lundi 8 août 2016

Roman d'un phraseur

Aujourd’hui, je m’ennuie et le net est calme. Alors je me dis : Pourquoi ne pas commencer le roman d’un phraseur ? J’ai toujours associé la littérature à la phrase. Et je ne suis jamais devenu écrivain car je faisais des phrases. Je ne suis pas non plus devenu philosophe, car je n’ai jamais su m’exprimer clairement et sobrement. La phrase était mon unité. Naguère, je l’aimais longue. Aujourd’hui, je découvre les joies de la concision. Je n’ai jamais suporter les phrases elliptiques ni compris que la grammaire puisse parler de phrase non verbale. Pour moi, la phrase est liée au verbe eet le verbe à l’action, mais faire des phrases conduit à l’inaction. C’est une forme de far niente très active. Pourquoi les journalistes aiment-ils la politique des petites phrases ? Ils résument comme s’ils ne savaient pas analyser un discours, alors que le discours est une notion qui a émergé récemment dans cete science humaine jargonnante qu’est la linguistique. Pourquoi telle phrase est retenue dans le flux de la parole et passe en citation ? Voilà que je fais des phrases qui ont plus qu’un verbe. Chassez le naturel torrentiel, et le galop tortueux de la complexité reprend son cours. Mon ROMAN D’UN PHRASEUR promet d’être ennuyeux. Je préférerais ne pas l’écrire. Pourquoi certains disent-ils que cette parole de Bartleby est la négation de l’humanité ? Préférer s’abstenir. Option préférentielle pour l’i-noncence, propension à l’inactivité. Dérouler la pelote, évider le fil. C’est ce que m’avait conseillé Francis quand j’écrivais LETTRE A MA FILLE que j’ai perdu dans un taxi un soir ede beuverie. Pourquoi l’ivresse ? IL y a mieux come évasion. On peut faire le tour du monde à pieds. J’en ai rêvé, je ne l’ai pas fait, même si j’aurais préférré le faire. Mais j’en rêvais quand j’étais couché sur le côté droit. C’était mon côté des beaux rêves. Mon compagnon était mon père. Un autre rêve était que j’étais concertiste. J’avais un associé qui s’apelait Pop. J’avais un associé comme mon père. J’aurais voulu associer mon père à mon tour du monde. Je voudrais m’associer mon père et le devenir, au lieu qu’il aurait dû m’inciter à devenir. Quand je vois ce que nous sommes devenus, mes frères et moi, je trouve que nous sommes chacun un tiers de notre père. Mon père ne nous a pas bien élevés. Tout parent qui donne naissance doit s’attendre à se voir instruire un procès en éducation manquée. Mon père était phraseur. Il ne faisait pas de phrases, mais des sentences. Il en avait des quantités que je pourrais encore recueillir, car elles contenaient une vraie morale personnelle. Mon frère poète me dit toujours que c’est à moi de les recueillir, mais j’ai la flemme. Car cela rime avec mon nom qui se termine comme flemme. Je ne fais rien, je fais des phrases. Je les écris à la volée sur mon lit dans l’absence de mails. Et si je n’en recevais plus jamais ! Je voulais écrire : si Internet ne me revenait pas ! Mais la seule personne dont je ne pourrais pas me consoler de la perte est ma future épouse. Internet peut ne pas revenir, j’en reviendrai, je m’en remettrai. Je me livre à un exercice que l’on peut qualifier de deux manières : l’autoanalyse et l’écriture automatique, qui ont deux buts oposés. Paul-Marie Coûteaux disait que la figure de style de de Gaulle était la tautologie : l’idée est sa réalité et la réalité est son idée. Or quel est mon style de phrases ? Ma figure de style est l’opposition. C’est la plus simple. On n’échappe pas au dualisme, ou plus exactement, on ne cherche pas sérieusement d’échappatoire. Je ne suis pas spécialement unitarien, mais j’aurais préféré ne pas découvrir que le paradoxe est le lieu comun de l’home qui, non content de ne pas s’atteindre, se renie. J’aurais préféré ne jamais le découvrir. Maintenant que c’est fais, je me nourris de paradoxes, alant jusqu’à dire que le paradis et le paradoxe ont même parenté de radical alors qu’il n’y a rien de moins radical qu’un paradoxe. Pour aller au paradis, me plais-je à penser, il suffit de se laisser glisser sur sa pente après être tombé du côté où l’on penche. L’idée de Grâce contient ce quiétiste laisser-faire, nullement parent de celui du libéralisme. Mo père se disait libéral et ne supporte pas qu’on ait une autre opinion que la sienne. C’était un paradoxe. Il disait nous souhaiter d’être heureux, mais ne comprenait pas que nous fassions d’autres choix que les siens. Il nous souhaiter d’épouser qui nous voudrions, mais nous conseillait de signer un contrat de mariage avec communauté de biens réduite aux acquets. Il ne voulait pas que nous transmettions son héritage à nos épouses. J’ai entièrement dilapidé le mien à force de non choix. Devant lutter contre l’autorité de mon père, qui ne supportait pas que l’on fasse d’autres choix que les siens, j’ai choisi de ne pas choisir. Ce sont des paradoxes. Le paradoxe est de la bouillie pour les chats, on ne devrait pas se nourrir de paradoxes, c’est de la malbouffe. En plus c’est une figure très mal nommée. Yves Baudelle m’a appris que la vraie définition du paradoxe n’était pas l’opinion contraire, mais l’opinion contiguë. Comme Pascal aurait dit que le contraire de la vérité, ce n’est pas la vérité contraire, mais l’oubli de la vérité contraire. Ce qu’on appelle paradoxe serait mieux nommé antithèse. Je me suis toujours piqué d’avoir l’esprit de synthèse et je suis l’homme de l’antithèse. N’ayant jamais fait un choix, je n’ai pas présenté ma thèse. Je me suis posé en m’opposant, défini par opposition. Je m’aperçois avec horreur que je ne sers à rien, sinon à provoquer des débats. Je suis un rassembleur, mais j’aime provoquer des rencontres improbables, convaincu que l’unité ne consiste pas à penser pareil, mais à pouvoir se parler. Et se parler pour ne rien dire, pour faire des phrases ? Je n’ai jamais servi à rien, mais j’ai aidé les autres à se définir et à réaliser lerus projets. Mon exemple a inspiré à Alain d’écrire un roman qu’il a achevé et dont j’ai corrigé les premières épreuves. Pas les secondes, je n’aurais pas eu la patience de le relire bien qu’il m’ait plu. Alain est organiste et a résolu le problème du tempérament en racontant l’histoire de Froberger. Quant à moi, je n’ai pas fait le tour du monde, mais je suis devenu concertiste. C’est-à-dire que j’ai fait du cabaret à quinze ans, et vais donner mon premier concert d’orgue en septembre à 43 ans. Je suis devenu organiste en n’ayant jamais appris l’orgue, parce qu’en dépannant une amie lors d’une messe au piano dans la chapele d’un hôpital, l’aumônier avec qui j’avais sympathisé m’a dit quinze jours plus tard que, maintenant qu’il me connaissait, il avait donné le feu vert pour commencer la restauration de l’orgue qu’on lui demandait de faire depuis longtemps. Je me suis dit qu’il fallait que j’apprenne et je ne l’ai pas fait. Les travaux ont traîné, mais je suis quand même devenu organiste. Je suis un organiste mal appris et un apprenti vivant qui balbutie en faisant ses gammes. J’avais écrit cela à francis dans une lettre sur la pensée. Francis m’avait appris le chant grégorien en trois quarts d’heure après un repas où nous avions vidé chacun trois quarts de rouge, dans le sous-sol d’un foyer où j’avais un piano. J’avais acheté celui de Mme Fouquar pour le sauver de sa fièvre vendeuse. Et puis j’ai dû le vendre moi-même, quand mes finances se sont taries à force de dilapider mon héritage. Mme Fouquar était raciste et avait demandé un homme de compagnie à l’ambassade du burkina fAso. Pour qu’il reste, elle a dû l’adopter. Maintenant qu’elle est passée, il a capté son héritage. Or je trouve avec une injustice relative qu’il m’a passablement aidé à dissiper le mien. Je trouve qu’une phrase devrait rester lapidaire. Rester est un verbe d’état. Or le verbe mène à l’action. Rester est un peu comme devenir ce qu’on est. Ces verbes commandent des phrases attributives. On ne devrait jamais qu’attribuer, sans distribuer les bons et les mauvais points. Je suis un redresseur de torts dont on dit qu’il veut toujours avoir raison, mais je n’aime pas la logique des raisons et des torts. La raison du fait que je pense qu’on ne devrait jamais qu’attribuer est que j’aimerais définir. J’aimerais comprendre le motif. Je suis un ancien fort en thème qui aimerait comprendre le mmotif. J’aime la raison en ce qu’elle aide à comprendre. De même que je regrette les paradoxes, je regrette que, dans le déchiffrement universel de l’énigme, nous ayons des points d’accord et des points aveugles, des angles morts de la pensée. Je n’aime pas les points aveugles. Le point d’accord, c’est le « on ». On dit qu’ »on est le pronom imbécile. Je ne suis pas d’accord. Je dis qu’ »on » est le pronom du point d’accord. Comme s’il était imbécile d’être d’accord et que penser pareil était une unité imbécile. Etre d’accord, c’est avoir du cœur, et il n’est pas imbécile d’être émotif, surtout quand on est un fort en thème. A condition de ne pas vouloir émouvoir. Quand j’étais petit, je voulais capter toute la sensibilité pour transcrire toutes les peines du monde, exprès pour faire pleurer le monde sur moi. Ce romantisme a beaucoup choqué Alain quand je lui ai raconté. IL faudrait ne pas vouloir émouvoir. Pourtant le désir d’inspirer la crainte ou la pitié a présidé à la naissance de la tragédie. On écrit pour faire pitié. On veut partager son chagrin. On se figure que de partager son chagrin nous rendra moins malades. Est-ce que je sais ? Quand j’avais cinq ans, j’ai failli mourir de chagrin. On avait dû me placer à l’internat et je ne m’y faisais pas. Je faisais tellement peine à voir que j’ai fait pleurer mon père, qui n’a pleuré que le jour de la mort de son propre père et ce jour-là. Le chagrin est un effondrement. Je me suis effondré de bonne heure et ne me suis jamais redressé. Ou bien c’était pour m’asseoir et dresser mes écoutilles. Je suis un bon observateur. Je comprends bien les personnages. Je m’imprime de mille visages. Je suis comme un caméléon. Je m’intéresse à tout le monde pour n’aimer personne en particulier. Enfin, il y a quand même des gens que j’aime ou que j’ai aimés. J’aime Nathalie, eet j’ai aimé mon meilleur ami. J’ai aimé mon père et aussi ma mère que je croyais avoir haïe. J’ai dit un jour à mon meilleur ami qu’il ne lui arivait rien parce qu’il n’aimait personne. C’était très dur. Il en arrive des choses aux caméléons. Il m’en est arrivé des choses ! Quelquefois j’aimerais les consigner, surtout mes rencontres avec les gens