Verbe peut venir au secours de l'ellipse : dans la réduction du langage à son ossature, en plus d'un dépouillement qui "fait vivre les mots à la dure", il y a un refus d'émotion qui recherche la solidité. Dans la loghorée qui étend le linge de la phrase essorée, par le ressort de l'abus de langage, vers l'illusion de l'infini, il y a au contraire une complaisance vers l'émoi facile et comme une recherche de la larme qui ne viendrait pas d'elle-même, qui ne procèderait pas d'un don. Le Verbe se situe à l'exact confluent du langage réduit à l'ossature et de sa tension vers la fluidité mouillée de l'infini. N'étant fait, ni pour l'élision qui Le nie, ni pour la propension d'une expansion artificielle qui en fait une caricature de Lui-même en Le transformant en verbiage ou en verbalisme, entre ces deux écueils, le Verbe propose une sagesse", qui "revient marcher au-devant de la chair" et qui satisfait à la fois au besoin de solidité sans lequel il n'y a point de plaisir et à un minimum d'expansion de cette solidité vertébrale sans laquelle celle-ci n'est que dureté du cœur. Lorsque le poème, « muet dans la langue » (André Duboucher), veut reprendre langue avec le Verbe, celui-ci sort de son enfance pour réinformer d’haleine la chair en quête de sens d’une sagesse proverbiale. Mais le Verbe ne sort de son enfance qu'à la demande de la chair ; si cette demande n'est pas formulée, Il peut très bien Se faire silence, comme si Dieu n'existait pas; Mais le Verbe sortant de son enfance qui ne l'a pas hypnotisé (et apprenant par la même à la chair à faire de même), dans la Sagesse avec laquelle IlSe confond à l'origine, "sagesse Qui jouait sur la terre" au moment que de créer la vie qui est un jeu, ne transmet-il, en matière de sagesse qui vertèbre la vie, qu'un usage du monde ? Ce serait déjà beaucoup.

Le verbe transmet un usage de la vie ; Il transmet un usage des plaisirs et des déplaisirs, Il transmet un usage du manger et du boire. Il transmet l’usage que, si le don de la vie se transmet par la voie d’échanges et de jeux sexuels, les premiers échanges de la vie sont d’ordre oral, de ceux par quoi la mère donne le lait de son sein ; par suite, ces échanges s’approfondissent dans le banquet fraternel où se partage le repas convivial. Or infinie est la nostalgie matricielle de l’enfant de retourner au sein de la mère comme infinie aussi est la nostalgie de l’âme de retourner au sein du Père, c’est-à-dire au sein de sa matrice divine dont elle se sait provenir sans tout à fait Lui appartenir, parce qu’il lui manque quelque chose de la ressemblance de ce sein Paternel.

