lundi 7 août 2023

Ressuscités ou transfigurés

Dans l’Évangile de la Transfiguration partagé et hier, en la fête de l'événement,quelque chose m’a frappé. Pierre, Jacques et Jean sont « pris » avec Jésus et emmenés « à l’écart » pour être les témoins d’une « ciélophanie » comme seul peut-être Moïse en a été témoin et comment réagit Pierre ? Impulsif et actif comme à son habitude, il se demande ce qu’il doit faire. Là où tout autre se serait prostré la face contre terre. C’est pour le calmer (hypothèse par exagération!) que la voix descend du ciel et dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. » « Calme-toi et écoute! » L’extase suit la claire audition de cette voix. 


Le prêtre ne manqua pas de souligner que non seulement Jésus, mais chacun de nous était un enfant bien-aimé du Père, ce qui justifiait son apostrophe : « Bien-aimés du Père », chaque fois qu'il s'adresse à ses paroissiens depuis son arrivée, ce qui semble en avoir étonné plus d'un . 


Concernant Jésus, la révélation de l’amour privilégié du Père pour l’unique engendré contient pour nous une invite à écouter sa Parole, Parole de Dieu qui devient le centre de la vie de l’Église d’aujourd’hui, au détriment des christophanies postérieures à l’Évangile : les révélations privées ne sont pas objets de foi. Je comprends mieux, à la lumière de cette invite du Père devant son Fils transfiguré,  ce rôle central dévolu à la Parole de Dieu dans l’Eglise..


« Mais, ajouta le prêtre, si chacun de nous est un « enfant bien-aimé du Père », cela doit nous conduire à considérer chacun de ceux qui nous entourent comme des frères et des sœurs." Ce qu’il omettait de dire était qu’alors, cela induisait aussi que nous devions les écouter. Nous faisons grand cas de la parole de Dieu, mais relativement peu de cas de la parole de nos frères, l’histoire sacrée de chacun écrivant le grand Livre de vie qui complète le livre de la Création (les merveilles de mère Nature) et le recueil de la Parole de Dieu qu’est la Bible.  


Le prêtre termina en nous demandant comment on distinguait le jour de la nuit et cita un sage africain pour qui que ce n’était pas par le lever ou par le coucher du soleil, mais par la reconnaissance que chacun de ceux qui m'entourent est mon frère ou est ma sœur. « Voici, conclut-il, la transfiguration de ce monde auquel nous ouvre cet Évangile, avant-goût de ce qui nous attend dans la vie future". 


Ce lien avec notre attente finale m'a interpellé, car nous sommes tellement habitués à nous imaginer la vie future en termes de résurrection que nous n’imaginons pas qu'il serait encore plus d’être transfigurés que de nous retrouver à l’identique, miraculeusement reconstitués par la résurrection de la chair, mais reconstitués en corps glorieux. La transfiguration est un avant-goût de la résurrection, mais le signe avant-coureur n’est-il pas  préférable à la réalité promise ?

 

jeudi 4 mai 2023

L'affection

"Il y a toutes sortes d'amour et à l'intérieur de chacun d'entre eux, une infinité de degrés et de paliers qui s'appellent : affection , adoration , attachement , inclination , tendresse , passion et le reste .

Jean Simard ." 


16 octobre 2004

 

Les trois piliers de l'amour durable sont :

Amitié, Désir et Affection.

 

L'Amitié est la racine de l'amour.

 

Le DESIR en usurpe le centre apparent.

En fait, il va et vient entre là, remplissant les pauses de lascivité prises par la langueur et laissées dans les creux ou entrelacs de la passion de durer, et c'est ce qu'Amour on nomme, ce DESIR dans les entrelacs, car avec son frétillant frisson qui sait jouer, il en donne le sentiment saisissant. Et l'amour veut être défini par le sentiment.

 

Le lac de la passion de demeurer devient de montagne russe, comme les poupées qui font dresser le DESIR sur la queue. Si bien qu'il y a du désirable émergeant comme raidillon sur la montagne à serments de la passion de durer dont le sermon est le ciment, le sermon des conversations lentes.

 

De la passion, le sermon pour ciment (ou ce que Dialogue on nomme), et l'Affection gardée comme le beau reste du Désir à marée basse, qui toujours remonte sur ses berges, il n'y a rien à craindre là-dessus, car l'Affection veille au grain, l'affection l'entretient.

 

L'Affection est le beau reste du Désir, elle bat pavillon, les verges repliées, sur le coeur de la passion d'ériger. Mais avec ce reste-là, du désir rentré au port du porc rentré en repos du guerrier, avec ce reste du désir qu'est l'affection sans escales, où qu'en soit l'érection, il reste tout de l'amour, tout, même si l'amour n'est plus fou.

 

La triste chair peut s'endormir, elle n'a rien à réclamer : l'Affection veillant, comme le coeur, sur les corps après l'extase des petites morts, il reste tout de l'amour, tout, le désir sauf, momentanément interrompant le coït ou laissé à son germe, dans le rêve d'un souvenir en attente du réveil de la baguette magique des contes de fée, qui sera volonté de puissance et aura la puissance de sa volonté ;

et si l'amour en attendant, dans cet assoupissement de la chair avant nouvel assouvissement, si l'amour est indivis, veillé par l'Affection qui ainsi l'aura confondu, son unité ne saurait le détruire, car l'Affection n'est pas une maladie d'amour : elle  en prend soin bien au contraire, quelque long que soit le silence du Désir et quelque mystérieux le sommeil qui s'est abattu sur la chair avant duothéonéofaction.

 

L'Affection n'est pas la maladie de l'amour :  elle en est le souffle, elle est son esprit, elle l'emporte en effluves de son chant qui revient sur lui-même en appels au désir en rappels à la chair pour que, le DESIR sauf, soient sauvés de l'oubli les sens mêmes.

 

Au terme des trois, Amitié, Affection et Désir abusivement nommé Amour, c'est l'Alliance et le triomphe vibrillonnant de son or tressé sur les coeurs inséparables, non pas comme une pérennité de l'intérêts contractuel qui cimentait le mariage bourgeois, toujours à l'affût des pierres à lapider de l'inévitable adultère, mais par le fait tressé, cet or, qu'envers et contre tout (et sans qu'il y ait de lapidation qui tienne), on défend l'autre qu'on représente et qu'on devient. 

On devient l'autre qu'on défend, et la lumière de l'Alliance brille sur le bris de l'individu perdu dans l'hors-moi, dans l'é'moi ou  l'enlacement des identités, et ce sont deux enfances qui étincellent , enchevêtrées, dans la constellation des consolés, de s'être frottées les yeux ensemble dans une seule et même mémoire qui les a confondues et qu'est l'amour devenu, passion du lac au niveau d'Amitié, au milieu duquel, évasifs en ce limon, flottent les roseaux du Désir évanescent, que soulève l'Affection, poussière aux reflets pailletés dans l'air blessé de jouissance.

jeudi 27 avril 2023

Le "je" et le "nous"

La question du "je" est à la fois vertigineuse et plonge qui se la pose dans une profonde humilité. Elle se ramène, me semble-t-il, à la question de la conscience, sous ses trois modalités pronominales: 


- Comment émerge ma conscience, ou pourrais-je raconter l'histoire de ma prise de conscience et la généalogie de mon "je" sortant de la confusion indistinctive en découvrant son jeu? 


-Qui est mon "tu"? Qui pense quand je crois penser? Y a-t-il quelqu'un au centre de ma conscience que je tutoie ou qui me parle comme une voix intérieure ou suis-je un autre? (Question de Dieu et conscience poétique.) 

   Et c'est ici qu'on peut être pris de vertige, car il y a un dédoublement dans la conscience du penseur qui tout à coup se voit penser, comme l'origine de "la mémoire involontaire" de Proust est dans cette vision de soi se souvenant beaucoup plus que dans le souvenir, la "double (ou la fausse) reconnaissance" dirait Bergson ou la réminiscence. 


-Et comment l'appropriation de la conscience qui m'a distingué et qui se dédouble quand je réfléchis et réfléchis le monde en y réfléchissant peut-elle m'ouvrir à la troisième personne, soit en me faisant accéder au monde commun du "on" si je savoure les joies de la neutralité qui me fait "être avec", dans la bienveillance, ou au pronom critique du "il" si je m'abandonne aux joies superficielles de l'enfant rebelle qui se pose en s'opposant et se prend pour un continent misanthrope réglant ses comptes avec l'insulaire humanité liguée contre son monde intérieur? 

   Le "on" cherche les points d'accord de la raison humaine et de ce fait il trouve des points d'appui, le "il" cherche les torts à partir des points aveugles de celui qui réfléchit et prétend s'imposer par différenciation, clivage et conflits. 


Le "nous" que je perçois se confond avec le "nous" des Grecs, avec l'esprit du monde, avec la pensée sous-jacente au monde qui le dirige comme son inconscient en dirigeant nos actes, comme l'inconscient du monde beaucoup plus que comme une Providence maîtresse de l'histoire. Je ne le vois pas comme le sentiment du collectif qui est le revers de l'individualisme ouvrant à l'apocalypse structurelle dans laquelle s'enkystent nos rapports humains. 

mercredi 16 novembre 2022

De la culpabilité

Platon disait que "nul n'est méchant volontairement". C'est certainement trop facile. Mais le péché ne fait que des victimes et le pécheur est victime de lui-même en faisant d'autres victimes dans le sillage de sa faute. Personne n'est coupable du péché que l'ennemi de nos âmes par lequel nous sommes agis plus que nous n'agissons quand nous cédons à la pulsion de mort qui nous fait parfois tuer. Nous appelons métaphoriquement cet ennemi de nos âmes le diable, la métaphore est bonne. Je me suis fait plaisir et me suis cru malin en disant à mon psychanalyste que j'avais vu le diable en voyant mon double. Je maniais les symboles et ne le regrette pas. Le péché ne fait que des victimes et le pécheur n'est pas coupable de son péché au sens où il faudrait ajouter au mal commis le démon de la culpabilité. 