célèbres, mais c’est comme pour la sagesse de mon père, le temps me manque Dans la cuisine, Marie-Claire fait le ménage et parle avec Nathalie. Toutes deux ignorent que je fais des phrases. Je ne me suis pas vraiment redressé, je travaille dans mon lit. On aurait dû me placer en maison de correction, mais je n’aimais pas les baffes. Un jour, Mmle Martin, qu’intéressait beaucoup mon psychisme, car il était contraire au sien, m’a demandé : « Tu te fous du monde ? » Ne sachant que répondre, j’ai dit « oui » et elle m’a baffé. Je n’aime pas non plus qu’on dise qu’on se claque la bise. Il y a de shommes qui font la bise aux femmes et d’autres qui ne la fait pas. Moi, je la fais quand je sens une envie chez la femme. Mais je préférerais ne pas la faire. Je la fais, mais je ne la claque pas. Je n’ai jamais pu me corriger. J’aurais voulu déchiffrer la musique et, encore mieux, savoir l’écrire, mais je n’ai pas la patience. On me dit que j’aurais dû ne pas me contenter de composer de jolis thèmes que je claque sur l’orgue fumant et vrombissant. J’ia de jolies mélodies dans la tête et je les claque bien. Mais il paraît que la musique serait d’essence contrapuntique. Les voix parleraient pour se chevaucher, pas pour être d’accord. Les adeptes du contrepoint reprochent à l’harmonie de penser en accord. Finalement, en musique ne m’intéresse que le thème. Je ne suis pas assez subtil pour comprendre le contrepoint. Je n’ai jamais bien chevauché les femmes. Je ne suis pas un bon cavalier. Je suis un mauvais coup. Je suis cavalier de me traiter de mauvais coup, mais come je n’ai jamais aimé les baffes ! Tiens, voilà ma première phrase suspensive. J’ai suspendu cette phrase, car je préfère les soufflets aux baffes. Ma mère me baffait un peu. J’ai suspendu cette phrase à la patère bien que mno père ne m’ait jamais souffletté. Ses soufflets étaient moraux. L’orgue aussi a des soufflets. Je trouve toujours miraculeux de monter à une tribune. Je fais des effets de tribune tel un tragédien. Je trouve miraculeux de jouer de l’orgue. On ne se sent jamais digne de faire de la musique. Je me reproche en outre (l’horrible conecteur logique ) de ne pa m’yintéresser. Je manque de culture musicale faute de m’y intéresser. Je manque de culture musicale et je me le reproche. Mais la musique est dans ma tête alors que je me fais des idées. Je me reproche de m’intéresser davantage aux idées qu’à la musique. Je me reproche de ne partager sur mon journal que des idées et pas assez de musique. N’étant pas bon cavalier, je suis plein de peurs et de reproches. Ma première peur a été cele des chiens, et j’ai compris dans un déclic, en conversant avec un militaire féru de psychanalyse, que cette peur des animaux était à l’origine de mon inaptitude à la cavalerie. Il faut chasser la bartavelle pour aimer la bagatelle. Mais comment la chasser quand on a peur des chiens ? J’ai eu peur des animaux pour ne pas devenir un animal. S’incarner pour le Dieu-Verbe, c’était devenir un homme ; s’incarner pour une phrase, ce serait passer à l’action ; s’incarner pour un homme, c’est devenir un animal. Je n’ai pas voulu devenir un animal pour continuer de ne pas m’incarner.J’ai eu peur des animaux et de l’incarnation. Souvent, je me suis demandé pourquoi, à l’origine, je n’avais pas aimé la vie. Sur ce point, quelque chose se corrige en moi. J’apprends à l’aimer grâce à Nathalie qui l’aime par-dessus tout. Je me demanddais comment Dieu pouvait demander de choisir la vie à quelqu’un qui n’aimait pas la vie. Je tenais pour acquis que l’amour était inné. Or l’amour est un choix. On n’aime pas si on ne choisit pas. Choisir, c’est éliminer l’inné. L’amour n’est pas un chix volontaire, c’est une volonté d’acquisition, non pour posséder quelqu’un, mais pour être possédé par lui. Tel devient mon amour de la vie : Dans cette phrase, j’ai inversé l’ordre du sujet et de l’attribut. J’ai lu récemment dans une grammaire, non seulement que la phrase pouvait être non verbale, ce qui me révulse comme j’ai dit, mais aussi que le sujet n’était pas nécessairement le thème de la phrase. Le sujet est celui qui parle, il n’est pas ce dont on parle. Bizarrement, ça m’a plu, alors que je n’aime pas tellement les idées nouvelles. Ce n’est pas que je ne les aime pas, mais je ne m’y fais pas. Si ça m’a plu, je crois que c’est parce que, moi qui, en philosophie, me contente de comprendre le motif, en musique, je me contente du thème. Je vais jusqu’à comettre ce sacrilège de professer que le thème du choral, avec sa régularité rythmique et avant qu’il soit orné, est le génie de la musique occidentale. On ne concevrait pas que la variété procède de Bach, mais elle procède de ce thème du choral non préludé et noyé dans la masse. On a noyé les chorals comme le plain-chant alignait des neumes pour orner une voyelle en évitant d’être syllabique. Je suis pour la méthode syllabique et pour la phrase verbale. J’aimerais comprendre le thème et définir. Pourtant je ne suis pas captatif. Je sais bien que définir, c’est pêcher l’infini dans ses filets et le ramener sur le rivage. A Noirmoutiers, j’ai compris que je ne savais plus bien revenir sur le rivage. Je croyais que j’y revenais, mais Alix a dû me chercher à cent mètres de là où nous avions nos affaires. « Encore, me suis-jegrondé, si je m’étais laissé porter par le courant ! ON peut faire des ronds dans l’eau, mais pas des ronds dans la mer ! A-t-on idée d’un corps obèse qui fait des ronds dans la mer ? » Autrefois, j’avais le pied marin. Au Guilvinec ou sur l’île de Sein, Nathalie et moi mettions nos affaires sur une plage. Nathalie ne se baignait pas. Je me baignais et nous nous appelions par-dessus la mer, pour nous retrouver comme des mouettes. Aux Glénans, Nathalie ne m’a pas entendu lui répondre. Elle m’a envoyé chercher par des sauveteurs qui m’ont dit que j’étais allé trop loin. Je n’ai pas protesté. C’était vrai que je n’entendais plus Nathalie. Un jour, Cathy Venisse m’a dit : « Tu es certainement le plus grand artiste d’entre nous, mais tu vas trop loin Tu tombes trop mal ou tu réussis trop bien. Réussite inachevée. J’ai le goût de l’inachèvement. J’ai le goût de l’inachèvement parce que j’ai peur de l’échec. Ce n’est pas un goût, c’est une peur. Il en va des goûts et des couleurs comme des raisons et des torts : on n’a pas tous les mêmes. On ne devrait pas plus se faire de torts qu’avoir des dégoûts. Pourtant nous n’aimons pas tout. Nous n’aimons pas assez. Nous n’en avons jmaais assez de ne pas tout aimer. Même un livre de sagesse dit qu’ »il y a un temps pour aimer et un temps pour haÏr. » Et si dieu Est Amour ? On n’y voit que du feu, on hait quand même. On n’en a jamais assez d’avoir des dégoûts. On a des dégoûts parce qu’on n’en a jamais assez. Les dégoûts naissent aux enfants parce qu’ils veulent faire payer à leurs parents de les faire manger. Les parents et les enfants ne savent pas qu’ils ont, les uns en donnant la vie et les autres en la recevant, contracté un pacte de déception réciproque. Les parents donent à manger aux enfants et les enfants les déçoivent. Mais ce qui est nouveau, c’est, depuis Freud, qu’on n’honore plus son père et sa mère. On les déshonore en disant à des tiers tous les torts qu’ils nous ont faits. On ne naît pas coupable, mais débiteur. Et on ne veut pas avoir des dettes que l’on n’a pas faites. On n’a pas fait ses dettes, mais l e débiteur se forge un créancier. Il se forge des croyances pour rembourser ses dettes. Come il ne veut pas être débiteur et pour ne pas se croire coupable, il accuse les autres. Le diable est l’accusateur. Il est l’accusateur des autres. Moi, je n’accuse pas, je m’accuse. Je n’aime pas les baffes, mais j’accuse le coup. Je suis le fils d’une mère luthérienne dont le pasteur a écrit : « L’home naît coupable devant Dieu. » Je respecte ce pasteur, mais cette phrase est la plus scandaleuse que j’aie jamais lue. ON se forge des croyances pour rembourser ses dettes. Nietzszche se demandait d’où venait la dette et confiait ne pas voir de relation entre la dete et la douleur. On doit rembourser dans la douleur. Alors on croit comme on se détache, pour trouver un antidot et un antidouleur. La foi est un antidot contre la dette. On croit comme on se détache, et on associe la foi au détachement. J’écris cela avec honte et recul, car si je ne craignais d’être présomptueux, je dirais volontiers que je ne connais persone d’aussi croyant que moi. C’est aussi (pourquoi est-ce que je répète cet adverbe ? Alain Breton m’avait pourtant averti que la poésie ne souffrait pas les adverbes, mais je n’écris pas de poésie) que j’ai perdu la foi très jeune. J’ai toujours dit que mon athéisme fut la période la plus libre et la plus heureuse de ma vie. Pourtant je ne perdrais plus la foi pour rien au monde, à présent que je l’ai retrouvée. Mon frère avait raison, du moment que Dieu nous a trans portés un jour, plus jamais onn ne pourra s’en détacher. On associe la foi au détachement, mais le croyant ne peut pas se détacher de Dieu. On aime pour être possédé. On s’attache à dieu en croyant qu’Il a pris sur Lui notre dette, la dette que nous avions à son égard. Rien n’est vanité, mais tout n’est qu’opposition. Mon personnage se plante dans la pose de l’opposant. Mais cette pose est une figure. Ele a beau être ma figure, la figure est une imposture. Je n’ai rien d’un tartufe, mais souvent je me demande si je ne suis pas un imposteur. Je n’écrirais pas sinon. L’écrivain qui se dit imposteur est un lieu commun. On ne fait pas des phrases pour enfoncer des portes. On écrit pour ouvrir des portes et découvrir ce que l’on pense en ne sachant pas qu’on le pensait. Je ne pourrais pas affirmer que les mots précèdent de la pensée, mais la pensée procède de l’écriture et non seulement du langage comme véhicule. Cette procession et préséance expliquent le mépris de l’oral. Car à bien y réfléchir, on ne pense pas moins en écoutant qu’en lisant. Du moins le croit-on quand on ne lit pas. Sitôt qu’on se plonge dans un livre, on admire le travail de l’écrivain qui a pu dégager une telle pensée. Sa pensée nous pénètre, mais nous ne la retenons pas. Car nous revenons à notre poids de forme, à notre moyenne orale. Nous ne lisons pas des phrases, nous faisons la conversation. Alain me disait que la différence entre le dialogue et la conversation tenait à la préparation. La conversation serait, en quelque sorte, un dialogue improvisé. Mais les phrases n’ont pas préparé notre pensée. Elles formulent de la pensée improvisée.