Au premier instant de cette manducation du nourrisson, celui-ci n’absorbe aucune substance qu’il ait volée. Même, on peut dire que ce que la mère le laisse tirer d’elle ne lui retire rien, car elle ne fait que lui donner ce qu’elle n’a sécrété que pour lui. C’est de cette innocence de cets premiers repas où le nourrisson sait ne s’être nourri de rien qu’il ait volé qu’il est particulièrement nostalgique. Qu’il n’ait pas été allaité, qu’il ait subi l’arrêt de l’allaitement comme un traumatisme qui l’a particulièrement marqué ; ou qu’il n’ait pas aimé le lait dès l’origine, parce qu’il y avait quelque chose entre sa mère et lui qui ne passait pas, un signe particulièrement fort de ce que sa condition charnelle se vivait sous celui de l’abandon originel, et l’anorexie menace, au moment du passage obligé de l’absorption des nourritures liquides aux nourritures solides, de la sucion à la mastication. Pourquoi lui pousse-t-il des dents qui vont l’obiger à broyer en même temps que ces organes seront des conditions facilitantes, mais non absolument nécessaires, de son langage ? C’est une des questions que l’enfant peut se poser. Il remarque une nette différence entre les deux modes d’échange alimentaires qui vont se faire jour successivement dans sa vie, les premiers se faisant dans une captation contemplative et symbiotique avec celle qui lui donnera son sein et à qui il ne prendra que de la substance faite pour lui ; les seconds introduisant dans l’acte d’échanger des aliments un tour certes plus altérophile en ce sens qu’ils s’accompagneront d’un échange de paroles et de joie tapageuse. Mais quelque chose avertira l’enfant qu’il est entré dans une dimension plusomnivore, celle d’une chaîne alimentaire où il ne pourra se nourrir et assurer sa vie qu’au détriment d’un autre vivant que, non seulement, il s’assimile, mais au sort duquel, plus il avance dans l’amour du manger et plus il sera indifférent. Si l’on voulait exprimer le sentiment très ténu dans lequel s’effectue cette transition, on pourrait dire qu’elle est contenue dans l’apposition, dans la Promesse divine, qui dit qu’on trouvera sur la terre où se consommera l’Alliance de Dieu et de son peuple, « le lait et le miel ». Le lait, c’est ce qui se puise du sein maternel, une substance comestible faite pour l’âme presque par génération spontanée encore que, dans l’absolu, bien sûr, il faille que la mère se nourrisse pour pouvoir donner du lait à son enfant. Quant au miel, il est plus sucré que le lait (quand j’étais enfant, j’étais tellement dégoûté du lait qu’on me donnait du lait sucré ; il passait à peine davantage) ; mais ce n’est pas pour rien qu’être mielleux est passé en adjectif : le miel est plus adhésif, mais surtout il n’y a rien qui ne pille davantage et qui ne s’entende mieux que le miel à dissimuler son pillage. Le miel est pillé aux abeilles qui elles-mêmes le fabriquent en pillant leur pollen aux plantes et en commettant ce pillage en papillonnant, de même que le meilleur aspect où nous nous sentions de notre vie, c’est de papillonner, non sans que ce papillonnage ne puisse à l’avenant être ce que nous pouvons faire de plus cruel : car quand nous papillonnons, nous volons de serment en serment, ainsi que les abeilles butinent de fleur en fleur ; et pourtant, le papillon est l’image de l’âme, sans doute parce qu’il est insoucieux d’être inconstant autant que parce qu’il met longtemps à sortir de sa chrysalide.

L’enfant n’a pas besoin de dents pour passer du lait au miel, de même qu’il n’a pas absolument besoin de dents pour accéder au langage, si ce n’est que, s’il n’a pas de dents, il ne pourra pas prononcer les dentales. Les dents lui poussent comme cet instinct proverbial d’accepter de découper du vivant et de s’en trouver néanmoins en joie. Ses dents lui poussent comme une acceptation d’entrer sans scrupule dans la chaîne alimentaire. Et cependant, la délicatesse de son âme n’en reste pas moins rebutée par ce qu’il doit faire pour assurer sa survie. Puisque quelque chose l’avertit qu’il doit se détacher de sa mère, du moins ne voudrait-il ne se nourrir que d’air ! Il voudrait ne se nourrir que de ciel si l’air est l’élément du ciel et le ciel l’élément dans lequel s’épanouit naturellement son âme. Ses dents lui on tpoussé proverbialement comme une façon de parler en mangeant, c’est-à-dire en n’ayant garde d’être un voleur en devant se soumettre pour survivre aux lois de la chaîne alimentaire. Ses dents lui ont poussé pour parler en mangeant, cependant que son cœur, qui fait le pont entre les nécessités biologiques où il est de s’alimenter et d’excréter ce qui est entré en lui, pour le faire à nouveau circuler dans la nature, cependant que son cœur fait s’insurger son âme d’avoir, en s’emparant de vivant de ses dents caleuses, à être un voleur. Or le Verbe en Se faisant chair, l’accompagne dans ce rapport contrarié qu’il a avec la nourriture. Par où l’on voit en passant que la chair n’a rien qui la prédispose à aimer faire bonne chère sans un mouvement de recul qui est mal assorti aux sentiments primaires qu’on lui attribue de prime abord, de ne penser qu’à faire bombance. Aussi vrai que la chair pense, c’est pour moins se vivre à mal qu’elle va transformer son anorexie en gloutonnerie plus ou moins gourmette et gastronome. Le Verbe va apprendre à la chair à aimer parler en mangeant. Le Verbe va dispenser Son Enseignement à la chair essentiellement au cours de repas bien garnis et, pourquoi pas, bien arrosés. La Personne Physique du Verbe incarnée en celle de l’Homme-Jésus va même se laisser traiter de « glouton » et d’ »ivrogne ». Pire, elle va même laisser entendre que Dieu contrevient au septième commandement en L’assimilant, à la faveur d’une parabole, au « voleur » dont le maître de maison ne peut s’attendre au moment précis où il va venir procéder à son cambriolage. Or en quoi Dieu pourrait-Il voler une maison dont, au mieux, Il Est le Maître et à Qui, au moindre, elle est dédiée ? La parabole ne nous le dit pas : elle se contente d’assimiler Dieu à un voleur sans vouloir que nous y cherchions davantage et en nous recommandant au contraire implicitement de nous laisser surprendre par cette contravention de Dieu même au commandement que Lui-même a prononcé pour que nous soyons heureux sur la terre et ne vivions pas en infraction avec les lois de la vie. Or Dieu, à qui la chair ne cesse de demamder :
« Pourquoi nous demandes-tu de nouss oumettre aux lois de la chaîne alimentaire » ? »
semble avoir disposé des lois de la vie qui vont à l’encontre de la pure oblation et semble vouloir commencer par nous apprendre à contrevenir à cette oblation en se mettant lui-même en infraction avec notre idéalisme originel d’enfants abandonnés. Il le fait avec le secours de son verbe pour nous préparer au retournement futur que celui-civa opérer.