Je ne me comprends pas moi-même quand je dis qu'il faut absolument distinguer entre péché et culpabilité, car les deux notions paraissent trop profondément intriquées, et pourtant je suis sûr qu'il y a là un chemin que la psychologie doit emprunter si elle espère faire sortir un jour les personnes humaines de cette spirale infernale de la victimisation sans résilience et de la culpabilité sans rémission. René Girard et Jean-Michel Oughourlian en ont touché quelque chose quand ils ont dit que, dans une maladie psychique, il n'y avait pas le malade et la personne saine accompagnante, mais il y avait un jeu de rôles malsain entre ces deux personnes où le sain rend malade et où le malade n'est ni malsain, ni toujours celui que l'on croit. Je crois savoir de quoi je  parle, car j'ai vécu vingt années durant avec une personne qui souffrait de maladie psychique. Je ne me croyais ou ne me savais pas malade et je croyais bien l'accompagner. Or je l'ai si mal accompagnée  qu'elle n'a pas eu d'autre solution que de me quitter. Cette réversibilité des rôles entre la personne prétendument malade et la personne prétendument saine est le seul caractère opératoire que revêt dans mon esprit la pensée de René Girard. 


Le péché ne fait que des victimes et personne n'en est coupable, sinon le déterminisme par lequel notre liberté n'est pas si grande que des forces ne nous agissent envers et contre nous-mêmes. Personne n'est coupable du péché, sinon le péché originel. Vous allez dire que j'en prends à mon aise en métaphorisantà souhait les notions de péché originel et de diable, mais je crois que leur construction symbolique peut être la clef de guérison des névroses qu'elles ont éventuellement provoquées. Si j'osais (mais là, je me fourvoie peut-être), je dirais que personne n'est coupable du  péché sinon le déterminisme qui a fait de l'homme un sujet de hantise du mal et que la Providence qui a permis à ce déterminisme de jouer à plein. Mais ce n'est pas à moi de soupçonner ni d'accuser Dieu. 


Le péché ne fait que des victimes et personne n'en est coupable. Et personne n'est prioritaire dans la reconnaissance du mal commis, ni les victimes reconnues ni les coupables avérés, même si les victimes, dans leur désir de reconnaissance légitime,  doivent jouir de plus de compassion de la part de la société que ceux qui leur ont fait du mal, sans que la justice doive être rendue au nom des victimes sous peine d'être une justice vindicative. 


Il faudrait pourtant aider les coupables qui restent dans le déni à se déclarer coupables au sens courant de ce terme. Car cela aiderait leurs victimes qu'ils cessent de nier le mal qu'ils leur ont fait. 


Je suis pour que l'on substitue à la notion de culpabilité qui ne produit que sa propre déperdition la notion de responsabilité qui est un premier pas vers la réparation de la victime et vers la conversion du pécheur qui s'est reconnu coupable de s'être laissé entraîner dans la tentation. Mais même si elle est impossible, tant le préjudice moral a causé de traumatismes, la réparation de la victime prime la conversion du pécheur responsable de ses actes bien que déterminé jusqu'à un certain point à les commettre. 

samedi 4 juin 2022

Le miracle n'aura pas lieu

et le miracle, cest qu'il n'ait pas lieu.


MetaBlog: La sainte Eglise catholique (ab2t.blogspot.com)


Cette belle méditation (car tout commentaire du credo ne saurait en être qu'une méditation) montre que tout ce qu'énonce le Symbole des apôtres après l'affirmation de la foi dans les trois personnes divines (la vie spirituelle est un prolongement de la vie trinitaire) est une apposition du rôle de l'Esprit Saint dans la création continue comme une action de Celui-ci, et l'Eglise catholique est la première de ses appositions. Au bout de la chaîne de ces appositions, il y a la rémission des péchés, qui rend possible la résurrection de la chair, c'est-à-dire le fait pour la chair criminelle de mettre un pied devant l'autre sans se regarder dans la glace et subir le supplice du miroir, et la vie éternelle, où l'Esprit qui planait sur les eaux réconcilie notre chair criminelle, christifiée par le Verbe qui vient y semer une parole, pour la réussite de la convocation divine adressée au premier Adam.


"L'Eglise est antérieure au Christ" comme "le bercail" précède le troupeau: cette audace métaphysique de l'auteur rappelle celle où, dans son livre "Délivrés", il montrait que le chrétien a la liberté d'aller et de venir,  d'"entrer et de sortir du Christ". Le bercail précède le troupeau au terme de "l'Evangile éternel" qui fait que nous rêvons tous de ne pas avoir le même chemin ("J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie"), mais d'avoir le même port. Port d'attache où l'"unité" soit possible sans qu'unité rime avec uniformité, sans que l'individu se perde dans le collectif et son "esprit d'équipe", sans que la collectivité dégénère en collectivisme. Nous rêvons de faire corps sans parvenir à soulever la chape de plomb d'une solitude dans laquelle, disent les pessimistes, l'homme naît, grandit et meurt seul. Or les deux vérités se concilient: l'homme est seul et il n'existe que de former un corps avec les autres hommes, sous la motion de l'Esprit, "l'âme incréée de l'Eglise", pour donner corps à la Parole du Christ qui a animé la chair.


L'Evangile a annoncé le Royaume et c'est l'Eglise qui est venue. "Tant d'hommes entre Dieu et moi" depuis que "l'unique Médiateur" est descendu dans la chair. Comment l'Eglise peu-elle être "la seule internationale qui tienne", comme aime à le répéter notre auteur dans un trait qu'il affectionne? L'Eglise est la seule internationale qui tienne parce qu'elle concentre le plus d'hommerie. La sainteté qui en émane n'est pas une sainteté caractérielle, mais elle rayonne de la sainteté de Dieu,  le seul Saint.


"Ce ne sont pas les bienportants qui ont besoin du médecin, mais les malades" pour qu'"il y (ait) plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n'ont pas besoin de conversion." C'est pourquoi Jésus s'est fait "homme à l'exception du péché" (nous ne sommes pas à un oxymore près), mais Il s'est fait surtout médecin, un médecin à qui ses malades lancent: "Médecin, guéris-toi toi-même", comme on fait procès aux professeurs de bonheur de n'être pas heureux en leur disant avec Aragon, non pas que "la femme est l'avenir de l'homme", mais que "qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes". 


Françoise Dolto estimait que le coup de génie du "Christ thérapeute" comme aurait parlé Maurice Bellet était de  demander  à son malade ce qu'il voulait que le médecin fasse pour lui, ou encore: "veux-tu guérir?" Si le malade répond honnêtement, il avouera que non. "Veux-tu vraiment ce que tu désires?", demandait Jacques Lacan à ses patients. Toute thérapie se heurte à la buttée du vouloir : le malade ne veut pas guérir alors qu'il demande la guérison à son médecin qui lui promet de commencer par ne pas lui nuire: "Primum non nocere".  


Rien n'est plus mystérieux que la volonté. De quel droit dit-on "je veux"? Comment veut-on? Pourquoi ne veut-on pas? La volonté est un muscle, c'est-à-dire qu'elle s'entraîne, on s'entraîne à vouloir, vouloir comme aimer est un effet d'entraînement, vive les entraîneurs et les entraîneuses! Mais la volonté ne veut pas comme l'amour n'est pas aimé, pourquoi? Et pourquoi ne parle-t-on que de la volonté de Dieu, comme si celle-ci précédait la liberté qu'Il nous donne, comme si Dieu n'était que Volonté comme il est censé n'être qu'amour? 


La volonté ne veut pas, parce que le malade a besoin du médecin, mais le médecin n'a pas besoin et n'a pas promis que le malade guérirait.  Le médecin est le premier des incurables: il ne peut pas plus se guérir lui-même que se sauver lui-même ou descendre de la croix. Il n'est pas venu pour faire des miracles, sauf à titre exceptionnel, pour confirmer la règle de la maladie de l'homme, tant qu'il n'est pas sauvé. Il est venu accompagner le malade et là est le miracle permanent, qui réalise l'unité de l'homme en échec, qui soudain réussit, à répondre à l'appel de Dieu, réussit à renaître. C'est entre autres ce que nous montre cet article. 

samedi 28 mai 2022

Ca parle en moi comme une Trinité

Une façon de poser la question de Dieu: y a-t-il quelqu'un au centre de cette conscience qui me tutoie?


La nature peut certes être invoquée pour prouver l'existence de Dieu; mais moi qui ne vois pas, elle ne me parle pas ou elle me parle peu. En revanche:


Une façon de poser la question de la Trinité est un détour par la parole:


      certes, le moi, le ça et le surmoi sont une analogie convenable: on peut évoquer la topique freudienne; mais plus me parle le fait que tout parle en moi, la conscience est un vaste espace d'interlocution.


-Quelque chose me tutoie comme si je lui étais extérieur; je tutoie quelque chose que je ne connais pas, et ce va-et-vient entre le "je" et le "tu" fait que je réfléchis. 