dimanche 24 juillet 2016

L'orgue, immédiat médiateur

L'orgue n'est pas un instrument pour mélomanes. Toutes les fautes qu'on y fait s'y entendent, y compris les fautes de goût. Mais elles peuvent se corriger aussi vite qu'on les a faites. Donc l'orgue met un manteau de Noé sur l'organiste qui perd les pédales. Le mélomane est le snobe qui tousse proustiennement entre les pièces d'un concert, et sait discerner d'insaisissables détails où se niche le travail du musicien averti. L'orgue ne fait pas dans le détail. Ce n'est pas un instrument snobe. C'est une école d'ajustement, où celui qui l'écoute entend quand le musicien s'accorde ou se raccorde à soi-même. L'orgue est la seule chance qu'un musicien ait de s'atteindre, si perfectible que soit l'exécution. Tous les organistes sont censés partager le même répertoire. Mais on reconnaît le style de chacun."Le style, c'est l'homme", et tous les organistes ont du style, puisque leur style est reconnaissable. L'orgue ne fait pas dans le détail, mais fait dans la dentelle. L'orgue est médiateur et immédiat. Nombreux sont ceux qui ont retrouvé la foi par l'orgue. Je crois bien être de ceux-là. L'orgue est un sacramental. L'organiste prie souvent les anges pour qu'ils le secondent, et quand il rend son service, ce qui se passe le dépasse. Il fait des mains et des pieds et prend rarement son pied, mais Dieu descend sur son angoisse qui s'efforce et se fait Sacrement par son modeste concours. L'orgue permet de ne pas choisir entre liberté et imitation. ON est libre à la console, à la mesure du gigantisme du buffet, et des mille occasions qu'on a de se tromper si l'on registre mal. On improvise en imitant, car on n'est jamais mieux servi que par les autres. L'orgue est un "son et couleurs" qui chante son amour de Dieu dans une langue qui ne sera jamais folklorique ou démodée, car le cœur de l'homme a besoin du clavecin, de la harpe et de l'orgue. L'organiste aime Dieu en dépit de lui-même. Il crée du lien et il est seul. IL peut être cabot, mais il est humble avec ou sans le dire. Il sait bien qu'il joue par miracle... Julien, insuffisant et complexé.

samedi 9 juillet 2016

Ma vie dans l'écriture

"Que fais-tu dans la vie ?" est la question la plus perfide que l'on puisse se voir adresser. Car on ne peut pas répondre : "Je ne fais rien" ou "j'écris". Mon ami de plume dont j'ai tout appris, de la poésie au chant grégorien, comme nous le recevions un jour à table, nous dit tout d'un coup : "Au fond, j'aurai écrit toute ma vie et écrire m'aura aidé à vivre." Je ne peux pas raconter ma vie, mais je peux raconter ma vie dans l'écriture. J'écris depuis l'âge de dix ans. J'ai commencé par des pastiches de Pagnol ou de Molière en ne sachant pas qu'on préférait toujours l'original à la copie et que mes copies n'étaient pas originales. Je n'ai jamais eu de livre-culte, mais je voulais devenir Proust. Du moins, à cette époque, j'avais de l'imagination. Je l'ai perdue à force de boire. L'alcool a été ma madeleine de Proust. Quand on boit, on perd l'imaginatiion, pas la mémoire. Bien au contraire, les vannes de la mémoire s'ouvrent, désinhibées, et on se souvient de tout. Pas au point de raconter sa vie, ça n'aurait aucun sens. On ne peut rien tirer de général de sa biographie. J'écris pour me décloisonner, mais pas au point de tout dire. Les gens heureux n'ont pas d'histoire, mais les gens qui ont trop d'histoire n'ont que de la fierté. La mémoire n'est pas faite pour le bonheur, mais pour la nostalgie. J'ai commencé par écrire des œuvres d'imagination et à onze ans, je racontais ma conversion. Je voulais écrire avant d'avoir lu, je n'ai pas changé. J'écris pour penser, pas pour faire des phrases. J'ai passé un bac littéraire et suis monté à Paris pour suivre des études à la Sorbonne. Ma déconvenue fut immédiate quand je m'aperçus, dès le premier cours, qu'on y vouait un culte aux grands morts et rien au-delà. J'aurais voulu avoir écrit LES SOUFFRANCES DU JEUNE WERTHER, mais Göthem'avait piquél'idée. Je connus ma traversée du désert. Un soir, en revenant de dîner à Montmartre avec une amie compositrice qui avait abandonné la musique par mysticisme, je me remis à écrire frénétiquement dans mon journal. J'avais retrouvé la consolation de l'écriture existentielle, mais je voulais qu'elle fût adressée. J'entrepris d'écrire une apologie de la religion chrétienne sans savoir que Pascal y avait pensé avant moi. La mort ne m'arrêta pas comme lui, mais j'échouais. De cet échec, ne me resta que l'idée qu'on aime Dieu à partir de soi-même, et je voulus déployer mon univers pour Le prouver. J'ai toujours été diariste, c'est ma meilleure part. Les trois tomes de mon journal politique étant bien avancés, j'ouvris mon journal intuitif. Je ne savais comment l'organiser, j'optai pour un abécédaire. J'ai toujours eu des idées simples que je trouvais sous la torture, d'où mon expression tortueuse. Mes aphorismes ont été taillés dans mon journal intuitif. Ils en sont une miniature. J'ai organisé une progression thématique pour catéchiser mon psychisme. Ils déploient l'apologie d'un mental et l'univers de mes pensées. Ils sont ma doctrine, ma biographie sera ma Bible : la chronique de tous les destins constitue le Livre de vie. La Bible, comme les romans, est sans doctrine. Mes aphorismes sont ma doctrine contrariée.

mercredi 13 avril 2016

NOS FIANÇAILLES


"J'ai commencé à faire de moi un être littéraire, c'est-à-dire quelqu'un qui vit les choses comme si elles devaient être écrites." (Annie Ernaux).

Nathalie et moi,  nous nous sommes fiancés dimanche dernier. Très belle cérémonie à Sainte-Marie, organisée avec le concours de presque tous les amis locaux. Des photos suivront peut-être. Mes amis Facebook n'auraient pas compris que je ne le leur signale pas. Ils pourraient me reprocher tout autant de ne pas leur avoir adressé un faire-part. Pourquoi publie-t-on certaines choses et d'autres pas ? Je n'aime pas raconter ma vie. Ou plus exactement, je n'aime la raconter que dans la mesure où elle est littéraire, où mon autofiction devient microsociologie, où mon action devient verbe, où ma mémoire devient le miroir de mon âme et où le "moi" que je porte en bandoulière se dissout dans ma mémoire, se dissout dans ce miroir de mon âme, loin de tout narcissisme.