Ce second retournement, cette quasi conversion du verbe de la chair à notre âme, consiste à ne pas répondre à la question que nous avons posée au Père de la vie et qui consistait à Lui demander comment la chaîne alimentaire pouvait le aucunément s’accomoder de l’oblation. D’une façon qui n’avait rien de médiocre bien que son nom soit désormais associé à un personnage caricatural du fait de la pièce d’edmond Rostand qui ne peint pas l’écrivain véridique, Cyrano de Bergerac nous avait enseigné à nous consoler de manger du vivant en lui redonnant vie en nous, si bref qu’y dure son passage par notre corps. Cela n’était pas une piètre leçon, mais elle ne suffit paps au verbe qui, après que nous avons été dotés de la dentition pour pouvoir découper du vivant et nous l’incorporer dans notre ventre, Veut Epouser à nouveau la logique d’oblation après laquelle languissait notre âme alanguie dans la chair. Le Verbe rétablit la logique d’oblation qui avait été rompue par la chaîne alimentaire ; c’est pour la parfaire en ayant à la rétablir qu’Il l’avait sans doute laissée se rompre, comme on sait qu’il ne saurait y avoir de véritable apprentissage qui n’aboutisse à une leçon d’ignorance après avoir désappris, mais non après s’être complu dans le non effort d’un refus d’apprendre. Il n’y a pas de mémoire dont la fin ne soit l’oubli afin qu’elle puisse culminer dans l’anamnèse ou le mémorial. De même, le Verbe a rétabli la logique d’oblation après l’avoir laissée se rompre pour la parfaire, pour l’accomplir, pour l’achever de perfection. Et Il a rétabli cette logique d’oblation en s’incorporant à la chaîne alimentaire pour nous apprendre qu’après avoir mangé d’une substance, le lait du sein de notre mère, qui n’était faite que pour nous seuls, après avoir légitimement désiré retourner dans ce sein, il nous fallait « nous donner nous-mêmes à manger », car notre destin était, comme le sien, eucharistique. En l’accomplissement de cette part de notre destin pourrions-nous retrouver la similitude qui nous Le ferait assimiler et nous laisserait assimiler au point culminant de l’amour, dans le comble d’une oblation qui serait parvenue à ne plus être sacrificielle pour devenir le don de notre âme, comme c’est l’âme de la divinité à travers Son sang que le verbe nous donne à manger, signifiant, par cette divine Transfusion que l’essentiel de la Rédemption consiste au moins autant en la satisfaction-révélation d’un destin eucharistique qui devaient devenir commun à la chair et au verbe, qu’en notre affranchissement par « la loi du lévira » (ou du rachat) que le verbe nous aurait obtenu par l’effusion de Son Sang : rachat sans doute aux lois de la nature, mais non au Châtiment de dieu, car il ne saurait y avoir de dissociation des Volontésentre celle du créateur et celle du Rédempteur. Peut-être le Fils a-t-Il dû racheter ce qu’extrinsèquement à sa finalité créatrice, comme le suppose teilhard de Chardin, la nature a voulu arracher à ses lois pour forger les siennes en toute indépendance, d’où la divergence entre Yahvé et elohim, hypothèse que je prends la responsabilité de risquer un peu témérairement. Mais « d’un regard », comme le dit Saint-thomas d’aquin, le Père aurait pu décider que notre rédemption ne fût pas acquise à si grand prix que l’effusion du Sang de Son fils. Aussi devons-nous être portés à croire que la révélation première de la transfusion du sang du verbe dans notre chair desséchée a voulu nous apprendre qu’eucharistique était notre destin, que nous devions nous donner du fond de l’âme pour retourner au sein du Père, y déguster le lait de Sa Bienveillance et Tendresse Première pour les créatures que Son Amour et Sa Bénignité ont appelées à la vie !