-Mais surtout je me critique comme si j'étais extérieur à mes actees ou étranger à mon jeu. "Il" est mon pronom critique. "Il" est le pronom que j'emploie quand, en moi, je parle de moi. 


-Ce qui fait ma différence avec la Trinité, je me critique entre laudation narcissique et dépréciation pathologique, mais sans mansuétude et sans miséricorde; alors que la Trinité se critique en s'aimant dans la juste mesure, non démesurément; en voyant ce qu'elle a fait de bon, et cet amour est bon qu'elle se porte. 

vendredi 14 mai 2021

La foi de l'abandonnique


L’abandon est une notion très difficile à penser. D’abord parce qu’elle est polysémique. S’abandonner à Dieu n’est pas la même chose que se sentir abandonné de Dieu. Le premier abandon suppose une confiance qui ait surmonté la Névrose d’abandon dont parle Germaine Guex que cite Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs. L’abandon est un lâcher-prise qui se fait en confiance, parce que celui qui s’abandonne ne paraît pas percevoir que Dieu puisse l’abandonner ou lui jouer un mauvais tour. 


Le détachement est une drôle d’école spirituelle. C’est à la fois un summum de courage et n antidouleur. On se détache pour se déprendre, ou bien on se détache pour ne pas souffrir.


L’abandonnique (et j’en suis un) me paraît incapable de s’abandonner. Cet être qui a volontiers de l’assurance et de l’emprise, cet affectif malade des liens croit que s’il lâche prise, sa foi va le trahir. Donc l’abandonnique n’a pas la foi, c’est fort possible. Il a la foi dans la mesure où elle est un élan, mais il n’a pas la foi-confiance. Du reste il faudrait savoir si la foi est un élan ou une confiance. Aujourd’hui on insiste sur la dimension – ou la question – de confiance, mais elle est d’abord un élan et une force, une force telle qu’elle peut renverser des montagnes. L’abandonnique a cette force, mais il n’a pas confiance. Jésus aussi paraît très fort, c’est à se demander s’il n’est pas un abandonnique. Il jette souvent ses disciples et les envoie bouler et balader. 


L’abandonnique ne veut pas se jeter à l’eau parce que s’ils’y jetait, tout tomberait à l’eau, croit-il. Un jour je demandai à quelqu’un : « Q’est-ce qui se passerait si je lâchais prise ? » Sa réponse me stupéfia : « Eh bien tu t’apercevrais qu’il y a des gens qui tiennent à toi et quine demandent qu’à te soutenir. » Et dire que je doutais que ce fût un ami. » 


Jésus s’abandonne certes à la volonté de Son Père au jardin de gethsémani, mais cela ne l’empêche pas de se sentir abandonné de Dieu.  Étonnant que les chemins de croix n’aient pas retenu ce sentiment de l’abandon du Fils par le Père comme une des stations les plus importantes. et ce n’est pas une construction mythique, qui doit recourir à des personnages comme Véronique, dont on n’est pas certain qu’ils ne sont pas des personnages de fiction.


Est-ce que vivre, c’est apprendre à perdre, comme faire une psychanalyse, paraît-il ? Est-ce qu’il faut « se détacher  de sa vie » pour la garder comme le dit l’Évangile ? Et s’il faut s’en détacher, faut-il la plonger dans une communion des saints un peu chaotique et confusionnelle où tout le monde est personne, mais où personne n’est quelqu’un, en sorte que quand nous prions les uns pour les autres, c’est une manière de ne pas assumer de devoir mener son propre combat spirituel sous prétexte de nous soutenir les uns les autres car nous sommes tous dans le même bateau, mais sans payer pour cette solidarité un autre prix que celui de l’intercession. 


Étonnant que le christianisme, qu’on nous présente souvent comme une religion de la personne, n’ait pas vu que l’avers du péché originel était la communion des saints ;étonnant qu’elle ait cru à l’illusion du salut personnel sans que la civilisation chrétienne accouche d’emblée de « la Société des individus » ; étonnant qu’elle ait laissé ce triste privilège au contractualisme, au constructivisme et au collectivisme, qui furent autant de tentatives de structurela protection dans les sociétés humaines, l’apocalypse structurelle étant souvent le totalitarisme ou la bureaucratie.r 


Deux choses m’étonnent : que le sentiment d’abandon du Fils par le Père ne soit pas une station du chemin de croix et que le psaume 21-22, qui contient en puissance et à titre prémonitoire tout le kérigme, qui est prié intégralement le jeudi saint dans la forme extraordinaire me suis-je laissé dire (et pourquoi pas ? Il donne la clef de tout le tridium), ne soit pas scindé entre le vendredi saint et le samedi saint pour que Jésus apparaisse dans l’état de déréliction le plus complet le vendredi et chante qu’il a entendu la réponse de Dieu durant la veillée pascale, réponse qui pourrait presque suffire à toutes les lectures qui nous rappellent l’histoire sainte et que l’on fait en cette nuit de mémoire où l’on récite des merveilles de Dieu qui paraissent parfois un peu anachroniques, comme le passage de la mer rouge qui enfouit les Egyptiens dans les flots refermés et reformés, noyade collective que nous ne comprenons plus très bien.

 

mardi 4 mai 2021

La création par le néant

<p> "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?" Feuerbach  répond à la question de Leibniz: 

"Le monde existe parce que c’est une absurdité que le monde n’existe pas. Le monde provient de sa propre nécessité. La vie est nécessaire à celui qui ne vit pas. Ainsi c’est la négativité comme disent les philosophes spéculatifs,  c’est le néant qui est le fondement de l’univers, mais un néant qui se détruit lui-même, un néant qui existerait par impossible si le monde n’existait pas." <p>


Feuerbach est un immense théologien apophatique. Le monde naît du besoin qu'on a de lui sans qu'il soit besoin de l'imaginer créé par un Dieu sans besoin, un Dieu suffisant, un Dieu qui ne souffre pas et qui peut se passer de vis-à-vis toute une éternité avant le temps de l'homme et même le temps de l'univers. Cela me choque et je n'aime pas la suite de la citation de Feuerbach dont le génie est d'imaginer que c'est la raison et la conscience humaine qui sont sans limite: "C‘est d'un besoin, d’un manque que provient l’existence en général; mais c’est une fausse spéculation que de faire de ce manque

un être ontologique, un Dieu, car ce manque n’existe

que dans la supposition que rien n’existe." <p>


Cela rejoint ce que me disait récemment un psychanalyste, ancien élève de Lacan, que la psychanalyse, c'est d'apprendre à manquer. Ça n'a nullement pour objet de rendre heureux ou de guérir. Mais alors, c'est du stoïcisme? Un peu comme quand Krischnamurti se met à parler de l'amour et de la relation impossible entre deux êtres. La lucidité est un fluide glacial. Beaucoup de parades stoïciennes se cachent derrière un trompe-l'oeil énergétique qui puise dans l'envie qu'il nous donne d'espérer et d'exercer la moins évidente des vertus, comme l'a (ou peu s'en faut) nommée Péguy. <p>


L'homme Jésus, la deuxième personne de la Trinité, "la seule qui compte pour la religion" dit Feuerbach car il faut transformer les attributs en un sujet humain, s'inquiète: "Quand le Fils de l'Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?" Certainement elle l'aura désertée, mais au ciel, la foi et l'espérance auront disparu, seule la charité subsistera. Parce qu'il n'y en aura plus besoin, hasarde-t-on. Sans doute, mais on a toujours besoin de croire en ce qu'on voit, même si l'espérance étant réalisée, elle n'aura plus de raison d'être, on n'aura plus à réveiller cette vertu miraculeuse dans la vision béatifique dont notre nature limitée redoute qu'elle rime avec ennui. <p>


Certes la psychanalyse est un apprivoisement stoïque du manque originel. Et pourtant elle croit au miracle, elle croit au miracle de la parole, elle croit à ce qui s'apparente à la parole de connaissance, elle croit que l'arbitraire du signe signifie, de la même manière que Saussure posait la coïncidence de l'anagramme comme le terme du non choix de signifier par le signe, le symptôme faisant exception, qui ne somatise que pour symboliser. <p>

jeudi 15 avril 2021

Pour en finir avec le jugement de Dieu

<p> Depuis quelques jours, il me démange, non pas d'"en finir avec le jugement de Dieu" comme a prétendu le faire Antonin artaud dans une oeuvre assez insoutenable, mais d'affronter l'absurdité de cette question: pourquoi l'homme a-t-il imaginé un Créateur qui l'ait créé par amour et pour lui demander des comptes? <p>


J'entends bien ce qu'un prêtre de mes amis oppose à cette question à chacun des enterrements qu'il célèbre: "Toutes les civilisations croient au jugement final." Et d'ajouter: "Mais seul le christianisme nous explique que nous serons jugés sur l'amour, l'amour que nous aurons donné et l'amour que nous aurons reçus." <p>


La croyance dans le jugement de Dieu peut venir de la précarité de la condition humaine. L'homme précaire a commencé par s'assurer contre le danger en espérant que les dieux accueillent ses initiatives sous un jour favorable, que ses entreprises soient couronnées de succès et n'entraînent pas sa chute. Il s'est assuré de Dieu en devenant religieux contre la peur. La religion a ses racines dans la superstition et ne peut les renier en croyant faire preuve de largeur d'esprit qu'au prix de nier une partie de sa nature instinctive. L'homme qui joue à être un ange intelligent se prive à son détriment de sa part animale. <p>