Je n'ai pas aimé, au cours du repas qui a suivi nos fiançailles, que ma mère monopolise la parole. J'y ai vu, en plus d'une indélicatesse,  une contagion narcissique intolérable. – Je parle de ma mère à l'occasion de mes fiançailles, c'est ma névrose -. J'ai cru pouvoir me dire – j'en ai d'ailleurs échangé hier soir avec Éric Guera au sortir de la soirée de conte autobiographique qu'a donnéeCahina Bari (voir ici : http://www.oralsace.net/-Annuaire-pros- ) – qu'on ne devrait avoir le droit de parler de soi qu'à condition d'écouter les autres. Éric offrait un terrain favorable à ce genre de considérations, lui qui ne croit pas que la société soit naturellement hiérarchisée. Nous opinions à contre-emploi puisqu'il est professeur de profession, et que je me crois un tempérament d'anarchiste.

Certes, ma mère n'écoute pas les autres, mais elle sait les regarder, c'est ce que m'a fait remarquer Nathalie. Elle m'a dit qu'elle avait été la seule à remarquer qu'elle risquait d'attraper une insolation avec ce premier soleil d'été qui tapait sur la terrasse sans parasol où nous déjeunions avec nos amis pour fêter nos fiançailles.

René Girard raconte que Freud était positivement fasciné par les narcissiques intégraux, alors qu'il n'avait de cesse d'en hâter la sublimation par ses cures et qu'il considérait les narcissiques à peu près comme des entraves à la civilisation. Je me suis pour ma part étonné d'autre chose. Simone de beauvoir, dont je ne dirai jamais assez combien les trois tomes de ses mémoires sont à la fois un chef d'œuvre d'objectivité et frisent la mystique quand "la jeune fille rangée" décrit la perfection à laquelle elle aspirait à la manière d'une sainte Thérèse d'Avila, a été, comme chacun  sait, la compagne de Jean-Paul Sartre, que mon année de philosophie en terminale m'a fait interpréter sans doute abusivement comme un philosophe solipsiste, qui nous enseigne à "craindre le regard d'autrui" puisque "l'enfer, c'est les autres" (à quoi Gabriel Marcel lui répond dans un paradoxe un peu bête que "le paradis, c'est les autres). – Le Paradis célébrait et participait à nos fiançailles -. Or les mémoires de Simone de Beauvoir offrent le portrait le moins narcissique qu'il m'ait été donné de lire des rencontres humaines, dont elle puise le suc pour l'offrir à ses lecteurs. D'où cette question que je me suis posée en les lisant : comment la compagne d'un prétendu solipsiste, qui devrait être une championne de l'indifférence à autrui, sait-elle à ce point regarder ? Y a-t-il une corrélation inverse entre le narcissisme et l'acuité du regard qu'on porte sur autrui ? Paradoxe d'autant plus puissant s'il était confirmé, que Narcisse est devenu narcissique en tombant amoureux de sa propre image, pas même de "la grande image" de l'amour dont parle Jacques Luzseyran dans un de ses livres.

Je prétends simultanément qu'il faut sortir de la littérature et que je suis un être littéraire. Je confirme ma première proposition par la persuasion qui est la mienne que la littérature n'a plus d'importance, non pas parce que les gens ne sauraient plus lire, mais parce que la littérature s'est trop masturbée. Et d'autre part je suis un être littéraire parce qu'il n'y a rien qui m'intéresse autant que la littérature. Bien que la passion de l'orgue commence à l'emporter chez moi sur ma passion littéraire, je ne suis musicien qu'en second lieu et rôle et par extension de mon être littéraire, qui commence d'ailleurs à faire le deuil de l'écriture, j'écris avec trop d'emphase pour passer à la postérité...

Contrairement à mon ami Alain, qui jouait de l'orgue à nos fiançailles, au commencement pour moi n'est pas la musique. Alain est musicien parce qu'il est à la fois trop timide, trop oblatif, trop introverti et pas assez extraverti pour ne pas se donner à quelque chose de sacré qui le sublime. Qu'en ai-je besoin, moi qui me crois tellement sublime que je prends mon âme pour une rétractation du "moi" qui la réfléchit et que, prenant mon cas pour une généralité, j'ose supposer que tout homme naît mégalomane, ce qui est contredit tous les jours par tant de boddhi satva comme Nathalie. – A la fin de nos fiançailles, j'ai répondu à la déclaration d'amour de Nathalie en disant qu'elle était la personne la plus proche de la sainteté que je connaisse, car elle avait répondu au malheur par la bonté -.

Un mot suffit à résumer mon allégeance à la littérature. Pécheur en dieu comme le dit sainte Thérèse d'Avila dans la dernière demeure du château intérieur, je suis un être masturbatoire. Je le suis comme la littérature. Je me suis tellement masturbé que ça m'a rendu aveugle et sourd, contrairement à ma mère narcissique qui sait regarder.

D'où fin de cette note. Quels ont été mes points de contact avec Annie Ernaud ? Comment l'ai-je découverte ? Ceci peut être la chute de cette note puisqu'Annie ernaud étant un "être littéraire", c'est, comme moi, une personne sans importance, quoiqu'elle se gonfle d'importance, comme moi toujours. Le fort est rarement celui que l'on croit. Nous aimons les auteurs et nous donnons aux témoins l'autorité de leur récit. Or n'a réellement d'autorité que ce qui est raconté. N'ont d'autorité que les modèles d'humanité. Entre Nathalie et moi, je suis le plus autoritaire et la plus forte personnalité, mais elle est la plus forte. Elle est tout à l'intérieur et moi, je manque d'intériorité. J'en parle d'autant que j'en manque.

Comment donc ai-je rencontré Annie Ernaud ? En deux temps significatifs. Je l'avais certes entendue présenter les annÉes sur "France culture", mais je n'y avais pas prêté attention. Ce livre me paraissait accroître la bibliothèque des ouvrages insignifiants écrits par des auteurs narcissiques. Et puis, premier impact de ce jugement hâtif, je tombe sur elle à l'écrit du CAPES. Je dois déduire son projet littéraire d'une de ses citations, c'est le sujet de dissertation. Je disserte et j'ai 18. L'année suivante, nos formateurs en licence pro d'écrivain public nous incitent à la lire. Je lis les annÉes et je tombe sous le charme. Pas sous le charme d'une écriture somptueuse. Ni somptueuse, ni blanche, pas vraiment significative en effet. Seulement Annie Ernaud a su brosser la succession des générations qu'elle a vu s'écouler au cours de sa vie. Je crois qu'une génération équivaut à dix ans, même si on ne conçoit pas à dix ans…

Annie ernaud a réussi à sortir de la littérature puisque, quoique n'écrivant pas particulièrement bien, elle incarne les générations et sa génération de "fille de 58" né en 42, comme il y a "des filles de 1973" aux dires de Vincent Delerme. Ou encore, Annie ernaud a trouvé son "point de fuite" : un point de contact avec la réalité dont elle n'a pas fait un levier pour soulever le monde et le prendre sur elle. Mondaine, simplement mondaine comme nous le sommes tous à la surface, ele a assumé le monde en se fuyant. Y a-t-il moyen d'échapper à la fuite de soi ? Même la lucidité est une autre fuite de soi. Je porte en moi une aspiration à me fuir ou à m'éclater et une autre, encore plus forte, à me convertir. Pourquoi "mon heure n'est-elle pas encore venue" ?

mercredi 13 janvier 2016

Françoise ou la foi des modernes


Hier, avons reçu Françoise. Il y a eu deux parties dans notre conversation. De la première, Nathalie fut absente : nous traitions de géopolitique ou de politique nationale, du concordat, etc. Du concordat en lien avec la conférence à laquelle nous avions assisté la veille. La suite traita de la foi.

 

Je n'ai jamais compris la foi des modernes. Françoise appartient à cette rare catégorie de croyants qui n'ont pas besoin de croire. Ses assises intérieures sont assez solides pour la soutenir sans cela. Du coup, je ne comprends pas en quoi elle croit.

 

Elle répercute, comme Hervé, l'idée que Dieu nous aime et que cela peut changer notrevie,même si cette découverte ne contient pas d'appel au changement explicite.

 

J'ai beaucoup de mal à me convaincre que Dieu m'aime. Rationnellement, je me dis qu'il a autre chose à faire, mais aussi que l'Evangile ne présente pas ce visage éthéré d'un dieu énamouré. Ses paroles reçues directement tendraient plutôt à Le montrer nous menant par le chantage.

 

Qu'est-ce qui a fait édulcorer la violence de l'Evangile ? Une pastorale de l'assoupissement, comme a pu l'écrire à peu près Fabrice Hadjadj dans l'un de ses premiers livres publié au moment où mon frère l'avait invité dans un de ses événements et où il trempait encore dans une certaine branchitude, malgré un style d'écriture extrêmement archaïque.

 

L'Eglise ne veut pas réveiller les brebis qui dorment dans le brouet divin. Au pire, toujours intellectuellement, cette certitude que nous sommes aimés de Dieu est l'idée la plus narcissique jamais imaginée pour se réconcilier les forces qui nous ont créées et ne nous demandent pas, à ce compte, de continuer la création avec elles.

 

Françoise me dit que la certitude d'être aimé de Dieu relève d'une expérience. Ce serait donc la nouvelle Grâce, la nouvelle foi qui ne se donne qu'à certains élus : non pas qui est Dieu, mais comment Il mène. Les catéchismes à l'ancienne faisaient dériver une lex faciendi de la lex credendi et une lex credendi de la lex orandi. Que devons-nous faire si avoir découvert que Dieu nous aime sufit. Nous avons régressé de : Aime et fais ce que tu veux" à : "Dieu m'aime, cela suffit", Je ne comprends pas.