lundi 12 avril 2010

marchepied vers la méditation (I): le retrait apophatique

UNE EMISSION OU UN MOINE CHRETIEN BENEDICTIN,
DOMICILIE DANS L'ESSAUNE ET INVESTI DANS LE DIALOGUE INTERMONACHIQUE, NOUS PARLE DE L'EXPERIENCE DE LA MEDITATION ZAZEN QU'IL A FAITE DANS DEUX MONASTERES JAPONAIS

Mes chers lecteurs,

Excusez cette nouvelle incursion pour vous recommander l'émission "les racines du ciel" de France culture (disponible en podcast ou baladodiffusion), émission dans laquelle un moine bénédictin chrétien, Benoît billot, domicilié dans l'essaune, nous parle de la méditation zen telle qu'il la pratique en chrétien, après en avoir fait l'expérience dans deux monastères japonais.

Le journaliste, Frédéric Lenoir, directeur du "monde des religions", commence par lui demander quelles étaient les "frustrations corporelles" qu'il ressentait dans la méditation chrétienne et qui lui ont fait approcher la méditation zen. Il en relève un certain nombre, dont l'intellectualisme très "considératiste" de la méditation d'avant la Réforme du carmel de saint-Jean de la croix, tradition ignacienne dans laquelle il s'agissait de s'imaginer que l'on était un des personnages de la scène évangélique que l'on lisait. Cette "mise en scène" de théâtre d'improvisation mystique, dans la mesure où elle était opposée à la véritable contemplation, laissait notre moine sur sa faim. Par ailleurs, l'attention n'était pas non plus portée à la psychologie dans la spiritualité, psychologie dont benoît billot nous dit qu'elle est, au contraire, présente dans le zen. Eprouvant le besoin de faire le point sur lui-même, notre bénédictin à poursuivi quinze ans de psychanalyse qu'il ne renie pas, qu'il a intégrés à son chemin monastique, l'analyse devenant curieusement partie prenante de la nouvelle "expérience spirituelle" d'union à Dieu qu'il recherchait.

Il parle bien sûr aussi de la position du corps, de l'attention porttée au souffle, du renoncement progressif à nommer Dieu, tandis qu'on rentre en convergence avec les énergies de l'univers, de la non dualité qui s'installe à mesure que ces exercices nous amènent à devenir qui l'on contemple. Il évoque encore les bienfaits de la théologie apophatique (ou théologie négative) comme instrument de ce "devenir Dieu", et fait part de l'émotion que ressentent certains moines boudhistes en assistant à l'eucharistie, en particulier en voyant les moines s'échanger le baiser de paix. Il a vu quelques-uns de ces mystiques réputés impassibles pleurer à ce geste.