La peur n'évite pas, attire et brave le danger. Le jugement est une adrénaline morale. Sans enjeu, pas de vie humaine. L'homme réduit à ne pas jouer sa vie s'évanouit dans une insignifiance jouissive où le pari n'est pas nécessaire et où il suffit de se donner la peine de naître et de se contenter de vivre pour être justifié d'exister. Etre jugé est pour l'homme un aiguillon vital et une exigence morale. <p>


Sur quoi se greffe le sentiment de culpabilité qu'il est bien difficile -et pourtant nécessaire- de jeter à la mer -avec lucidité-. Car plus la vie s'allonge et plus on s'aperçoit qu'on a fait des fautes et commis l'irréparable, d'autant qu'"on écrit sa vie à l'encre indélébile", comme l'affirmait tranquillement le Père Xavier de Chalendar. Un des cris le plus souvent poussé par le psalmiste est: "Ma faute est toujours devant moi." J'ai entendu un jour serge de Beketch, brillant esprit d'une droite extrême traitant de la religion séculière lors d'une université d'été de "Renaissance catholique", déplorer que les chrétiens croient aujourd'hui que Jésus est venu pour nous libérer de la culpabilité et non pour nous sauver du péché. Il assimilait cette mission rédemptrice de substitution attribuée à Jésus par notre époque à celle que s'assignait selon lui la psychanalyse. Je ne crois pas que la psychanalyse efface notre dette, dont Freud avait le sentiment diffus que nous l'avions contractée dès l'origine. Elle ne nous apprend pas non plus à nous en acquitter, mais à ne pas en rajouter. La psychanalyse n'est pas une école de l'innocentement, comme le sont trop de thérapies empruntant à la psychologie de comptoir. <p>


La justice pénale humaine a toute sa raison d'être. L'homme ne demande qu'à réparer. Mais Jésus nous apprend à nous déjuger. Il ne nous dit pas qu'est nul notre besoin d'être jugé. Il ne le nie pas. Mais Il commence par dire qu'Il ne vient pas pour juger le monde, que, si jugement il y a, il est intérieur à la personne qui le porte sur elle-même qui peut s'en libérer pour avancer. et Il vient mettre nos péchés à distance de nous pour qu'une vie ne soit plus appréhendée dans les péripéties qui paraissent la figer pour toujours, mais dans le dynamisme de ses reconstructions. Un ami me disait même que c'est cela, la résurrection de la chair. <p>

vendredi 10 avril 2020

Un christianisme sans la Croix ou la farce du salut...

Prière pamphlétaire.

Vendredi saint.

Seigneur, jamais il ne m’est venu à l’idée de te prier par écrit, et encore moins un vendredi saint, d’écrire en pierrot lunaire une prière au fil de la plume au lieu d’observer le grand silence, d’entrer dans le grand silence du samedi saint, comme ne parvenait pas à y entrer mon amie Marie-Véra qui continuait, le jeudi saint, de jouer pour toi de la manière la plus virtuose et flamboyante, s’attirant les foudres d’un fidèle observant les prescriptions de l’art de vivre les temps liturgiques de façon normative à qui elle répondit : « Vous n’allez tout de même pas m’empêcher de jouer pour mon époux. »

Mon âme est ton épouse, Seigneur, mais moi ? Mon âme est ton épouse, du moins tu y habites, mais je n’ai pas la ferveur de mon amie compositrice, j’ai ma propre ardeur, une ardeur de paroles téméraires qui vont se déployer, j’en ai bien peur, mais avant cela, je retiens l’image qui m’a le plus parlé de toute la cérémonie que je viens d’écouter, retransmise depuis le Vatican. C’est l’image du pape François répondant à la prière de l’Église intercédant pour lui. IL a tout simplement prié pour lui aussi, commeF.P., le pasteur de ma mère, lui demanda un jour : « Ne te vient-il jamais de prier pour toi-même », et de lui conseiller de le faire, sur sa réponse négative. Comme prier pour moi-même ne me vient pas à l’idée à moi non plus. Et pourtant il y a matière à prier pour soi. Il y a matière à venir déposer sa croix au pied de la tienne, cette croix que tu nous demandes de porter et nous voulons si peu, cette croix de nos failles d’où coule un sang que nous ne voulons pas donner pour le transfuser dans cet amour actif qui ne ferait pas de nos fragilités une fin en soi, mais l’utérus où renaître ; cette croix de nos fêlures qui, brèches ouvertes par où nous sommes réceptifs à la souffrance des autres, nous fait pécheurs car il suffit d’un rien, et fait que nous avons utilisé, manipulé, écrasé, piétiné les autres au moment même où nous voulions les aimer le plus ; cette croix de notre écharde dans la chair avec laquelle ta grâce nous suffit pour vivre, mais que nous trouvons plus reposant de ne pas dépasser, de ne pas transcender puisque tu l’assumes : croix que nous t’apportons pour nous réfugier dans notre médiocrité, tirant prétexte que tu t’es livré pour nous, que tu t’es fait péché pour que nous tirions de toi le salut, que tu t’es fait pauvre pour qu’en ta pauvreté nous ayons la richesse.

Tant de mauvaises semaines saintes que j’ai vécues, Seigneur. De semaines saintes où je t’arrivais dans des états innomables de péché pour prendre mon service ou célébrer mes pâques alors que je n’en étais pas digne. Je me souviens de ce vendredi saint où la l’imbroglio affectif où j‘étais se retourna contre moi, quand je vis partir ensemble les deux femmes que j’aimais, l’une plus et l’autre moins, enfin je crois. Je refermai la porte de mon appartement et pensai : « on est souvent le dindon de la farce qu’on a soi-même écrite. »

Cela ne m’empêcha pas de vouloir aller assister à l’office de la passion dans l’église qui était près de chez moi. Mais avant que je me mette en route, mon vieil ordinateur se mit à tourner comme un fou. Je ne perdis pas toutes mes données ce jour-là, mais il ne marcha pas de huit jours, et tournait comme ma vie qui avait mal tourné.

Et tant de fois je te suis arrivé hors d’état. Je me souviens que ce jour-là, avant de partir, causait à la radio le Père Cantalamessa, prédicateur de la maison du pape. Il l’est encore aujourd’hui. Ce doit être pour cela que ce souvenir me revient. Je me souviens que ce vendredi saint-là (c’était en 2007), il avait dit : « L’homme a imaginé un ordinateur pour anticiper la pensée ; mais il n’a jamais créé un ordinateur capable de prendre connaissance de l’amour. »

J’avais aimé cette pensée-là, d’autant que je croyais avoir trouvé la formule magique de la pensée, où je croyais avoir inventé l’atome spirituel : «La pensée humaine est la rencontre électriquement ou synaptiquement provoquée entre deux infinitésimaux universels présents dans le cerveaux. » Selon quelle combinaison ? Toute la question était là. Mais l’amour ? Qui dira les aléas de l’amour ? Le padre Cantalamessa expliquait qu’un ordinateur ne les saurait jamais démêler et de fait, on ne l’a jamais pu jusqu’ici, que l’amour soit ou non une alchimie chimique et une affaire de phéromones, que l’autre nous serve d’objet transitionnel ou soit aimé dans la maturité d’une relation réciproque, que l’amour soit une manière de nous confirmer dans notre être ou un effet d’entraînement qui nous pousse vers l’autre.

À l’époque - ou bien les réunis-je dans un temps poétique -, j’avais deux certitudes orthographiques : l’une était que la folie s’écrivait avec deux « L » et l’autre que la passion du christ s’écrivait avec un « T ». Je voulais que nous prenions notre envol sur les ailes de la folie et que la passion du christ fût un « pathos » afin que le péché fût une affaire qui pût se résoudre en blessures. Mais la passion du Christ est comme nos passions de l’âme.   Croyant trouver un grand esprit dans ce padre Cantalamessa, j’avais acheté un livre qu’il avait écrit sur l’Esprit Saint. Je commençai de le lire sur une machine à lire et n’y ai riein appris qui m’eût emporté l’âme. Ce soir, il a prononcé à nouveau l’homélie du vendredi saint dans la maison du pape transportée dans la chapelle de la chaire de saint Pierre. J’en ai retenu peu de choses, mais le peu qui m’en est resté m’a plutôt énervé.

Il a commencé par dire qu’il ne fallait pas chercher les causes de la passion du Christ, mais ses effets. Il ne faut pas avoir une relation avec Dieu de cause à effet. Parce que ? Parce que la relation humaine n’estjamais un rapport de cause à effet. Cherchez donc la réciprocité dans les relations humaines ! Oui, mais la relation de l’homme à Dieu est relation de créature à Créateur. Je suis l’effet dont il est la cause. Je fus mis en mouvement car il fut mon moteur. Nous ne voulons plus avoir de relation providentielle avec Dieu. La messe ne soutient plus la création, elle ne la supporte plus, elle n’a plus pour la soutenir des vertus propitiatoires, elle ne la délivre plus, c’est un simple sacrifice de louange et d’action de grâce où chacun dit merci à l’autre un peu comme dans « Le cantique des créatures ». La gratitude suffit-elle à réorganiser le cosmos et à lui éviter le chaos ? Ce n’est plus aujourd’hui qu’un Bossuet écrirait un « DISCOURS SUR L’HISTOIRE UNIVERSELLE ».