 

Françoise me dit qu'il ne s'agit pas de comprendre, mais de faire l'expérience et que nous n'avons rien à faire, comme le dit toute une pensée qui va du quiétisme de fénelon aux conversations avec Dieu de Neal-Donald Walsh. Nous n'avons rien à faire, un procrastinateur tel que moi ne demande pas mieux.  Seulement comment Jésus reste-t-Il notre Sauveur dans cette économie du croire ?

Où court en outre un autre paradoxe : c'est qu'il s'agit de ne pas fuir notre prorpre image devant notre miroir. L'image de notre œuvre dans le miroir de notre vie. Nous serions responsables face à nous-mêmes, mais Jésus serait au-dessus de tout ça.

 

mardi 22 décembre 2015

Conversation restituée


(Ave Simon, mon neveu et filleul, dont je me réjouis, comme me l'a dit Nathalie, qu'il soit devenu mon ami).

 

Le Verbe est le sujet de la parole, inversion des fonctions dans la phrase. Donc en-deçà de la parole, il n'y a pas le langage qui serait venu s'incarner dans l'écriture, d'où serait sortis l'Histoire diurne et l'Inconscient onirique, hypnotiquement structuré comme ce système en équilibre que serait la langue, illusionniste comme cette mythologie qu'est la foi des modernes, où le mythe serait vivant de revêtir une valeur existentielle.

 

Au-delà du sujet de la Parole, il y a son incarnation dans la vérité qui ne parle pas et qui est toujours nue. Cette incarnation n'est pas un habillage, comme l'est la littérature qui, avant de devancer nos croyances par l'illustration qu'elle en donne, est une mise en scène de la vérité. La vérité qui s'incarne ne se met pas en scène. C'est la bouteille à la mer d'une parole qui se lance, et que la rue ne peut pas faire autrement que de ramasser. C'est une parole qui se lance pour devenir enseignement de rue. Ce n'est pas, comme la littérature, un  ensemble de phrases qui se perdent dans le flux d'un texte, trop fluide pour être essoré. La bouteille à la mer de l'évangile s'est retrouvée sur la place du marché, car la Vérité incarnée a voulu montrer à l'homme comment, pour devenir poème, il ne s'agit pas de compter les pieds qui composent les vers, mais de trouver la scansion de la phrase sobre et définitoire, la scansion de l'aphoréstique, dont le canon n'est plus : sujet, verbe, complément, mais sujet, verbe, attribut. La phrase doit devenir thème.  Le thème est la fonction de la phrase. L'attribut est le sujet de la phrase énoncée au sujet du "sujet de la parole" qu'est le Verbe. L'attribut comme action se noie dans le Verbe elliptique de l'être.

 

 

- Dans la langue, les phrases se cassent la gueule. La règle de la conversation, c'est l'interruption. On interompt souvent pour prévenir la chute du tombeur de phrases. La politesse n'est pas la règle, qui laisse un interlocuteur aller au bout de son propos. Mais l'art, c'est sa perfection, érige l'exception en règle. Ainsi fait l'art de la conversation, qui impose de ne pas interrompre, politesse de la règle transgressé journellement par les journalistes qui, de ce que la conversation  se casse la gueule sur les tombées de phrase et les points de suspension de l'interlocuteur qui est pressé de ne pas aller au bout, anticipent de l'interrompre, comme si sa part de vérité devait se perdre dans les sables du sous-développement de l'idée.

 

 

- L'abolition de l'inceste marquerait le passage de l'homme de la barbarie à la civilisation. Notre juridisme très civilisé ne s'en est aperçu qu'il y a quelques années en prohibant la licéité tacite des relations entre frère et soeur. Mais les religions plus andogames avec l'hôte intérieur n'ont pas versé dans cette hypocrisie. D'abord le monogénisme a fait de l'inceste la condition de la croissance de l'espèce. Et puis la religion a voulu chercher quel était, de tous les incestes soumis comme Œdipe à l'exposition, le plus sacré. Elle a jugé immature et malsain que le fils épouse et couronne sa mère, qui veut l'empêcher de se crever les yeux quand il s'aperçoit de sa méprise.Ainsi plaide Jocaste contre Œdipe qui veut la quitter. Mais la religion sublime le geste des filles de Lot et déclare que la relation des filles au Père est sacrée. Comme les filles de Lot, la Création doit être enceinte duCréateur.

 

- La France se croit universelle d'avoir répandu depuis la Révolution un discours qui se croyait humain. Les cités unies de l'Achéie, précurseurs de vingt-cinq siècles des Etats-Unis d'Amérique, ont lancé dans le monde une sagesse universelle et rationnelle, un peu négatrice des enchantements divins. Cette sagesse était sans lumière. Les juifs ont réalisé l'universel en amalgamant des Russes, des germains et des Arabes, dans une même nation à promesse territoriale lointaine et sous condition éthique. Ils ont corrigé leur torah dans l'islam et fait advenir un messianisme spirituel dans le christianisme et un messianisme temporel dans les utopies égalitaires. Les juifs se croient supérieurs pour que l'humanité le devienne. Ou l'humanité leur trouve un complexe de supériorité, car elle ne se croit pas biein représentée par eux. L'universalisme grec ou français est un accident de l'histoire, l'universalisme juif est constatable et génétique. Or il est d'autant plus paradoxal qu'il a un fond territorial.

vendredi 11 décembre 2015

Culpabilité et justification


On peut passer sa vie à se justfiier, à se douaner et à se dédouaner. Tout ne serait une fois de plus qu'une affaire de douane et d'assumer ou pas la part de culpabilité réelle dont nos vies sont marquées et marquent la vie des autres. Assumer la culpabilité n'est pas le fait du chrrétien, assumer n'est pas le mot. Il lui appartient seulement de ne pas nier l'acte coupable.

 

Il n'importe pas qu'il ne la nie pas devant les hommes. S'il choisit de ne pas le faire, il se trouve animé d'une passion de la vérité qui est davantage une passion de l'authenticité ou de la sincérité qu'une passion de la vérité proprement dite, qui est d'essence ontologique et métaphysique, mais non pas existentielle. Si un homme est animé d'une telle passion de la vérité qu'elle se limite à l'authenticité, il en concevra un goût de la liberté qui se limitera à prendre ce mot dans son sens élémentaire et à mon avis pour ce qu'il est : la liberté, c'est la capacité de choisir. Un tel homme n'est pas guetté par l'hypocrisie. Je suis à peu près cet homme-là, animé par une passion simple de la vérité authentique ou de la véridicité et concommitamment pour la liberté de choisir ou pour le libre arbitre. Je ne me sens hypocrite que quand mon visage se fige à mon insu d'entendre ma voix donner son assentiment, par diplomatie, à des opinions que je ne partage pas, mais ça m'arrive plutôt rarement.

 

Au rebours, l'homme qui est animé de la passion de la vérité ontologique telle qu'il croit la percevoir, sera animé de façon corolaire d'une passion de la liberté qui ne sera pas le libre arbitre, mais celle de choisir le bien et d'être libre du mal. Comme il se croit délivré du mal, il se croit libre du mal alors que moi qui crains d'être un sujet de hantise de l'esprit du mal, je prie pour être délivré du mal. L'homme qui croit détenir la vérité et ne faire usage de sa liberté que pour choisir le bien, est prompt à juger son prochain, car c'est en son prochain qu'il voit le mal qu'il ne voit plus en lui-même. Et il sera prompt aussi à l'hyypocrisie parce qu'il se voilera la face, se mentira à lui-même et croira avoir atteint le but du bien et du beau qu'ilembrasse dans la contemplation et par la considération des idéalités et des finalités ontologiques, qui ne sont pas réalisées. Toujours cette différence entre vérité et réalité : le véridique, mon premier type humain, est un réaliste, il a la passion du réel ; le véritable est un idéaliste

 

N'importe que les hommes choisissent tel ou tel type humain, telle attitude devant la vie, les uns ayant la passion de la lucidité et de la liberté, les autres de la vérité et de la liberté spirituelles, même si le plus spirituel n'est pas nécessairement celui qu'on croit, si qui trop fait l'ange fait la bête, parce que le christianisme aintroduit à un suprême degré le paradoxe – le christianisme est le paradis du paradoxe - : Dieu renverse la table et les puissants de leur trône. Celui qui se croit être quelqu'un ou quelque chose est souvent le contraire de ce qu'il croit. Le bon usage de la culpabilité en christianisme est de ne pas la nier. Facultativement de ne pas la nier devant les hommes comme un homme passionné d'authenticité et de libre arbitre, en toute hypothèse de ne pas la nier devant Dieu avec l'homme passionné de liberté et de vérité ontologique et spirituelle. Mais ne pas nier ses actes coupables n'est pas les assumer et encore moins les justifier. La confession n'est pas la justification. Ce qui constitue la justification est que les actes confessés sont assumés par un Autre qui les efface jusqu'à nous les faire oublier.

On n'a ni à se douaner ni à se dédouaner. On peut reconnaître le point de passage en soi de la frontière du bien et du mal, maison a passé la frontière. On est de l'autre côté du côté obscur de la force. On reste dans l'"ambivalence des sentiments" et on ne croit plus que c'est l'intention qui compte, mais on n'a pas à faire coïncider nos intentions avec leur résultat que sont nos actes. On est responsable de ses actes, mais c'est Dieu Qui juge le résultat. Ce n'est pas exactement qu'Il le juge, Il letransforme, Il le produit. Il le produit parce qu'Il est notre justification, sans aucun mérite de notre part, du seul fait que nous ne sommes pas dans la dénégation. Dieu peut justifier qui Le renie, mais Il ne peut pas justifier qui se renie.