Je ne me bornerai dans mon commentaire de cette émission qu'à trois brèves réflexions :

1. L'inspiration que je prends quand je commence à respirer, en même temps qu'elle me fait prendre conscience de l'elargissement de la notion de Dieu qui s'opère en moi, ne me met-elle pas en contact avec l'Inspiration de l'univers, ce que la genèse appelle" l'Esprit qui planait sur les eaux" au moment de la Création ? La communion avec cet "inspire divin" (si je ne craignais de citer Elifaz Lévi) ne nous met-elle pas, en termes plus explicitement chrétiens, en apesanteur et en quête de la grâce, l'alliance de ces deux mots étant ici volontaire, comme une résolution possible du conflit entre la pesanteur et la Grâce, conflit nécessaire à la pensée de simonne Weil et à sa cosmologie de la croix ? (Simonne Weil, dans "PENSEES SANS ORDRE SUR L'AMOUR DE DIEU", a poétisé en philosophe une cosmologie de la Croix, là où Bernanos, dans "SOUS LE SOLEIL DE SATAN", a réalisé en romancier inspiré par la figure du curé d'ars, une théorie de l'influence diabolique à travers les mondes et les sphères : il ne serait pas inutile de comparer ces deux théories…).

2. La théologie apophatique a pour principaux représentants dans le christianisme, apprend-on dans l'émission, le pseudodenys l'aéropagite (qui n'est donc pas seulement l'ordonateur de la nomenclature des 9 choeurs angéliques), Grégoire de Nice et maître Eckart. Par rapport à l'hésychasme d'un evagre le pontique, par exemple, qui est très attentif à surveiller ses pensées, qui exerce sur elles une véritable ascèse, la théologie apophatique (ou théologie négative)constitue une réfutation avant l'heure de la critique de feuerbach, selon laquelle le christianisme ne cherche qu'à attribuer à Dieu les qualités qui manquent à l'homme lui-même, La théologie apophatique dénie à dieu les moindres qualités, pour autant qu'elles pourraient nous faire courir le risque d'assimiler "la déité" à ce que nous sommes, pour employer le vocabulaire de maître eckart. Or dieu n'est pas seulement l'etre sans défaut : Il est sans identité possible avec ce que nous sommes. La théologie apophatique veut prévenir tout danger d'anthropomorphisme. Il me semble qu'elle est la transposition, dans la méditation chrétienne, du refus absolu qu'oppose la piété juive à prononcer le Nom de dieu, car mettre la main sur le Nom, c'est détenir le secret.

3. Pourtant, il faut bien un support à notre méditation, comme en témoigne la répétition des mantras, dont n'a pas pu s'abstenir le christianisme, en dépit de la mise en garde qui lui a été adressée par son Maître de ne pas "rabâcher comme les païens". Saint-dominique de Guzman a peut-être inventé le rosaire en empruntant cette pratique répétitive aux musulmans qu'il cherchait à convertir en les voyant réciter leur chapelet. le mot "mantra" aurait pour racine dans la langue indienne : "ce qui protège l'esprit". Le chrétien qui prie la vierge Mère, elle qui a réalisé le sommet de l'idéal mystique en enfantant dieu en elle, espère en obtenir une protection contre "les forces du mal". Or je me demande dans quelle mesure il ne serait pas opportun,en particulier parce que ce serait une manifestation significative de notre désir de faire advenir la paix en contrecarrant la promesse de "choc des civilisations" dont se sent menacé le monde, de reprendre à notre compte les 99 attributs de dieu qu'ont mis en évidence les mystiques musulmans. Je n'ai jamais pu me procurer la liste de ces attributs pour en faire le support de mapropre prière contemplative, et j'en éprouve bien du regret. Remarquons que ces 99 attributs laissent la place libre au centième que l'on ne prononcepas, comme dans la théolgie apophatique, comme dans l'abstention que font les Juifs de prononcer le Nom de Dieu autrement que par ashem : le NOM. De plus, je crois qu'il y a une grande sagesse spirituel à substituer le qualitatif (à travers l'attributif) au substantif, même récusé par la négative. Dieu est Qualité quand l'homme est sans cesse en quête d'une solution quantitative, identifiable,dénombrable.

"La spiritualité est-elle vraiment universelle", tandis que la dogmatique nous dualise et nous sépare ? Tous les supports de spiritualité se valent-ils, si toutes les religions ne se valent pas ? comme le disait Jean-Paul II dans son invitation à assise, à défaut de prier ensemble, ne peut-on pas "se mettre ensemble pour prier ?" ?