Le padre cantalamessa ne demande pas mieux que de trouver un sens au coronavirus. Il nous avertit de ne pas nous prendre pour une civilisation post-mortelle. C’est un agent infectieux qui se dresse contre le transhumanisme. Et de raconter l’histoire d’un grand artiste anglais, tellement fasciné par son chef-d’œuvre qu’il manque, de fascination, de tomber de l’échafaudage. Son assistant sent que, si de frayeur il l’avertit, il précipitera sa chute. Alors il lui vient une idée de génie : il lance un pinceau dans l’œuvre du maître pour que celui-ci se redresse. L’œuvre est compromise, mais le maître est sauvé. « Dieu n’est pas l’assistant du grand artiste anglais », avertit toutefois le Padre Cantalamessa, « ce n’est pas lui qui a lancé le coronavirus. Alors à quoi bon nous avoir raconté cette histoire ? L’Église aime bien les « chercheurs de sens », mais à condition de ne pas le donner pour qu’ils restent dans l’absurde. Elle aime bien les « signes des temps », mais à condition de ne pas les lire.

Parce que l’homme ne peut pas tout, il faudrait réduire Dieu à l’impuissance. Mais a-t-on jamais vu amour impuissant ? Plus de Providence et plus de châtiment, pas d’empoignade virile entre Dieu et l’homme. L’Amour de Dieu ne déploie sa puissance que dans la faiblesse. On n’ira pas loin avec ça. Dieu et l’homme vont côte à côte dans une marche à l’impuissance. Quelle est la suite de l’histoire ? Mais j’oubliais : on veut en voir la fin et si on ne veut pas la voir, on la connaît, « la fin de l’histoire », « la mort de l’homme », « la mort de Dieu » et « la paix perpétuelle », le »tout est accompli »dans l’ici-bas, l’aventure inutile comme dans toutes les épopées où l’on savait dès l’incipit que le héros qu’on célébrait allait gagner à la fin. Le combat spirituel est sans risque, « tout est gagné d’avance », nous n’avons qu’à accepter notre salut et nous baisser pour ramasser la pièce et la mettre en poche comme le paysan avare et prévoyant, Dieu est le dindon de la farce du salut qu’il a écrite d’avance, qui donc y croira-t-il ? Et quand ce serait vrai, qui cela mettra-t-il en mouvement ?

« Nous sommes sauvés d’avance, il n’y a qu’à accepter son salut », et cette écharde dans la chair avec laquelle faut vivre. Moi je veux bien, c’est reposant, ça entretient la dépression spirituelle ou le complexe de Bartleby. Vivons notre foi confinée.

Je repense à Judas. Le pape aussi en parlait le mercredi saint, le « jour du traître ». « Où es-tu, grand et petit Judas ? Pour le grand, je ne sais pas, mais toi, le petit, toi qui as ta dignité mine de rien, ne manque pas de venir à l’église, tu n’y es pas de trop et la messe peut beaucoup pour toi. »

Parce qu’on a dit que Judas ne s’était pas repenti. Pardon, ce n’est pas vrai. Il a même voulu réparer. Il s’est rendu au temple et les chefs des prêtres n’ont pas voulu de son argent. Ils se sont lavés les mains de son repentir comme les chrétiens se lavent les mains de la croix du Christ. Les chef des prêtres n’ont pas reversé l’argent de la trahison jeté par Judas dans le trésor du Temple. Ils ont préféré acheter « le champ du sang », anciennement « champ du potier », pour y ensevelir les étrangers. À croire qu’il n’y a que les étrangers pour se refaire faire le tour de la question dans le « champ du potier » et pour se laisser purifier par le Sang de Jésus, mort en excommunié, ceux qui l’envoyèrent devant Pilate, l’homme qui se lavait les mains, étant selon Jésus « coupables d’un péché plus grand que » celui de ce jurisconsulte qui s’interrogeait sur la vérité et avait écrit ce qu’il avait écrit.

Les chefs des prêtres se sont lavés les mains du repentir de Judas et l’ont envoyé paître. Les disciples du christ ont déserté. Il n’y a personne pour entendre sa confession. Alors Judas se repend et se pend. Judas, né pour que les Écritures s’accomplissent, est le dindon de la farce du salut… Jésus a dit dans son angoisse qu’il valait mieux pour Judas qu’il ne fût jamais né. Ce qui est sûr, c’est que Jésus a versé Son sang pour les péchés de Judas. « Petit Judas, où es-tu ? »

Ce matin, je lisais dans une prédication protestante que « la croix n’est pas le signe le plus heureux du christianisme. » Alor sil faut changer de crémerie, pasteur ! Enfin, je neux pas vous jeter la pierre ni vous le dire trop fort. Je vais balayer devant ma chapelle.

Paul VI déplorait que beaucoup veuillent « un christianisme sans la croix ». Nous y voilà. Ce n’est pas tout à fait que nous ne voulions pas de la croix, mais nous ne voulons plus du sens que la théologie kérigmatique a donnée à ce sacrifice consenti, voire planifié par le Père et le Fils et pour lequel l’Esprit a apporté au fils resté seul, sans disciples pour veiller avec Lui, le concours de sa consolation. Non, nous voulons bien de la Croix, mais nous voulons discuter de la Croix. Un peu comme nous voulons bien que la conférence Saint-Vincent de Paul se porte au secours de ceux qui ont faim ; si l’affamé insiste, nous lui donnerons un quignon de pain ou une pièce en espérant qu’il n’en profite pas pour s’acheter à boire ; mais nous aimons mieux prier pour ceux qui viennent en aide aux affamés et discuter de la faim du prochain. Nous voulons bien nous faire les prochains de quiconque, mais de loin. Nous voulons discuter de la croix comme les juifs trouvaient que c’était scandale et les Grecs que c’était folie. Mais ne sommes-nous pas des chrétiens?

vendredi 3 avril 2020

Marie, ses douleurs, le kérigme et l'Évangile

Aujourd’hui, à sainte-Marthe, le pape a égrainé les sept douleurs de la Vierge Marie. Le chapelet de ces sept douleurs est son angélus du soir. Mais l’Église les a mal réparties :

- D’abord elle a oublié une douleur géo-céleste : quand l’enfant naît, Marie est « enlevée au désert », déclare l’Apocalypse. Marie est au désert jusqu’à la parousie comme le Christ est en agonie jusqu’à la fin du monde. C’est depuis ce désert qu’ele nous parle en des apparitions catastrophistes.

- Mais l’Église fait également l’impasse sur l’Évangile comme la prédication apostolique, du premier discours de Pierre à l’annonce de Paul dans les différentes villes où il passe,mentionne par omission l’enseignement de Jésus pour la vie dans ce monde, art de vivre qui nous mène de la terre au ciel.

Pour Marie, on reconnaît bien ses douleurs dues à l’enfance du Christ : douleur de la fuite en Égypte qui donna lieu à tant d’épisodes farfelus et merveilleux des Évangiles apocryphes ; douleur de la fugue de Jésus reclus au Temple et qui discute avec les docteurs de la loi comme un enfant de l’étude rompu aux polémiques. L’Église signale bien que la prophétie de Siméon transperce le cœur de Marie du glaive dont la menace le vieux prophète, parce qu’on en voudra à la vie de Jésus. Elle Mais quand Jésus, au cours de sa vie publique, transperce Marie du glaive de son indépendance,l’Église fait motus, car elle veut bien que Marie, mère de Dieu, souffre des incartades ou « bêtises » de l’enfant Jésus, mais pas des aspérités de Jésus qui se pose en adulte et en homme libre face aux siens et face à sa mère, ne faisant qu’un qu’avec son Père du ciel.

Car Marie, l’Église la veut mère et non pas femme, soit dit par un ancien enfant traumatisé de ce que sa mère lui eût répété : « Tu me regardes comme une mère, mais tu n’acceptes pas que je sois aussi une femme. » C’étaient paroles abusives dites à un enfant ; mais ce sont paroles abusives de Marie, notre mère, aux enfants que nous ne sommes plus, aux « hommes faits » (au sens générique) à qui elle parle essentiellement quand elle apparaît, que ces paroles de chantage : « Si vous ne vous convertissez pas, mon Fils fera pleuvoir sur vous des catastrophes, fera se gâter vos récoltes (la Salette), laissera la Russie « répandre ses erreurs dans le monde si le pape ne la consacre pas à mon Cœur immaculé (Fatima), comme c’est caprice d’enfant gâté quand Jésus parle du figuier desséché qu’Il fait brûler parce qu’il n’a pas produit de figues au moment où Jésus vent en manger (trace des écrits apocryphes dans les Évangiles canoniques ?) ; chantage (ou constat d’une loi de cause à effet ?) quand Jésus dit : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même » (Lc 13, 5) ; et chantage incontestable que la logique des impropères du vendredi saint : « Toi, tu ne m’as fait que du mal et Moi, Je ne t’ai fais que du bien. » Chantage encore que la relation de Jésus aux mystiques sur le mode : « Gratuitement, j’ai donné ma vie pour toi ; j’ai donné toute ma béatitude pour mourir pour le néant que tu es, tellement je t’ai aimé.e ; répare mes incomparables douleurs ; répare le don gratuit que j’ai fait en te donnant ma vie. Console mon cœur immaculé de fils », « de mère. »

Cela arrive encore une fois parce que l’Église ne voit Marie que comme une mère et non comme une femme et parce que la prédication apostolique met l’accent sur le kérigme et fait l’impasse sur l’Évangile . Quelle femme en effet a été Marie si le seul élément marquant de sa féminité a été de consentir à ce que l’ange lui annonçait ? Et quant aux apôtres, pourquoi leur prédication de Jésus mort et ressuscité n’est-elle pas innervée de la prédication évangélique ? L’Église d’aujourd’hui essaie de rattraper ce mauvais pas, mais au prix de ramener le ciel sur la terre, l’essentiel dans l’existentiel, de faire de la Résurrection du Christ avant tout une modalité de la vie anthume, de faire de Marie une femme chef de meute car figure de proue de l’Église,qui marche en avant d’elle (cf. « Lumen gentium » VIII). De même elle doute de tous les dogmes sur lesquels sest bâti le christianisme primitif, à commencer par le péché originel.