 

La Rédemption est un transfert de justification : je n'ai plus à me justifier dès lors que je me reconnais. Plus je vais et plus je trouve que le dogme chrétien le plus extraordinaire est la rémission des péchés. La rémission des péchés ne fait qu'exprimer au sens plein ce qu'est la Rédemption. C'est peut-être pourquoi le credo ne comporte aucun article qui mentionne expressément la Foi en la rédemption. Quand on confesse croire en la rémission des péchés, on ne fait que dire en le développant qu'on croit en la Rédemption. Et la Rédemption est un transfert de responsabilité par lequel Dieu Qui nous a créés devient responsable de nous-mêmes. C'est un transfert de responsabilité et de justification qui ne nous coupe pas les jambes, mais qui nous demande d'avoir les pieds sur terre et la têteintègre et lucide, "un fond éthique imprenable" comme me le disait Hervé, une pleine conscience de ce que nous faisons, que ce soit enbien ou en mal, puisque ce n'est pas nous qui transformons le plomb en or ni le mal en bien.

 

Quand nous nous demandons pourquoi nous aurions à être sauvés puisque nous n'avons pas demandé à naître, nous posons une question légitime, mais qui passe à côté du problème. Nous raisonnons comme si nous avions à nous justifier. La Rédemption, c'est l'affirmation que nous n'avons pas à nous justifier puisque Dieu en nous créant, S'est engagé vis-à-vis de Lui-même à être responsable de nous. Nous n'avons plus qu'à être au diapason de ce transfert de justification. Cela peut commencer par nous donner une latitude jubilatoire : "Aime et fais ce que tu veux", nous exclamons-nous pour prendre de l'envol. Mais bientôt nous manquons de souffle. Nous prenons de l'envol, mais bientôt nos ailes sont coupées, car le revers de la médaille, c'est que notre libre arbitre n'est jamais si grand que nous puissions prétendre être les créateurs de quoi que ce soit. Nous ne pouvons donner que ce que nous avons reçu.

 

Dieu a pris la responsabilité de nous sauver parce qu'Il nous a créés. En contrepartie, nous ne créons jamais pleinement. Nous retrouvons de l'existant, nous organisons avec le Créateur d'autres combinatoires, mais nous neforçons pas le destin. Nous créons dans un périmètre parce que nous sommes paramétrés : "Tout vient de Lui, tout est pour Lui, qu'Il nous délivre !" C'est en ce sens que les austères qui ravalent la liberté  à une liberté de ne choisir que le bien n'ont pas tort : nous ne sommes libres que dans un certain périmètre.

 

Le changement de regard sur la culpabilité humaine permet à la faculté de juger de s'exercer en sortant du manichéisme. Pour moi, personnellement, humainement, existentiellement, pour l'équilibre de ma pensée, il est très important de pouvoir juger sans être manichéen. La sortie du manichéisme permet à la faculté de juger de s'exerceren toute liberté. Elle lui permet de s'exercer sans violer l'interdit de juger, car l'interdit de juger n'exprime qu'une seule chose : c'est que l'homme n'est pas la mesure du bien et du mal, et surtout pas la mesure du bien et du mal d'autrui. C'est pourquoi l'Eglise, qui a toujours affirmé qu'il y avait un enfer et dont les plus généreux membres ont espéré qu'il n'y avait personne dedans, s'est toujours interdit de dire qui était en enfer. Il n'y a que Dante en raison de la poésie ou Sainte-Thérèse d'Avila par vertu visionnaire qui se soient affranchis de cet interdit et permis de dire qui ils voyaient en enfer, mais ils l'ont fait de façon métaphorique et ont jeté en enfer tous leurs ennemis, comme Luther pour Sainte-Thérèse d'Avila et, pour Dante, tous ceux qui n'étaient pas de sa brigue. Ils ont jeté leurs ennemis en enfer parce qu'ils n'avaient pas complètement accepté le transfert de justification que constitue la Rédemption.

 

samedi 21 novembre 2015

La France en guerre?


Vivons-nous une preuve de la loi de l'entropie historique, ou une grande régression historique, aux antipodes de l'hégélianisme triomphant méconnaissant le tragique de l'histoire, à travers les événements traumatiques que la France traverse depuis le 13 novembre ?

 

S'il faut les commenter, ils ne me semblent être que la réplique trop prévisible de la logique d'ingérance dans laquelle l'Occident s'est enfoncé depuis la première guerre du golfe. C'est une chose que je puis me targuer d'avoir prévue, même si je me garderai bien d'avoir ici le prophétisme triomphaliste.Et je ne m'en garderai pas pour faire étalage de bons sentiments. Au contraire, j'ai mauvais esprit et quand j'assistais, à Lisieux, à l'effondrement des tours jumelles, je me suis dit que c'était bien fait pour les Américains, qui étaient châtiés de s'être crus invincibles et d'avoir bâti le Temple du capital qui tombait maintenant comme babel, tout en servant de prétexte à leur future guerre contre Babylone. De même, quand est arrivé Charlie, je ne me suis pas réjoui de la mort des dessinateurs, mais je me suis dit que, si on prétendait à la civilisation comme on nous en rebattait déjà les oreilles, le revers de la civilisation était la responsabilité, et il fallait donc que les dessinateurs, châtouillant des gens qui avaient la kalash facile, assument d'être, le cas échéant, des martyrs du droit au blasphème. Mais devant ces derniers attentats, je ne suis, comme tout mon peuple, que tristesse. Je le suis comme Fatima, qui m'a dit, elle, la femme voilée, que ces terroristes étaient le cancer de l'islam et son cancer personnel.

 

Or on ne soigne pas le mal en redoublant le mal. Personne ne s'est ému que l'adversaire de Marine le Pen dans le Nord pas de Calais, Xavier Bertrand, ait pu parler d'exterminer l'ange exterminateur (au cours de l'interview qu'il a accordée hier matin à Jean-Pierre Elkabbach… Dès le lendemain de ces attentats, tous les politiques invités par Laurent Ruquier à l'exception du front national qui n'avait pas voix au chapitre se sont empressés de dire que nous étions en guerre. Il n'en fallait pas plus pour que Hollande enfourche le cheval de bush en faisant de "la France est en guerre" l'incipit de son discours au congrès de prétendant à la dictature, qui voulait réformer la constitution pour cela, Hollande a trouvé ce dérivatif.

 

Manuel Valls ne tient que par la désignation d'un ennemi de la République en danger, ennemi qui est, tantôt le Front national, tantôt les terroristes islamistes. Ce llicencié en histoire, qui a fait toute sa carrière dans la communication et l'intrigue politique et qui est l'impuissance incarnée au pouvoir, aurait été renversé depuis longtemps s'il n'avait su (pour combien de temps encore ?) liguer tous ses adversaires contre les ennemis qu'il leurprésentait comme un os à ronger. Or ces adversaires chienchiens étaient aussi bien les frondeurs de sa majorité que les cathos de "la manif pour tous" ou que les jeunes de la mouvance dieudonno-soralienne. Je lui donais six mois, Charlie a été son sursit.

 

Quant à Hollande, le petit garçon qui bafouille en annonnant les discours qu'on a peut-être écrits pour lui et qu'on sent régulièrement assailli de douleurs arthriques à moins qu'il ait mal aux reins, il ne pouvait exister que comme dérisoire chef de guerre s'écriant que l'accueil qu'il avait reçu au Mali était "le plus beau jour de sa vie politique". Il présente à la tête de l'Etat un curieux composé de Guy MOllet et de George bush junior. Il nous refait le coup de "la pacification" de "la barbarie" par les "races supérieures" civilisatrices. Ce n'est pas pour rien que sa visite au Panthéon a été l'inauguration d'une statue de Jules Ferry.

 

Mais rien de ce qu'il dit n'a un caractère opératoire. Par exemple (et c'est plutôt rassurant), ce n'est pas parce qu'il dit que "la France est en guerre" qu'elle l'est en effet. Lors de la guerre d'Algérie, les gouvernants ne se sont pas précipités pour parler de guerre. On ne parlait que d'"événements" alors qu'on faisait face à une guerre réelle. Aujourd'hui, on parle de guerre parce qu'on n'a affaire qu'à des événements.On sait depuis 2001 que "la guerre contre le terrorisme" est un monstre conceptuel, puisqu'on ne peut pas faire la guerre à un ennemi par nature indéterminé, donc indéfini et donc infini. C'est une guerre ingagnable, imperdable aussi en un sens, mais plus ingagnable qu'imperdable, surtout quand on sait d'où on vient, nous qui avons le culte de la résistance, alors que les résistants étaient désignés comme des terroristes par les nazis.

 

Ces crimes en série d'une ampleur exceptionnelle devraient être traités de manière événementielle parce  que ce sont des événements. Ce sont des faits divers à grande échelle, et une recrudescence de la criminalité à effet mondial desquels on prend prétexte pour feindre d'ordonner une mobilisation générale pour garantir  l'immobilité des peuples exaspérés. Les sociétés dirigées par une administration en roue libre et par une finance qui en exige l'austérité pourraient se rebiffer. On les berce d'une bonne guerre qu'ils n'auront pas à faire pour que les populations non enrôlées se tiennent tranquilles.