L’Église primitive a fait l’impasse sur l’Évangile et l’Église d’aujourd’hui fait l’impasse sur le kérigme. « Je crois dans le Christ mort et ressuscité », dit la première Église ; « je crois dans le Christ qui a parlé », dit l’Église d’aujourd’hui.

lundi 18 mars 2019

La mauvaise conscience

Moi qui ne suis pas la moitié d'un emporté, quand j'affirme, fanfaron, juste après m'être mis en colère, que je ne regrette pas mon emportement (et puis quoi encore?), c'est que ma "violence" me travaille la conscience... Emergé hier après-midi d'une discussion amicale dans un salon de thé légèrement branché: "Le regret, c'est le petit repentir. Le repentir, c'est le grand regret. Le remords, c'est le regret sans fond. La culpabilité, c'est le fond sur lequel travaille le regret sans nostalgie. Le repentir est le moyen de remonter la pente, le remords de la descendre, mais la culpabilité tourne en rond. -Le regret et le repentir sont des véhicules. La culpabilité est le fond sur lequel ce qu'on a fait souffrir à autrui se retourne contre nous pour nous faire payer. -Il y a deux sortes de culpabilité: la culpabilité réelle qui s'exerce sur des fautes que l'on a commises et la culpabilité imaginaire par laquelle le scrupule tourne à l'angoisse. (Les luthériens parlent de terrores conscientiae.) -La conscience du mal a deux écueils: la banalisation et la dramatisation. -Moi qui croyais qu'on "achetait" sa place en enfer par l'absence de remords, je découvre stupéfait que le remords viendrait du démon. Car le remords nous fait mourir deux fois, tandis que le paradis met la mort sous ses pieds non en la relativisant, mais en la terrassant. -La culpabilité est le tremplin de la conscience, étant le terrain de la mauvaise conscience. -Le petit poème en prose où Baudelaire dit la vendre en la jouant au dé montre qu'on peut vendre son âme au diable, mais Jésus peut la racheter. Il est même venu exclusivement pour cela. Il est venu nous faire bénéficier de la loi du Lévira. "Le sens de la rédemption s'est beaucoup dégradé. Autrefois, on croyait que Jésus était venu pour "nous sauver de nos péchés". Aujourd'hui on croit qu'Il nous "guérit de la culpabilité."" (SDB° -Certes, mais pour nous sauver de nos péchés, il faut nous guérir de notre culpabilité. Le sens du péché s'acquiert par surcroît pour ainsi dire, après que le péché ait été remis." -"L'âme de la chair, c'est le sang". (le Lévitique) -La preuve, c'est que la chair est inanimée quand on vide quelqu'un de son sang. -Elle se dessèche. -On peut vampiriser quelqu'un, mais non pas le vider de son eau. -Si, on peut le ponctionner. La violence affective est beaucoup plus subtile et sadique." -Pourquoi, du Seigneur après le coup de lance, est-il sorti du sang et de l'eau? Le sang est l'huile qui se mélange à l'eau salée des larmes pour créer une émotion grasse. L'eau est de l'émotion qui nous humidifie sans drame ni expression de la peine dont nous ne serons jamais secs. -Nathalie me demandait un jour: "Est-ce que le Seigneur vient du Saigneur? Ce serait logique puisqu'Il a donné son sang." L'orthographe le dément, mais pas la phonétique. Les signifiants se choisissent dans un curieux inconscient sémantique. Il faut prendre les mots au mot pour les presser de signification.

mardi 8 janvier 2019

Le potentiel et le réel

Léon Bloy tempétant contre les bourgeois qui veulent « [être poètes à leurs heures »] a raison de noter que le poète ne saurait l’être aux heures des autres, car la poésie le métabolise de telle sorte qu’il ne puisse rien prévoir qu’improviser. Imprévisible improvisation ! Dans le même genre, il a l’air de dire que le potentiel est plus beau que le réel. (On est loin du « RETOUR AU REEL de Gustave Thibon que j’ai entendu évoquer deux fois en deux jours, alors que je ne connaissais pas ce livre. Le potentiel est plus beau que le réel parce qu’il n’a pas été investi, non d’efforts, mais de capital, voire de capital personnel. La création n’est pas une mise en gages, un en-gagement. La création est une évidence. Dieu créée par un évident besoin de sortir de Lui-même. L’investisseur est celui qui ne sait à quoi bon employer son temps ou son argent. Le temps et l’argent s’emploient d’eux-mêmes, inutile de chercher à les maîtriser. Le temps et l’argent sont des choses, même si le temps fait partie du phénomène humain, est le train dans lequel l’âme roule à son évasion, à son accomplissement, àsa mise en dehors, à sa révélation. Le temps et l’argent sont des choses, il ne faut maîtriser que soi. Un jour, T.M. me disait : « Vous avez un sacré potentiel », et cela m’a paru faux, non que j’aie du potentiel, mais on n’est pas son potentiel, même réalisé. Le réalisateur de potentiel monte sa vie comme un film montrable. Le potentiel non réalisé aime mieux être regardé comme un « monstre prometteur », moins pour que sa vie ne soit pas montrable, que pour qu’elle n’emprisonne pas le possible et démontre la promesse.

jeudi 12 avril 2018

L'image du néant

Le néant est source d'imagination et l'être l'est bien davantage. Je suis l'une des rares personnes que je connaisse à me souvenir précisément de ma prise de conscience. Je me souviens avoir été dans le neutre et d'un jour à l'autre m'être mis à exister dans le "moi". Dès lors je n'ai cessé de m'imaginer dans quel mieux j'aurais été si je n'avais pas été un "moi". Le neutre est une forme inachevée du néant. Je me vante de savoir ce qu'est le néant parce que j'en ai une notion oculaire. Mais je ne peux que m'imaginer l'être qui est en dehors de cette notion, l'être commun visuel en quelque sorte, et vous pouvez essayer de vous imaginer mon néant. Hervé Guibert a mal imaginé, mais a essayé (dans son livre Les aveugles). Nous pouvons tous ensemble essayer de nous imaginer le reste du néant. Nous pouvons nous faire une image de ce qui n'a pas d'image. Nous pouvons nous faire une image, même moi! L'image appartient à la représentation de l'être tronqué. L'image suppose un mode d'être, le "moi" aussi, le néant est peut-être la préexistence.

lundi 2 avril 2018

Pâques et la liberté du récipiendaire

N. avait émis des réserves quant à l’exploitation de la figure du héros, Arnaud Beltrame, par les médias qui sont une fabrique de figures, au bénéfice d’une France qui a besoin de héros comme elle a besoin d’ennemis qu'elle ne se donne pas la peine de connaître, et qui pleure à peine les victimes du quotidien ou les victimes du bataclan.  De fait, la vie donnée d’Arnaud Beltrame embarrasse aujourd’hui Julie pour qui il l’a donnée et qui vit cloîtrée, bouleversée, surveilléeet ne sachant quoi en faire. C’est tout le dilemmedu christianisme à l’égard de Pâques : « Ma vie, nul ne la prend mais c’est moi qui la donne. » « J’ai le pouvoir de donner ma vie et le pouvoir de la reprendre ensuite. » Liberté souveraine du donateur qui n’interroge pas la liberté limitée du récipiendaire, lequel pourrait aisément ajouter au banal (mais combien nonchalant, désinvolte, ingrat, désespérant et désespéré) : « Je n’ai pas demandé à naître », « Je n’ai pas demandé à ce que tu donnes ta vie pour moi. » En valeur absolue, le récipiendaire est embarqué dans un processus où il n’a pas la liberté de ne pas recevoir. Mais qu’il reçoive est la condition de la suite, de la Pâque, de ce que notait H. à la fin de son commentaire de l’Evangile sur les disciples d’Emmaüs : « Dans le texte, il n’est fait mention d’aucune auberge où rester avec eux pour celui que les disciples d’Emmaüs ont invité et n’ont pas encore reconnu à la fraction du pain carils n’ont pas encore partagé un repas avec lui. C’est qu’il devient l’hôte de leur cœur. » Pâque, a-t-il quasiment conclu, c’est le passage du « Où demeures-tu ? » qui ouvre l’Evangile de Saint-Jean non sans que Jésus se plaigne : « Le Fils de l’Homme n’a pas un endroit où reposer sa tête », à un :  « À présent que je suis ressuscité, si vous m’aimez, je viendrai demeurer en vous, et je serai pour toujours avec vous. » Pâque, c’est un passage du désir de l’homme d’habiter avec Dieu, d’habiter près de Dieu, d’ »habiter la maison du Seigneur tous les jours de sa vie » au fait que Dieu devienne « l’hôte intérieur » de celui qui lui ouvre son cœur. 