 

La preuve que rien de ce que dit Hollande n'a un caractère opératoire peut être tirée de l'analyse de la première décision qu'il a annoncée, le soir même de ces attentats. "sur ma décision, tenait-il à préciser, les frontières seront fermées." Le Président prenant la douane de court, celle-ci fit observer que ce n'était pas possible sans un peu de préparation. Un quart d'heure plus tard, l'Elysée corrigeait Hollande : les frontières n'étaient pas fermées, mais on rétablissait le contrôle aux frontières. Encore un quart d'heure plus tard, on se souvenait que ce contrôle aux frontières était déjà rétabli depuis le jour même en vue de la conférence où les chefs d'Etat se réuniraient à Paris en croyant, tels des rois primitifs et préhistoriques, avoir prise sur la météo. Donc Hollande n'avait pris aucune décision et eût-il décidé de fermer les frontières, c'était en notoire incohérence avec la manière dont il les avait ouvertes toutes grandes pour accueillir "les migrants", volant comme des oiseaux perdus depuis la sirie en feu. Hollande a depuis tenu, dans son discours au congrès, à ce que le contrôle aux frontières ne contrarie pas le mouvement des réfugiés. Or tout indique qu'il faut faire une pause migratoire si l'on veut retricoter le lien social et si l'on veut que tous ceux qui sont là, nationaux ou étrangers, soient encore intégrés dans la société qui se défait à vue d'œil sous l'effet d'un paupérisme organisé ou endémique. Qui aurait osé murmurer contre l'afflux récent des migrants ou supposer que des islamistes pouvaient se mêler à ces migrants, aurait été accuser d'inhumanité ou d'obscurantisme xénophobe. A présent, nous savons que deux réfugiés siriens, y compris deux djihadistes partis et revenus de Sirie malgré un mandat d'arrêt international, étaient mêlés aux terroristes.

 

Jamais je ne dirai comme Aymeric Chauprade qu'il faut liquider les djihadistes qui sont partis en sirie. Jamais non plus il ne me viendrait comme à Valls l'idée d'empêcher quelqu'un qui a une cause à défendre d'aller la défendre. Il était contraire à toutes les libertés de criminaliser le départ des djihadistes, mais on pouvait criminaliser leur retour. Non seulement on ne l'a pas fait, et les djihadistes sur le retour sont passés dans les trous de la passoire au lieu de passer à travers les mailles du filet des services de renseignement pris à contre-pied ; mais encore, les "musulmans du quotidien" se demandent avec anxiété s'ils ne vont pas être pris dans  l'amalgame. On peut les rassurer en disant qu'on n'amalgame aux terroristes que les jeunes à la casquette à l'envers, que les jeunes de cité, que les jeunes de la petite délinquance avec ce vivier de la grande délinquance et de la grande criminalité dans lequel puise Daesh.Mais surtout on peut se demander pourquoi le gouvernement a l'air de n'interdire à cette petite délinquance que de devenir djihadiste. Tant qu'elle trafique dans l'économie informelle, on lui promet l'impunité. Mais qu'elle devienne djihadiste, on l'exclut de l'humanité. La dernière trouvaille est qu'il ne saurait y avoir de guerre de civilisations puisque nous serions les seuls civilisés et qu'en face de nous, il n'y aurait que des barbares. On a oublié que, selon Claude Lévi-Strauss, le barbare est celui qui croit en la barbarie. Nous, on "kife la life" quand les autres ne seraient que dans la pulsion de mort. La psychanalyse nous avait appris "l'ambivalence des sentiments" et des pulsions, nous voilà univoquément dans le bien face à "l'axe du mal".

 

"tous les malheureux ne sont pas méchants, mais tous les méchants ont été malheureux". Ceux qui détruisent ont commencé par souffrir avant de vouloir détruire. Il reste que détruire paraît la seul raison d'être de l'islamisme violent. Le problème de l'islam est qu'il conçoit des sociétés harmonieuses solubles dans la loi et que cela est incompatible avec la condition humaine, qui est radicalement sans solution.

 

Qu'est-ce enfin que daesh ? dans un livre tout à fait "grand public" paru il y a une dizaine d'années, Antoine sfeir, le neveu franc-maçon de l'ancien patriarche maronite,  expliquait que les Américains comptaient organiser "un grand Moyen-Orient" au moyen d'Etats confessionnellement homogènes, construits sur la ruine d'Etats come le Liban et la Sirie, subjugués par des organisations paramilitaires financées par la CIA. Comme le Hamas a été originairement une création d'Israël, comme benladen fut une créature des Américains, Daesh et son kalif seraient des pions qui, soit auraient dépassé les souhaits de leur donneur d'ordre, soit se comporteraient en agents d'un désordre mondial, qui garantit l'hégémonie des puissants du jour par une forme inédite de guerre mondiale. La guerre contre daesh n'aurait donc pas pour but de détruire l'enclave, mais de s'assurer qu'elle ne gagnera de terrain que dans la mesure fixée, tout en garantissant à l'intérieur des puissance belligérentes, la stabilité des sociétés en crise.

 

Méditations barthésiennes


Envie de lire, envie d'écrire, avec ce paradoxe qu'on écrit pour fixer sa pensée et au hasard de ses envies, pour surprendre dans quel ordre surgissent ces envies d'écrire et si cet ordre est moral.

 

Kevin a téléphoné à Nathalie, c'est ce qu'elle attendait depuis neuf ans.

 

Je suis tranquille, j'ai commencé par là, j'aime Nathalie.

 

Mais je suis en train de lire Virginia Wollf et son roman les vagues, que je trouve nettement supérieur à la promenade au phare, que Pierre bourdieu a préféré commenter.

 

Il y a une irrisation esthétique qui s'étend comme une gerbe (j'emprunte le mot à Virginia), d'elle à Nathalie Sarraute, ou encore à Proust et à falkner.

 

Que pouvait penser la Nathalie Sarraute de l'ère du soupçon des Vagues de Virginia Woolf, sachant qu'elle détestait que le romancier typifie des personnages, et que les vagues ne sont que l'expérience littéraire d'une typification poussée jusqu'à son terme ?

 

Parmi les types proposés par Virginia Wollf dans les vagues, c'est dans Bernard que je me reconnais. "J'invoque Bernard", je suis Bernard. Je pourrais m'identifier à Louis parce qu'il a "une pyramide sur les épaules", et Nathalie m'a dit souvent que j'avais un rocher sur les épaules. Mais non, je ne comprends rien aux pyramides.  L'Egypte ne m'a jamais faxsciné. Je mourrai comme bernard en regrettant de ne pas avoir lu les védas.

 

Virginia Woolf annonce Falkner parce qu'elle parle d'un poème sans ponctuation.

 

Elle me renvoie aussi à ce que les gardiennes de la maison de la petite Thérèse aux buissonnets me disaient, coomme j'étais en visite à Lisieux aux alentours du 11 septembre en pensant à ma cousine Nathalie qui rêvait de "réaliser ses yeux" : un seul livre suffit. Les gardiennes des buissonnets ne se lassaient pas de relire sainte-thérèse et d'avoir les manuscrits de Sainte-thérèse pour unique livre de chevet. Les manuscrits autobiographiques ayant servi à la récollection de l'histoire d'une âme leur paraissait le seul livre digne de mériter une exégèse. Je ne peux me résoudre à ce que la Bible ne soit pas le seul livre à mériter l'effort exégétique, et c'est pourquoi je m'en prends à la culture dont j'accuse l'arbitraire, cependant que je ne supporte pas que l'on concilie foi et mythologie.

 

Je me réjouis de pouvoir lire des Virginia et des Nathalie(s), ces prénoms si beaux.

 

Je me dis que le type dans lequel se retrouverait Nathalie, ma cousine,  dans les vagues de Virginia woolf serait roda qui a fini par haïr les hommes dont les paroles interrompaient ses pensées et parce que les voir si sûrs d'eux dénonçait son décalage.

 

Je me dis aussi que l'auteur des mythologies, Roland barthes, a subverti notre perception du Logos en incarnant le Verbe, non dans un corps, mais dans un langage, à la structuration duquel serait configuré ou métaphoriquement analogué notre inconscient, dont le mystère vient se perdre dans ce faux équilibre du "système en équilibre" que se croit la langue, pensée par les linguistes comme une balance bien régléeentre règles et variations. Le Verbe incarné dans le langage résout le déterminisme de l'écriture, mais ne résout que cela.

 

Dans Les vagues de virginia Woolf, Louis ne se console pas d'avoir "une dissonance à résoudre, une erreur à corriger", et se prépare à vieillir en frappant de sa canne à pommeau les pavés de sa cité. Je me suis souvent dit que l'essence de l'harmonie était de démontrer que rien ne pouvait se résoudre, comme l'essence de l'écriture est de montrer que rien n'est plus déterminé que le génie. Le génie est le refuge du génitif, du complément de détermination, et la preuve que la création se fait par imitation, selon l'idée d'Alain, qui oppose la liberté à la voie de l'imitation.

 

Sur Alain,l'incandescence est l'état naturel de ce grand timide.

 

J'ai écrit à alain qu'il ne pouvait se faire à mon narcissisme, mais mon narcissisme est plein de visages.

 

Tout à l'heure, me suis entretenu successivement avec Agnès et N.t., et j'ai préféré l'entretien avec Agnès, parce qu'entre nous, il y avait une vraie relation. De quoi me demander si F. carrigère n'a pas tout de même raison de postuler que l'homme est relationnel. Les égolâtres ont établi paradoxalement que la relation subsume l'individu, qui ne se justifie pas sans elle. La primauté accordée au langage sur le corps s'explique dans la logique relationnelle, dont procède l'insertion du Logos dans un "système" trinitaire, mais non pas en tant que verbe et que verbe incarné.