 

À quoi cela tient-il ? On passerait à côté de la réponse si on se limitait à cette remarque triviale que le Corps du rEssuscité s’est affranchi des limites du Corps physique et qu’Il est ressuscité comme on monte au ciel. Mais la Résurrection réalise la finalité de l’Incarnation : le Verbe est descendu du ciel pour que le cœur devienne ciel et pour que, même au sein de la résurrection de la chair, présente et à venir, le ciel soit moins un lieu qu’un état qui traduise l’état du cœur. Mais ce passage des temples païen ou du temple de Jérusalem au sanctuaire du cœur,  de la piété publique à celle des « adorateurs de Dieu en esprit et en vérité », des sacrifices de propitiation au sacrifice du cœur brisé de Dieu qui se réconcilie la création en déjouant ses forces de destruction, ou encore de la fausse alternative entre la transcendance et le panthéisme où Dieu est immanent à l’univers au choix du cœur, passe par le  processus pascal où le récipiendaire doit commencer par renoncer à la liberté de ne pas recevoir et à la protestation de ne pas avoir demandé à être sauvé et que le cadeau de la vie de dieu est bien pesant, à l’acceptation intérieure de ne pas avoir été créé pour jouir, mais pour être en relation, dans un dépassement de sa nature individuelle d’être de captation pour entrer dans la vie de la Grâce du choix du don et de l’accueil.

 

Pourquoi un itinéraire si compliqué, si difficile, et qui implique au commencement une limitation de la liberté par laquelle on doit recevoir si on veut avancer, on doit signer lecontrat vital… ?

vendredi 9 mars 2018

Écrire ou la révélation des névroses



 

 

Longtemps, j’ai cru pouvoir faire usage de ma mémoire pour ériger une cathédrale littéraire originale à la manière de Proust. À presque 45 ans, je découvre que j’ai tout à apprendre et dois copier de la musique comme Bach avant de faire mon come back à mon projet original.

 

Longtemps j’ai cru que la mémoire était la seule matière première qui fût digne d’inspirer une œuvre littéraire. Aujourd’hui, je regrette presque que l’alcool m’ait fait gagner en mémoire ce que j’ai perdu en imagination. On écrit à temps perdu, pour perdre son temps ou retrouver le temps perdu.

 

Je m’aperçois aujourd’hui qu’on travaille moins sur ses souvenirs que sur ses névroses. Le vaste mouvement d’auto-fiction dans lequel nous sommes plongés est le symptôme d’une époque traumatisée qui n’est plus capable de se réinventer.

 

Je suis observateur de moi-même et je travaille sur moi, et je travaille sur mes névroses, non pas pour les guérir, mais pour les rendre transparentes à force de les révéler. Il ne faut pas se soigner car on ne mourra pas guéri, il faut vivre incurablement.

jeudi 8 mars 2018

Juste avant l'apoptose


Nous autres poivrots, nous savons que nos cellules sont mortelles et que l’apoptose est devant nous. Nous ne faisons que la manifester plus manifestement.

« Vous, Julien, vous êtes trop destroy, me disait Laurence Loisier, assistante sociale de Robert buron qui permit à Nathalie de retrouver Kevin.

- Excepté que je ne détruis que moi-même », objectais-je sincèrement. Les choses ne sont jamais si simples et la destruction est toujours contagieuse, mais la faute n’en est point au malade.

 

Parlons plutôt de l’âme ! Agnès publie sur son mur : « Et si l’âme est chère à l’homme,
Souvent l’homme chérit la lame.
Là où l’homme a mis la lame,
L’âme a mis les voiles. »
(Vianney - chanteur)

 

 

Je n’ai pas mordu à l’hameçon de l’âme-chair, mais il me souvient à présent que j’en avais fait un poème qui s’appelait Les fourmis. Je l’avais rédigé à chante-merle, maison de repos psychiatrique où Nathalie prenait le frais. Nos simulacres avaient été moins anodins que d’habitude, sans que nous ayons consommé notre amour jusqu’à la pénétration – mon sabre n’avait point consenti à transpercer l’hymen -.

 

« Vianney se trompe, Agnès, car la Parole de Dieu est une épée à deux tranchants. »

En étant peut-être moins péremptoire, on peut envisager à la fois une certaine souplesse de vue et aussi de la poésie allitérative...

J'ai cessé d’allitérer à propos de l'âme du jour où un astrologue karmique et sidéral transpersonnel (je crois décliner à peu près correctement son métier tel que lui-même le définissait) m'a fait connaître ma méprise: là où j'entendais "l'âme du tareau", il fallait lire "lame".

 

Qu'oyais-je ? Il fallait trancher l'âme avec des lames ? Le pape, le diable et qui sais-je ? Pas osé aller plus loin de crainte que la terre me vomisse, peine à laquelle le Lévitique condamne ceux qui s'adonnent aux arts divinatoires. Mais réfléchissons. Trancher l'âme. Les divisions que nous faisons en elle entre la raison, les passions et les aspirations, l'appétif, le sensitif et l'intellectuel, ne sont-elles pas autant de manières de la couper en rondelles pour la vendre au détail? Notre âme serait la proie de ses alégories. Ou autre position moderne du même vieux problème: quand je m'inscris sur un réseau social, je m'abonne au flux de telle âme avec qui je désire communiquer. Or que me livre-t-elle ? Telle un serpent à sonnette, elle ne m’envoie que ses ondes réactionnelles, par lesquelles elle pare vénéneusement à ce qu'elle envisage a priori comme une agression. Agression-réaction. On est passé du réactionnaire au réactionnel. Du coup on se place dans une configuration très thérésienne d'Avila dans Le Château intérieur: On a soif des dernières demeures de l'âme de ceux qu'on aime et on n'est invité que dans celles où il y a des bêtes. Le moyen d'en sortir? Peut-on parler hollistiquement de l'âme? ô Agnès! Forgez l'esquisse d'une théorie, d'une thérapie ou d'un discours! Le défi emphatique est plus sérieux qu'il y paraît. »

 

Agression sexuelle ? #BalanceTonPorc ? Le Lévitique ferait mieux de condamner les peine-à- jouir. J’ai de plus en plus envie de me vider les couilles, mais sans objet grand A. Inquiétude. Et dire qu’il fut des carêmes où je prenais la résolution : « Ne plus me masturber ! » En moyenne, je la transgressais une fois par carême. J’allais laver mon sexe de l’empreinte de la pollution et, après mon sexe, c’était ma vocation que je rendais velléitaire : « Je ne céderai pas à cette fille qui, dans un accès de désespoir,m’a supplié : « Reste avec moi ! » Dans un article que j’intitulais esprit du monde, vice et solitude, je posais, sans appel, ce diagnostique : « Tu t’aimes toi ! Tu ne peux pas aimer les autres puisque tu les désires. Tu ne dois pas aimer les autres en les désirant. » J’ai châtré mon désir de passer ma vie avec ma suppliante. Elle n’est plus. Elle n’est pas morte de ce que j’aie cessé de la désirer – je n’ai jamais cessé -, mais c’est tout comme. Chez moi, des années plus tard, je l’entendis sur le lit du bas accompagner son désir d’être mère d’un souffle qui aurait pu mettre un enfant au monde. Elle ne voulait plus faire d’enfant avec moi. Elle n’est plus. De ce que je ne l’ai pas désirée au bon moment, elle laisse deux orphelins.

 

lundi 5 mars 2018

En l'honneur de la guerre


Pourquoi je lis Maurras ? Parce qu’il est le meilleur interprète de l’hypothèse 1 que j’avais formée quand j’étais enfant lors d’une messe pour De Gaulle que je croyais être une messe en l’honneur de la guerre. « En ce jour où nous célébrons certains de nos héros morts au champ d’honneur, que leurs exemples soient par nous imités. »

 

Je venais de retrouver la foi, et cela donna lieu à une méprise presque immédiate : l’Eglise était pour la guerre, donc Dieu était pour la guerre, donc Dieu était méchant. Ou bien c’était l’Eglise. Ou bien Dieu n’existait pas. Je ne me souviens plus dans quel ordre s’articulaient mes hypothèses, mais je crois que c’était dans celui-là. Toutes étaient collationnées dans un journal intime. Ma période de recherche devait se conclure par un entretien avec un prêtre ami qui aurait dû dissiper le doute. Mais il était trop faible d’arguments, et le doute ne se dissipa pas. Au fond il ne se dissipa peut-être jamais.

 

Je détestais par-dessus tout les bourgeois (j’ai assez peu changé d’avis), que je trouvais coupables de christianisme sociologique (je formulerais cette critique quelques années plus tard), sociologique et fourbe, de dire et de ne pas faire, de croire en mentant, de christianisme en Jaguar.

 

Ce que j’aime en Maurras, c’est qu’il croit que Dieu n’existe pas ou est méchant, qu’il le croit et ne fait pas semblant, qu’il le croit et qu’il le dit, qu’il dit même que l’Eglise doit être méchante, là où tant d’autres font assaut d’une charité factice, d'une charité qu’ils ne vivent pas.

samedi 17 février 2018

Mes camarades de musée


 
Je me suis rendu au forum des associations du phare (école spécialisée dans la déficience visuelle à Mulhouse, et qui accompagne aussi les adultes dans certaines démarches de leur vie sociale…). Je ne pensais à rien de particulier en y allant. J’ai fait le trajet aller avec un kyné nommé Joseph, désormais membre du Conseil d’administration de la Fondation, mais surtout ami très estimé de Mme Alario, mon ancienne kyné dont le cabinet est tout près de chez moi,  qui m’en avait beaucoup parlé lorsque j’allais la voir (je l’ai eue au téléphone il y a deux jours).

 

Le chauffeur de l’aller avait amenée Stéphanie juste avant nous. Franck et moi en avions été très amoureux, adolescents. Nous nous étions même battus pour elle pendant toute une année. Stéphanie était, avec Valérie, une des sept membres de la petite pétaudière qui nous servait de classe, et où franck et moi imprimions le rythme de notre folie, génie, malheur et révolte. « Je suis fou, drôle et malheureux/Un enfant oublié de Dieu… » avait écrit Franck dans une chanson à propos de lui-même. Sandra (l’extraordinaire psychologue du Phare) m’a appris au cours de  la réunion que Stéphanie était très investie dans le club de tandem. Ça m’a étonné. Elle jouait beaucoup à la poupée, mais elle n’était pas très sportive. Je ne l’ai pas croisée. Je me suis inscrit au club de tandem, mais ce n’était pas à cause de Stéphanie.

 

Or quelle ne fut pas ma surprise qu’une Valérie Jaeger participe à la promotion de l’association « L’art au-delà du regard ». Je ne l’aurais pas reconnue comme étant la Valérie de ma classe. Un air décidé restait sa marque de fabrique. Mais quel rapport avec la personne qui, d’une part, déplorait auprès de dominique Condello qu’on ait peu réagi quand son frère Etienne était mort (je ne pouvais pas réagir, je ne le savais pas ; et quand j’ai réagi, en appelant sa mère plus souvent que Valérie ne le faisait elle-même, m’a dit Mme Jaeger,Valérie ne m’a jamais rappelé. Il m’a été raconté qu’Etienne était mort de la maladie qui devrait m’emporter si la vie et la santé étaient logiques. Je me souviens quand il m’a raccompagné au café de la poste, rue de l’Arc-en-ciel à Strasbourg. Il leur a dit : « Je vous amène un client sérieux. » Et c’est lui qui est parti avant moi. Il était pourtant plus jeune que moi et je paraissais plus fragile. Est-il vraiment mort de ça, ou bien d’une crise cardiaque comme me l’a dit sa mère ? Je ne le saurai jamais et ce n’est pas à moi dedémêler de quoi Etienne est mort.)

 

Ces Jaeger étaient des gens très « conformistes », disait mon père. Valérie avait eu une enfance tracée : certes la couveuse et la cécité, mais un père catholique et fonctionnaire que Franck et moi nous amusions à effrayer en lui hurlant dans le hall de l’internat, quand il y pénétrait pour chercher sa fille demi pensionnaire à qui nous menions la vie dure : « Nous sommes dans les galères macédoniennes, ho ho ho !  «  Mon père avait eu la tuberculose, le père Jaeger n’avait rien eu du tout. Il éclatait d’une santé qui n’était pas étincelante, mais qui lui permettait de me dire à moi , quand ma mère me faisait lui téléphoner pour qu’il vienne me chercher le matin (« c’était sur sa route », disait-elle, tu parles !) quand elle avait la gueule de bois, que c’était inadmissible d’élever un enfantdans ces conditions, en comptant sur les autres, à quoi sa fille Valérie, qui avait beaucoup de commisération pour Franck et pour moi, qui pourtant lui faisions la misère, répondait que, quand même, je n’y étais pour rien.

 

Le père Jaeger n’avait jamais rien eu. Jusqu’au jour où, son fils étant mort, il fut affecté d’une drôle de maladie. - Est-ce cette maladie qui tient Valérie éloignée de ses parents ? - Il parle d’unevoix de fausset, et sa femme Simone, qui est seule avec lui, s’en occupe comme d’un enfant, le fait dîner, le couche, c’est elle encore qui me l’a raconté la dernière fois que je l’ai eue au téléphone, dans un état second comme à chaque fois que je l’appelle. A sa manière,je crois qu’elle est contente de m’entendre. Et puis elle me montre de la lassitude quand je me répète et la fais répéter.

 

Valérie ne va plus voir ses parents. Mais elle continue de s’imaginer que sa vie d’aveugle intégrée dans le monde normal, le monde qui voyage, c’est d’aller, autrefois dans le désert, aujourd’hui sur le site de Verdun ou celui de fouilles archéologiques. Et ce fut aussi de m’ignorer ce matin. D’abord elle ne m’a pas reconnu. Et puis elle m’a lancé un salut très froid : « Ah  salut Julien. » Vraiment parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement, et me signifier publiquement qu’elle ne voulait plus me parler, sans davantage m’expliquer ce qu’elle me reprochait exactement.

 

Je ne suis pas homme à relever les affronts. Alors je me suis tourné vers son camarade ou ami qui croit qu’on découvre le monde en s’enfonçant dans des tranchées ou en allant dans les musées, et je lui ai dit, comme il était vrai, que j’étais l’ami d’Isabelle, la conservatrice du musée historique et du musée des Beaux-Arts de Mulhouse, qui aimerait bien avoir des contacts avec des associations de non-voyants, parce que ça fait partie de son cahier des charges de rendre les musées accessibles aux personnes handicapées. Le Patrice (ou le Philippe) ami de Valérie m’a répondu que les membres de l’association avaient tous les contacts qu’il fallait à Mulhouse, qu’ils finiraient par y faire quelque chose, qu’ils savaient en effet que le musée historique étaitdemandeur, mais qu’il fallait que l’association ait le temps. Autrement dit,ils allaient faire quelque chose avec le musée historique quand ils auraient le temps de s’occuper de cette histoire. Mais alors il faudrait que le musée historique réagisse au quart de tour.

 

Moi, je m’en fous, je n’aime pas beaucoup les musées. Isabelle m’a fait, ainsi qu’à Georges, visiter le musée historique et le musée Unterlinden de Colmar, visite qui, du fait de sa formation en histoire de l’art, ont été passionnantes. . L’histoire de Mulhouse est injustement méconnue.  C’était une République affranchie de la Suisse. Mais il y a vraiment un os dans le potage de ce militantisme différencialiste des « personnes en situation de handicap » qui passent leur vie dans les musées, lesquels doivent danser comme elles sifflent, pour reprendre une autre expression chère à franck.

 

Comme il faut que je fasse quelque chose pour la France avant qu’elle ne m’envoie le ciel me tomber sur la tête et ne m’intente un procès de lui coûter trop cher si je tombe malade, je me suis inscrit au club de tandem : des sorties de 30 kms, un peu de marche, des restaux. Si je reste un peu à Mulhouse, ça ne pourra pas me faire de mal.

vendredi 16 février 2018

Werther et ma mère saturnienne


Je n'aime pas beaucoup la veine opératique de Jules Massenet, mais Les souffrances du jene werther est "le seul livre que j'aurais voulu écrire". Quand je l'ai lu vers l'âge de 18 ans, j'ai pu enfin répondre à cette question absurde qu'un manuel scolaire nous posait quand j'étais en sixième: "Quel est le livre que vous auriez voulu écrire?" (Question presque aussi absurde que ce sujet de dissertation historique qui nous avait été proposé à l'entrée en troisième: "La Révolution aurait-elle pu être évitée?" Je dis que ce dernier sujet était absurde sur la foi de notre prof d'histoire, Alain Monteagle, qui en fit l'aveu lorsqu'il le corrigea, mais je n'ai jamais été convaincu de son absurdité).

 

J'aurais voulu avoir le piétisme de werther, ce piétisme si protestantet et si germanique -deux épithètes que je ne trouve pas avantageux d'ordinaire-, qui identifie Dieu à la nature. Et en même temps, je comprends que ce piétisme ait mené le héros goethéen, non pas au romantisme, mais  au suicide.

 

Car quelque chose manque à la nature pour atteindre l'idéal, quelque chose qu'on peut résumer en une question: au-delà des spectacles tonitruants ou bucoliques que nous offre la nature, pourquoi a-t-elle créé la chaîne alimentaire?

 

Baudelaire, qui était aussi misogyne qu'il était antisémite, et qui n'aimait pas les femmes pour s'être trop tôt blotti dans les fourrures d'une mère plus femme que mère, disait que "la femme est naturelle, c'est-à-dire abominable", phrase terrible, paradoxale étant émise par un poète qui regrettait le côté artificiel de sa mère, par lequel elle lui échappait,  mais vraie sur ce seul point, que c'est la femme qui, pour l'enfant, identifie Dieu à la nature, au risque de le manger comme l'enfant se nourrissait de tout ce qu'elle ingérait pendant qu'il poussait dans son ventre et qu'il était en gestation.  La spontanéité de l'enfant est reconnaissante de ce que sa mère le confie à la nature et lui donne la nature pour dieu. Mais s'éveille aussitôt une terrible méfiance: "Ma mère veut me manger, elle jouera auprès de moi le rôle de Saturne. Ma mère est heideggerienne, elle m'a enfanté pour que je sois un être pour la mort".

 

Il n'y a que dans la culture germanique qu'une folie morbide du type de cette pensée heidegerienne a pu germer, sur ce point je suis d’accord avec Jankélévitch.

 

Mais une mère doit rendre son enfant à l'idéal qui est le sien, et non le donner au dieu de la nature, pas plus que’lle ne doit lui assigner la nature pour dieu. Faute de le rendre à l'idéal, elle va le manger tout cru. Elle va commettre la transgression saturnienne, après que Jocaste s'est immédiatement pardonnée d'avoir commis la transgression oedipienne de l'inceste, suppliant Œdipe, à qui Tirésias vient de le révéler,  de ne pas chercher à en savoir plus puisque la mère et le fils étaient de bons amants – la pièce de Sophocle est à peinemoins explicite -.

 

Une mère doit toujours rendre son enfant à l'idéal qu’il a choisi, sous peine de le manger et d’être une abomination pour son enfant, cet idéal de son enfant serait-il destructeur aux yeux de sa mère.