 

Hier, Maryse m'a déboussolé en me soumettant une interprétation assez curieuse du refus du "filioque" par les orthodoxes.Pour elle, que l'Esprit ne procède pas du Fils voudrait dire qu'à supposer qu'il y ait pluralité des mondes habités, il y aurait un christ différent par espèce à sauver, et le Christ que nous adorons n'est en effet que "le Fils de l'homme". J'ai voulu lui opposer Steiner pour rester dans son monderéférentiel, mais elle avait prévenu mon objection en disant qu'elle s'opposait à lui sur ce point comme sur bien d'autres. Je me suis rabattu sur l'argument qu'à supposer qu'il y ait autant de figures incarnées que d'espèces à sauver, il n'en demeurerait pas moins qu'unique serait le processus de christification, au terme duquel l'Esprit procède bel et bien du Père et du fils, dans la mesure où ce n'est rien d'autre que leur Amour qui plane sur tout ce qu'ils ont l'intention de créer.

 

Il y a toi, il y a moi, et il y a la relation, dit-on aux amoureux. Ca paraît absurde, et pourtant c'est au fondement du "système trinitaire".C'est aussi ce qui permet de dire qu'il n'existe jamais si grand narcissisme qui ne soit à base relationnelle, soit qu'il ait besoin de relations pour se montrer comme narcissisme, soit que des êtres en relation avec le narcissique le justifient en l'idéalisant, parce qu'il vit sans sublimation au paradis retrouvé de l'âme, innocente d'être nue.

 

En quoi l'Esprit procède bien du Père et du Fils me paraît beaucoup moins difficile à concevoir que l'association par laquelle le Verbe est Fils.

 

Pourtant, ce matin, je me suis senti fils, je ne sais pas pourquoi. Je me suis dit que je vivais ces choses en tant que fils. et cela m'a ramené à ce rêve où j'ai entendu la voix de ma grand-mère maternelle que je n'ai jamais connue. Je ne l'ai pas à vrai dire entendue, mais je l'ai imaginée. Nous revenions d'un enterrement avec Nathalie, ma mère et Théodor, mon grand-père, de qui je dois rêver une fois tous les dix ans. Et là, chez ma mère, en prenant l'apéritif, nous regardons un film super 8 (mettons que ce soit un film super 8), où l'on voyait comment Théodor s'était lancé à la conquête de ma grand-mère maternelle, une grande dame, vers laquelle son avion, progressivement,fondait. D'abord elle ne le voyait pas ; puis elle perdait son premier mari auquel Théodor l'enlevait. A ce moment, gilles a surgi. Il était important qu'il surgisse puisque ce documentlui était destiné. C'est lui, l'archiviste de la famille, lui qui s'intéresse aux documents. Mais c'était pour moi que dans le film, on entendait la voix de la conquête de mon grand-père, voix qui toujours le surplombait, tandis qu'il s'affairait autour d'elle, perpétuant son engagement jusqu'à lui survivre, et le perpétuant dans l'appartement même au couloir longiligne qui avait été le cadre de la deuxième partie de leur vie maritale et de l'enfance de ma mère.

 
Subversion du verbe incarné en langage structuré, miraculeux modèle d'équilibre venant briser le mystère de l'inconscient, ai-je dit. Mais Myriamm, la gouvernante adventiste de notre résidence, a dégagé pour moi une autre loi. Selon elle, le progrès dans l'histoire n'existe pas, mais au contraire, tout se dégrade, et tout continuera à se dégrader jusqu'à la parousie. La technique pourra progresser, mais ce ne sera que le moyen de hâter l'autodestruction de l'homme, et le Fils de l'Homme viendra pour canaliser cette autodestruction, pour ne pas permettre qu'elle se parachève. Sa Rédemption viendra comme une limite à la dévastation et non après une grande dévastation.

vendredi 24 juillet 2015

Le sentiment océanique


"A l'océan" comme on dit sur toutes les plages de l'Atlantique, l'air apaise trop l’âme pour donner à l’esprit “le sentiment océanique”. A croire que l’air du large ne va pas jusqu’à la “dissolution dans le divin”, en quoi consiste le sentiment océanique si je l’ai bien compris: “Dieu est immanent à l’univers et mon âme est immanente à Dieu”.

 

Freud reconnaissait  ce sentiment, mais le tenait pour une illusion de largeur dans l'homme raisonnable, détenteur d'un inconscient simiesque et plein d'"esprits animaux". L'inconscient freudien n'était pas hypnotique, mais reptilien, et Freud tenait "le sentiment océanique" pour une "illusion", pour ne pas savoir le mettre en musique:freud était insensible à la musique et a été libéré en trouvant le "discours de la méthode" de l'analyse en entendant une patiente lui crier:

"Ne me touchez pas."

Ne me touchez pas, ne me regardez pas, ne m'écoutez pas.

 

En miroir, le "noli me tangere" répondu par le ressucité à la "Madeleine océanique" voulait dire: "Laisse l'être rester insaisissable  et ne le tente pas de se poser dans la paume de ta main."

 

Et maintenant que Jésus relevé de Sa passion a répondu à la patiente de Freud, laissons le passionné de l'inconscient rationnel l'emporter sur les exaltés du "new age": c'est de Patrick amsellem, astrologue sidéral et karmique que j'ai consulté ("déliez-moi, mon Dieu, au Nom du Seigneur Jésus, autant que de besoin, et déliez Nathalie que j'ai poussée dans le piège de l'ésotérisme") que je tiens la promesse que je me dissoudrai dans le divin après avoir fait mon salut par mes réincarnations successives.

 

Je ne suis pas entièrement soluble dans le divin, car mon âme n'en exprime qu'une qualité, une arcane, un thème. Ma personnalité, c'est ma thématique et mon individualité, mon message.

 

Je ne suis pas naturellement soluble dans le divin, car mon âme n'est qu'un point de l'immanence divine. Mais Dieu m'élargit de dissoudre mon âme dissolue. Tout amour est effet d'entraînement, et l'Amour du Seigneur de la tempête apaisée ne m'entraîne que dans la haute mer du large océanique de l'apaisement des os.

vendredi 17 juillet 2015

Qui tient promesse?


Écouté un peu attentivement le seul épisode du forum « le monde le Mans » : « Qui tient promesse ? », diffusé par « France culture » avec lequel j’avais rendez-vous. Y étaient invités des représentants des trois religions monothéistes dont les disputes embrasent le monde… L’intervenant musulman était le plus convaincant. Il ne tombait pas dans la facilité où est tombée Jean-Luc Marion et que j’ai dénoncée à gilles lors de son conflit avec Julien Blaine à la parution de son documentaire : « La poésie s’appelle revient », facilité qui consiste à faire de tous les athées des croyants qui s’ignorent.

 

Rachid Benzine expliquait que la promesse évoluait sur la igne de crête entre menace, programme (deux aspects négatifs) et espérance émancipatrice – ce n’était pas son terme, mais je ne le retrouve pas -. Selon lui, il ne fallait pas tenir un engagement quand celui-ci nous rendait malheureux. IL explicitait donc le conseil évangélique de ne pas faire de serments, moins pour ne pas être parjures que parce que ce n’est pas à notre portée : nous ne sommes pas en capacité de les tenir. De ce fait, on se demande comment le mariage chrétien basé sur le serment, mais aussi bien les vœux religieux, pourraient être d’institution divine.

 

Le checkh expliquait encore qu’on ne se rend pas compte que le langage prophétique, celui-là même qui promet, fait écho à l’idéal, à la destinée subversive de l’homme qui est que sa vie soit plus que sa vie. Qui est donc de renaître, mais à cette différence par rapport à la première naissance que la seconde supose  son assentiment. D’où le fait que l’homme doit se maintenir dans le bonheur deson engagement. Quand, profondément,  le bonheur cesse, l’engagement est caduc. Mais surtout d’où le fait, qui a toujours été mis en avant dans l’explication de la grâce, qu’il n’y a que Dieu qui tient promesse. Encore est-ce inexact, car nombreuses sont les contradictions entre les promesses de Dieu, le seul Fidèle, et Ses revirements.

 

Dieu tient proomesse à un niveau supérieur, moins de nous conduire au paradis, disait le même savant, que de nous faire guider par une Parole. Les musulmans savent définir le Verbe mieux que personne et mieux que nous. C’est d’une infirmière à Lariboisière que j’ai entendu cette définition, qui, selon moi, explique l’engendrement du Fils par le Père et devrait mettre un terme aux querelles sur la filiation divine de Jésus-Christ. « Dieu dit : « Sois et Jésus fut », dirait le Coran d’après cette infirmière. Nulle manière plus expressive de dire que Jésus est « Lumière né de la Lumière ». Et de même pour cette « puissance d’accompagnement » qui nous dessine le paradis sans que nous sachions si nous serons jugés dignes de participer à celui qui est de l’autre côté du miroir, étant presque superflu de savoir si cet au-delà existe. Car, comme le disait un prêtre dans une homélie prononcée lors d’une messe que j’accompagnais, Jésus ne nous dit pas : « Je suis la Résurrection des morts », mais : « Je suis Résurrections et vie. ». Et pourtant Muhamad a eu avec les Meckois les mêmes problèmes que Jésus avec les saducéens : les Meckois ne croyaient pas en la résurrection des morts, et cela paraissait poser un problème particulier à Muhamad. Un problème plus grand qeu l’idolâtrie, alors même qu’Abraham est selon le coran réputé avoir chassé les idoles ? La lutte contre les idoles est le leitmotiv de l’Ancien Testament repris par le coran.  La lutte entre les traditions elohistes et yahvistes, la lutte contre le polythéisme, alors même que le nom d’Allah vient d’Elohim, qui est un pluriel de Dieu, une préfiguration de la trinité, veuj-e croire, en forçant la pensée musulmane come Jean-Luc Marion force celle des athées…

 

Dernière notation importante entendue au cours de cette émission : delphine Horwilleur disait que, pour savoir s’il est fidèle à sa mission, Abraham doit entendre la voix de ses fils…